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samedi 30 juin 2012

HAITI: RIO+20 - CE SOMMET PLANETAIRE TRES PARTICIPATIF AU RESULTAT FINAL MITIGE AUGURE-T-IL LE RESULTAT DU BRESIL AU MONDIAL DE FOOTBALL 2014?



HAITI: RIO+20 - CE SOMMET PLANETAIRE TRES PARTICIPATIF AU RESULTAT FINAL MITIGE AUGURE-T-IL  LE RESULTAT DU BRESIL AU MONDIAL DE FOOTBALL 2014?

JEAN ROBERT JEAN-NOEL

LE 30 JUIN 2012

Au cours de ce mois de juin 2012, trois événements majeurs ont marqué notre pays. Ce sont la Coupe d’Europe des nations et la passion soulevée, la publication de la constitution de 1987 amendée et les controverses déchainées, et la participation d’Haïti à la Conférence des Nations Unies sur le développement durable (CDD), plus connue sous le label RIO+20, organisée au Brésil du 13 au 22 Juin 2012, et son résultat final plutôt mitigé. Malgré l’envie d’analyser ces événements de manière imbriquée, articulée et intégrée par rapport au grand Ensemble Haïti, nous nous contenterons de nous attarder sur RIO+20. Veut, veut pas, cette conférence va orienter notre avenir de peuple vers cette « économie verte » à prédominance financière au détriment du capital humain, du capital social, du capital infrastructurel et du capital politique en terme de gouvernance. Cette gouvernance mondiale, ce nouveau cadre international, ce nouvel ordre mondial tourné vers le sauvetage de la planète et attendu désespérément n’est finalement pas issu  de RIO+20. En tout cas, c’était, naïvement  et en fonction de mon coté positif, mon hypothèse de travail avant l’ouverture de la conférence. Cette hypothèse était basée sur le thème de la conférence axé sur l’économie verte et le cadre institutionnel et surtout sur ce fameux slogan de la conférence :The future we want (L’Avenir que nous voulons).

La participation d’Haïti à  la Conférence de Rio
La participation de notre pays s’est faite à plusieurs niveaux, (i) la société civile, (ii) la délégation technique composée de 7 cadres de haut niveau, sélectionnés parmi la vingtaine de cadres qui ont travaillé de novembre 2011 à juin 2012 sur le document de positionnement d’Haïti et le dépliant de sensibilisation, et  (iii) la délégation officielle, forte d’une vingtaine de personnes dont l’épouse du Président, le Secrétaire d’Etat aux affaires étrangères, le Ministre de l’environnement, et conduite par le Président Martelly en personne. La délégation technique est arrivée une semaine avant la délégation officielle pour (i) participer aux derniers rounds de négociation à travers le G77 regroupant les pays moins avancés (PMA), les petits Etats insulaires en développement (PEID)… en face des Etats Unis appuyés par le Canada et l’Australie et de l’Europe, (ii) prendre part à certains de ces 500 événements parallèles organisés par les Etats et les grandes institutions internationales et qui concernent notre pays, (iii) préparer le terrain pour la délégation officielle en planifiant avec l’Ambassade d’Haïti au Brésil les rencontres bilatérales et en élaborant un dossier technique à destination du Président Martelly pour ses prestations à la conférence et en marge de la conférence .
  
La délégation officielle est arrivée une journée avant l’ouverture officielle de la Conférence (20-22 juin). Aussitôt, le Ministre de l’environnement, qui était arrivé quelques jours auparavant et qui a finalisé avec la délégation technique le dossier à soumettre au Président, a travaillé avec ce dernier sur la finalisation de son discours qu’il a prononcé le lendemain de son arrivée au pavillon 5 réservé aux Chefs de délégation. En plus des discussions bilatérales, le Chef de l’Etat a présenté un discours sur l’énergie à l’ouverture d’un side event organisé par l’OIF, l’ACP, où il a exposé la stratégie haïtienne sur la question. Il a donné des interviews et rencontré certains haïtiens et haïtiennes qui travaillent au centre de la Conférence. De son coté, la Première Dame a eu des activités parallèles.

