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mercredi 17 février 2010

HAITI : LA GESTION DE L’INSECURITE ALIMENTAIRE EN 2010

HAITI : LA GESTION DE L’INSECURITE ALIMENTAIRE EN 2010
PAR Jean Robert JEAN-NOEL
16 Février 2010


J’ai terminé mon dernier article de 2009, « Bilan 2009 du secteur agricole, un bond de la sécurité alimentaire », par cet avertissement : « 2010 et ses cohortes d’événements seront les seuls capables de prédire l’avenir immédiat du secteur agricole et du Pays Haïtien, l’imprévisible. A bon entendeur, salut !!! ». (Réf. www.jrjean-noel.blogspot.com).

Malgré cet avertissement, je n’avais pas à l’esprit, ce 30 décembre 09, qu’Haïti, mon pays, allait être, quatorze (14) jours plus tard, dévastée par ce terrible tremblement de terre causant plus de 200000 morts, des dégâts évalués à 60% du PIB par le Premier Ministre Jean Max Bellerive, et ajoutant 1500000 individus au nombre de personnes déjà en insécurité alimentaire (IA) dans les deux départements (Ouest et Sud-est) les plus affectés par ce séisme du 12 janvier 2010 survenu à 4h 53 PM.

Alors, comment adresser la question de l’insécurité alimentaire et surtout comment la gérer durant cette année 2010 ? Pour y répondre, nous nous basons sur certaines observations liées à la situation post-sismique, une émission de radio conduite par Kesner Pharel, Investir du 13 février, dans laquelle est intervenu le Coordonnateur de la CNSA, Mr G. Mathieu, en fournissant des informations pertinentes, et sur un document de réponse au séisme du ministère de l’agriculture.

Les observations post-sismiques liées à l’insécurité alimentaire
Tout de suite après le séisme, plus de 500000 personnes ont littéralement fui la Capitale pour se rendre dans les autres villes et départements non affectés. Les personnes qui restent dorment à la belle étoile soit sur des places publiques, soit dans les rues ou des endroits dégagés, en particulier sur la cour de leurs maisons endommagées au pas par peur des répliques ou pour respecter les consignes des autorités. Ces personnes, surtout celles qui vivent en dehors de leur cour, sont dépourvues de tout et du minimum vivere. Quant à celles qui vivent sur leur cour, elles arrivent très difficilement pour la grande majorité à joindre les deux bouts. Pour ce qui a trait à la nourriture, la majorité des haïtiens sinistrés ont passé les premiers jours sans nourriture, sans eau pour boire voire pour se laver. La débrouillardise aidant, la solidarité entre gens de même sort et l’arrivée timide de l’aide ont permis une certaine survie.

Une semaine après, avec la reprise d’une certaine normalité, les prix des produits de première nécessité couplés avec la « crise du carburant » ont grimpé de 30 à 50%, et se sont maintenus malgré la résolution par le Gouvernement de la crise de carburant qui était tout simplement fabriquée par certains inconscients. Malgré l’arrivée massive de l’aide avec ses cohortes de problèmes de coordination et de distribution, la situation de l’insécurité alimentaire, si elle subit une amélioration par rapport aux premiers jours, se débat toutefois encore dans de sérieuses difficultés dues en grande partie à son insuffisance.

Selon Marcus Gracia, éditorialiste de Radio Mélodie FM, dans l’éditorial du lundi 15 février 10, le pourcentage de l’aide qui arrive aux nécessiteux ne dépasse pas 10% après être amputée des diverses charges. Un Député du peuple de la région sud du pays a constaté que dans les zones de Léogane, de Grand Goâve et de Petit Goâve, à peine 10% de la population étaient touchées au niveau urbain, en particulier là où opéraient les cameras de la presse internationale (Radio Caraïbes, émission de nouvelles du matin du 15 février). Cette situation nécessite donc une gestion très sérieuse de la part des parties prenantes, en particulier sur la base des précisions du Coordonnateur de la CNSA.



Les précisions du Coordonnateur de la CNSA
Face à cette situation, la Coordination nationale de la sécurité alimentaire (CNSA) par la voix de son principal représentant, Mr G. Mathieu, a apporté un certain nombre de précisions basées sur une simulation de 2 millions de personnes en insécurité alimentaire aigue après le 12 janvier et qui nécessitent du « secours d’urgence et de l’aide alimentaire ».

Ces deux millions de personnes auraient besoin, selon les standards internationaux, 450,000 tonnes équivalent céréale (TEC) pendant 12 mois. Selon le bilan alimentaire de 2009 (CNSA 2009) 53% des besoins exprimés pourraient être couverts par l’agriculture haïtienne, surtout les besoins des déplacés vers les provinces.

Pour la période de janvier à juin 2010, 47% de la demande alimentaire, qui représente 105,000 TEC, devraient être satisfaites par des importations, soit un total de 17,000 TEC/mois. Pour la période de juillet à septembre 2010, avec les hypothèses d’une diminution du nombre de sinistrés sous les tentes, de création d’emplois temporaires (HIMO) et d’une disponibilité alimentaire de 60% à partir de la saison de printemps, les besoins alimentaires du pays tomberaient autour de 9,000 TEC/mois, soit un total de 27,000 TEC. De même, pour la période d’octobre à décembre 2010, on aurait encore besoin de 9.000 TEC par mois, soit 27.000 TEC pour secourir les sinistres qui sont dans les groupes vulnérables (enfants, femmes enceintes et allaitantes, vieillards, etc.)

