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samedi 16 février 2008

LE GOUVERNEMENT PRVAL/ALEXIS EST-IL BIEN PARTI?

Port-au-Prince le 10 juin 2006

Par Jean Robert JEAN-NOEL

A partir des élections non contestées, le peuple haïtien a élu le nouveau Président le 7 février 2006 et le nouveau Parlement le 21 avril 2006. Le Président et le Parlement sont acceptés par la majorité des haïtiens. Malgré la pluralité du Parlement, le Premier Ministre Alexis a passé haut la main sa ratification et a réussi à faire adopter la déclaration de sa politique générale et son cabinet presque à l’unanimité par les deux branches du Parlement. Et le 9 Juin 2006, le Président, en des termes empreints de sagesse et d’une grande maturité politique, a donné l’investiture au nouveau Gouvernement Haïtien (GOH) composé de dix huit ministres venant d’horizons divers, d’où son qualificatif de gouvernement pluriel. Ce Gouvernement PREVAL-ALEXIS est-il pour autant bien parti ? Le développement de deux grands points permettra de répondre à cette interrogation, les atouts de ce gouvernement et les risques qui pourraient surgir.

A- LES ATOUTS

Les atouts de l’actuel gouvernement haïtien (GOH) se circonscrivent entres autres choses autour des points suivants :

Préval, le rassembleur

Depuis la campagne électorale, Préval s’est comporté différemment des autres. Il était d’un cran au dessus d’eux par son attitude. Il n’a jamais attaqué personne, n’a jamais utilisé de propos choquants vis-à-vis de qui que ce soit, n’a jamais répondu aux attaques personnelles pas même de manière allusive. Une fois élu, il se comporte en rassembleur en parlant de « réconciliation nationale », de « pacte gouvernabilité », mot cher à Evans Paul, de « vision de 25 ans pour Haïti ». Il a entamé des discussions avec les partis politiques, la société civile, le secteur des affaires, le secteur populaire. Il a effectué des voyages à l’étranger tant à Washington, qu’à Cuba en passant par le Venezuela, le Chili, l’Argentine, le Brésil et la République Dominicaine. Le message est simple, de bonnes relations avec tout le monde. Le discours d’investiture du Président et le discours d’investiture du Gouvernement témoignent de ce souci de se comporter en vrai rassembleur dans le cadre d’une politique de dialogue permanent et inter haïtien.

La composition du Gouvernement Haïtien (GOH)

La formation du gouvernement avec les principaux partis représentés au parlement est un atout très sérieux pour le processus d’un vrai dialogue national, pour la mise en œuvre de la déclaration de politique générale du Premier Ministre et pour aider à l’élaboration de la vision consensuelle de 25 ans. Quand on regarde de près le profil du gouvernement, on peut avancer sans trop de risques de se tromper qu’on a affaire à des gens plutôt connus, compétents, honnêtes, expérimentés et, pour la grande majorité, rompus à la gestion des affaires de l’Etat, et aimant profondément Haïti. Autant de critères permettant une réussite probable de ce gouvernement, si nos vieux démons de division ne reprennent pas le dessus. A Alexis et à Préval d’exercer une vigilance de tous les instants et un leadership discret et efficace pour la bonne marche du gouvernement. « La feuille de route » à chaque Ministre et son suivi par le Premier Ministre pourraient constituer un élément de réussite du GOH. Alexis devrait insister auprès de chaque Ministre pour la mise en application stricte de la feuille de route au niveau de chaque Ministère tout en lui dotant des moyens de sa politique en termes de ressources humaines, logistiques et financières, etc.
La politique générale du Gouvernement

La déclaration de politique générale du Premier Ministre répond à la situation du moment en tenant compte des aspects d’urgence dans le cadre du Programme d’Apaisement Social (PAS) dont la fin est prévue pour décembre 2007 avec des actions à caractère structurant et synergique dans toutes les communes du pays ; des aspects durables par la prévision d’un certain nombre d’actions visant de réconcilier le pays avec lui-même, d’augmentation de la production nationale et de renforcement institutionnel de l’Etat, en prévoyant un cadre règlementaire favorisant un meilleur fonctionnement et un certain protectionnisme de l’Etat, en insistant sur les aspects formation, éducation , en mettant en place les infrastructures pour la modernisation de l’Etat. En ce sens, on ressent le souci de la continuité de l’Etat par l’adaptation du CCI aux préoccupations du nouveau GOH.

L’héritage du Gouvernement Boniface- Latortue

Le cadre de coopération intérimaire (CCI) est le seul cadre de référence pour des négociations avec la communauté internationale (CI) actuellement. Lors de la conférence de Bruxelles sur Haïti en octobre 2005, le GOH intérimaire a eu le souci de le prolonger en accord avec la communauté internationale jusqu’en décembre 2007 et a commencé la préparation du document stratégique de réduction de la pauvreté version intérimaire (DSRPI) qui, après validation du nouveau GOH, devrait favoriser l’accès d’Haïti à des fonds concessionnels. Depuis, la nouvelle équipe a pris effectivement en charge l’élaboration de ce document en collaboration avec la CI. En attendant la validation du DSRPI, le nouveau GOH utilise l’outil CCI dont les décaissements au 31 mars 2006 se chiffrent à 964 M USD. Il faudrait noter que cette valeur ne serait engagée sur le terrain qu’à hauteur de 200 à 300 M USD. Ce qui fait que l’actuel GOH disposerait de plus de 600 M USD pour la mise en œuvre de son programme et de plus de 100 M USD de réserve de change au niveau de la BRH. A tout cela, il faudrait ajouter les actions en cours comme la route Gves- St marc, la route des Rails, la route Port-au-prince- Mirebalais, la Route Cap-Ouanaminthe, les rues en adoquins au niveau des petites villes de la Cote Sud d’Haïti et au niveau d’autres villes du pays, la réhabilitation de l’Aéroport du Cap-Haïtien sans parler des multiples actions entreprises au niveau du monde rural haïtien avec un certain succès.

En plus des aspects visibles, le GOH de transition a fait un travail remarquable sur le plan législatif, plus d’une cinquantaine de décrets, d’arrêtés, de dispositions légales et d’un ensemble de projets de lois remis au GOH actuel visant pour la grande majorité l’institutionnalisation et la modernisation de l’Etat. Il faut citer ici deux décrets sur la réforme administrative et l’administration centrale. Celui sur l’administration centrale définit clairement les prérogatives du Président de la Républiques par rapport à celles du Premier Ministre telles que vues par la Constitution de 1987. Enfin, il faut noter que les modèles de lois organiques pour tous les ministères sont disponibles, l’actuel Ministre du Plan, Mr Bellerive en sait quelque chose car il a dirigé la cellule qui a travaillé sur la plupart de ces textes législatifs.

Malheureusement, le GOH de transition a souffert d’un déficit criant de communication et n’a pas su correctement informer la nation sur les actions entreprises. Les nombreuses interventions du Premier Latortue n’ont pas eu l’effet escompté. Au contraire. En tout cas, le « livre blanc » laissé par ce GOH pourrait être mis à profit par le nouveau GOH.

Les dispositions de la Communauté Internationale

Depuis Avril 2004, la CI a dans son ensemble manifesté son intention de renforcer ses liens avec Haïti pour certains et pour d’autres de revenir en Haïti. Actuellement, toute la CI est à pied d’œuvre en Haïti avec des promesses de financement dans le cadre du CCI de l’ordre de 1.4 milliards de USD et des décaissements de 964 M USD. Dans le cadre de la conférence de Brasilia le 23 mai 2006, elle a renouvelé ses engagements vis-à-vis de notre pays. Tous les gouvernements reconnaissent celui d’Haïti, y inclus ceux de la CARICOM. Les bailleurs de fonds promettent d’augmenter leur niveau de financement, la BID veut mettre 140 M en plus, le FIDA augmentera de 16 M USD son niveau actuel de financement de 50 M USD en cours d’exécution dans le secteur agricole. Les autres agences multilatérales comme la BM, l’UE en feront autant. Les agences bilatérales comme l’USAID, l’ACDI, l’AFD comptent aussi augmenter leur niveau de financement sans parler de TAIWAN et autres. La conférence sur Haïti prévue le 25 juillet 2006, si elle est bien préparée, devrait permettre la concrétisation de ses bonnes dispositions de la CI vis-à-vis de notre pays.

B- LES RISQUES

Les risques qui pourraient nuire à la réussite du GOH actuel sont de plusieurs ordres dont l’état précaire de l’environnement physique d’Haïti. On en parlera peut-être dans un autre article. Aujourd’hui, on se contentera d’élaborer sur les points suivants :

Le débordement du Gouvernement sur son aile gauche

L’impatience des organisations populaires (OP) pourrait être préjudiciable à l’actuel GOH. Les revendications politiques actuelles de certaines OP ne sont pas à la portée du GOH. Il lui faudra négocier, il ne pourra arrêter des décisions hâtives sous peine de ternir son image par devant la CI et une grande partie de la communauté nationale. En même, s’il tarde trop à se prononcer, il pourra faire face à des manifestations violentes. Aussi, il lui faudrait expliquer à la branche du secteur populaire concerné la délicatesse des questions soulevées et des implications dangereuses liées à toutes solutions hâtives et unilatérales du GOH.

L’incohérence du Gouvernement liée à sa pluralité

En plus de ce qui vient d’être décrit plus haut, le GOH pourrait avoir des problèmes de contradictions internes liées à sa pluralité. Comme pour le GOH de transition qui parfois affichait de sérieuses incohérences liées à des questions de personnalités et d’appartenance, l’actuel GOH pourrait se retrouver en face d’une telle situation qualifiée par l’actuel Ministre de l’Agriculture, Mr F. Severin, de « fonctionnement de couloirs ». Le surgissement d’une telle situation pourrait nuire considérablement à la réussite de l’action gouvernementale. Il faudrait toute la vigilance du Premier Ministre et du Président de la République pour éviter toute éventuelle dérive.

La tentation de l’exclusion

A entendre les revendications de certaines personnes proches du pouvoir, on sent une nette démarcation par rapport au discours du Président qui se veut rassembleur et inclusif. Or la tendance prédominante à la base du pouvoir, c’est d’exclure ceux-là qui sont considérés à tort ou à raison comme des GNBistes. Il y en a même qui commencent à intimider, faire des menaces verbales, provoquer et exercer des pressions, selon certains employés du ministère des finances et de la TELECO. Parmi les cadres au niveau de certains ministères, il y en a et non des moindres qui commencent déjà des manœuvres d’exclusion en portant des accusations sans preuve, en falsifiant la vérité. Tout ceci dans le seul souci d’obtenir un poste ou de placer un ami, un proche à un poste sans tenir compte de certains aspects liés à la compétence, à l’expérience, à l’honnêteté, etc. C’est le droit du nouveau GOH d’opérer des changements, mais il faudrait que ce soit utile et efficace.


L’attitude de la Communauté Internationale (CI)

La CI promet et observe avant de donner. D’ailleurs, on en a la preuve avec le CCI. C’est seulement maintenant qu’on commence à sentir les effets des fonds promis. C’est le GOH actuel qui va profiter de la majorité des fonds promis à Boniface et à Latortue. Et même là encore, rien ne dit si on enregistre des dérapages, cette CI, qui a pratiquement abandonné Haïti à la fin de la première présidence de Préval et sous la présidence d’Aristide, ne va pas refaire la même chose. D’où la nécessité de lui envoyer des signaux positifs comme le fait si bien l’actuel GOH. L’attitude et la bonne perception de la CI seront déterminantes dans la réussite de l’actuel GOH. Il faudra avoir toujours à l’esprit que plus de 80% de notre budget d’investissement sont financés annuellement par cette CI.

En conclusion, en analysant les atouts du GOH actuel, il est clair qu’il est plutôt bien parti, mais il faudra qu’il prenne en compte les risques qui pourraient surgir à n’importe quel moment. D’où nécessité d’une bonne gestion préventive de ces risques. Le GOH actuel a des hommes et des femmes susceptibles de donner des résultats nettement supérieurs à ceux du GOH de transition. Premièrement, ce GOH dispose de plus de temps, deuxièmement, les conditions de départ sont nettement meilleures, troisièmement, il est issu des urnes donc légitime. Donc, s’il arrive à bien gérer la question sécuritaire, à inciter les Ministres à regarder au-delà de leur petite personne et de leur appartenance, et à s’élever à la dimension de la problématique actuelle de l’Etat d’Haïti et de la Nation haïtienne, les résultats seront au rendez-vous. Aucun sacrifice n’est trop grand pour le démarrage effectif de notre pays. N’est-ce pas Messieurs et Dames ? La balle est dans votre camp.


Jean Robert JEAN-NOEL

www.jrjean-noel.blogspot.com

1 commentaire:

TAR a dit…

Mon cher Jeanro,

je te complimente pour le fait de mettre tes textes sur le NET et les rendre accessible au plus grand nombre. Il faut continuer non seulement à produire mais aussi à faire la promotion de ce blog.

Pour ce texte en particulier, je crois qu'il doit servir de référence pour une évaluation de l'action gouvernementale. Actuellement, il prend toute son importance à 2 jours de l'interpellation du GOH.

Bon travail

AL