Malgré le manque d’articulation entre la délégation officielle et la délégation technique pallié en quelque sorte par le Ministre de l’environnement, l’équipe haïtienne, pour utiliser un langage footballistique, a fait bonne figure à Rio, même si, à notre avis, il devait y avoir un meilleur équilibre entre la délégation officielle (moins de personnes)  et la délégation technique et plus de séances de travail (entrainement, planification et meilleure compréhension des enjeux de Rio+20), et ce, depuis bien avant le départ d’Haïti de l’équipe haïtienne. Des leçons à mettre en pratique à une prochaine occasion pour une meilleure prestation de notre pays à des événements de même type ! Ce qui nous permettra d’avancer ensemble en pensant Haïti au détriment de nos petites personnes et de mieux profiter de l’Après Rio+20 !

La conférence de Rio+20 s’est achevée sur un document de consensus d’une cinquantaine de pages et de 283 articles et une grandiose cérémonie de clôture organisée , à l’intention de nombreux chefs de délégation, par la Présidente du Brésil, Madame Dilma Rousseff qui en a profité pour en faire le bilan.

Les résultats de Rio+20
RIO+20, c’est la participation massive de représentants des Etats, des membres de la société civile de ces Etats à cette conférence sur le développement durable (CDD) organisée par les Nations Unies avec l’appui du pays hôte, le Brésil, du 13 au 22 juin 2012. Durant  ces dix jours à Rio,  les délégations gouvernementales ont conclu les négociations sur le document final de Rio, intitulé  «L’avenir que nous voulons ». Des représentants de 191 Etats membres de l’ONU et des observateurs, dont 79 Chefs d’Etat ou de gouvernement ont participé à la Partie officielle de la conférence. 44,000 badges d’accréditation ont été émis pour les réunions officielles. A Riocentro, le lieu de la conférence, plus de 500 événements  parallèles ont eu lieu.

Parallèlement  aux événements officiels, environ 3.000 événements non officiels ont été organisés à travers Rio de Janeiro, au Brésil. Les gouvernements et d’autres organisations ont profité de  Rio  pour organiser des Conventions et des forums dans des Pavillons pour présenter  leurs expériences et leurs  meilleures pratiques, tels : le Forum sur la science, la technologie et l’Innovation pour le développement durable, un Sommet des Peuples, le Congrès mondial sur la justice, la gouvernance et la loi pour la durabilité de l'environnement. Des actions spontanées de rue étaient quelques-uns des nombreux événements en relation avec  l’historique  de la ville de Rio de Janeiro 20 ans plus tôt , en en profitant  pour discuter des thèmes de Rio +20 et des défis plus larges pour  la mise en œuvre du développement durable.

Engagements financiers de 513 Mrds USD
Les participants à Rio +20 ont été encouragés à verser des contributions volontaires en termes d’engagements pour les actions d’implémentation des objectifs de la  conférence. Dans cette perspective,  des engagements ont été pris  par les gouvernements, les groupes du secteur privé, de la société civile  et d’autres groupes pour une valeur correspondant à US $ 513 milliards de dollars. Parmi les engagements financiers, la secrétaire d’Etat  américain, Hillary Clinton, Chef de la délégation américaine, a annoncé un partenariat entre les États-Unis et les nations d'Afrique de US $ 20 millions de dollars pour des projets d'énergie propre en Afrique. La présidente du Brésil, Dilma  Rousseff,  a promis US $ 6 de dollars au fonds du PNUE visant les pays en développement, et US $ 10 millions sur les défis du changement climatique en Afrique, les  pays les moins avancés (PMA), et les petits États insulaires en Développement (PEID) dont fait partie Haïti. Un engagement similaire avait été offert au début de la réunion par le Premier ministre chinois, Wen Jiabao. José Manuel Barroso, Président de la Commission européenne (CE), a annoncé la mobilisation de € 400 millions pour des projets  d’énergie durable.  Koichiro Gemba, ministre des Affaires étrangères du Japon, a annoncé un financement pour un programme de trois ans visant la réduction  des risques et désastres (catastrophes). Et huit banques  multilatérales de développement se sont engagées d'investir US $ 175 milliards au cours des 10 prochaines années pour appuyer la création de systèmes de transport durable.