Comme on sera déjà en pleine saison cyclonique 2010, il faudrait prévoir environ 1 million de sinistrés dans les départements du Sud, Sud Est, Nippes, Artibonite, Ouest, Grand Anse. D’où la nécessité de la constitution d’un stock de sécurité de 90.000 TEC pendant 5 mois (juillet à novembre 2010) dont 53% pourraient être constitués de produits locaux. Dans le cas où il n’aurait pas de cyclones dévastateurs, on pourrait liquider le stock de sécurité sur les marchés, les hôpitaux, les cantines scolaires à partir de décembre 2010.

Il faut noter qu’annuellement l’aide alimentaire atteint 116.000 TEC dont 73% est monétisé. Exceptionnellement, elle atteindra cette année 159.000 TEC. Le Gouvernement pourrait, selon G. Mathieu, exiger la monétisation de près de 50% de l’aide à partir du sixième mois (juin 2010) pour investir l’argent dans des travaux de création massive d’emplois temporaires (HIMO) de cash for work, en vue de recapitaliser les familles nécessiteuses et de leur permettre d’avoir accès aux aliments par l’achat et non par don. Ce qui éviterait de créer chez elles une mentalité d’assisté. Cette création massive d’emplois pourrait se faire dans le cadre du document de réponse du ministère de l’agriculture post-cyclonique 2008 et post-sismique 2010.

Le document de réponse du ministère de l’agriculture
Le « Programme Spécial d`Urgence et D’appui à la Production Alimentaire en Haïti en Réponse aux Quatre Cyclones de L’été 2008 et au Tremblement de Terre du 12 Janvier 2010 et à l’intégration des Populations Déplacées. » est une bonne réponse à la situation de l’insécurité alimentaire. Mais, même appliqué dans son intégralité durant la période de 3 ans prévue, il sera insuffisant pour résorber l’insécurité alimentaire, car l’insécurité alimentaire est une problématique multisectorielle qui aurait dû avoir une réponse gouvernementale à la dimension de sa multi-sectorialité. En tout cas, s’il est appliqué, ce sera un pas de géant vers la bonne direction.

En effet, ce programme de réponse d’environ 700 millions d’USD et localisé, en majeure partie, dans les zones ayant reçu les déplacés, vise les objectifs suivants :
• Au niveau général : améliorer l’offre alimentaire, valoriser la main d’œuvre rendue disponible par les populations déplacées et accroitre le flux monétaire dans le milieu rural.
• Aux niveaux spécifiques : réhabiliter et reconstruire les infrastructures productives, (i) en renforçant la capacité productive des agriculteurs par l’amélioration des conditions de la production agricole, (ii) en améliorant la valorisation des produits agricoles (végétaux et animaux) et l’accès des producteurs aux marchés, et (iii) en préservant les ressources naturelles et les infrastructures de production des plaines.

Ce programme en 7 composantes, en regard de sa stratégie participative et inclusive (implication d’acteurs tant nationaux qu’internationaux), conduira aux effets suivants : (i) la mise sous irrigation de14.000 hectares supplémentaires et la facilité d’accès à ces exploitations agricole au moyen de 600 km de pistes rurales, (ii) l’augmentation de rendement des cultures entrainant une augmentation de la production des denrées alimentaires de base, (iii) la facilité de manière durable de l’accès des groupes cibles du programme aux intrants et services agricoles de proximité, (iv) la création d’environ 45 millions de personnes/jour d’emplois (62500 emplois/mois en moyenne) dans le milieu rural, (v) l’augmentation de la valeur ajoutée dégagée par les producteurs, (vi) l’obtention d’une meilleure insertion des producteurs dans la filière agroalimentaire.

Conclusion
La gestion de l’insécurité alimentaire pour l’année 2010 et au delà n’est pas au dessus des capacités de ce Gouvernement. Il dispose en son sein parmi les meilleurs spécialistes dans ce domaine et des structures qui méritent d’être légalisées et renforcées, des politiques publiques à mettre en application (Politique de développement agricole 2010-2025, plan national de sécurité alimentaire et nutritionnelle 2010-2025, programme post-séisme, document d’orientation sur la reconstruction de la ville des Gonaïves, le DSNCRP, etc.).

Et ce, sans mettre dans la balance certains documents produits par la société civile haïtienne tant de l’intérieur que de la diaspora comme le « Plaidoyer pour la refondation de l’Etat d’Haïti selon une vision haïtienne » (réf. www.jrjean-noel.blogspot.com) du Groupe FONHDILAC et le « Plan stratégique pour le sauvetage national » du Camp Patriotique, pour ne citer que ceux-là.

Un petit effort de leadership et de coordination de la part du gouvernement, une petite pression et une certaine compréhension de cette problématique multisectorielle de la part des autres pouvoirs de l’Etat, surtout le Parlement, permettront la mise en application des solutions proposées, la gestion de cette problématique pour l’année 2010 et la mise en route d’un train de mesures susceptibles de résoudre définitivement cette problématique à l’horizon 2025.

Le séisme du 12 janvier 2010 nous a fait prendre conscience de notre mauvaise manière d’agir depuis plus de 200 ans. Alors, agissons différemment de manière inclusive en profitant des compétences de la nation partout où elles se trouvent sans discrimination ni préjugés. Il y va de notre survie de peuple et de la construction de la Nouvelle Haïti, « la perles des Antilles et l’exception culturelle de la Caraïbe ». Cela vaut bien un petit sacrifice. N’est-ce pas, Messieurs et Dames? N’est-ce pas, Mr le Président, le Premier des Haïtiens ? N’oubliez pas que la communauté des nations est avec nous contrairement aux pères fondateurs qui ne pouvaient compter que sur eux-mêmes. En d’autres termes, cette fois-ci, nous avons beaucoup plus de chances de réussite qu’eux. Alors, fonçons ensemble. Main dans la main !!!

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