Barre de recherche de vidéos

Loading...

Rechercher dans ce blog et le WEB

Chargement...

dimanche 21 août 2011

HAITI : L’IMPASSE ET L’ESPOIR DE SORTIR DE L’ENLISEMENT

JEAN ROBERT JEAN-NOEL
LE 21 AOUT 2011

Deux semaines avant les 100 jours du Président Martelly au pouvoir (le 14 août 2011), le Senat de la République, l’autre branche du Parlement haïtien dominée par l’INITE, lui a infligé sa deuxième défaite (le 2 août 2011) par la non ratification de Me Gousse, son deuxième premier Ministre désigné. On attend incessamment la désignation d’un troisième premier ministre par le Président, qui, cette fois-ci, « n’est pas trop pressé ». En attendant, Haïti se retrouve donc aujourd’hui sans Premier Ministre plus de 100 jours après l’investiture du nouveau Président. La confrontation entre le Parlement et la Présidence persiste. Ce qui a poussé le journal Haïti en Marche (No 29.Vol XXV) à titrer un article : « Un pays bloqué… mais constitutionnellement », en d’autres termes, le Président a fait son travail de désigner le PM, le Parlement a fait le sien de ne pas le ratifier. Et tout ceci est constitutionnellement correct. Le Washington Post parle de « la boue », Le Matin de « l’enlisement » . Au grand dam du pays qui périclite . C’est l’impasse. Ya-t-il de l’espoir ?


Un contexte conflictuel dominé par des intérêts de clans

Durant les trois mois de la présidence de M. Martelly, la situation haïtienne n’a cessé de se dégrader. Nous l’avons bien analysée dans des articles publiés dans les journaux comme Le Matin et Haïti en Marche, sur Facebook, sur les médias en ligne, et sur le site de l’auteur sous les titres (i) Haïti, nécessité d’une révolution de croissance économique (réf. http://jrjean-noel.blogspot.com/2011/05/haiti-necessite-dune-revolution-de.html), (ii) Haïti, une cigarette allumée aux 2 bouts (réf. http://jrjean-noel.blogspot.com/2011/06/haiti-une-cigarette-allumee-aux-2-bouts.html), et (iii) Haïti, sortira-t-on de l’auberge (réf. http://jrjean-noel.blogspot.com/2011/07/haiti-sortira-t-on-de-lauberge.html). Les réflexions ont bien appréhendé la complexité de la situation haïtienne liée à la confrontation entre la Présidence et le Parlement et ont débouché sur des propositions de sortie de crise plutôt réalistes mais difficilement applicables dans un contexte conflictuel dominé par des intérêts de clans au détriment de l’intérêt national. Malheureusement, on préfère persister dans le conflit en arrêtant des décisions et en prononçant des paroles qui exacerbent le conflit. Ce qui a pour effets immédiats de favoriser les actes des malfaiteurs et comploteurs invétérés qui profitent pleinement de la situation de confusion et d’incertitude pour augmenter le niveau d’insécurité dans le pays et, par voie de conséquences, le niveau de vie chère.

La situation s’est encore dégénérée par des révélations, des actes répréhensibles, des déclarations qui auraient pu être évitées, des actions non suffisamment planifiées, et notre tendance à amplifier les choses simples déplacées de leur contexte juste pour nuire et mettre mal à l’aise l’autre, dont les exemples suivants:

(i) La révélation d’un réseau de droits humains relative à certains « parlementaires consultants au Ministère de l’Intérieur », ce qui a conduit , à ce qu’il parait contrairement à la procédure normale, à la convocation du Titulaire de ce ministère au Parquet que le Premier Ministre Bellerive, Ministre de la Justice A.I et supérieur hiérarchique du commissaire de gouvernement, chef du Parquet , a jugé bon d’accompagner, et à la menace de convocation du Commissaire du Gouvernement par le Parlement, un véritable feuilleton tragi-comique;

(ii) La profanation de la Cathédrale du Cap-Haïtien et les déclarations de l’Archevêque du Cap-Haïtien y relatives, et les déclaration de notre cher Archevêque à propos de M. Martelly et de son « pantalon de Sweet Micky » (Radio Vision 2000) ;

(iii) L’interview de M. Martelly à Radio-Canada où il a déclaré pouvoir être amené, face à la « dictature parlementaire » à « l’option de diriger par décrets » qui reste « ouverte » donc à dissoudre le Parlement, et la réponse du Parlement y relative assimilant cette déclaration à une « plaisanterie », une « absurdité », qui exigerait des excuses auprès du Parlement (Sénateur Anick François Joseph), ce qui prouverait que le Président n’a jamais cru en la démocratie ( Sénateur Jean Charles) et qu’il se croit être encore sur une scène musicale recevant des applaudissements après chaque morceau joué (Sénateur Beauplan).

(iv) Le voyage impromptu du Président en Amérique latine, une sorte de fuite pour échapper momentanément à la situation du pays (Gérard Bissainte), en particulier au Chili où il a été reçu, en Argentine où il a été diplomatiquement dissuadé d’y arriver, et au Brésil où le voyage a été différé jusqu’à la mise en place d’un nouveau gouvernement en Haïti, un véritable « cafouillage diplomatique » (Haïti en Marche # 30. Vol XXV).