L’Après RIO+20
L'accord adopté à Rio appelle  l'Assemblée générale des Nations Unies (AGNU), à sa prochaine session, (i) à prendre des décisions sur, notamment: la désignation d'un corps pour opérationnaliser durant  les 10 prochaines années, un cadre de programmes sur la consommation durable et la production, la détermination des modalités de la troisième conférence internationale sur les petits États insulaires en développement, à convoquer en 2014; (ii) identifier le format et l'organisation des aspects du forum de haut niveau, qui consiste à remplacer la Commission du développement durable, le renforcement du Programme Des Nations Unies pour l'environnement (PNUE); (iii) constituer un groupe de travail  chargé d'élaborer des objectifs mondiaux de développement durable (OMDD) à approuver par l'AGNU; (iv) établir un processus de mise en place d’une organisation intergouvernementale sous la supervision de  l'AGNU pour préparer un rapport proposant des options sur une stratégie efficace de financement du développement durable, et (v) envisager une série de recommandations du Secrétaire Général pour un mécanisme de facilitation qui favorise le développement, le transfert et la diffusion de technologies propres écologiquement rationnelles.

En outre, l'Assemblée générale est appelée à prendre une décision  dans les deux ans sur le développement d'un instrument international relatif à  la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer (UNCLOS) en ce qui concerne la biodiversité marine dans les zones au-delà  de la compétence nationale. De plus, la Commission statistique du système des Nations Unies est appelée à lancer un programme de travail sur des mesures plus larges pour compléter le produit intérieur brut, et est encouragée, le cas échéant, pour soutenir l'industrie, les gouvernements et les parties prenantes intéressés dans l'élaboration de modèles pour  les meilleures pratiques et faciliter l'action pour l'intégration des rapports sur le développement durable. Le document comprend également le texte sur les subventions sur le commerce, la pêche, les combustibles fossiles.

RIO+20, un sommet à forte participation et au résultat mitigé
Alors que beaucoup d’espoir  avait été placé sur Rio +20 pour la relance  de nouveaux processus et modifier de manière significative le cadre international[1], le résultat du document CDD a été beaucoup plus modeste et très en deçà des espérances. Mais tandis que certains ont critiqué le document pour son souci de recherche d’unanimité au détriment d’engagements mondiaux concrets avec de nouvelles orientations tournées hardiment vers la route du développement durable, d’autres se sont concentrés sur les opportunités d’avenir en s’appuyant sur  l'Assemblée Générale et d'autres instances en vue de façonner le vrai héritage de Rio +20.

Dans son discours de clôture de la CDD, le Président  Rousseff du Brésil a également déclaré que Rio +20 a démontré que le multilatéralisme est une voie légitime pour construire des solutions aux problèmes mondiaux. Les négociations sur le texte ont eu lieu au cours des deux dernières années et ont abouti à un document final plus de 200 pages avec des paragraphes en discussion montrant qu’il serait difficile sinon impossible de déboucher sur  un texte de consensus. On avait prévu que les dix jours à Rio seraient remplis de longues nuits et la corde raide qui ont caractérisé les  dernières négociations multilatérales sur l'environnement.  À la fin de la réunion, les délégués du Brésil usant  de  leur  leadership au cours des consultations informelles pré-conférence, au cours de laquelle  l'organisation de pays a élaboré un projet révisé, ont animé trois jours de discussions, ont encouragé les délégués à suggérer des changements dans le projet, et ont facilité l'accord final avant l'ouverture de Rio+20 elle-même. Les délégués à la CDD ont adopté le document final  de Rio+20, le 22 Juin 2012, et la séance  est levée à 20h41. Brésil a reçu beaucoup de louage pour avoir accueilli et mené à bien le Sommet le plus participatif de l’histoire à une conclusion satisfaisante même si les opinions sur le principal résultat politique restent assez mitigées.

Considérations finales

Observation Générale de la délégation haïtienne en ce qui concerne les résultats et les produits de la conférence
La délégation haïtienne accueille favorablement les références qui ont été faites par rapport aux engagements vis-à-vis des Petits Etats Insulaires en Développement et aux Pays Moins Avancés en ce qui concerne la mise en œuvre du Programme d’Action de la Barbade, de la Stratégie de l’Ile Maurice et du Programme d’Action d’Istanbul. Il s’agit d’un bon point pour le gouvernement haïtien compte tenu de son engagement à jeter les bases pour combattre la pauvreté et œuvrer pour le développement durable à travers les 5 E.

La délégation haïtienne apprécie aussi le fait que le document ait permis de déblayer le terrain en matière d’économie verte et de cadre institutionnel pour le développement durable. Cependant l’appréciation générale de la délégation est que la conférence n’a pas abouti à des résultats tangibles auxquels on devrait s’attendre surtout en matière d’engagements financiers formels (ressources nouvelles, additionnelles et prévisibles) puisque ces engagements ne sont pas allés plus loin que  la recommandation d’un processus intergouvernemental à mettre en place pour la mobilisation des ressources.

En clôture de la conférence, (CDD), la présidente du Brésil, Dilma Rousseff , a souligné que Rio +20 a été la plus participative conférence de l’histoire et  était « une expression globale de la démocratie ». Elle en a profité pour inviter ses pairs à la Coupe du Monde de 2014 qui aura lieu au Brésil. Cette conférence mondiale au résultat mitigé augure peut-être le résultat du Brésil au Mondial de football de 2014, surtout avec la présence probable des deux finalistes de la coupe d’Europe 2012, Espagne-Italie (4-0), les deux derniers champions des 2 dernières coupes du monde. « Mauvaise comparaison, la planète terre est dominée financièrement par les USA alors que la planète football est dominée par le Brésil », m’a rappelé un ami, fanatique fou du Brésil, qui croit dur comme fer que ce sera l’occasion pour le Brésil de gagner sa 6e coupe du monde. Une mise en garde tout de même pour les fans du Brésil : 1950.



[1] On s’attendait à l'établissement d'un nouveau Haut Commissaire pour l'avenir Des générations, à la transformation du Programme des Nations Unies pour l'environnement (PNUE) en une institution spécialisée dotée de moyens significatifs de mise en œuvre pour l’atteinte  d'objectifs concrets à partir d’une «feuille de route" pour l'économie verte.

samedi 26 mai 2012

HAITI A L’HEURE DE VERITE 2 : LE STYLE LAMOTHE, ESPOIR OU DESILLUSION?



