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vendredi 10 décembre 2010

HAITI-ELECTIONS DU 28 NOVEMBRE 10, LES SEPT OPTIONS DE SORTIE DE CRISE

HAITI-ELECTIONS DU 28 NOVEMBRE 10, LES SEPT OPTIONS DE SORTIE DE CRISE
Jean Robert JEAN-NOEL
10 Décembre 2010

2010 est à ma connaissance l’année la plus terrible qu’Haïti ait connue. En effet, notre pays fut victime du tremblement de terre qui a fait plus de 250000 morts et des dommages estimés à 120% du PIB de 2009;le cyclone Tomas a fait une dizaine de victimes et des dommages estimés à des dizaines de millions de dollars américains ; le choléra a franchi le cap de 2000 morts, et les résultats des élections du 28 novembre ont provoqué près d’une dizaine de morts et des dommages importants aux Cayes, au Cap, à Port-au-Prince, à Pétionville et une paralysie du pays depuis la proclamation de ces résultats. Les résultats de ces élections viennent exacerber la crise haïtienne. Quelles sont les options possibles pour s’en sortir ?

La crise électorale et ses racines historiques
Cette crise est en grande partie provoquée par le pouvoir en place. En effet, après la prise du pouvoir en 2006, au lieu de réaliser les élections indirectes pour la mise en place du Conseil Electoral Permanent (CEP), le Président Préval et son Premier Ministre, Jacques Edouard Alexis, avec la complicité de certains leaders politiques, préférèrent procéder à la mise en place d’un nouveau conseil électoral provisoire(CEP). Ce nouveau CEP avait organisé les sénatoriales contestées de 2009. Ces sénateurs « mal élus » ont permis au pouvoir d’asseoir sa mainmise sur le Parlement qu’il avait déjà dominé au niveau de la chambre basse grâce à un contrôle du groupe parlementaire CPP. Cette mainmise permit au Président de se débarrasser de Mme Pierre-Louis, la Première Ministre qui, entre temps, avait remplacé Mr Jacques Edouard Alexis, lui-même lâché par le Président et renvoyé par le Senat alors dominé par les Sénateurs qui allaient par la suite se considérer comme des opposants au Président Préval, et qui, paradoxalement, allaient prendre position pour Mme Pierre-Louis lorsque le Président décida de s’en débarrasser. Cet appui à Mme Pierre-Louis et les bons résultats obtenus par cette dernière(2.9% de croissance du PIB en 2009) n’avaient pas empêché le Président de la renvoyer malgré l’avis contraire de la plupart des haïtiens et de la communauté internationale, et de la remplacer par Mr Jean Max Bellerive, le Premier Ministre actuel. Le Président, sûr de ses forces et ayant le vent en pourpre, créa le Parti INITE et procéda à un léger remaniement du CEP qui avait prévu d’organiser les législatives en février 2010, et ce, malgré les protestations de l’opposition. Ces législatives n’avaient pu avoir lieu à cause du tremblement de terre du 12 janvier 2010, et ont du être fusionnées avec les Présidentielles pour être organisées le 28 Novembre 2010, malgré le refus de participation d’une frange de l’opposition à cause même, disent-ils, de la mainmise du pouvoir sur le CEP. Ces élections ont pu avoir lieu en effet ce 28 novembre 2010 avec beaucoup d’irrégularités et de fraudes, de l’avis de tout le monde et même du Président de la République lui-même. Sur la crise globale haïtienne vient donc se greffer une crise électorale sérieuse.

Comment sortir de la crise électorale ?
Haïti est au bord du gouffre cette fois-ci depuis la proclamation des résultats préliminaires de ces élections, le 7 Décembre 2010. Pour sortir de la crise électorale actuelle qui a déjà provoqué des dégâts considérables et des pertes en vies humaines, et qui pourrait avoir des conséquences incalculables pour notre pays, il y a plusieurs propositions/options sur le tapis (i) L’annulation des élections du 28 novembre 2010 ;(ii)L’organisation d’un second tour à 4 candidats ;(iii) L’organisation d’un second tour à 3 candidats;(iv) Le renvoi pur et simple du Président Préval ;(v) Le remplacement du Gouvernement tout en conservant le Président jusqu’au 7 février 2010 ; (vi) L’organisation d’un second tour sans le candidat du pouvoir ; (vii)Un compromis entre le pouvoir et Martelly pour « l’élection de Mme Manigat » au 1er tour. Ces deux dernières options sont miennes.

(i) L’annulation des élections du 28 novembre 2010
Cette proposition vient du groupe des 12 candidats à la présidence qui , le 28 novembre 2010, avait lancé un appel à l’annulation des élections pour cause d’irrégularités et fraudes massives. Quand on écoute la déclaration de l’ensemble des candidats, on a l’impression que tout le monde accuse le CEP sans distinction, y incluse la plate-forme INITE qui réclame la victoire à 52%. Cette proposition s’accompagnerait du renvoi du CEP. Cette proposition devrait avoir l’aval du pouvoir et de la communauté internationale pour être mise en application.

(ii) L’organisation d’un second tour à 4 candidats classés en tête de liste par le CEP
Cette proposition a été faite par Gérard Daniel Rouzier avant même la proclamation des résultats des élections du 28 Novembre 2010. Si le CEP en avait tenu compte, cela nous aurait évité la situation actuelle. Mais face à cette situation, cette option peut-elle encore être appliquée? D’autant que Céant qui vient en 4e position reste un farouche défenseur de l’option annulation.