La situation décrite plus haut prouve, s’il en était besoin, que le Pays se retrouve dans une véritable impasse politique qui ne dit pas son nom et qui pourrait déboucher sur des débordements et des casses dont Haïti est coutumière. Alors que ce sont des problèmes assez simples à résoudre si on place les intérêts du pays au-dessus des intérêts de clans.

Alors, y-a-t-il encore de l’espoir ?

Quand on est en pleine crise, on a tendance à ne voir que « le verre à moitié vide » pour répéter l’ancien Ministre de l’agriculture François Severin. Au sein de la FONHDILAC, pour pouvoir tenir le coup en Haïti où nous évoluons, nous cherchons toujours des raisons d’espérer pour continuer notre travail et regarder « le verre à moitié plein ».
Nous avons retenu comme points positifs :

 Le plan de reconstruction de Port-au-Prince. La présentation, au Caribe Convention Center par le Maire de Port-au-Prince, M. Jason, du plan pour la reconstruction de Port-au-Prince réalisé par une quarantaine (40) de cadres haïtiens dont le chef de fil est l’Ing. Ligondé (interview à Radio Métropole) et Bernard Ethéart en a fait un article critique sous le titre de « Le rêve de Jason » (Réf. Haïti en Marche #30. Vol XXV).

 La NATCOM. Le lancement des activités de la NATCOM, cette compagnie téléphonique qui a remplacé la TELECO et qui fournit un service par câble à trois dimensions (téléphonie, télévision et internet à haut débit) et aussi un service de téléphonie mobile à très bas prix qui connait un grand succès avec ,en prime, un service d’internet de qualité.

 Le programme d’éducation du président Martelly. La prochaine rentrée des classes avec la mise en marche du programme d’éducation de M. Martelly et ses premiers 142,600 enfants pour la première année de son application à partir du fonds d’éducation mis en place en juin 2011, malgré les critiques qu’on pourrait avoir vis-à-vis de ce fonds (son mode de fonctionnement et d’opération non clairement défini, son opacité, etc.), c’est un succès à l’actif du Président.

 La Commission Intérimaire pour la Reconstruction d’Haïti. L’engagement pour reconduire la CIRH avec ses 87 projets approuvés et ses 4 milliards de fonds engagés et décaissés (réalisme économique et politique oblige), cette plate-forme de « coordination, de cohésion et de discussion » entre bailleurs et Haïti est la seule garante des fonds déjà collectés et à collecter. Sa dissolution sans son remplacement par une entité nationale opérationnelle compromettrait les relations d’Haïti avec la Communauté internationale et les chances de démarrage effectif de la reconstruction du pays, à moins de disposer de nos propres fonds (cochon an pa gen gres ankò). Le Président a bien saisi l’importance de cet instrument pour la réalisation d’une partie de son programme en attendant la mise en place de son premier gouvernement. Si le Parlement qui l’a approuvé pour 18 mois de manière controversée en 2010 décide de passer outre cette fois-ci, Haïti fera face à encore plus de difficultés insurmontables. Mais le Parlement pourra-t-il ne pas approuver une prorogation de la CIRH juste pour contrarier le Président ? Le Parlement n’oserait pas entrer en conflit avec la Communauté Internationale et compromettre la continuité en grande partie inscrite dans le plan de relèvement et de reconstruction dont la CIRH et le fonds fiduciaire multi bailleurs (FFMB) demeurent les deux entités inédites susceptibles de garantir un minimum de succès au plan de reconstruction, l’œuvre monumentale du dernier gouvernement Bellerive-Préval.

En guise de conclusion, il est clair que tout n’est pas perdu. Entre nous soit dit en passant, la Présidence de Martelly n’a pas eu de sursis comme les précédentes durant leurs 100 premiers jours. Dès le départ, globalement, la presse haïtienne (traditionnelle et média en ligne) n’a pas été tendre avec le nouveau Président. En tout cas, elle est beaucoup plus sévère avec lui qu’au Parlement qui a rejeté « politiquement » ses deux Premiers Ministres désignés, et l’a privé, par ainsi, de son principal instrument de politique, garant de tout bilan sérieux durant ses 100 premiers jours. Toutefois, tout en prenant son temps pour bien choisir un nouveau Premier Ministre, en s’arrangeant pour constituer « une majorité présidentielle au Parlement » ( Guichard Doré) ou, tout au moins, « une majorité fonctionnelle », le Président aurait intérêt à appliquer certains des 14 points énumérés dans l’un de mes articles cités plus haut, dont, entre autres, la nomination du Président de la Cour de cassation, la publication de l’amendement constitutionnel, le vrai, la nomination du Conseil Electoral permanent, la préparation et l’organisation des élections sénatoriales partielles, les élections municipales, les élections indirectes avec objectifs de les gagner sans magouille, etc. Pour cela, le Président devrait s’appuyer sur le Gouvernement démissionnaire en attendant la mise en place de son propre gouvernement, sur une présidence bien structurée avec des gens compétents susceptibles de jouer valablement le rôle d’interface par rapport au Gouvernement, sur la CIRH, sur un processus de concertation nationale pour déboucher, selon le mot d’Evans Paul, sur « un pacte de gouvernabilité », sur ce qui reste du budget 2010-2011 et éventuellement sur le budget 2011-2012. Sans perdre de temps. Ainsi, le Président sortira de l’enlisement et le Pays aussi !

Aucun commentaire: