Par
FONHDILAC
LE CONTEXTE
La République d’Haïti occupe le tiers occidental de l’île d’Haïti (Quisqueya) dans la Mer des Caraïbes sur une superficie totale de 27 750 km2. La population haïtienne était estimée à 9.8 millions d’habitants en 2009 alors que le pays ne comptait que 3 millions de personnes en 1950. Cette forte croissance démographique se traduit en une forte densité d´environ 350 habitants par km2. Malgré une tendance à l’urbanisation progressive, la population en milieu rural représente encore 60% de la population totale.
Le pays est administrativement divisé en dix (10) départements. Parmi ces 10 départements, celui de l’Ouest à lui seul absorbe 39% de la population totale avec une très forte concentration dans l’aire métropolitaine de Port-au-Prince (25% de la population).
Située sur la route des cyclones, Haïti est régulièrement victime des ouragans. En 2004, elle a fait les frais de deux inondations majeures suite à des phénomènes climatiques exceptionnels à Mapou/Fond Verrettes en mai et Gonaïves en septembre qui font plus de 4,000 morts. En 2008, elle a été dévastée par quatre tempêtes tropicales (Fay, Gustave, Hanna, Ike) ayant frappé neuf (9) des dix (10) départements du pays. Ces ouragans dévastateurs avaient fait, d’après les organisations humanitaires, plus 800 morts, 800,000 sinistrés et causé des pertes matérielles estimées à environ1 milliard de dollars américains (15% du PIB).
Haïti est une fois de plus frappée par une catastrophe naturelle. Il s’agit cette fois-ci d’un séisme de magnitude 7.3 sur l’échelle de Richter survenu le 12 janvier 2010 à 4 h 50 P.M. Il a été suivi de plusieurs répliques dont une de magnitude 6.0 le 20 janvier à 6 h A.M.
Diverses régions et populations sont directement affectées par ce tremblement de terre: les 20 communes du département de l’Ouest, les 10 communes du département du Sud-Est. L’impact a été particulièrement sévère à Port-au-Prince, Léogâne, Pétion-Ville, Delmas, Carrefour, Gressier, Grand Goâve, Petit Goâve, Jacmel.
Des dégâts considérables sont ainsi enregistrés, 60% du PIB du pays selon le Premier Ministre, Joseph Jean Max Bellerive. Selon les dernières estimations des autorités haïtiennes en date du 2 février 2010, le tremblement de terre a fait des dizaines de milliers de morts (au moins 200,000), 300,000 blessés, 4,000 personnes amputées, plus d’un (1) million de sans abris, 250,000 maisons détruites, au moins 23 centres hospitaliers effondrés, des écoles, des églises, des maisons de commerce, des banques et des bâtiments publics effondrés. Plus de 500,000 personnes qui résidaient à Port-au-Prince ont fuit la capitale.
Selon une note du Collectif d'auteurs haïtiens-québécois « Au-delà des pertes humaines et matérielles, c'est la continuité et la légitimité du gouvernement, la souveraineté de l'État et l'avenir indépendant d'Haïti qui semblent s'être momentanément en partie effondrés.
C'est tout cela qu'il faudra reconstruire: des communautés locales et une nation intégrative, des réseaux de communication sociale et des centres de culture, des institutions politiques et la souveraineté fragilisée de l'État, en plus des infrastructures et structures. Bref, reconstruction s'entend construction d'une autre société. Qui peut construire cette société nouvelle et a la légitimité pour le faire? Évidemment, le peuple haïtien unifié, soutenu par la solidarité internationale. »
Ce « plaidoyer pour la refondation de l’Etat d’Haïti selon une vision haïtienne », présente des propositions de solutions qui tiennent compte des aspects d’urgence, de relèvement, de reconstruction/développement parfaitement imbriqués les uns dans les autres jusqu’à leur finalité, le développement durable et harmonieux du pays. Il est le fruit de réflexions des professionnels de la FONHDILAC complétées par les réflexions d’autres professionnels haïtiens et étrangers.
Ce plaidoyer est articulé autour de (i) une vision de la nouvelle Haïti, ii) la décentralisation par le biais des 41 arrondissements, (iii) la déconcentration administrative, (iv) le déplacement de la Capitale au centre du pays, (v) la réalisation du plan d’aménagement du territoire et des plans directeurs des 41 arrondissements et la réorganisation du pays en trois régions, NORD, CENTRE et SUD, (vi) la proposition de mise en place de l’Autorité d’Aménagement Global d’Haïti (Etat, Secteur Privé, Société Civile et Diaspora) appuyée par la communauté internationale,(vii) la nécessité d’une grande concertation nationale, (viii) la tentative de chiffrage de la refondation, (ix) le calendrier de mise en œuvre de la refondation, (x) les risques et la gestion des risques.
1. UNE VISION DE LA NOUVELLE HAÏTI
En ce début du 21ème siècle et du 3ème centenaire de l’indépendance nationale, la vision d’Haïti à promouvoir est celle d’un pays moderne, administrativement et économiquement décentralisée, politiquement stable et bien intégrée dans le concert des nations, qui serait l’exception de la Caraïbe au triple point de vue politique, économique et culturel et où il ferait bon vivre.
En termes d’environnement et de qualité de vie, la nouvelle Haïti devra être dotée d’espaces verts, d’infrastructures de loisirs et de sports adéquats tant en quantité qu’en qualité. Le réaménagement complet du bord de mer de la nouvelle ville de Port-au-Prince (malecon) n’est plus un rêve et peut devenir une réalité, de Cité Soleil jusqu’à Mariani. L’instauration de zonage (zones protégées, dont le Morne de l’Hôpital et la Plaine du Cul-de-Sac, zones industrielles et commerciales, zones résidentielles) permettra de reconstruire une ville conviviale, en harmonie avec l’homme. Et ceci est valable pour l’ensemble des arrondissements, surtout ceux situés au bord de mer.
Port-au-Prince est victime de son obésité et le pays de sa macrocéphalie. La concentration de toutes les institutions et de toutes les activités économiques à Port-au-Prince a occasionné une perte d’environ 60% du PIB en moins d’une minute dans la zone métropolitaine et les 70 % du pays non touchés restent jusqu’à date paralysés. On ne peut donc plus reproduire le même modèle après le 12 janvier ; c’est un autre pays qu’il faut concevoir et bâtir.
Le tremblement de terre nous a montré le danger que représente cette concentration de population dans la zone métropolitaine ; il faut absolument faire quelque chose, non seulement pour stopper le mouvement de migration vers la capitale, mais même pour renverser le mouvement. Cela peut paraître utopique, pourtant c’est une réalité à laquelle nous devons faire face.
Pour cela il faut agir sur les deux principaux facteurs à l’origine de l’exode vers Port-au-Prince :
• L’absence d’infrastructures de base et de services,
• Le manque d’opportunité d’emplois (chômage).
Pour l’absence d’infrastructures adéquates et de services, il s’agit d’équiper les villes de province, en commençant par les chefs lieux d’arrondissement. Là, nous sommes en plein dans la décentralisation. Depuis des décennies qu’on en parle, le moment est venu de s’y mettre vraiment.
2. LA DECENTRALISATION PAR LE BIAIS DES 41 ARRONDISSEMENTS
La décentralisation est prévue par la Constitution de 1987. Selon certains experts, la décentralisation à l’haïtienne va plus loin dans sa conception que celle pratiquée en France. Pourtant, l’Etat Haïtien depuis 1987 est très réticent à la mise en œuvre de cette décentralisation à trois niveaux, départemental, communal et section communale. Avec ce tremblement de terre, il est évident que le salut du pays passe par la décentralisation. Alors, axons cette décentralisation autour des 41 arrondissements.
Il s’agit de doter ces 41 villes d’équipements dans les domaines :
• de l’éducation : écoles, lycées voire universités ;
• de la santé : centres de soins d’urgence, dispensaires, hôpitaux ;
• de l’approvisionnement en services de base : eau, énergie, communication ;
• de l’administration publique : complexes administratifs dignes de ce nom, de manière à ce qu’on ne soit pas obligé de se rendre à Port-au-Prince pour la moindre démarche ou à la nouvelle Capitale au centre du pays. En bref, il faut renforcer la déconcentration des services.
3. LA DECONCENTRATION ADMINISTRATIVE
La décentralisation va de pair avec la déconcentration administrative ; et celle-ci pourrait être entamée tout de suite. Le séisme, par sa violence en détruisant les infrastructures administratives, en forçant la plupart des cadres à rejoindre leur patelin, a d’un autre point de vue, fourni une opportunité à saisir. L’Etat Haïtien a intérêt à mettre en place une politique d’incitation en donnant des moyens à tous les cadres qui voudraient retourner travailler au niveau des structures déconcentrées de l’Etat, en équipant ces structures et en déplaçant la majorité des activités au niveau des chefs lieux d’arrondissement.
La déconcentration administrative implique le déplacement des cadres vers les structures de province des Ministères, établissement de campus universitaires dans les provinces en mettant le paquet sur la structuration des villes de province en vue de la reconstruction globale du pays. C’est la déconcentration au service de la décentralisation.
Il s'agit donc de Restructurer et de refonder l'Etat . En d’autres termes, ce mouvement REFORME DE L'ETAT ET DECENTRALISATION – suivant les orientations des prescrits constitutionnels – doit s'appuyer sur les pistes tracées par la Commission Nationale à la Réforme Administrative(CNRA) sur le concept d'Etat-Stratège organisé autour de:
1) une administration centrale avec pour mission essentielle de déterminer les stratégies d'intervention, les moyens de mise en œuvre, de suivi et de contrôle;
2) une administration déconcentrée (Délégations et vice-Délégations, Directions Départementales des Ministères) exécutant les stratégies élaborées par le pouvoir central ;
3) une administration décentralisée appuyée par l'administration déconcentrée pour offrir des services de proximité à la population à l'échelle du pays.
4. LE DEPLACEMENT DE LA CAPITALE AU CENTRE DU PAYS
La position géographique idéale de la Nouvelle Capitale d’Haïti, en se référant à la carte des failles pourrait être l’une des options suivantes ou une combinaison d’options : Marchand Dessalines (option qui semble faire l’unanimité), Savane Diane, la seule zone vierge du pays, c’est l’option proposée par l’actuel Ministre de l’Agriculture, Joanas Gué, Mirebalais ou l’Axe Capitale de l’Ingénieur Brunet Georges .
Cette proposition de Brunet Georges apparait très pertinente et innovatrice, l’Axe Capitale sera constitué de l’ancienne Capitale Impériale, Marchand Dessalines comme Capitale Politique et siège des grandes administrations publiques, Petite-Rivière comme Capitale Législative et Verrettes comme Capitale Judiciaire, Mirebalais pourrait être le siège des grandes institutions de services.
Cet Axe Capitale serait doté de tous les équipements nécessaires : de nouveaux axes routiers joueront un rôle important dans ce réaménagement, une autoroute à grande circulation sera construite reliant Belladère, Mirebalais, Verrettes, Petite-Rivière, Marchand-Dessalines et rencontrerait la Nationale No 1 au niveau de Barrière Bachou, de deux ports ouverts au commerce extérieur sur les rivières Artibonite et l’Estère au niveau de Pont Sondé et de Pont l’Estère à la manière de la Seine à Paris, d’un aéroport dans la partie haute de la Savane Désolée, d’une nouvelle centrale hydroélectrique susceptible d’alimenter les nouvelles installations, fournir de l’énergie pour l’eau potable, pour l’irrigation du haut plateau et/ou la Centrale Hydro-électrique de Péligre en augmentant sa capacité pour une meilleure exploitation énergétique.
A remarquer que quelle que soit l’option adoptée, la Nouvelle Capitale à la manière de Brasilia se retrouverait au centre du pays dans des endroits à l’abri des cyclones et des tremblements de terre et devrait rentrer dans un plan global d’aménagement du territoire bien pensé.
5. LA REALISATION DU PLAN D’AMENAGEMENT DU TERRITOIRE ET LES PLANS DIRECTEURS DES 41 ARRONDISSEMENTS ET LA REORGANISATION DU PAYS EN TROIS REGIONS NORD, CENTRE ET SUD.
Dans le Document Stratégique National pour la Croissance et la Réduction de la Pauvreté (DSNCRP : 4.3 milliards d’USD), il était prévu de réaliser le plan d’aménagement du territoire. Ce travail était en cours au ministère de la planification, il serait intéressant de le reprendre et de l’adapter à la nouvelle donne créée par le séisme. Une « Autorité d’Aménagement Global d’Haïti » (réf.6) s’assurera de la finalisation de ce travail par la réalisation du plan d’aménagement du territoire, par l’élaboration des plans directeurs des arrondissements et par la réorganisation du pays en trois régions : la Région Nord (Nord, Nord-Est et Nord-Ouest), la Région Centrale (Artibonite et Centre) et la Région Sud (Ouest, Sud-Est, Nippes, Grande-Anse et Sud). Chaque région sera traitée selon sa vocation et ses potentiels comme un pôle de croissance et de développement. Elle sera dotée des équipements et ressources nécessaires pour son développement harmonieux en synergie et complémentarité avec la région voisine. Le tout sera la réplique exacte de la vision dégagée dans ce plaidoyer qui pourrait s’intituler : «Haïti, la perle des Antilles ou l’exception culturelle de la Caraïbe ».
On parle beaucoup du problème foncier et certaines personnes pourront réagir à la proposition de Brunet Georges, en exprimant la crainte que les gens ne viennent construire sur les terres agricoles le long de l’Artibonite.
Par ailleurs, avec l’effondrement de la DGI, on peut se demander ce que sont devenues les archives de la Direction du Domaine (terres de l’Etat) et de la Conservation Foncière (terres privées).
Une proposition est de refaire le geste de Dessalines. Toute la terre du pays est déclarée propriété de l’Etat ; le pays est « mis en quarantaine », comme on le dit de terres en conflit. Toute transaction est interdite. Au cas où cela pourrait paraître trop radical, on peut présenter cette décision comme une mesure transitoire, en attendant que les services soient mis en place, au niveau des arrondissements, qui auront pour fonction de :
• Vérifier les titres de propriété,
• Autoriser les transactions.
Une telle mesure facilitera également la mise en œuvre du plan d’aménagement du territoire qui aura à déterminer :
• Les zones propres à la construction et au développement urbain,
• Les zones réservées à l’agriculture,
• Les zones propres à une économie agro-sylvo-pastorale,
• Les zones réservées à la forêt.
Au point de vue économique, Haïti pourrait redevenir un grand centre économique caribéen et émerger comme une place financière régionale, voire internationale. La nouvelle Haïti devra être dotée d’infrastructures urbaines, de voies de communication, de ports, et de marchés publics modernes et adéquats.
Ici nous touchons au deuxième grand facteur à l’origine de l’exode vers Port-au-Prince : le chômage. Nous attachons donc une grande importance à la création d’emplois en dehors de la capitale actuelle.
A la 2e partie de la phase humanitaire, nous avons un premier champ d’action pour les travaux HIMO sur les infrastructures endommagées, sur le modèle de ce qui a été fait suite aux cyclones de 2008. Un deuxième grand chantier sera celui de la construction et de l’équipement des villes de province qui auront été choisies. Une fois les infrastructures mises en place, il faudra doter les différents services de personnel. Ainsi, on va passer de l’HIMO pour les urgences à la création d’emplois permanents. Ici, nous insistons pour dire qu’on peut faire de l’HIMO dans le cadre du développement durable (réf. www.jrjean-noel.blogspot.com ), surtout avec l’abondante main d’œuvre dont dispose le pays qui pourrait être absorbée dans le cadre de création de centaines de milliers d’emplois dans l’irrigation, les routes tertiaires, l’environnement, l’assainissement, l’adoquinage de rues dans des villes et sections communales.
Mais, pour nous, l’important est le développement des filières agricoles. Sur ce point, la boussole est le PROGRAMME SPÉCIAL D`URGENCE ET D’APPUI A LA PRODUCTION ALIMENTAIRE EN HAITI EN RÉPONSE AUX QUATRE CYCLONES DE L’ÉTÉ 2008 ET AU TREMBLEMENT DE TERRE DU 12 JANVIER 2010 ET À L’INTÉGRATION DES POPULATIONS DÉPLACÉES. Et chaque ministère aurait dû élaborer un programme du genre pour mieux orienter son action et en profiter pour amorcer la déconcentration administrative du pays.
Au point de vue politique, nous pouvons visionner une Haïti qui abriterait des Institutions politiques régionales et où se tiendraient régulièrement, grâce à une diplomatie forte et à la stabilité du pays, des conférences internationales et régionales. D’où la nécessité pour l’Etat de commencer par mettre en place une autorité d’aménagement global d’Haïti.
6. LA PROPOSITION DE MISE EN PLACE D’UNE AUTORITE D’AMENAGEMENT GLOBAL D’HAÏTI APPUYEE PAR LA COMMUNAUTE INTERNATIONALE
Dans ce chapitre, la FONHDILAC reprend la proposition de Daniel Altiné en remplaçant Grand Port-au-Prince par Haïti et en adaptant le texte. Dans cette perspective, un engagement majeur que les haïtiens doivent prendre est celui d’éviter l’improvisation et de penser systématiquement la reconstruction de leur pays, selon un plan d’aménagement global. La décision logique qui découle de cet engagement serait de mettre en place une autorité constituée qui présiderait à cette reconstruction. Aussi, proposons-nous la création, par l’État haïtien, d’une entité dénommée Autorité d’Aménagement Global d’Haïti, au moyen d’une loi votée par le Parlement.
Cette Institution publique, qui exercerait sa juridiction sur le territoire, serait :
• de nature partenariale, au sens où son Conseil d’Administration (de 13 membres au maximum) regrouperait des représentants du secteur public, des personnalités du secteur privé, de la société civile et de la diaspora, choisies sur la base de leurs compétences et réalisations professionnelles ;
• dotée des pouvoirs nécessaires pour décider des grandes orientations en matière d’aménagement de la nouvelle Haïti, après avoir pris soin, évidemment, de mener les consultations et audiences publiques (hearings) appropriées. En ce sens, l’Institution aurait une fonction exécutive, et non consultative.
Missions de l’Autorité d’Aménagement Global d’Haïti
En phase avec pareille vision, l’Autorité d’Aménagement Global d’Haïti aura pour mission principale de :
1. penser, faire des choix, décider des grandes orientations, concevoir et faire valider le plan global d’aménagement devant baliser la construction de la nouvelle capitale haïtienne, selon les règles et normes d’urbanisme ;
2. planifier, organiser, coordonner et contrôler l’expropriation d’espaces et prendre toutes autres mesures nécessaires à la mise en œuvre du plan d’aménagement global du pays;
3. s’assurer que la reconstruction de la nouvelle capitale haïtienne se fasse en tenant compte des normes de construction, des risques sismiques pour les villes se trouvant sur les failles ou tout près des failles comme Port-au-Prince, Cap-Haïtien, Léogane, Jacmel, Petit-Goâve, etc., des zones protégées et de l’impact environnemental et, à cet effet, délivrer les permis de construction et prendre toutes mesures de coercition nécessaires.
Organisation de l’Autorité d’Aménagement d’Haïti
L’Autorité d’Aménagement Global d’Haïti serait établie par une loi votée par le Parlement et constituée de :
1. un Conseil d’Administration (CA) de treize (13) membres composé du :
• Ministre de la Planification et de la Coopération Externe, Président
• Ministre de l’Économie et des Finances
• Ministre des Travaux Publics, Transports et Communications
• Ministre de l’Intérieur et des Collectivités Territoriales
• Ministre du Commerce et de l’Industrie
• 3 personnalités du secteur privé issues chacune d’une des 3 régions proposées
• 3 personnalités de la société civile issues chacune d’une des 3 régions proposées
• 2 personnalités de la diaspora
2. un Conseil Consultatif Technique (CCT) qui se rapporterait directement au CA et aurait pour rôle principal de le conseiller sur les choix et orientations en matière d’aménagement. Organisé en comités sectoriels (infrastructures urbaines et transports, loisirs et culture, environnement, protection civile, conseil juridique, etc.), ce Conseil d’experts regrouperait des urbanistes, ingénieurs-architectes, géologues, spécialistes de gestion et de traitement de l’eau, spécialistes de gestion des déchets solides, économistes des transports, juristes, sociologues, spécialistes des loisirs et de la culture, spécialistes de la protection civile, etc. ;
3. une Direction Générale qui appliquerait les orientations et politiques du Conseil d’Administration et en assurerait le suivi.
Financement
L’Autorité d’Aménagement Global d’Haïti serait financée au commencement par une dotation budgétaire spéciale de l’État haïtien.
7. LA NECESSITE D’UNE GRANDE CONCERTATION NATIONALE
Pour relever le défi de refonder l’Etat d’Haïti, il parait plus que nécessaire de réaliser une grande concertation nationale. Pour y arriver, la FONHDILAC croit que les principes et orientations proposés par le Collectif des auteurs Haïtiens-Québécois peuvent servir de boussole.
- DEVOIR de la solidarité internationale pour la reconstruction, fondé sur le principe de la fraternité universelle et l'éthique de conviction que rien de ce qui est humain ne peut être étranger à un être humain.
- DROIT du peuple haïtien de définir en toute indépendance la politique de reconstruction, par l'intermédiaire de ses représentants politiques légitimes et de ses institutions et organisations sociales représentatives.
- OBLIGATION pratique de la cogestion dans la mise en œuvre de la politique de reconstruction, en raison du rôle de coproducteur que doivent jouer les autorités nationales et les délégations internationales.
- NÉCESSITÉ d'adopter une démarche inclusive, capable de réunir et de mobiliser toutes les catégories et tous les groupes sociaux, tous les groupes d'intérêts, selon la devise «L'union fait la force»!
- IMPORTANCE vitale d'en finir avec le système d'exclusion sociale qui produit sans cesse des « moun andeyò » — monde en dehors de l'attention de l'État — et d'opter résolument pour une politique d'intégration nationale.
- OCCASION exceptionnelle de réunir Haïtiens de l'intérieur et Haïtiens de la diaspora dans une même communauté nationale, par une citoyenneté de rang égal. La diaspora, réserve d'Haïti, doit être prise en compte pour la définition de la politique de reconstruction et la mise en œuvre de cette politique.
A cela il faut ajouter l’aspect culturel. Considérant le patrimoine historique d’Haïti, la créativité et la production culturelle haïtienne, Haïti peut et doit se voir, même se projeter comme l’exception culturelle de la Caraïbe et de l’hémisphère. Ce qui implique l’existence dans les nouvelles villes de salles de spectacles dignes de ce nom, de musées, de conservatoires et d’écoles d’art dramatique, d’écoles d’arts et métiers, de bibliothèques, etc. Ce qui implique également l’animation d’une vie culturelle, avec l’organisation d’événements culturels régionaux et internationaux et surtout la promotion du secteur touristique.
Cette grande concertation constituera les états généraux pour la refondation d’Haïti. Elle sera inclusive et ne visera qu’à mettre les parties prenantes d’accord sur la vision haïtienne de la nouvelle Haïti. Elle sera appuyée financièrement et techniquement par la communauté internationale selon un chiffrage beaucoup plus précis que la tentative suivante qui ne donne qu’un ordre de grandeur.
8. LA TENTATIVE DE CHIFFRAGE DE LA REFONDATION/RECONSTRUTION D’HAITI
La tentative de chiffrage demeure un exercice très difficile à ce stade. Leonel Fernandez avance le chiffre de 10 milliards de dollars américains pour la reconstruction du pays. Dans le même ordre d’idée, l’Union Européenne se dit déjà prêt à mettre sur la table 400 millions de dollars américains. Toujours au niveau de l’international les suggestions vont dans le sens de l’annulation de la dette haïtienne. Les pays membres du Club de Paris sont sur la voie de supprimer les 214 millions de dollars américains de créances haïtiennes. En somme, hormis l’estimation du président dominicain, les promesses de financement depuis le séisme du 12 janvier avoisinent le milliard de dollars américains.
Dans notre exercice de costing, nous nous inspirons sur des réflexions et estimations faites par des professionnels aussi bien haïtiens qu’étrangers. La proposition d’érection d’une ville universitaire de 50,000 habitants près de Ganthier se chiffre à 6 milliards de dollars américains. Le document d’orientation sur Gonaïves reste dans ces ordres de grandeur. Le DSNCRP prévoit pour sa part 4.3 milliards de dollars américains sur trois ans. Ainsi, compte tenu de tout ce qui précède nos projections pour la construction de cette nouvelle Haïti sont de 40 milliards de dollars américains sur une période de 10 années. Ce qui correspond à des investissements moyens de 4 milliards par an.
9. LE CALENDRIER DE MISE EN ŒUVRE DE LA REFONDATION
La mise en œuvre de la refondation se fera en trois phases : l’urgence sur 6 mois, le relèvement sur 18 mois et la reconstruction sur 8 ans. Dans la réalité, les trois phases ne sont jamais aussi séquentielles et rigides. En effet, à cause de la vulnérabilité du pays, durant au moins les dix premières années de la reconstruction, l’Etat aura à gérer les urgences annuelles liées aux intempéries, et même au-delà, il y aura toujours des urgences à gérer. C’est pourquoi, il faudra des phases parfaitement imbriquées, articulées et intégrées de façon à former un tout cohérent conduisant au développement durable de notre pays. Ce calendrier doit tenir compte des investissements prévus dans le cadre du DSNCRP. Une période de 5ans serait suffisante pour atteindre la vitesse de croisière, si nous arrivions à bien gérer les risques inhérents à une telle entreprise aussi ambitieuse de refonder un Etat, et pas n’importe lequel, le plus imprévisible de tous.
10. LES RISQUES ET GESTION DES RISQUES
Avec l’Etat, les risques en temps normal se retrouvent à chaque pas. Dans la situation actuelle, il faudra les multiplier par 4 sinon plus. Aussi allons-nous sélectionner quelques uns qui pourraient surgir à n’importe quelle phase du processus de refondation de l’Etat.
Tentation de refaire pareil
Dans le cas d'Haïti dévastée, il ne peut s'agir seulement, ni d'abord, de reconstruction technique d'infrastructures et de structures. Il s'agit fondamentalement de reconstruction politique et sociale orientant la reconstruction économique et technique. Ce serait gaspiller l'aide internationale et toute la solidarité citoyenne partout mobilisée à tous les niveaux, si l'on se contentait de refaire une copie neuve sur papier vélin de la société d'avant le séisme.
Dans cette perspective, il ne suffit point de déclarer dans des discours politiquement corrects qu'on reconnaît et respecte la souveraineté d'Haïti. Il faut le montrer dans la pratique et les formes d'aide. C'est d'autant plus nécessaire que l'État haïtien, fragilisé avant le séisme, s'est quasiment effondré après le séisme. Ainsi blessé presque à mort, il est devenu une proie facile pour tous les États forts tentés de se conduire en redresseurs d'États fragiles.
Les rapports avec la communauté internationale
L'extrême fragilisation du gouvernement et de l'État pourrait faire croire à certains qu'Haïti n'a plus les moyens de s'autogouverner dans le court terme. Tel n'est pas notre point de vue. Le peuple haïtien n'a besoin d'aucun «consortium» de pays amis pour gérer la crise à sa place, ce qui mettrait entre parenthèses provisoires la souveraineté sinistrée d'Haïti. Même si l’expertise technique ainsi que l’appui financier de ces pays demeure incontournable. Donc, ni protectorat déclaré, ni tutelle déguisée! Ni non plus gouvernement par décret présidentiel!
La lenteur de l’Etat à décider
Pour avoir une chance de réaliser ce rêve de refonder Haïti, l’Etat doit se départir de sa lenteur proverbiale. Il est impératif que l’Etat haïtien arrête immédiatement des dispositions pour sauvegarder l’intérêt collectif en mettant en place cette Autorité d’Aménagement global d’Haïti. Ce faisant, il éviterait que les haïtiens, individualistes invétérés, en l’absence de l’État, ne recommencent à construire n’importe comment, selon le « common sense » et en fonction purement de leurs intérêts égoïstes, il donnerait un signale fort à la CI sur son intention d’investir dans le durable. Dans le cas contraire, un travail de sensibilisation auprès des trois (3) pouvoirs de l’Etat devrait être entrepris par tous ceux qui se retrouvent un tant soit peu dans ce plaidoyer et qui y adhèrent même informellement.
La résurgence des vieux démons de division
Durant les premières heures après le séisme, la solidarité entre haïtiens a été vantée par les observateurs étrangers. Beaucoup de gens se sont sacrifiés pour sauver d’autres frères et sœurs. Avant l’arrivée des secours, on a partagé même un morceau de pain. Mais, depuis quelque temps, on sent venir la division. La bataille pour le pouvoir a déjà commencé d’autant qu’on annonce des milliards de dollars de promesses d’aide. Il faut à tout prix arriver à gérer cette montée de la division en nous concentrant sur l’essentiel, la reconstruction du pays.
La mainmise d’un petit groupe avec l’appui de la communauté internationale
La communauté internationale (CI) a sa clientèle en Haïti, un petit groupe d’opportunistes à courte vue, profitant de chaque occasion pour s’enrichir davantage au détriment de la collectivité. Il faut qu’il change sa façon d’opérer pour se mettre à la hauteur de l’évènement ou qu’il soit écarté. Les gens de bien qui veulent voir changer les choses pour de bon doivent se liguer contre ce petit groupe. Et la CI doit faire l’effort aussi de s’ouvrir à d’autres groupes qui, certes, ne maitrisent pas son jargon mais qui ont les compétences et l’honnêteté nécessaire pour accompagner cette refondation de l’Etat dans le sens de la collectivité.
La lutte hégémonique entre les grands pour des raisons économiques et géostratégiques
Ce séisme montre déjà la volonté des grands de se battre pour avoir le leadership de la refondation/reconstruction. Cette bataille entre les grands pourrait compromettre cette reconstruction ou la conduire dans des directions opposées à cette vision à l’haïtienne. Les haïtiens doivent faire preuve d’intelligence pour tirer la meilleure partie pour Haïti dans cette lutte des grands. Selon certains experts, notre sous sol disposerait de certaines matières assez rares et même du pétrole ; en tout cas, notre pays est placé dans une position stratégique par rapport au reste de la Caraïbe et de l’Amérique Latine. Il nous faudrait avoir une conscience informée de notre réalité pour bien négocier cette solidarité internationale conduite par les grands de ce monde ou tout moins la gérer pour le mieux.
La barrière constitutionnelle
La constitution de 1987 pourrait constituer une barrière sur certains aspects à la refondation de l’Etat suivant la vision dégagée. Il faut voir cette refondation au-delà du prisme de la Constitution de 1987. Il faudrait, si nécessaire, soit la modifier soit la changer.
La résistance au changement
La résistance au changement va être l’obstacle le plus difficile à gérer, selon Charles Cadet, l’ex-responsable de la fameuse Commission Nationale de la Réforme administrative (CNRA) qui avait des propositions pertinentes et innovantes pour la restructuration et la refondation de l’Etat, oubliées jusqu’à cette minute dans les tiroirs de l’administration de l’Etat. Il faudrait plus qu’un simple groupe comme la FONHDILAC mais l’adhésion de la Nation Haïtienne pour porter cette vision de la refondation/reconstruction/construction de l’Etat d’Haïti qui doit redevenir à terme, La perle des Antilles ou l’exception culturelle de la Caraïbe.
mercredi 10 février 2010
mercredi 30 décembre 2009
HAITI:BILAN 2009 DU SECTEUR AGRICOLE, UN BOND DE LA SECURITE ALIMENTAIRE
HAITI : BILAN 2009 DU SECTEUR AGRICOLE, UN BOND DE LA SECURITE AMENTAIRE
Jean Robert JEAN-NOEL
29 Décembre 2009
Contexte
En 2008, Haïti a été victime des conséquences de la crise liée à la flambée des prix alimentaires au niveau international liée elle-même à la question de spéculation. En effet, dès 2007, la FAO avait observé une augmentation des prix alimentaires de l’ordre de 50%. Cette flambée des prix alimentaires et pétroliers associée au crash financier mondial de 2008, est en grande partie responsable de l’ensemble des émeutes déclenchées au printemps 2008 dans les pays en développement, en particulier ceux à faible revenu comme Haïti. Cette crise aggravée par des causes conjoncturelles et structurelles internes à notre pays a fini par déboucher sur les émeutes d’avril 2008 dites de la faim en Haïti. Cette situation s’était aggravée par la crise gouvernementale qui en était résultée et par le passage de quatre (4) cyclones sur Haïti en août-septembre 2008. Cette combinaison d’événements avait mis à plat l’économie haïtienne (15% du PIB) avec des dégâts considérables dans le secteur agricole (229 M d’USD). C’est dans ce contexte qu’un nouveau Gouvernement dirigé par une femme, Mme Pierre-Louis, avait accédé au pouvoir et qu’une nouvelle équipe avait été placée à la tête du Ministère de l’Agriculture, des ressources naturelles et du développement rural (MARNDR). Alors quel est le bilan du secteur agricole pour 2009 et quelles perspectives?