(iii) L’organisation d’un second tour à 3 candidats
Cette proposition est déduite d’une interview de Valérie Numa sur Vision 2000 avec Mme Odette Roy Fombrun. Elle est reprise par certaines personnes qui croient que, face à l’ampleur de la crise électorale, il faudrait une solution politique pour sauver ce qui peut encore l’être.

(iv) Le renvoi pur et simple du Président Préval
C’est ce que demande la frange de l’opposition qui n’a pas été aux élections, c’est ce qu’exigent certains manifestants, c’est ce que proposent certains cadres sur les sites de la diaspora et de certains médias en ligne. Cette proposition n’est pas réaliste pour la bonne et simple raison qu’il ne reste que deux mois à Mr Préval pour laisser constitutionnellement le pouvoir. La mise en application d’une telle proposition dépendrait de la volonté du Président de partir avant l’heure, de la disposition de la communauté à accepter une telle option et de la capacité des manifestants à rester mobilisés sur une période plus au moins longue avec les conséquences désastreuses que l’on sait. Cette option, à mon avis, est à écarter.

(v) Le remplacement du Gouvernement tout en conservant le Président Préval jusqu’au 7 février 2010
Cette proposition prévoit la mise en place d’un nouveau gouvernement qui accompagnerait le Président jusqu’au 7 février 2011. Le Président serait remplacé à partir de cette date par le Président de la Cour des Cassations qui aurait trois à six mois pour organiser les élections. Il est aussi prévu tout un agenda pour ce nouveau gouvernement. Cette proposition sans le dire annulerait les élections du 28 Novembre 2010 et renverrait le CEP. A coté du remplacement du gouvernement qui me parait irréaliste à 2 mois de la fin du mandat du Président Préval, je pense que cette proposition ne permettrait pas d’apaiser la tension actuelle liée en grande partie à l’élimination de Mr Michel Martelly. L’annulation des élections satisferait les 12 candidats, la frange de l’opposition qui n’a pas participé aux élections, certains manifestants, certains cadres de la diaspora, mais lèserait les trois premiers candidats en lice.

(vi) L’organisation d’un second tour sans le candidat du pouvoir
Cette proposition se base sur les conséquences des 2 premières journées de protestation qui traduisent un ras le bol par rapport au pouvoir en place et qui se traduit par le rejet de Mr Jude Célestin en procédant à la mise à feu du local de la plate-forme INITE, des photos géantes de ce candidat du pouvoir, et en lui vouant une hostilité frisant la haine. En fonction de ce constat, Mr Célestin s’effacerait au profit de Mr Martelly. Cette proposition exigerait beaucoup de sacrifices de la part du pouvoir en place qui s’est arrangé pour en garder le contrôle à travers Mr Célestin. Trop d’intérêts de groupes seraient en jeu au détriment de ceux du pays pour l’application d’une telle option. Il faudrait un sens poussé de l’Etat et une compréhension profonde des intérêts supérieurs de la nation haïtienne de la part des tenants du pouvoir pour la mise en application d’une telle proposition. Une déclaration de renoncement de Mr Célestin au profit de Martelly serait l’une des meilleures options pour calmer la tension actuelle selon moi.

(vii) Un compromis entre le pouvoir et Martelly pour « l’élection de Mme Manigat » au 1er tour
C’est une option purement politique pour sauver la situation et ce qui reste de l’intégrité du pays. Jude Célestin (48 ans) et Michel Martelly (49 ans) feraient une déclaration commune qu’ils accordent leurs voix à Mme Manigat (70 ans). Le Président Préval, le CEP et la Communauté internationale prendraient acte et cautionneraient cette solution négociée. Le groupe des 12 ainsi que la frange de l’opposition qui n’a pas participé à ces élections applaudirait cette solution dans un élan patriotique. La société civile prendrait position publiquement pour cette solution politique négociée. Et Haïti étonnerait une fois de plus le monde.
Sommes-nous capables d’une telle grandeur d’âme et d’un tel élan patriotique ? Moi, Jean Robert JEAN-NOEL, je le Crois, et vous ??? A moins que ces leaders qui nous gouvernent ou qui aspirent à le faire n’aient aucune considération pour cette pauvre Haïti « tant chérie » par eux !!!

vendredi 30 juillet 2010

HAITI RECONSTRUCTION, LA CIRH ET LE FONDS FIDUCIAIRE MULTI BAIILLEURS OU EN SOMMES-NOUS ?

HAITI RECONSTRUCTION, LA CIRH ET LE FONDS FIDUCIAIRE MULTI BAIILLEURS OU EN SOMMES-NOUS ?
Jean Robert JEAN-NOEL

Le 26 juillet 2010

Pour les observateurs objectifs, le plan d’action pour le relèvement et le développement national d’Haïti (PARDNH) a eu, depuis sa présentation à la Conférence de Reconstruction de New York au siège des Nations Unies où il a reçu 9.9 milliards d’USD de promesses de financement, quelques résultats physiques et techniques acceptables. A noter que les résultats présentés avaient à voir avec la situation d’avant le séisme et d’après le séisme du 12 janvier 2010. Pour la situation d’après le 12 janvier, on s’est surtout basé sur les prévisions du PARDNH et les actions physiques y relatives et les projets présentés par Haïti à la Conférence de PUNTA CANA (RD) (réf. www.jrjean-noel.blogspot.com ). Au cours de cette conférence, Haïti a présenté ses représentants dans la Commission Intérimaire pour la Reconstruction d’Haïti (CIRH) mais a très peu parlé du Fonds Fiduciaire Multi Bailleurs (FFMB). Dans le cadre de la reconstruction où en sommes-nous par rapport à ces deux mécanismes depuis cette conférence de New York du 31 mars 2010 ? Pour répondre à cette interrogation, appuyons-nous sur le PARDNH en regard de ces deux entités et analysons leur situation par rapport aux informations disponibles.

Le PARDNH et les deux entités en question

Selon le PARDNH, « le séisme du 12 janvier marque une rupture dans les approches utilisées jusque là » et nécessite « véritablement une nouvelle forme de coopération, une responsabilité mutuelle Haïti – Communauté internationale dans les résultats à atteindre ». D’où l’obligation « d’agir maintenant tout en mettant en place les conditions de la croissance structurelle nécessaire dans la durée. Aussi, le PARDNH subdivise-il les étapes de la refondation d’Haïti en « trois grands moments » de la planification des interventions (i) La période d’urgence, (ii) La période d’implantation (dix-huit mois) des projets déclencheurs pour cette Haïti de demain, et (iii) La période de concrétisation de la reconstruction et de la refondation d’Haïti sur un horizon de dix ans pour remettre le pays sur la voie du développement et dix ans de plus pour en faire véritablement un pays émergeant, les échéances sur lesquelles Haïti demande l’appui de la communauté internationale pour réussir cette refondation qui s’avère un devoir historique pour chaque Haïtien et chaque Haïtienne ».

La mise en œuvre d’un tel plan exige la mise en place de deux entités inédites jusqu’ici en Haïti, la CIRH et le FFMB.

La Commission Intérimaire pour la Reconstruction d’Haïti (CIRH)

Selon le PARDNH, la CIRH, qui est commission paritaire composée d’Haïtiens et d’étrangers et coprésidée par l’Ex US Président et le Premier Ministre Haïtien, a pour mission « d’assurer la coordination et le déploiement efficaces des ressources et de répondre aux préoccupations relatives à la responsabilisation et à la transparence afin de maximiser les appuis fournis par les bailleurs de fonds internationaux ». En attendant de devenir la Régie pour le Développement d’Haïti (RDH) après 18 mois, le mandat de la CIRH « consiste à mettre en œuvre le Plan de Développement pour Haïti soumis par le Gouvernement. Elle donne son approbation à des propositions de projets évalués en fonction de leur conformité et de leur coordination avec le Plan de développement pour Haïti, élaborer et solliciter des projets compatibles avec les priorités du Plan de développement pour Haïti et décide de la recevabilité des soumissions externes ». « Les attributions de la CIRH seront exercées dans le cadre de l’état d’urgence. Elle dispose, en Conséquence, des pouvoirs nécessaires en vue d’exercer efficacement sa mission ». D’où cette fameuse loi d’urgence controversée de 18 mois.

Pour exercer correctement sa fonction, la CIRH a en plus de son conseil d’administration (CA) un secrétariat exécutif coordonné par un directeur exécutif. Ce secrétariat « comporte des services de planification, de communications et de gestion de projets, une équipe de conseillers sectoriels et des bureaux attribués au secteur privé et aux ONG. Ce secrétariat est composé d’experts d’Haïti, de la Diaspora haïtienne, et de personnes détachées par les principales institutions financières internationales et les bailleurs de fonds ». Entre temps les modalités de fonctionnement du secrétariat ont été définies et acceptées par le CA. Les membres de la CIRH sont en place, le Directeur Exécutif également.

Le Fonds fiduciaire Multi-Bailleurs ( FFMB)

Qu’en est-il du FFMB ? Voici ce qu’en dit le PARDNH « Le Fonds Fiduciaire Multi-Bailleurs (FFMB) est un instrument qui doit faciliter l’harmonisation entre les programmes et projets nécessitant du financement et les fonds disponibles. C’est un dispositif qui permet de regrouper les fonds pour des programmes dont l’envergure dépasse les capacités d’un seul bailleur de fonds. C’est finalement un mécanisme qui doit en principe faciliter la coordination des aides externes et assurer la saine gestion des fonds mis à disposition pour la refondation d’Haïti ». Toujours selon le PARDNH « Haïti a demandé la création d’un Fonds Fiduciaire Multi-Donateurs dont l’administration sera confiée à la Banque mondiale. Un partenariat regroupant la Banque Interaméricaine de Développement, les Nations Unies et la Banque Mondiale doit permettre d’atteindre les objectifs cités au paragraphe précédent, mais il doit y avoir obligation de résultats, i.e. (1) permettre de mobiliser davantage de fonds et les rendre disponibles plus rapidement, (2) accroître la fluidité des flux financiers, (3) accélérer les procédures d’approvisionnement et de mobilisation des opérateurs pour l’exécution des programmes, (4) fournir, aux partenaires contributeurs, les garanties de probité et de diligence dans l’utilisation des ressources financières et (5) réduire les coûts de transaction de l’aide ».

Le PARDNH rapporte un peu plus loin : « Il est peu prévisible, même si c’est là le souhait du Gouvernement d’Haïti, que tous les fonds disponibles, y compris ceux qui transitent par les agences multilatérales et les ONG, vont effectivement être gérés via ce fonds. Il est donc impératif de préciser la portée effective de la compétence de ce fonds et de ses modalités d’approvisionnement et de décaissement ». Ce qui nous conduit tout droit vers l’analyse de la situation par rapport aux informations disponibles.

Analyse de la situation par rapport aux informations disponibles

A la lecture des informations tirées du PARDHN, il est clair que le GOH devait prendre une loi d’urgence pour favoriser l’évolution de la CIRH. D’un autre coté, la communauté des bailleurs n’était pas tout à fait d’accord avec le souhait du GOH d’avoir un fonds unique pour pouvoir mieux gérer la reconstruction. Elle a estimé que sa façon d’opérer était correcte et qu’elle n’avait pas à se courber par rapport à un souhait du Gouvernement Haïtien. Comme elle était partie prenante de l’élaboration du PARDNH, elle l’a fait passer dans ce document pour pouvoir mieux faire à sa façon par la suite.

D’où les propos de Jean Michel CAROIT dans le journal Le Monde, le 30 mars 10 : « Inspiré par l'expérience de l'agence pour la reconstruction mise en place en Indonésie après le tsunami de décembre 2004, ce modèle risque de se heurter aux réticences de plusieurs bailleurs de fonds soucieux de préserver le contrôle et la visibilité de leurs apports. Pour le responsable de la mission des Nations unies en Haïti, Edmond Mulet, la constitution d'un fonds unique multi donneur serait la meilleure façon d'éviter l'éparpillement des initiatives et les doubles emplois. Craignant que cette formule soit peu réaliste, il suggère que chaque grand bailleur prenne en charge une zone géographique ou un secteur d'activité, ce qui permettrait de mieux évaluer les résultats ». Et un peu plus loin, il rapporte que « C'est aux Haïtiens qu'il appartient de définir leur avenir, répètent les responsables de la communauté internationale (CI) ».

C’est cela notre plus grand problème, nous ne savons pas négocier avec la CI et défendre correctement les points de vue haïtiens argument contre argument. Ainsi, nous nous sommes retrouvés avec une CIRH pratiquement imposée par la CI, malgré les susceptibilités proverbiales de l’Haïtien eu égard à la question de souveraineté du pays. Mais cette CI, malgré les principes de la déclaration de Paris, malgré les multiples problèmes liés à l’harmonisation des procédures et pour des questions de simple visibilité, s’est arrangée pour échapper au FFMB pourtant claironné par le GOH comme une victoire, et surtout pour continuer à fonctionner chacun avec ses propres procédures. Le GOH aurait pu exiger de la communauté des bailleurs d’avoir des procédures consensuelles ou, tout au moins, l’adoption des procédures de l’un des bailleurs. Ce qui fait qu’enfin de compte, le FFMB ne gérerait, selon deux responsables de la CI en Haïti, que 10 à 15% des fonds promis à New-York. Aux dernières nouvelles, le montant total du FFMB est de 500 M d’USD, soit seulement 5% des promesses de NY. Voici ce qu’en rapporte Radio Métropole ce 24 juillet 2010 : « Les 97 millions de dollars représentent moins de 20% du montant total (500 millions) du fonds fiduciaire multi donateur ». La BM serait incessamment en attente des fonds « du Canada, de l’UE, de la France, de la Géorgie, de l'île Maurice, du Qatar, de l'Arabie saoudite, de la Corée du Sud, de l'Espagne, de la Suède et des USA ».

Pour l’auteur de cet article, fin observateur de la situation haïtienne depuis des années, c’est de la foutaise cette belle envolée du PARDNH : « Selon le prospectus du Fonds, ce mécanisme a comme objectif de faciliter le leadership du Gouvernement d’Haïti sur la structure d’approbation et d’exécution des programmes et projets. Il doit en outre permettre de développer une structure de gouvernance inclusive des différents paliers du gouvernement, de la société civile, du secteur privé et des ONG ».

En tout cas, ce qui va se passer, la CIRH, à travers son secrétariat exécutif, va avoir toutes les peines du monde à orienter les programmes et projets vers les multiples bailleurs y inclus cette nouvelle entité, le FFMB, avec l’obligation pour les ministères qui vont exécuter ces programmes et projets de respecter les procédures de ces divers bailleurs de fonds. Ceci va grandement compliquer la tâche de la CIRH et l’Etat Haïtien qui vont être accusés d’incompétents par « manque de capacité d’absorption » à cause même des multiples procédures à appliquer. Malheureusement pour cette communauté internationale (CI), elle fait partie intégrante de cet organe de décision qui s’appelle CIRH et qui deviendra plus tard RDH.