HAITI A L’HEURE DE VERITE 2 : LE STYLE LAMOTHE, ESPOIR OU DESILLUSION?  
JEAN ROBERT JEAN-NOEL
26 MAI 2012

Le mois de Mai 2012, c’est l’élection à la présidence de François Hollande comme nouveau Président de la France en lieu et place de Sarkozy. C’est la crise de la dette en Europe : La Grèce, l’Italie, l’Espagne. Les deux grands d’Europe et de la zone Euro (L’Allemagne et la France) sont obligés de trouver un  terrain d’entente pour atténuer  la crise dans la zone EURO. Le G8 s’est réuni dans le fief du Président Obama, à Camp David, suivi du sommet de Chicago sur NATO avec les pays membres de l’Alliance Atlantique. Les grandes questions mondiales, dont la crise de la dette européenne, la question de la sécurité mondiale, le retrait définitif de NATO de l’Afghanistan en 2014, avec des appuis ponctuels aux forces afghanes de sécurité, ont été, entre autres, évoquées. Plus près de nous, là en République Dominicaine, c’est l’élection de Danilo Medina, le poulin de Fernandez qui est élu ce dimanche 20 mai 2012 avec Mme Fernandez comme Vice-Présidente. Contrairement à la France, en République Dominicaine, le pouvoir ne change pas de main. Et Haïti dans tout cela ? Elle sort la tête de l’eau enfin avec la ratification du Premier Lamothe et de son énoncé de politique générale,  et la mise en place de son « gouvernement d’ouverture ». Notre pays est donc à l’heure de vérité 2, avec un budget, un nouveau gouvernement, le second de l’ère Martelly,  et un Premier ministre (PM) avec un nouveau style ? Qui sait ? Voyons voir.

Le vote du Budget avant le vote de l’énoncé de politique générale du PM
Le mandat du Président Martelly vient de franchir sa première année le 14 Mai 2012. Ce même 14 Mai, le processus de ratification de Mr Lamothe comme deuxième Premier Ministre du Président est bouclé avec le vote par la chambre basse de l’énoncé de politique générale du PM. Bien avant la ratification de l’énoncé de politique générale du PM par le Sénat le 8 Mai 2012, date de départ des « dinosaures », le Sénat a voté le 4 Mai 2012, le budget rectificatif 2011-2012 d’environ 3 Mrds d’USD. Il est à remarquer que chronologiquement le vote de budget a précédé celui de la politique générale du PM. Donc, tout au moins, pour cet exercice, le Gouvernement Martelly-Lamothe, n’a d’autre choix que d’évoluer à l’intérieur de la fourchette votée.

L’énoncé est même dans son essence mais différent dans sa manière
En tout cas, l’énoncé de politique générale de Lamothe qui, dans son essence avec son articulation autour des 5 E (Education, Etat de droit, Emploi, Environnement et Energie), n’est pas trop différent de celui de Conille. L’énoncé laisse supposer que le montant de 15 Mrds d’USD, prévus par le Gouvernement Conille dont Lamothe faisait partie comme Ministre des Affaires Etrangères, reste valable pour la mise en œuvre du programme de 5 ans du Président Martelly. Toutefois, l’énoncé s’est fait de manière différente avec l’utilisation de projection Power Point. C’est une première, tout au moins au niveau d’un Premier Ministre Haïtien.

Une architecture gouvernementale différente avec 40% de femme
Le Gouvernement du Premier Ministre Lamothe est aussi différent en termes de choix des personnes et d’architecture gouvernementale. En effet, changer de Ministre de l’Economie et des Finances en même temps que le Ministre de la planification ainsi que le Ministre de la Justice et de la Sécurité Publique, c’est quelque chose qui ne s’est pas vu en Haïti depuis plus de 10 ans sous la même présidence. Lamothe a aussi innové en venant avec les Ministres Délégués auprès du Premier Ministre, surtout la Ministre Déléguée contre la pauvreté extrême et aux droits de l’homme, et la Ministre Déléguée aux affaires Paysannes, et  en introduisant 40% de femmes dans le gouvernement dans des domaines clés comme l’économie, la finance et la planification. La Défense est séparée de l’Intérieur et a été confiée à un ancien Président du Parlement, Rodolphe Joasil. La communication est dissociée de la culture : la première est confiée à Ady Jean Gardy et la deuxième à Mario Dupuy. Les deux ministres qui ont organisé la grandiose fête du 1er Mai 2012 ont été remerciés et remplacés. La fête était tellement belle qu’on croyait que ces deux-là allaient garder leur poste. En tout cas, le nouveau Ministre de l’Agriculture semble opter pour la continuité par sa manière d’opérer. En sera-t-il de même pour tous les autres nouveaux ministres ? Rien n’est moins sûr en Haïti, pays de rupture, de crise permanente et de discontinuité de l’Etat! Ce qui est sûr, par contre, ce gouvernement est le résultat de tractations entre le Parlement et l’Exécutif. On espère que ce consensus minimum entre les deux Pouvoirs, qui se sont chamaillés durant toute une longue année, permettra à Lamothe et à son « gouvernement d’ouverture » d’atteindre les résultats escomptés au bénéfice du peuple haïtien et dans la transparence.