La situation après les événements de 2008
La situation de l’agriculture, après les émeutes de la faim de 2008 et le passage des quatre cyclones sur Haïti, était tout simplement catastrophique. Diverses visite des lieux effectuées tout de suite après (septembre-octobre 2008) révélaient l’ampleur de la catastrophe et les nombreux défis à relever dans le secteur agricole.
Après ces deux événements, c’était la désolation la plus totale : des arbres centenaires arrachés, des maisons éventrées, des ponts emportés, des routes coupées, des bananerais ravagées, des rizières, des villes et localités inondées, etc. Le ministère de l’agriculture avait évalué les dégâts dans le secteur agricole à 229 M d’USD. De plus, il faut noter que les dégâts à l’échelle du pays avaient été considérables et les pertes en vies humaines aussi, près d’un milliard d’USD de dégâts, soit environ 15% du PIB, et plus de 1000 morts et disparus,100000 sans abris, 27 702 maisons détruites et 84 625 partiellement endommagées (Bilan partiel Direction Protection Civile. 1er Oct.08).
Face à la lenteur de la Communauté internationale (CI) à réagir par rapport à cette situation catastrophique (seulement 14% des fonds recueillis en octobre 08 des 107 M d’USD sollicités par le PNUD), l’Etat Haïtien avait déclaré l’état d’urgence pour 15 jours et avait pris l’initiative d’utiliser les fonds PETROCARIBE. Heureusement que le Parlement ait accepté de débloquer en urgence les fameux 197 M USD de PETROCARIBE dont 36.75 M d’USD accordés au ministère de l’agriculture pour un programme d’urgence post-cyclone en trois phases : urgences (3%), relèvement (40%) et réhabilitation/reconstruction (57%).
La répartition des fonds a tenu compte des priorités du gouvernement et des secteurs les plus touchés par les catastrophes naturelles. Ainsi les ministères des Travaux Publics, de l’Agriculture et de l’Education ont bénéficié respectivement de 47%, 19% et 14% des montants disponibles, tout en sachant que ces montants ne pourraient pas réparer l’ensemble des dégâts subis par ces secteurs. (Rapport final Programme d’urgences, sept.2009)
Les domaines d’intervention/actions du MARNDR et ses Partenaires en 2009
Les domaines d’intervention du MARNDR étaient regroupés sous trois (3) grandes rubriques : la production végétale, la production animale et la restructuration du secteur transversale aux deux autres.
Actions
Ces actions ont concerné la recapitalisation des exploitations agricoles, la création d’emplois, la distribution de semences et d’outils aratoires, ainsi que des actions plus durables comme la réhabilitation des infrastructures d’irrigation et la construction de petites unités de transformation pouvant avoir un effet d’entrainement sur les filières de l’élevage. Les actions avaient pour objectifs : la redynamisation du secteur agricole et la relance de la production à travers la reconstitution de la capacité de production détruite par les cyclones; l’amélioration de la circulation monétaire pour stimuler la consommation et l’investissement; l’amélioration du niveau d’équipement en vue d’alléger le travail agricole ; l’atténuation de la fragilité de l’environnement par le curage et la protection des berges des rivières et la correction des ravines.
Les interventions dans le secteur agricole ont été structurées autour de six (6) composantes :(i) protection des berges et curage des rivières (30 KM aux Gonaïves, Cabaret, Léogane, Jacmel); (ii) entretien et réhabilitation des infrastructures hydro agricoles (106 périmètres irrigués pour 57000 ha); (iii) correction des ravines (460 Km); (iv) acquisition et distribution d’intrants agricoles (1000 TM de semences de haricot, de mais, de riz, 1450000 drageons de bananiers et boutures d’igname, d’outils aratoires (50000 Unités) et d’engrais chimiques subventionnés à 75% (450 TM) ; (v) acquisition d’équipements agricoles (217 tracteurs et 400 pompes d’irrigation); (vi) appui à l’élevage (mise en place de centres régionaux de production de poussins d’une capacité de production journalière de 1575 poussins, de 155 unités de production de poulets de chair d’une capacité journalière de 9000 kg de viande, d’une unité de production de 4000 pondeuses, de 60 incubateurs à kérosène d’une capacité de 500 œufs et de 24000 poussins tous les 21 jours, réhabilitation de la station avicole de Damien avec une capacité de production de 1300 pondeuses et 1500 pondeuses rustiques, la production et la distribution de 28000 pondeuses rustiques, de 90000 poussins, de 8000 chèvres, 2500000 poissons, l’installation de dispositifs de conservation de poissons à 5302 pêcheurs regroupés en 27 associations, la construction de 5 fromageries, la remise de ruchers à 200 apiculteurs, etc.)
A coté de ces actions menées dans le cadre du programme d’urgences, le ministère a entrepris d’autres actions dans le cadre des divers projets/programmes en cours au sein du ministère. Ces projets financés pour la plus grande majorité par la coopération externe ont été en complément aux actions décrites en détails précédemment. Il faut noter que ces projets restent l’épine dorsale du ministère en ce qui a trait aux résultats de moyens et de longs termes visés. Ce sont des projets de 5 à 7 ans avec des dépenses annuelles de 1 à 5 M d’USD par projet dont les plus gros totalisent une dizaine.
Restructuration interne
Parallèlement à ces actions liées à la production végétale et animale, le ministère de l’agriculture a mené et mène tout un processus de réforme de restructuration interne : (1) L’élimination des postes de directeurs généraux adjoints,(2) le recrutement par voie d’appels d’offres des nouveaux directeurs départementaux et directeurs départementaux adjoints avec juridiction de ces derniers sur les anciennes sous-directions départementales, sources de nombreux conflits d’autorité et de disfonctionnement, (3) l’amélioration du cadre de vie au niveau central (clôture de l’aire des bureaux du ministère, aménagements intérieurs de certaines directions comme l’administration, la programmation, le cabinet du Ministre, la section de communication, etc.), (4) le processus de réduction des directions centrales de 18 à 12 (réf. Nouvel organigramme), de rajeunissement des cadres par la mise en retraite des cadres ayant atteint la limite d’âge (en cours), (5) les réflexions sur des éléments de politique agricole, (6) la finalisation du document de politique de développement agricole 2010-2025, du plan national de sécurité alimentaire et nutritionnelle (PNSAN 2010-2025), (7) la relance des structures de concertation du secteur agricole tant au niveaux central que déconcentré, (8) l’amélioration de la communication au niveau du ministère (présence à la radio, à la TV, site WEB), de la sécurité interne au niveau central avec la présence remarquée d’agents de sécurité en uniforme dans des points d’accès au ministère, sur la cour et à l’intérieur des bâtiments, (9) le renforcement des liens de collaboration et de coopération avec la coopération externe et les bailleurs de fonds (USAID, ACDI, AFD, coopération cubaine, vénézuélienne, espagnole, taïwanaise, BID, UE, BM, etc.) (10) les négociations avec les bailleurs de fonds et agences de coopération comme le FIDA, la FAO et autres pour des programmes de moyen et long terme susceptibles de réduire l’insécurité alimentaire et la pauvreté du pays par l’amélioration des conditions de vie des ruraux.
Effets induits : un véritable bond
Ces interventions associées à celles des autres acteurs du secteur (ONG, agences de coopération) et de certains organismes autonomes de l’Etat comme le Bureau de Monétisation et le FAES, ont permis de redresser rapidement en 2009 la situation du secteur agricole. Pour l’année 2009 à titres d’exemples,(i) les travaux de curage et les semences distribuées ont permis une extension des superficies emblavées à 22 000 hectares cultivés en riz au niveau de l’aire de l’ODVA , soit une augmentation de 57% par rapport à l’année 2008 , la production de riz Paddy est passée de 42 000 tonnes à 66 000 tonnes ; (ii) on a enregistré à travers le pays une réduction significative du nombre de personnes en insécurité alimentaire de 3.3 M à 1.8 M et une augmentant de 25% de la production agricole en 2009 par rapport à 2008 (CNSA 2009) ; (iii) ces actions ont favorisé l’injection de plusieurs centaines de millions de gourdes directement dans les exploitations agricoles et dans le pays en général à travers la création de centaines de milliers d’emplois temporaires et durables durant toute la période sous étude et très certainement au-delà. Ce qui a conduit à ce succès un an seulement après ces malheureux événements de 2008, un véritable bond du secteur agricole en 2009 en matière de réduction de l’insécurité alimentaire.
Pourtant, ironie de l’histoire, l’architecte principale de ce succès, la Première Ministre Pierre-Louis, a été remerciée par le Senat sous prétexte de mauvaise gestion des 197 M d’USD. Pauvre Haïti, pays de défis mangeur de gens de bien !!!
Défis du secteur agricole
Les défis sont de deux ordres conjoncturel et structurel. Il faut maintenir les résultats obtenus en 2009 en continuant à financer les urgences, en consolidant les réparations effectuées, en mettant à disposition des paysans à prix subventionnés des intrants, des outils agricoles, du crédit, et en renforçant les capacités des agriculteurs et agricultrices. En outre, l’un des plus grands défis du secteur agricole demeure la question environnementale. Tous les efforts consentis en aval n’auront aucune garantie sans la protection en amont.
Parallèlement, il faut approfondir la réforme du secteur agricole et rural. Le plus grand défi c’est d’arriver à marier l’urgence au structurel pour déboucher sur le développement de ce secteur, l’un des piliers du DSNCRP. La leçon à tirer des catastrophes de 2008, c’est la nécessité de prioriser l’environnement haïtien sur une période relativement longue en vue de sécuriser les investissements, réduire la vulnérabilité du pays, déboucher sur la croissance et réduire la pauvreté.
D’autres défis à surmonter, c’est d’asseoir le leadership du MARNDR sur le secteur, assurer une coordination sérieuse de l’ensemble des actions au niveau du secteur, et mettre en œuvre la politique de développement agricole et le plan national de sécurité alimentaire et nutritionnelle après leur appropriation par les parties prenantes impliquées.
Perspectives du secteur agricole
Pour relever ces défis, Haïti ne dispose certes pas de moyens suffisants, mais avec un plan de développement bien ficelé dont le DSNCRP contient l’essentiel des éléments, elle pourra sortir de cette situation. Ce serait un plan axé sur l’humain, le social, l’environnemental, l’infrastructurel, le financier et la gouvernance. Pour financer ce plan, il faut un combat sans merci contre la corruption, des investissements considérables de l’Etat (12-15% du PIB dans le secteur agricole), du Privé, des bailleurs de fonds, des investissements étrangers importants et de la diaspora haïtienne.
Quant au financement lié à l’agriculture, Haïti doit aussi faire preuve d’agressivité auprès des instances internationales de financement. Depuis les émeutes de la faim, la FAO se bat pour rehausser l’aide publique au développement (APD) au secteur agricole à son niveau de 1980, soit 17% au lieu de 3.8% actuellement. Certains mécanismes de financement sont mis en place depuis les émeutes de 2008, au niveau de la Banque Mondiale (BM), de l’Union Européenne (UE), du Fonds International de développement agricole (FIDA), de la Banque Interaméricaine de développement (BID), de la Banque Africaine de Développement (BAD), etc. Toutes ces institutions disposent désormais de fonds même en quantité insuffisante pour financer l’agriculture, les risques et désastres et autres domaines liés à la problématique de l’insécurité alimentaire (IA). Par exemple, le G8 a promis, en juillet 2009, 21 mds d’USD à l’Aquila, Italie, pour le financement du secteur agricole. Pour nourrir la planète d’ici 2050, il faudrait selon la FAO, des investissements annuels de l’ordre de 209 milliards d’USD. Haïti doit profiter de cette prise conscience mondiale par rapport à l’agriculture et à la sécurité alimentaire pour mieux se positionner et bénéficier du financement disponible, tout en continuant avec des efforts internes pour consacrer une part importante du budget national au secteur agricole jusqu’à atteindre le niveau de 15% sur une période plus ou moins longue de 10 à 15 ans.
Dans le cadre des 21 mds d’USD, le Ministre de l’agriculture a fait preuve d’agressivité en réclamant, lors de la 36e Conférence de la FAO, une part substantielle pour Haïti (Réf. Discours du Ministre). La réaction positive de la FAO qui moins d’une semaine après, a entamé des discussions sur une probable allocation de 500 M d’USD sur 3 ans à Haïti, témoigne du bien fondé d’une attitude agressive et proactive de la part de notre pays. La soumission d’une note conceptuelle à ce sujet par le ministère une semaine après les premières discussions exprime la volonté d’Haïti de sortir des sentiers battus (Réf. Programme agricole pour la réduction de l’insécurité alimentaire 10-13. PARIAH 10-13. Déc.2009).
Dans ce même ordre d’idées, le Ministre devra faire un plaidoyer auprès du Gouvernement pour l’augmentation de 6% (2009-10) à 15% la part du budget national consacrée au secteur agricole durant les 10 à 15 prochaines années pour lui permettre d’atteindre les objectifs fixés à l’horizon 2025, et dont a fait part le Ministre dans son discours de Rome (Nov.2009) pour justifier la réclamation de la part substantielle des 21 mds d’USD promis par le Sommet du G8 de l’Aquila en juillet 2009.
Conclusion
2009 a été une bonne année pour le secteur agricole, 25% d’augmentation de production agricole par rapport à 2008, réduction du nombre de personnes en insécurité alimentaire de 3.3 M à 1.8 M, création de centaines de milliers d’emplois temporaires et durables (6 emplois permanents par ha de terre irrigué), la reprise en main même timide du leadership du secteur par le ministère. C’est un bond en avant.
Le plus difficile, il faut garantir la relance du secteur. Avec 6% du budget pour l’exercice en cours, cet exploit est difficilement renouvelable. La saison cyclonique 2010, l’organisation des élections de 2010 (Parlement, Collectivités Territoriales, Président, élections indirectes) et des contraintes inhérentes au secteur agricole pourraient compromettre les efforts pour un nouvel exploit aussi spectaculaire.
Toutefois, avec une gestion rigoureuse du peu de fonds mis à disposition, un recentrage des actions du MARNDR autour des programmes et projets en cours, une agressivité proactive auprès des bailleurs, des agences de coopération, une meilleure coordination de l’ensemble des actions du secteur, un approfondissement du processus de reforme au niveau du ministère, les résultats pourront être au rendez-vous.
Le ministère devrait entre autres s’appuyer essentiellement sur le sous-secteur irrigué, sur les pistes rurales et la reprise en main de la plupart des fermes d’état et centres de formation. La mise en application de la politique de développement agricole 10-25, du PNSAN 10-25, et du programme d’actions prioritaires 10-12 moyennant disponibilité des fonds en phase de recherche par Bill Clinton dans le cadre de sa mission en Haïti pour le compte du Secrétaire Général de l’ONU, pourrait grandement aider à l’atteinte des objectifs fixés pour 2010.
Pour cela, les responsables du ministère devront faire preuve d’esprit d’initiatives, d’imagination et de créativité, tout en tenant compte des risques liés aux élections de 2010 et à la prochaine saison cyclonique 2010. Souhaitons que le Gouvernement en place ne subisse pas, et eux avec, le sort de Mme Pierre-Louis. 2010 et ses cohortes d’événements seront les seuls capables de prédire l’avenir immédiat du secteur agricole et du Pays Haïtien, l’imprévisible. A bon entendeur, salut !!!