En guise de conclusion, le GOH n’avait pas à souhaiter la mise en place d’un fonds commun mais devait l’exiger. Il fallait forcer les bailleurs à appliquer intégralement les principes de la déclaration de Paris y inclus celui d’Harmonisation. La responsabilité de réussir la refondation d’Haïti est certes avant tout haïtienne, elle est aussi mutuelle par l’implication de nos amis de la CI. S’il est fait exigence au GOH de se courber à certains principes, il en est de même pour la CI. Il est donc du devoir des co-présidents de la CIRH d’exiger de la communauté des bailleurs d’adopter le FFMB ou tout au moins des « procédures consensuelles et célères pour Haïti ». Les 250000 morts l’exigent, Messieurs, et votre devoir le commande également !

dimanche 25 juillet 2010

HAITI RECONSTRUCTION, OU EN SOMMES-NOUS ? QUEL CHOIX : CLANS OU PAYS ?

HAITI RECONSTRUCTION, OU EN SOMMES-NOUS ? QUEL CHOIX : CLANS OU PAYS ?
Jean Robert JEAN-NOEL
21 juillet 2010

L’idée de produire cet article est venue à partir d’un ensemble d’interrogations soulevées par mes amis concernant le plan d’action pour le relèvement et le développement national d’Haïti (PARDNH). Depuis sa présentation à la Conférence de Reconstruction de New York au siège des Nations Unies où il a reçu 9.9 milliards d’USD de promesses de financement, ce plan, bien accueilli par la communauté internationale, a été l’objet de critiques de la part de l’opposition politique, et d’une 2e conférence, celle de Punta Cana, en République Dominicaine. Au cours de cette conférence, Haïti a présenté ses représentants dans la Commission Intérimaire pour la Reconstruction d’Haïti (CIRH) prévue par le PARDNH et un ensemble de projets/programmes sous les rubriques, refondation territoriale, refondation économique, refondation sociale et refondation institutionnelle. Cette CIRH, qui a été l’objet d’une loi controversée, est une des deux entités inédites prévues par le PARDNH, l’autre étant le Fonds Fiduciaire Multi Bailleurs (FFMB). Où en sommes-nous par rapport à la situation globale du pays depuis cette conférence de New York du 31 mars 2010 ? Quel choix : clans ou pays ? Pour répondre à ces interrogations, appuyons nous sur le PARDNH, les actions en cours dans le pays, l’exemple du ministère de l’agriculture, les projets présentés à PUNTA CANA, et sur certaines considérations en termes de conclusions.

A. Rappel des prévisions du PARDNH

Selon le PARDNH du 31 mars 2010, le séisme du 12 janvier marque une rupture dans les approches utilisées jusque là. L’importance des problèmes à résoudre, des moyens à mobiliser appellent de nouvelles façons de faire, véritablement une nouvelle forme de coopération, une responsabilité mutuelle Haïti – Communauté internationale dans les résultats à atteindre.

Le Plan d’action doit conjuguer l’impératif d’agir maintenant tout en mettant en place les conditions de la croissance structurelle nécessaire dans la durée. Aussi, les « trois grands moments » de la planification des interventions, les échéances sur lesquelles Haïti demande l’appui de la communauté internationale pour réussir cette refondation qui s’avère un devoir historique pour chaque Haïtien et chaque Haïtienne, sont :

1- La période d’urgence, qui doit servir à améliorer les conditions d’hébergement des sans-abris, à retourner les élèves à l’école et les étudiants à l’Université et aux centres de formation professionnelle, à préparer la prochaine saison cyclonique de l’été, à poursuivre les efforts pour redonner une normalité à la vie économique notamment en créant massivement des emplois par des activités à haute intensité de main d’œuvre, en garantissant la stabilité du système financier et l’accès au crédit aux micro, petites et moyennes entreprises, à continuer la réorganisation des structures de l’État. Durant cette période, il faudra travailler sur les stratégies et plans de développement des nouveaux pôles choisis, poursuivre les actions en faveur de l’équipement des zones d’accueil des populations déplacées par le séisme, mettre en place le processus électoral pour éviter tout vide constitutionnel.

2- La période d’implantation (dix-huit mois) des projets déclencheurs pour cette Haïti de demain et la mise en place du cadre d’incitation et d’encadrement à l’investissement privé sur lequel est fondé le choix de croissance économique fait par Haïti. En effet, comme le prévoient les différentes analyses et évaluations, les investissements privés, dans l’économique comme dans le social, vont constituer la colonne vertébrale de la refondation de notre pays. Parmi les engagements pris avec les donateurs, il a été retenu d’accompagner le développement du secteur privé, tout le secteur privé, pour le doter des capacités nécessaires pour remplir ce rôle.

3- La période de concrétisation de la reconstruction et de la refondation d’Haïti sur un horizon de dix ans pour remettre le pays sur la voie du développement et dix ans de plus pour en faire véritablement un pays émergeant.

Au cours de cette Conférence de New York, les partenaires internationaux se sont engagés de manière ferme sur les deux premières périodes et ont accepté le principe d’un accompagnement de notre pays « sur le long terme pour concrétiser ce pacte de responsabilité mutuelle convenue à Madrid dès 2006 », en promettant 9.9 milliards d’USD sur une période de 10 ans dont 5.3 milliards de dollars sur les premiers 18 mois. Les trois périodes prévues sont donc couvertes, tout au moins en termes de promesses et de certaines actions qui étaient déjà en cours après le 12 janvier 2010. Ici, il faut se rappeler que toute cette solidarité internationale par rapport à notre pays a un coût financier ; et ce coût-là est très certainement pris en compte dans les 9.9 milliards d’USD.

Pour avoir accès à cet argent, le Gouvernement Haïtien (GO) et la Communauté Internationale (CI) se sont mis d’accord dans le cadre du PARDNH pour mettre en place la CIRH qui deviendra plus tard l’Agence pour le Développement d’Haïti (ADH) et le FFBM. Ces deux entités inédites jusqu’ici dans les annales de la coopération haïtienne avec la CI, devront favoriser « l’instruction des dossiers, la formulation des programmes et projets, leurs financements et leurs exécutions, tout cela dans une approche coordonnée et cohérente ». Ceci est valable tant pour la fin de la période d’urgence, pour la période d’implantation de projets déclencheurs (18 mois) que pour la période de concrétisation de la reconstruction et de refondation d’Haïti (10 ans). Cette dernière période sera couverte par « trois cycles de programmation des Stratégies Nationales de Croissance et de Réduction de la Pauvreté (SNCRP) ».

B. Les actions en cours dans le pays.

En effet, dans le cadre du DSNCRP, certains programmes étaient en cours. En mai 2009, on en avait dénombré six (6) programmes totalisant 1060 projets pour un montant 4.3 milliards d’USD (réf. Indice de perceptions de la corruption et projets, www.jrjean-noel.blogspot.com). Momentanément arrêtés après le séisme, la plupart de ces projets ont repris leur cours normal comme les projets de routes avec le ministère des TPTC, Gves-Port-de-Paix, Gves-St Marc, St Marc-Montrouis, Cayes-Jérémie, Mirebalais-Port-au-Prince (achevé), Mirebalais-Hinche, etc. D’autres sont à peine lancés et/ou en gestation comme ceux présentés à Punta Cana dans le cadre de cette 2e conférence sur le PARDNH organisée en République Dominicaine début juin 2010.

Il faut noter les actions pour la reprise des cours dans des abris provisoires en bois couverts de tôles ou de pailles, la mise en place des tentes et des abris provisoires dans les villes affectées par le séisme. Des actions sont menées dans le cadre de la préparation à la saison cyclonique 2010, aux Gonaïves, à l’Estère, à Cabaret, à Léogane, Grand Goâve et aux Cayes. Ces actions sont menées par le GOH, par les agences de coopération et par les ONG. L’impression, c’est qu’il n’y a pas encore de réelle coordination de ces actions par le GOH. A coté de ces actions, on relève d’autres qui se faisaient à travers les organismes de l’Etat en partenariat avec des ONG et qui continuent de plus belle à travers toute la République. On va s’attarder sur la plupart de ces actions avant de présenter les projets qui ont été listés à la conférence de PUNTA CANA en République Dominicaine.

Projets d’Initiatives communautaires (PIC)

A coté des projets décrits plus haut, certains projets d’initiatives communautaires ont vu le jour grâce à un concept de petits projets de l’ordre de 5 à 10 mille USD introduit par le FIDA (2002) dans le cadre du Projet d’intensification des cultures vivrières (PICV II) (21 M USD) et repris (2004) par la Banque Mondiale (BM) (17500 USD/projet) dans le cadre du Programme de développement communautaire participatif (PRODEP) de 40.6 M USD. Ces petits projets gérés directement par les structures rurales/paysannes ont permis la structuration du monde rural dans les zones d’intervention de ces projets. La BM et le bureau de monétisation ont vulgarisé ces types de projets avec l’appui de leurs partenaires, le CECI et la PADF. Ces petits projets s’exécutent dans les 65 communes les plus pauvres selon la carte de pauvreté de 2004. En plus du PRODEP qui se retrouve en milieu rural, la BM et ses partenaires ont pu introduire une autre variante en milieu urbain, Programme de développement participatif urbain (PRODEPUR) . Le Programme d’appui aux initiatives productives en milieu rural (PAIP, 28 M USD) financé par le FIDA à travers le FAES et le Projet de développement de la petite irrigation (PPI II) dans une moindre mesure ont appliqué le même concept de petits projets. Dans le cadre du PRODEP, il a été prévu 1300 sous-projets sur 5 ans. Dans le cadre du PICVII, les PIC prévus étaient au nombre de 700. A titre d’exemple, le PICV II a assuré le suivi de 19 PIC d’aménagement hydro agricole (511 ha) pour cet exercice 2009-2010. Tout ceci pour dire que les projets d’infrastructures rurales et urbaines pullulent en Haïti.

Programme de création d’emplois pour l’amélioration de la sécurité alimentaire (HIMO)

Parallèlement à l’élaboration du PARDNH et d’Haïti Demain , le GOH a favorisé le lancement d’un vaste programme de création d’emplois financé par le PAM, le PNUD, la FAO, l’USAID, l’ACDI à travers tout le pays. Ce programme de création d’emploi permet à des personnes sinistrées de la zone métropolitaine et des régions affectées par le tremblement de terre ou celles déplacées à travers le pays d’acquérir une certaine autonomie. (Réf. Manuel d’opération du programme de création d’emplois, avril 2010)

Le programme vise trois objectifs (i) L’amélioration de la sécurité alimentaire des bénéficiaires directs par la possibilité d’accès à des revenus acceptables et/ou à leur paiement partiel en nature avec des provisions alimentaires ; (ii) L’assainissement des zones concernées et la diminution de la vulnérabilité du pays par la réalisation de travaux de déblayage, curage de canaux d’irrigation et de drainage, traitement des bassins versants, correction de ravines et de berges de rivière, reboisement, etc , et (iii) La relance de la production agricole et alimentaire, par l’entretien, la réhabilitation et la construction des infrastructures productives (routes, systèmes d’irrigation, etc.), et travaux agricoles.

Plus d’une centaine de projets sont validés par les comités départementaux de validation dans le cadre de ce programme. Environ 30000 personnes travaillent par jour. En vitesse de croisière, ce programme atteindra plus de 60000 emplois par jour pour plus de 100 projets d’une durée de 3 mois à 1 an. Il ne faut pas toutefois confondre ces projets qui pour la plupart s’exécutent en milieu rural avec les actions du ministère de l’agriculture.

C. L’exemple du ministère de l’agriculture

Tous les autres ministères ont des actions en cours. Le choix de s’attarder sur les actions du ministère de l’agriculture répond à une logique de cohérence des actions par rapport au PARDNH et de continuité par rapport aux actions antérieures au séisme du 12 janvier 2010 et de leur adaptation et articulation par rapport à cette nouvelle donne. Les réalisations sont ici articulées autour de 4 groupes d’activités : Préparation de documents d’orientations et de plaidoyer pour le secteur agricole, Appuis aux campagnes agricoles, Réhabilitation physique, Coopération/Partenariat pour la mise en œuvre de programmes et projets. Dans le cadre de cet article, on s’attardera sur deux aspects. Là aussi, le choix de se concentrer sur des actions en cours en 2010 et sur le plan d’investissement 2010-2016 répond à cette même logique d’actions à l’intérieur d’un cadre global, le PARDNH, d’un cadre spécifique, la politique de développement agricole 2010-2025, et d’une imbrication des actions dans un cadre de continuité articulant le passé, le présent et l’avenir. Il faut insister sur le fait que les actions ne sont pas que d’ordre physique comme la construction de nouveaux locaux au niveau central pour héberger les cadres mais aussi d’ordre institutionnel, ne serait-ce que pour renforcer le MARNDR pour augmenter sa capacité d’absorption.

Les Projets d’infrastructures rurales en 2010.

Le Directeur de la Direction des infrastructures rurales (DIA),Ing. M Charles interviewe en juin 10 par l'auteur de l'article, a dénombré pour l’année 2010 trente six (36) projets d’infrastructures rurales en cours d’exécution actuellement. Ce sont dans l’ensemble des projets ayant une composante d’infrastructures d’irrigation, de traitement de bassin versant, de construction de lacs collinaires, de traitement de berges de rivières, de construction de citernes.

Ces projets sont localisés dans l’ensemble des départements avec une forte concentration dans l’Artibonite (11), dans l’Ouest (7) ; le Centre, le Nord Est, le Nord Ouest et le Sud Est en comptent chacun 3, tandis que le Nord et le Sud les suivent avec 2 projets chacun ; les Nippes et la Grande Anse ferment la marche avec chacun 1 projet.

Les agences d’exécution sont le MARNDR à travers des Unité de Coordination de projet (UCP) et ses Directions Départementales Agricoles (DDA) comme le PIA, le PICV2, le PPI2, les DDA. Certaines activités se font dans le cadre des Projets WINNER localisé dans l’ouest, l’Artibonite et le Centre et DEED localisé dans l’Ouest et l’Artibonite. Il faut noter que la FAO exécute directement un de ces projets dans le NE. L’exécution des travaux se fait en général à travers des opérateurs (Firmes, ONG, DDA, Agence de coopération technique (ACT).

Le Projet où l’on dénombre des infrastructures d’irrigation d’envergure est le Projet d’intensification agricole (PIA) où il est dénombré des actions sur plus de 10000 ha tandis que le projet avec la plus grosse infrastructure est l’Artibonite 4C avec la construction projetée d’une usine hydroélectrique et de la mise en place de 4000 ha équipés d’infrastructures d’irrigation (financement Coopération Brésilienne).

A part les projets financés par le Trésor Public qui souvent s’exécutent à travers les DDA, les projets dénombrés ont une durée de vie de 5 à 7 ans. Il faut noter que les travaux de curage sont récurrents tandis les travaux de réparation et de réhabilitation sont séquentiels et pourraient s’étendre sur plusieurs années en fonction des disponibilités financières de l’Etat (Exemple : Cas des 5 périmètres de Montrouis : 910 ha sur une période de 3 ans).

Ces projets sont financés par la BID, l’USAID, l’UE, la BM, le FIDA, l’AFD, l’ACDI, la coopération Taïwanaise, la coopération brésilienne et le Trésor Public (TP). La plupart des projets prévus dans le plan d’investissement seront financés par les mêmes bailleurs.

