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vendredi 22 février 2008

VIE CHERE, SORTIR LE PAS DE L’IMPASSE PAR L’UTILISATION DE L’HIMO

Par Jean Robert JEAN-NOEL

Depuis quelque temps, la question de la cherté de la vie occupe le devant de la scène en Haïti. Elle sert de prétexte au Parlement pour une première convocation partielle du Gouvernement Haïtien (GOH) pour des explications au Sénat, pour une interpellation (?) ensuite par la Chambre des Députés avec menace de destitution. Depuis, comme en de pareils cas, tout le monde va de sa petite proposition sur ce dossier brûlant. En relisant un article produit le 5 septembre 2007, j’ai décidé de l’actualiser et d’en faire une proposition au pays pour atténuer, dans un délai relativement court, les effets négatifs de la cherté de la vie.

La cherté de la vie en Haïti, un problème complexe

C’est avant tout un problème d’éducation/culture. Jusque dans les années 1970, l’haïtien consommait essentiellement haïtien et valorisait toute sa production (nourriture, vêtement, chaussure, etc). Le Grand Nord, le grand Sud se spécialisaient essentiellement dans la consommation des vivres (banane, igname, patate douce, mais, petit mil, etc ), l’Artibonite y inclus le Centre, essentiellement le riz, et l’Ouest un peu de tout. Le Haricot servait et sert encore de lien entre tout le pays. Depuis l’initiation de la libéralisation avec le GOH de JC DUVALIER, et les mesures de libéralisation du Conseil National de Gouvernement (1986), le riz est devenu le produit de consommation par excellence au détriment des autres produits locaux, sauf le pois. A partir de cette période, l’haïtien considère mauvais tout ce qui est haïtien. D’où baisse de la production nationale en tout, faute de demande, mais aussi par manque de moyens de production.

Les services de l’Etat n’ont pas su répondre à ce grand défi. Les ministères de la Santé publique, de l’Agriculture, de l’Economie, etc. ont tous failli à leur mission fondamentale d’accompagnement de la population. L’Etat n’a pas su mettre en place les politiques publiques pour remédier à la situation qui s’est empirée d’année en année jusqu’à aujourd’hui. En conséquence, au lieu d’aborder la question de la vie chère dans son fondement, on s’est amusé à la personnaliser comme on a tendance à le faire aujourd’hui. Le renvoi au pire du GOH actuel et au mieux de quelques ministres ne résoudra pas le problème. Même avec beaucoup d’imagination, de créativité et d’innovation, qui ne sont pas l’apanage de ce GOH, il ne pourra pas résoudre le problème de la cherté de la vie car trop complexe avec ses multiples causes internes et externes. Par contre, ce GOH remanié, pourrait initier un certain nombre d’actions, la création d’emplois temporaires en révisant le programme d’apaisement social mort né, la restructuration de certains ministères en adaptant leur structure par rapport à leur mission fondamentale actuelle, en particulier le Ministère de l’Agriculture, la coordination de l’action gouvernemental en se penchant très sérieusement sur la coordination et la mise en œuvre du DSNCRP, le dialogue politique en organisant une grande concertation nationale sur le développement future du pays (vision de 25 ans). Voyons dans cet article, la révision du programme d’apaisement social (PAS).

Le Programme d’apaisement social (PAS) et la Déclaration de politique générale (DPG)

Dans la déclaration de politique générale du Premier Ministre, le programme d’apaisement social (PAS) a été la première des huit (8) priorités retenues par le Gouvernement Haïtien (GOH) de Préval/Alexis. Le PAS aurait dû se faire avec l’appui de la communauté internationale et aurait touché toutes les communes du pays. Il aurait visé, en utilisant toutes les ressources disponibles au niveau des communes, à répondre aux besoins des populations les plus vulnérables urbaines et rurales, à rétablir l’accès aux services de base (eau potable, assainissement, électricité etc.), à relancer le cycle de production d’où son aspect durable, et enfin à créer des emplois pour les travailleurs non spécialisés. Ce programme d’urgence à caractère structurant, qui devrait être financé par le GOH et par les fonds prévus dans le CCI revu et corrigé, aurait pris fin en décembre 2007.
Malheureusement, le PAS n’a pas exécuté tel que prévu à cause d’un défaut de conception, du manque d’appui de la communauté internationale, d’un problème d’encrage institutionnel et de non disponibilité de fonds. La malice populaire a trouvé une formule choc pour le PAS : « le PAS est dans l’impasse ». Peut-on encore le sortir de l’impasse par l’utilisation de la haute intensité de main d’œuvre (HIMO), ne serait-ce que partiellement et l’utiliser comme un début de réponse à la cherté de la vie?

L’HIMO, une technique manuelle

La haute intensité de main d’œuvre (HIMO) est une technique manuelle faisant appel à la main d’œuvre non qualifiée en particulier. On parle de HIMO lorsque le poids de la main d’œuvre dépasse un certain seuil (> 35%). Elle est différente de la haute intensité d’équipement (HIEQ) qui, elle, privilégie les équipements. L’HIMO est une technique qui a fait ses preuves dans tous les pays de l’Antiquité à nos jours. La technologie aidant, elle perd de plus en plus sa place prépondérante, même dans les pays sous développés. Dénaturée en Haïti en Roy-Roy par le ministère des Travaux Publics, transport et communication (TPTC), elle est perçue par la majorité des haïtiens comme la chose à ne pas faire dans le cadre du développement durable du pays haïtien. Certains techniciens et responsables, qui ne se donnent même pas la peine de savoir exactement de quoi il s’agit réellement, se permettent d’en parler en connaisseurs avec toutes les approximations de mise en de pareils cas. Ces gens-là se sont ridiculisés au point de réduire cette technique à la dimension de ROY-ROY que lui ont conférée les TPTC. Souvent on se sent triste en présence de tant d’ignorance par rapport à une technique qui demeure une nécessité pour un pays comme Haïti avec ses 9.6 millions d’habitants (juin 2007), 55% en âge de travailler, et dont la majorité n’ont aucune qualification et sont au chômage. Il faudrait questionner la position gouvernement par rapport à une telle technique susceptible de l’aider à multiplier les emplois.

La position du GOH actuelle par rapport à l’HIMO

Pour mettre le pays en chantier, le GOH actuel a choisi huit priorités et le PAS comme première priorité avec un volet création d’emploi pour les plus défavorisés donc les moins qualifiés. Mais ce GOH n’a jamais osé parler de HIMO à cause même de la mauvaise perception de l’haïtien par rapport à une telle technique, surtout cette perception dénaturée par les TPTC. Au lieu d’entreprendre une campagne de sensibilisation et d’éducation pour expliquer ce qu’est réellement l’HIMO, le GOH a préféré de ne pas en parler. Un ministre de mes amis s’est même permis de la qualifier de « fouyé trou bouché trou », dans un discours officiel en plus. Dans ses conditions, on comprend pourquoi l’HIMO n’a pas été valorisée par ce GOH, au point de laisser chaque entité l’utiliser à sa manière sans aucune norme ni aucune coordination et sans se sentir dans l’obligation de fournir l’information sur le nombre d’emplois créés en personnes/jours (P/J) ou personnes/mois (P/M). Pourtant, l’HIMO est, sous une forme ou une autre, présente dans la majorité des programmes en cours actuellement.

Les différents programmes utilisant l’HIMO actuellement

Avec l’accord du GOH, les bailleurs de fonds comme le FIDA, la BM, la BID, l’USAID pour ne pas les citer tous, financent plusieurs programmes dans le pays. Ces programmes utilisent entre autre la technique HIMO. Citons pour illustration le programme de développement local (PDL, 72.2 M USD) financé par la BID à travers le FAES, le Projet de développement participatif (PRODEP, 40 M USD) financé par la BM à travers le PL480, le Projet d’appui aux initiatives productives en milieu rural (PAIP, 28 M USD) à travers le FAES, le Projet d’intensification des cultures vivrières, phase II (PICV2, 20 M USD), à travers le ministère de l’agriculture, les deux étant financés par le FIDA. Le PAM, l’OIM, la FAO, le PNUD, la CHF (KATA 81 M USD) exécutent des projets à partir de la technique HIMO. Les ONG aussi. Le GOH lui-même vient de se doter d’un outil, le programme d’initiatives communales (PIC) par le biais du ministère de l’Intérieur et des collectivités territoriales (MICT). Il envisage d’intervenir au niveau des bassins versant à cause de la vulnérabilité due en grande partie à la dégradation du pays (1.25 % de couverture forestière. A souligner que l’ensemble de ces actions en cours et envisagées flirte d’une certaine manière avec la technique HIMO.

Une certaine coordination et une intégration de ces programmes dans le PAS pour de meilleurs résultats

Chaque institution pratique l’HIMO à sa manière avec des coûts journaliers, des modes de recrutement différents et concurrentiels. Toutes ces institutions travaillent avec l’aval du GOH et poursuivent la même finalité, la réduction de la pauvreté et le développement durable d’Haïti. De plus, elles opèrent dans le cadre du développement local en impliquant les collectivités locales, la société civile, les structures déconcentrées (parfois) des ministères sectoriels comme les TPTC, l’Agriculture, etc. La plupart de ces programmes auraient pu s’intégrer dans le PAS sans aucun problème si le GOH avait pensé à mettre en place une légère structure de coordination au niveau de la Primature, ne serait-ce que pour les orienter, éviter les duplications et avoir des informations de première main sur le nombre d’emplois créés. N’oubliez pas que l’Etat haïtien a fait l’expérience de plusieurs programmes de création d’emplois de 1993 à 1997. Avec succès. Rappelez-vous UCG, l’Unité Centrale de Gestion, une structure de la Primature qui a coordonné un de ces programmes ouvert à des domaines très variés.

Les possibilités d’application de l’HIMO

Il est à souligner que l’HIMO est utilisée actuellement dans le cadre de programmes en relation avec la gouvernance locale, la déconcentration, la décentralisation, le développement local. Toutes ces thématiques se retrouvent dans la déclaration de politique générale (DPG), et le document stratégique national pour la croissance et la réduction de la pauvreté (DSNCRP) qui remplace, en principe, le CCI depuis septembre 2007. Entre 1993 et 1997, l’HIMO a été appliquée dans des domaines comme l’assainissement, les routes, l’irrigation, l’eau potable, la réhabilitation de bassins versants. On a même préparé des prototypes pour l’utilisation de l’HIMO dans la construction de logements sociaux. Il y a donc des possibilités énormes d’application de l’HIMO. Personne n’a compris pourquoi le PAS n’a pas exploré toutes ces possibilités et n’a pas profité des potentialités énormes d’une telle technique. Comme quoi le poids de la perception est le plus souvent supérieur au fait, même si ce fait est caractérisé par des succès éclatants.

HIMO mise à l’écart ou mal utilisée, manifestations de rue

Ironie du sort, lorsque l’HIMO a eu ses lettres de créance en Haïti, Préval était président, Alexis était ministre de l’éducation nationale et allait devenir Premier Ministre. Grâce à l’UCG, tout le monde appliquait l’HIMO de la même manière. Durant cette première année de gouvernement (1996-1997), ils n’ont enregistré aucune manifestation de rue. Les défavorisés au nombre de 35000/jour étaient trop occupés à travailler de 8h à 4h pour se laisser acheter pour des manifestations de rue. Pourtant revenus aux commandes, Préval et Alexis, en faisant le choix du PAS comme leur première priorité, ont oublié d’y associer l’HIMO. Malgré des projets engagés à hauteur de 1.3 milliards de USD (voir annexe document de travail de la conférence du 25 juillet 2006), dont la plupart utilisent la haute intensité d’équipement (HIEQ), route Cap-Ouanaminthe, Croix-des-Bouquets-Mirebalais, et de manière désordonnée l’HIMO, ils ont enregistré hebdomadairement et parfois journellement des manifestations de rue à cause d’une absence de coordination.

La nécessité d’une coordination

Pourtant avec un peu d’imagination, de créativité, d’innovation et une bonne coordination, le GOH aurait pu favoriser la création de milliers d’emplois journaliers bien documentés et bien répartis à travers le pays. Le CCI avait intégré un certain nombre d’actions en cours totalisant environ 350 M USD. Le PAS aurait pu faire la même chose à travers le CCI adapté. Le PDL, le KATA, le PRODEP, le Programme de Cité Soleil, le PIC auraient pu facilement intégrer le PAS. Ils conserveraient leur identité propre mais seraient réorientés à partir d’une structure de coordination au niveau de la Primature ou au niveau des structures étatiques existantes comme le FAES ou le PL 480. Cette structure travaillerait avec les programmes existants et les programmes à venir selon des normes minimales harmonisant les interventions de terrain (mode de recrutement, coûts uniformisés, heures de travail harmonisées, évitant les duplications, favorisant l’atteinte des objectifs techniques, sociaux, politiques et financiers et permettant la réduction de la pauvreté et le développement durable. Tout ceci avec l’implication des collectivités territoriales, les structures déconcentrées, la société civile, les PME locales.

L’HIMO peut encore sortir le PAS de l’impasse ne serait-ce que partiellement.

En ce sens, le GOH peut encore sauver le PAS en le concentrant sur les aspects de gestion de certaines urgences (désastres naturels, assainissement,) et de développement (services sociaux de base, eau potable, santé, infrastructure routière, d’irrigation, de loisir, etc). Le PAS serait donc revu et corrigé ou appelé autrement. L’orientation principale viserait la création massive d’emplois à travers tout le pays dans les 140 communes. Il serait possible de faire un programme réaliste avec une moyenne de 5000 emplois par mois P/M par département géographique. Ce qui ferait 50000 emplois par mois pour tout le pays. Soit un total de 600,000 P/M (12, 000,000 P/J) sur une période de 12 mois. Ce programme de création d’emplois (PCE) ou HIMO pourrait avoir une composante renforcement des capacités. Avec un coût moyen par personne/ jour de 9 USD, il faudrait un budget global (emplois, matériaux, exécution, formation, administration et gestion) de 108, 000,000 USD/an. Pour ce faire, il faudrait une harmonisation des interventions dans le domaine, une coordination nationale et des maîtres d’ouvrage délégués avec la plupart des actuels intervenants dans le domaine, et l’accord des différents bailleurs de fonds. Ce programme pourrait s’étendre sur une période de 3 ans et coûterait 324, 000,000 USD, soit 4% environ par rapport aux coûts globaux des huit grands chantiers du GOH. Un programme de ce genre permettrait d’apaiser en grande partie le pays, de recapitaliser les couches les plus démunies de la population, de réaliser un certain nombre de projets dans les différentes communes du pays dans des domaines susceptibles d’absorber de la main d’œuvre non qualifiée, d’augmenter le pouvoir d’achat de la frange la plus défavorisée de la population et de contribuer à la réduction de la pauvreté et au développement durable du pays. Et l’HIMO sortirait le pays et le PAS de l’impasse. Ne serait-ce que partiellement. Le GOH permettrait aux défavorisés d’alléger le fardeau de la vie chère.

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