Jean Robert JEAN-NOEL
29 Décembre 2009
Contexte
En 2008, Haïti a été victime des conséquences de la crise liée à la flambée des prix alimentaires au niveau international liée elle-même à la question de spéculation. En effet, dès 2007, la FAO avait observé une augmentation des prix alimentaires de l’ordre de 50%. Cette flambée des prix alimentaires et pétroliers associée au crash financier mondial de 2008, est en grande partie responsable de l’ensemble des émeutes déclenchées au printemps 2008 dans les pays en développement, en particulier ceux à faible revenu comme Haïti. Cette crise aggravée par des causes conjoncturelles et structurelles internes à notre pays a fini par déboucher sur les émeutes d’avril 2008 dites de la faim en Haïti. Cette situation s’était aggravée par la crise gouvernementale qui en était résultée et par le passage de quatre (4) cyclones sur Haïti en août-septembre 2008. Cette combinaison d’événements avait mis à plat l’économie haïtienne (15% du PIB) avec des dégâts considérables dans le secteur agricole (229 M d’USD). C’est dans ce contexte qu’un nouveau Gouvernement dirigé par une femme, Mme Pierre-Louis, avait accédé au pouvoir et qu’une nouvelle équipe avait été placée à la tête du Ministère de l’Agriculture, des ressources naturelles et du développement rural (MARNDR). Alors quel est le bilan du secteur agricole pour 2009 et quelles perspectives?
La situation après les événements de 2008
La situation de l’agriculture, après les émeutes de la faim de 2008 et le passage des quatre cyclones sur Haïti, était tout simplement catastrophique. Diverses visite des lieux effectuées tout de suite après (septembre-octobre 2008) révélaient l’ampleur de la catastrophe et les nombreux défis à relever dans le secteur agricole.
Après ces deux événements, c’était la désolation la plus totale : des arbres centenaires arrachés, des maisons éventrées, des ponts emportés, des routes coupées, des bananerais ravagées, des rizières, des villes et localités inondées, etc. Le ministère de l’agriculture avait évalué les dégâts dans le secteur agricole à 229 M d’USD. De plus, il faut noter que les dégâts à l’échelle du pays avaient été considérables et les pertes en vies humaines aussi, près d’un milliard d’USD de dégâts, soit environ 15% du PIB, et plus de 1000 morts et disparus,100000 sans abris, 27 702 maisons détruites et 84 625 partiellement endommagées (Bilan partiel Direction Protection Civile. 1er Oct.08).
Face à la lenteur de la Communauté internationale (CI) à réagir par rapport à cette situation catastrophique (seulement 14% des fonds recueillis en octobre 08 des 107 M d’USD sollicités par le PNUD), l’Etat Haïtien avait déclaré l’état d’urgence pour 15 jours et avait pris l’initiative d’utiliser les fonds PETROCARIBE. Heureusement que le Parlement ait accepté de débloquer en urgence les fameux 197 M USD de PETROCARIBE dont 36.75 M d’USD accordés au ministère de l’agriculture pour un programme d’urgence post-cyclone en trois phases : urgences (3%), relèvement (40%) et réhabilitation/reconstruction (57%).
La répartition des fonds a tenu compte des priorités du gouvernement et des secteurs les plus touchés par les catastrophes naturelles. Ainsi les ministères des Travaux Publics, de l’Agriculture et de l’Education ont bénéficié respectivement de 47%, 19% et 14% des montants disponibles, tout en sachant que ces montants ne pourraient pas réparer l’ensemble des dégâts subis par ces secteurs. (Rapport final Programme d’urgences, sept.2009)
Les domaines d’intervention/actions du MARNDR et ses Partenaires en 2009
Les domaines d’intervention du MARNDR étaient regroupés sous trois (3) grandes rubriques : la production végétale, la production animale et la restructuration du secteur transversale aux deux autres.
Actions
Ces actions ont concerné la recapitalisation des exploitations agricoles, la création d’emplois, la distribution de semences et d’outils aratoires, ainsi que des actions plus durables comme la réhabilitation des infrastructures d’irrigation et la construction de petites unités de transformation pouvant avoir un effet d’entrainement sur les filières de l’élevage. Les actions avaient pour objectifs : la redynamisation du secteur agricole et la relance de la production à travers la reconstitution de la capacité de production détruite par les cyclones; l’amélioration de la circulation monétaire pour stimuler la consommation et l’investissement; l’amélioration du niveau d’équipement en vue d’alléger le travail agricole ; l’atténuation de la fragilité de l’environnement par le curage et la protection des berges des rivières et la correction des ravines.
Les interventions dans le secteur agricole ont été structurées autour de six (6) composantes :(i) protection des berges et curage des rivières (30 KM aux Gonaïves, Cabaret, Léogane, Jacmel); (ii) entretien et réhabilitation des infrastructures hydro agricoles (106 périmètres irrigués pour 57000 ha); (iii) correction des ravines (460 Km); (iv) acquisition et distribution d’intrants agricoles (1000 TM de semences de haricot, de mais, de riz, 1450000 drageons de bananiers et boutures d’igname, d’outils aratoires (50000 Unités) et d’engrais chimiques subventionnés à 75% (450 TM) ; (v) acquisition d’équipements agricoles (217 tracteurs et 400 pompes d’irrigation); (vi) appui à l’élevage (mise en place de centres régionaux de production de poussins d’une capacité de production journalière de 1575 poussins, de 155 unités de production de poulets de chair d’une capacité journalière de 9000 kg de viande, d’une unité de production de 4000 pondeuses, de 60 incubateurs à kérosène d’une capacité de 500 œufs et de 24000 poussins tous les 21 jours, réhabilitation de la station avicole de Damien avec une capacité de production de 1300 pondeuses et 1500 pondeuses rustiques, la production et la distribution de 28000 pondeuses rustiques, de 90000 poussins, de 8000 chèvres, 2500000 poissons, l’installation de dispositifs de conservation de poissons à 5302 pêcheurs regroupés en 27 associations, la construction de 5 fromageries, la remise de ruchers à 200 apiculteurs, etc.)
A coté de ces actions menées dans le cadre du programme d’urgences, le ministère a entrepris d’autres actions dans le cadre des divers projets/programmes en cours au sein du ministère. Ces projets financés pour la plus grande majorité par la coopération externe ont été en complément aux actions décrites en détails précédemment. Il faut noter que ces projets restent l’épine dorsale du ministère en ce qui a trait aux résultats de moyens et de longs termes visés. Ce sont des projets de 5 à 7 ans avec des dépenses annuelles de 1 à 5 M d’USD par projet dont les plus gros totalisent une dizaine.
Restructuration interne
Parallèlement à ces actions liées à la production végétale et animale, le ministère de l’agriculture a mené et mène tout un processus de réforme de restructuration interne : (1) L’élimination des postes de directeurs généraux adjoints,(2) le recrutement par voie d’appels d’offres des nouveaux directeurs départementaux et directeurs départementaux adjoints avec juridiction de ces derniers sur les anciennes sous-directions départementales, sources de nombreux conflits d’autorité et de disfonctionnement, (3) l’amélioration du cadre de vie au niveau central (clôture de l’aire des bureaux du ministère, aménagements intérieurs de certaines directions comme l’administration, la programmation, le cabinet du Ministre, la section de communication, etc.), (4) le processus de réduction des directions centrales de 18 à 12 (réf. Nouvel organigramme), de rajeunissement des cadres par la mise en retraite des cadres ayant atteint la limite d’âge (en cours), (5) les réflexions sur des éléments de politique agricole, (6) la finalisation du document de politique de développement agricole 2010-2025, du plan national de sécurité alimentaire et nutritionnelle (PNSAN 2010-2025), (7) la relance des structures de concertation du secteur agricole tant au niveaux central que déconcentré, (8) l’amélioration de la communication au niveau du ministère (présence à la radio, à la TV, site WEB), de la sécurité interne au niveau central avec la présence remarquée d’agents de sécurité en uniforme dans des points d’accès au ministère, sur la cour et à l’intérieur des bâtiments, (9) le renforcement des liens de collaboration et de coopération avec la coopération externe et les bailleurs de fonds (USAID, ACDI, AFD, coopération cubaine, vénézuélienne, espagnole, taïwanaise, BID, UE, BM, etc.) (10) les négociations avec les bailleurs de fonds et agences de coopération comme le FIDA, la FAO et autres pour des programmes de moyen et long terme susceptibles de réduire l’insécurité alimentaire et la pauvreté du pays par l’amélioration des conditions de vie des ruraux.
