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dimanche 19 octobre 2008

Entre la faim et la finance, le choix de la mondialisation

Port-au-Prince, le 18 octobre 2008

Entre la faim et la finance, le choix de la mondialisation

Par Jean Robert JEAN-NOEL

En avril 2008, Haïti a été le théâtre de violentes manifestations qualifiées d’émeutes de la faim. Ces émeutes ont balayé les efforts de relèvement du pays amorcés (taux de croissance= 1.8% en sept 2005 et inflation autour de 16% en juin 2006) avec le Gouvernement de transition après le départ forcé du Président Aristide en février 2004. Car ce départ fut suivi de violentes manifestations à Port-au-Prince qui ont rudement frappé l’économie (taux de croissance<0> 40%). Ces efforts du GOH de transition ont été maintenus par le Gouvernement du Premier Ministre Alexis à un niveau plus qu’acceptable (tx de croissance= 3.8% et d’inflation = 7.8% en sept. 2007). Alors que le pays se préparait à présenter à la communauté internationale (CI) sa stratégie nationale pour la croissance et la réduction de la pauvreté (son fameux DSNCRP[1]) ce 25 avril 2008 pour la recherche de financement correspondant à 2 Mds d’USD sur les 3.86 Mds de besoins globaux pour le financement de cette stratégie de trois ans (2008-2011), les forces du mal[2] ont poussé le peuple dans des zones non réputées en situation d’insécurité alimentaire à mettre à plat l’économie du pays avec comme conséquence une crise gouvernementale qui a duré plus de 4 mois.

Cette crise alimentaire avec ses causes internes et externes doublée d’une crise politique allait paralyser le pays durant toute cette longue période. Certaines institutions nationales et internationales allaient se pencher sur la situation d’Haïti, en faisant des propositions pour sauver l’essentiel, la Présidence, la commission nationale de la sécurité internationale (CNSA) comme coordonnateur d’une proposition de programme de six mois de 6 Mds de gourdes incluant des partenaires nationaux et étrangers, la Fondation haïtienne pour le développement intégral latino Américain (FONHDILAC) avec sa proposition de 50 M d’USD pour la relance de la production agricole dans certaines zones irriguées du pays (32000 ha), les visites des grands de ce monde avec des promesses d’aide à Haïti, les efforts du système des Nations Unies pour trouver du financement, les promesses de la Banque Mondiale, de la BID, etc. Le Sommet de Rome sur la crise alimentaire début juillet 2008 qui a conclu qu’il faudrait 30 Mds d’USD par an pour donner à manger aux 900 millions d’affamés de la planète et qui n’a pu avoir que 6 Mds de promesses de fonds, a consacré, en marge de ce sommet, une journée à Haïti, le pays symbole de cette fameuse crise alimentaire. La conférence de Madrid du 15 juillet 2008[3] consacrée à Haïti a conclu, entre autres, et ce, malgré un programme de sécurité alimentaire et de développement rural présenté par le Gouvernement Haïtien (GOH), sur la nécessité de faire une autre conférence sur la question, cette fois-ci à Port-au-Prince, et sur la nécessité de reprogrammer la conférence sur le DSNCRP.

Entre temps, Haïti se débattant dans ses crises a reçu très peu de sous puisque ne disposant pas de gouvernement légitime donc pas d’interlocuteur pour discuter et négocier avec la communauté internationale. Toutefois, à travers les ONG et certaines agences internationales, des travaux d’urgences sont menés pour atténuer un tant soit peu les effets de la vie chère. Certaines institutions étatiques sont associées à ces travaux. Des engrais et intrants sont vendus à des prix subventionnés et distribués pour profiter de la saison des pluies et de la saison cyclonique qui s’annonçait exceptionnelle cette année avec près d’une vingtaine de cyclones prévus. Le GOH avec l’appui du secteur privé et de la CI fait un effort pour baisser le prix du riz, favoriser l’achat des engrais et les tracteurs à des prix abordables, la FAO se charge de la distribution des semences. On se croise les doigts espérant des récoltes acceptables pour réduire la situation d’insécurité alimentaire, 2.5 millions de personnes en insécurité alimentaire, selon la CNSA avec possibilité d’une aggravation au cas où les prix continueraient de grimper et en cas de cyclones.

Mi aout – début septembre 2008, quatre cyclones en trois semaines ont balayé Haïti. Du jamais vu dans l’histoire haïtienne ! Plus de 500 morts, 800 mille sinistrés, des dégâts matériels avoisinant 500 millions USD en première approximation, plus de 3 millions de personnes en insécurité alimentaire (CNSA, sept 08), une gestion post cyclonique laissant à désirer, un mois après le passage des cyclones, la ville des Gonaïves, victime d’il y a 4 ans, se débat 4 ans plus tard[4] pour se relever. Les boues sont encore dans les rues et empilées dans les coins des cours. Le Gouvernement de Mme Pierre Louis, fraichement mis en place enfin, a déclaré l’état d’urgence et débloque dans la foulée près de 200 M USD dont 57 M pour le secteur agricole engagés en moins de 15 jours dans le cadre d’un programme d’urgence de six mois. Les résultats seront-ils au rendez-vous ? Attendons voir. Toujours est-il que cette pitance n’est qu’une goutte dans la rivière par rapport au besoin du pays suite à ces crises et ces catastrophes. Mais que peut Haïti face au wait and see de la communauté internationale ? Sur plus de 100 M USD sollicités par les Nations Unies pour Haïti, moins de 30% avaient été reçus début octobre 2008. Il faut compter sur ses propres forces. Le GOH a décaissé 200 M, le Président a parlé de mobilisation nationale, tout en continuant à quémander. La situation est tout simplement critique. Espérons que les fonds décaissés permettront d’atteindre 60% des prévisions. Ce serait une bonne note vu notre réputation de corruption endémique. Peut-être qu’avec un tel résultat, nos amis de la CI nous regarderaient différemment et seraient plus disposés à délier le cordon de la bourse.

En tout cas, ils n’ont pas hésité, les Grands de ce monde, à le faire pour eux-autres pour faire face à la crise financière mondiale. Le Congrès américain a voté 700 Mds USD pour sauver ce qui peut être sauvé. Les indices de Wall Street se redressent la tête. Le Président français Sarkozy, le président en exercice de l’Union Européenne, est actuellement aux USA dans le cadre de la gestion de la crise financière. La crise financière est donc différée et peut-être évitée définitivement. Qui sait ? Des centaines de milliards de USD et d’Euros pour essayer de juguler la crise financière mondiale, mais incapacité et manque de volonté des Grands pour mobiliser 30 Mds l’an pour faire face à la crise alimentaire mondiale et éradiquer la faim dans le monde et en Haïti, une fois de plus la mondialisation économique a fait son choix, il est tout simplement financier au détriment de l’essentiel, l’humain. Pourtant un petit effort de la part des Grands de ce monde pour humaniser la mondialisation avec seulement moins de 5% l’an de la coquette somme engagée par le premier des Grands, les USA, changerait définitivement la face du monde. Tu sais, mon ami (e), le choix actuel de la mondialisation n’est à l’évidence pas humain et plus grave encore il n’est plus économique mais financier.


[1] Une œuvre participative et essentiellement haïtienne de source digne de foi
[2] En effet comment expliquer ces soudaines émeutes ? Si on se réfère à la carte de zones en insécurité alimentaire établie pour la période par la CNSA, les Cayes et Port-au-Prince, le théâtre des émeutes, n’y figurent pas.
[3] Conférence de Madrid sur la sécurité alimentaire et le développement rural en Haïti.
[4] Parce que victime à nouveau du passage de deux autres cyclones en une semaine début septembre 2008.

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