Le jeu de la transparence
Justement, en parlant de transparence, Lamothe a encore innové en organisant un Conseil de gouvernement en présence des caméras de la télévision où chacun des ministres a présenté son programme de 100 jours en 5 grandes priorités au Chef du Gouvernement qui s’est comporté en vrai leader en menant tambour battant cette séance en vrai chef d’orchestre. C’était l’homme d’affaires plus enclin aux résultats qu’au palabre inutile, en forçant ses collaborateurs immédiats à prendre des engagements chiffrés dans des délais raisonnables, en demandant à d’autres membres du gouvernement (Plan et Finance) de mettre les moyens à la disposition de ceux-là qui auront à opérationnaliser les actions, en insistant à ce que ces actions soient imbriquées, articulées et intégrées pour des résultats d’ensemble utiles au peuple haïtien. Cette façon de faire a redonné espoir à certaines personnes, bien vue par la grande majorité, laissé sceptiques d’autres personnes qui y voient de la démagogie, et a forcé les ministres à prendre des engagements sur lesquels ils seront au fur et à mesure jugés et évalués. Le responsable de la Commission Nationale de Marchés Publics (CNMP) a promis d’aider pour faciliter la mise en œuvre des marchés publics tout en respectant les règles de passation de marchés comme cela a pu se faire avec le Ministère des TPTC. On verra jusqu’où cette transparence va et dans quelle mesure on en récoltera les fruits si les questions de sécurité arriveront à être résolues.

La question de l’armée, un avertissement par rapport à l’insécurité ?
En effet, les gens qui se réclament de l’armée d’Haïti et qui avaient pris d’assaut pratiquement tous les départements ont été délogés par la Police Nationale appuyée par la MINUSTAH. Le PM Lamothe, flanqué de son secrétaire d’Etat à la sécurité publique, s’est félicité du succès de ces opérations qui sont réalisées de « manière professionnelle » sans verser de sang. Le Premier Ministre a rendu visite aux forces spécialisées de la PNH pour les féliciter du travail professionnel accompli et le Secrétaire d’Etat a parlé de rétablissement de l’autorité de l’Etat. Il faut noter qu’en plus des jeunes gens de moins de 30 ans, on a eu aussi des américains dans les rangs de ces « bandes armées » dont la plupart des chefs de file sont jetés en prison. Certains étaient des révoqués de l’armée, des gens qui ont commis des infractions graves et qui ont été mise à pied sans pouvoir recourir à des procédures de réparation. Ils ont profité de la conjoncture et des promesses électorales de Matelly pour le mettre devant le fait accompli. C’est du désordre, une sorte d’embarras pour le pouvoir en place exploité efficacement par ses adversaires. Cette question a aussi permis aux malfrats de mettre leurs plans à exécution contre les paisibles citoyens qui essaient de joindre les deux bouts. Ces loups en ont grandement profité. Il y en a même qui ont intégré les bandes armées juste pour mieux se dissimuler et  frapper leurs victimes au bon moment. Heureusement, la police et la MINUSTAH se font sentir de plus en plus par leur visibilité, et ont opéré de manière efficace ces derniers temps en débusquant certains gangs démantelés et emprisonnés. Ces petites victoires du Gouvernement Lamothe redonnent de l’espoir ainsi que les inaugurations faites par le Président.