Effets induits : un véritable bond
Ces interventions associées à celles des autres acteurs du secteur (ONG, agences de coopération) et de certains organismes autonomes de l’Etat comme le Bureau de Monétisation et le FAES, ont permis de redresser rapidement en 2009 la situation du secteur agricole. Pour l’année 2009 à titres d’exemples,(i) les travaux de curage et les semences distribuées ont permis une extension des superficies emblavées à 22 000 hectares cultivés en riz au niveau de l’aire de l’ODVA , soit une augmentation de 57% par rapport à l’année 2008 , la production de riz Paddy est passée de 42 000 tonnes à 66 000 tonnes ; (ii) on a enregistré à travers le pays une réduction significative du nombre de personnes en insécurité alimentaire de 3.3 M à 1.8 M et une augmentant de 25% de la production agricole en 2009 par rapport à 2008 (CNSA 2009) ; (iii) ces actions ont favorisé l’injection de plusieurs centaines de millions de gourdes directement dans les exploitations agricoles et dans le pays en général à travers la création de centaines de milliers d’emplois temporaires et durables durant toute la période sous étude et très certainement au-delà. Ce qui a conduit à ce succès un an seulement après ces malheureux événements de 2008, un véritable bond du secteur agricole en 2009 en matière de réduction de l’insécurité alimentaire.
Pourtant, ironie de l’histoire, l’architecte principale de ce succès, la Première Ministre Pierre-Louis, a été remerciée par le Senat sous prétexte de mauvaise gestion des 197 M d’USD. Pauvre Haïti, pays de défis mangeur de gens de bien !!!
Défis du secteur agricole
Les défis sont de deux ordres conjoncturel et structurel. Il faut maintenir les résultats obtenus en 2009 en continuant à financer les urgences, en consolidant les réparations effectuées, en mettant à disposition des paysans à prix subventionnés des intrants, des outils agricoles, du crédit, et en renforçant les capacités des agriculteurs et agricultrices. En outre, l’un des plus grands défis du secteur agricole demeure la question environnementale. Tous les efforts consentis en aval n’auront aucune garantie sans la protection en amont.
Parallèlement, il faut approfondir la réforme du secteur agricole et rural. Le plus grand défi c’est d’arriver à marier l’urgence au structurel pour déboucher sur le développement de ce secteur, l’un des piliers du DSNCRP. La leçon à tirer des catastrophes de 2008, c’est la nécessité de prioriser l’environnement haïtien sur une période relativement longue en vue de sécuriser les investissements, réduire la vulnérabilité du pays, déboucher sur la croissance et réduire la pauvreté.
D’autres défis à surmonter, c’est d’asseoir le leadership du MARNDR sur le secteur, assurer une coordination sérieuse de l’ensemble des actions au niveau du secteur, et mettre en œuvre la politique de développement agricole et le plan national de sécurité alimentaire et nutritionnelle après leur appropriation par les parties prenantes impliquées.
Perspectives du secteur agricole
Pour relever ces défis, Haïti ne dispose certes pas de moyens suffisants, mais avec un plan de développement bien ficelé dont le DSNCRP contient l’essentiel des éléments, elle pourra sortir de cette situation. Ce serait un plan axé sur l’humain, le social, l’environnemental, l’infrastructurel, le financier et la gouvernance. Pour financer ce plan, il faut un combat sans merci contre la corruption, des investissements considérables de l’Etat (12-15% du PIB dans le secteur agricole), du Privé, des bailleurs de fonds, des investissements étrangers importants et de la diaspora haïtienne.
Quant au financement lié à l’agriculture, Haïti doit aussi faire preuve d’agressivité auprès des instances internationales de financement. Depuis les émeutes de la faim, la FAO se bat pour rehausser l’aide publique au développement (APD) au secteur agricole à son niveau de 1980, soit 17% au lieu de 3.8% actuellement. Certains mécanismes de financement sont mis en place depuis les émeutes de 2008, au niveau de la Banque Mondiale (BM), de l’Union Européenne (UE), du Fonds International de développement agricole (FIDA), de la Banque Interaméricaine de développement (BID), de la Banque Africaine de Développement (BAD), etc. Toutes ces institutions disposent désormais de fonds même en quantité insuffisante pour financer l’agriculture, les risques et désastres et autres domaines liés à la problématique de l’insécurité alimentaire (IA). Par exemple, le G8 a promis, en juillet 2009, 21 mds d’USD à l’Aquila, Italie, pour le financement du secteur agricole. Pour nourrir la planète d’ici 2050, il faudrait selon la FAO, des investissements annuels de l’ordre de 209 milliards d’USD. Haïti doit profiter de cette prise conscience mondiale par rapport à l’agriculture et à la sécurité alimentaire pour mieux se positionner et bénéficier du financement disponible, tout en continuant avec des efforts internes pour consacrer une part importante du budget national au secteur agricole jusqu’à atteindre le niveau de 15% sur une période plus ou moins longue de 10 à 15 ans.
Dans le cadre des 21 mds d’USD, le Ministre de l’agriculture a fait preuve d’agressivité en réclamant, lors de la 36e Conférence de la FAO, une part substantielle pour Haïti (Réf. Discours du Ministre). La réaction positive de la FAO qui moins d’une semaine après, a entamé des discussions sur une probable allocation de 500 M d’USD sur 3 ans à Haïti, témoigne du bien fondé d’une attitude agressive et proactive de la part de notre pays. La soumission d’une note conceptuelle à ce sujet par le ministère une semaine après les premières discussions exprime la volonté d’Haïti de sortir des sentiers battus (Réf. Programme agricole pour la réduction de l’insécurité alimentaire 10-13. PARIAH 10-13. Déc.2009).
Dans ce même ordre d’idées, le Ministre devra faire un plaidoyer auprès du Gouvernement pour l’augmentation de 6% (2009-10) à 15% la part du budget national consacrée au secteur agricole durant les 10 à 15 prochaines années pour lui permettre d’atteindre les objectifs fixés à l’horizon 2025, et dont a fait part le Ministre dans son discours de Rome (Nov.2009) pour justifier la réclamation de la part substantielle des 21 mds d’USD promis par le Sommet du G8 de l’Aquila en juillet 2009.
Conclusion
2009 a été une bonne année pour le secteur agricole, 25% d’augmentation de production agricole par rapport à 2008, réduction du nombre de personnes en insécurité alimentaire de 3.3 M à 1.8 M, création de centaines de milliers d’emplois temporaires et durables (6 emplois permanents par ha de terre irrigué), la reprise en main même timide du leadership du secteur par le ministère. C’est un bond en avant.
Le plus difficile, il faut garantir la relance du secteur. Avec 6% du budget pour l’exercice en cours, cet exploit est difficilement renouvelable. La saison cyclonique 2010, l’organisation des élections de 2010 (Parlement, Collectivités Territoriales, Président, élections indirectes) et des contraintes inhérentes au secteur agricole pourraient compromettre les efforts pour un nouvel exploit aussi spectaculaire.
Toutefois, avec une gestion rigoureuse du peu de fonds mis à disposition, un recentrage des actions du MARNDR autour des programmes et projets en cours, une agressivité proactive auprès des bailleurs, des agences de coopération, une meilleure coordination de l’ensemble des actions du secteur, un approfondissement du processus de reforme au niveau du ministère, les résultats pourront être au rendez-vous.
Le ministère devrait entre autres s’appuyer essentiellement sur le sous-secteur irrigué, sur les pistes rurales et la reprise en main de la plupart des fermes d’état et centres de formation. La mise en application de la politique de développement agricole 10-25, du PNSAN 10-25, et du programme d’actions prioritaires 10-12 moyennant disponibilité des fonds en phase de recherche par Bill Clinton dans le cadre de sa mission en Haïti pour le compte du Secrétaire Général de l’ONU, pourrait grandement aider à l’atteinte des objectifs fixés pour 2010.
Pour cela, les responsables du ministère devront faire preuve d’esprit d’initiatives, d’imagination et de créativité, tout en tenant compte des risques liés aux élections de 2010 et à la prochaine saison cyclonique 2010. Souhaitons que le Gouvernement en place ne subisse pas, et eux avec, le sort de Mme Pierre-Louis. 2010 et ses cohortes d’événements seront les seuls capables de prédire l’avenir immédiat du secteur agricole et du Pays Haïtien, l’imprévisible. A bon entendeur, salut !!!
Inscription à :
Articles (Atom)