Lamothe organise, le Président inaugure
En effet, alors que Lamothe essaie de s’imposer en réorganisant les choses selon son style, le Président continue avec les inaugurations de certains travaux entrepris antérieurement. C’est ainsi qu’il a été au Plateau Central inaugurer la réalisation de lacs collinaires, dans l’Artibonite, inaugurer le système d’irrigation au niveau de la 5e Section de St Marc (3500 ha) en compagnie du Ministre de l’Agriculture, Agr Thomas Jacques, dans  l’Ouest inaugurer une station de traitement des eaux usées, en compagnie du Ministre des TPTC, Jacques Rousseau, et présider la cérémonie de graduation de la dernière promotion de l’Ecole de la Magistrature. La Première Dame, quant à elle, a lancé les états généraux de la Nutrition. Les deux associés en affaires font la course ensemble en politique. Réussiront-ils en politique comme en affaires ?

Haïti d’abord !
Ce n’est un secret pour personne, Martelly est un fonceur. Lamothe aussi à ce qu’il parait. Les deux ont été des sportifs, un footballeur et un tennisman. Les deux savent se battre pour des résultats. Ils ont pu ensemble obtenir des résultats en affaires. Jusqu’à présent leurs affaires marchent bien. Ils ont décidé de se jeter dans l’arène politique sans expérience dans le domaine. Ils ont su jusqu’à présent se tirer d’affaires honorablement, l’un comme Président et l’autre comme Ministre des affaires étrangères et comme Premier Ministre. C’est un couple qui fonctionne bien jusqu’à présent. Pourquoi ne réussiraient-ils pas ensemble en politique ? Ces deux sprinters ont de l’endurance. Pourront-ils gagner le trophée de la relance de notre pays ? C’est possible s’ils placent Haïti au premier plan par rapport à des intérêts immédiats et de clans. Haïti d’abord ! Et le « Pacte de gouvernabilité » prendra forme, soit autour d’un « Dialogue politique, soit autour d’une « grande concertation nationale » telle que l’a proposée La FONHDILAC en Mars 2011 (Réf. http://jrjean-noel.blogspot.com/2011/08/document-dorientation-pour-la.html VIIB3).

Le style Lamothe conduit-il Haïti aux résultats espérés ?
Lamothe en a pris l’engagement sur l’insistance de Mme Beauzile, l’ex-Sénatrice du Centre, lors de la séance de ratification de son énoncé de politique générale au Sénat, le 8 mai 2012. Le Premier Ministre, Lamothe a bataillé dur en affaires, a lutté pour devenir Premier Ministre en se battant sur plusieurs fronts avec les moyens du bord. Certains et pas des moindres ont parlé de corruption, d’autres ont glissé des « pos figs ». Toujours est-il, la formule Lamothe très certainement avalisée par Martelly a gagné. Au Parlement, dans la mise en place du gouvernement, au Conseil de Gouvernement, dans « l’affaire des anciens militaires », il a montré qu’il est capable d’innover, de transparence et de décisions pas forcément populaires. C’est un homme de négociation et de poigne. Sera-t-il ce « sauveur » en politique qui conduit Haïti avec la complicité du Président vers les résultats espérés ? De toute manière, s’ils ont réussi en affaires et pourquoi pas en politique en Haïti ? Et notre chère Haïti en sortira gagnante ! « Reve non, ou bliye ke Ayiti se tè glise ! Alos Clinton case dan’l, se ti banben sa yo ki ta reyisi ? Continye fe bel analyz», m’a lancé avec pessimisme mon ami de la fameuse formule du « ¼ Premier Ministre », « Haïti à l’heure de vérité », avril 2012 (Réf. http://jrjean-noel.blogspot.com/2012/04/haiti-lheure-de-verite.html).
 « En tout cas, mon cher ami, jusqu’à présent, mes analyses tiennent plus ou moins bien la route » lui ai-je lancé plus pour m’inciter à continuer que d’essayer de le convaincre. « Relis mes articles de Mars 2011 à aujourd’hui sur mon blog : www.jrjean-noel.blogspot.com et tu comprendras pourquoi je continue de rêver. » Ai-je conclu soulagé, plus optimiste et positif que jamais !