Le plan d’investissement agricole 2010-2016

Le ministère de l’agriculture avec l’appui de toutes les parties prenantes du secteur s’est doté d’un Plan National d’investissement 2010-2016 de 790 M d’USD en harmonie avec la politique de développement agricole 2010-2025 et partie intégrante du PARNDH. Le Plan national d’investissement agricole ou National Agriculture Investment plan (NAIP juin 2010) est fondé sur la réponse globale du Gouvernement haïtien à l’effort de reconstruction consécutif au tremblement de terre, ainsi que sur la politique agricole. Il vise à coordonner et fixer des grands principes communs pour le financement et les besoins d’investissements nécessaires au développement du secteur. Le Plan national d’investissement agricole vise les objectifs suivants : (i) augmenter la productivité et la compétitivité du secteur agricole ; (ii) accroître de 25 % la contribution de la production agricole à l’offre alimentaire au niveau national ; (iii) diminuer de 50 % le nombre de personnes souffrant d’insécurité alimentaire en Haïti d’ici2015 ; iv) améliorer les conditions sanitaires et la nutrition des Haïtiens, en mettant l’accent sur les groupes vulnérables ; (v) augmenter les revenus agricoles d’au moins 500 000 ménages ; (vi) accroître l’entrée de devises étrangères dans le pays ; (vii) et diminuer la vulnérabilité de l’ensemble de la population aux risques de catastrophes naturelles.
Les mesures à court terme (jusqu’en septembre 2011) représentent 28 % du total des investissements proposés. Le MARNDR gère actuellement un budget annuel total (hors sources de financement externe et interne) d’environ 150 millions USD , et le Plan proposé devrait entraîner des dépenses supplémentaires ordinaires de 15 millions USD par an après la date de clôture du Plan (2016). Ces chiffres représentent une augmentation de 10 % sur le budget global actuel du secteur, augmentation que l’on estime gérable et dans les capacités actuelles et prévisibles du MARNDR. Il importe toutefois de noter que, pour soutenir durablement un tel niveau de dépenses ordinaires, le MARNDR va devoir poursuivre le programme de renforcement institutionnel en cours et les activités supplémentaires prévues par le Plan.

A noter que les besoins non couverts (Gap financier) sont notamment évalués à 578 millions USD. Sur ce montant, la BID s’est engagée à hauteur de 200 M USD sur 5 ans, l’USAID à hauteur de 110 M USD sur 1 an et le GAFSP à hauteur de 35 M USD sur 4 ans ; tandis que le FIDA entame le processus de financement d’un nouveau projet de 18 M USD dans le département des NIPPES sur 7 ans, tout en procédant à l’annulation de la dette d’Haïti vis-à-vis du FIDA (57 millions USD) suite aux discussions engagées, et en procédant au lancement d’un projet d’urgence de 2 ans de 2.5 M USD. Le renforcement institutionnel du ministère est en cours pour augmenter sa capacité d’absorption. D’autant que les projets présentés à PUNTA CANA ont fort avoir avec le Plan d’investissement.

D. Le document de projets/programmes présenté à Punta Cana

Dans un document en espagnol « lanzamiento del plan para la recuperación y el desarrolló de Haití, Mayo de 2010”, il a été dénombré quatre groupes de projets sous les rubriques : refondation territoriale (43), refondation économique(4), refondation sociale (13) et refondation institutionnelle (3). Ces quatre groupes totalisent soixante un (61) projets pour un montant global de 11. 5 milliards d’USD. Voici en détails les 4 groupes:

(I)Refondation Territoriale avec 43 projets pour un montant de 5.9 milliards d'USD dans les domaines suivants: zones dévastées, Routes, Saisons cycloniques, aéroports, ports, zones franches, pôles régionaux de développement, rénovation urbaine, électrification, aménagement du territoire et développement local, aménagement Bassins Versants, etc.

(II)Refondation Economique avec 4 projets pour un montant de 737.58 M d'USD dans des domaines suivants: Production agricole, crédit, intrants, Lacs collinaires, réseaux d’irrigation, petites entreprises Investissement, agro-industrie, etc.

(III)Refondation Sociale avec 13 projets pour un montant de 4.2 milliards d'USD dans les domaines suivants:Logement temporaire et permanent, création d'emplois à haute intensité, Protection sociale, éducation : retour à l'école, construction d’école,santé, sécurité alimentaire et de nutrition, eau et assainissement, etc.

(IV)Refondation Institutionnelle avec 3 projets pour un montant de 675 M d'USD dans des domaines suivants:Gouvernance, Relance des administrations centrales et décentralisées : salaires, délocalisation, équipement, justice et sécurité, etc.


E. Considérations en termes de conclusions

Dans le cadre de cet article, il a été délibérément choisi de se concentrer sur les actions physiques et d’ordre technique. Les résultats montrent clairement qu’en dépit du fait que la communauté internationale ne réponde pas encore suffisamment aux promesses faites le 31 mars 2010 à la conférence de New York, les multiples actions techniques en cours ou en préparation augurent quand même des lendemains meilleurs. La mise en place de la CIRH, les actions physiques en cours, les dossiers préparés, les gens qui sont hébergés sous les tentes et abris provisoires même dans des conditions très précaires, les actions en relation avec la saison cyclonique 2010, les emplois créés incitent à regarder l’avenir avec un certain optimisme.

Toutefois, on n’a pas compris pourquoi politiquement, le GOH a pris des décisions si controversées qu’elles occultent les actions physiques et techniques en cours. La loi d’urgence créerait beaucoup moins de problème s’il y avait des explications claires de la part du pouvoir politique concernant cette exigence de la communauté internationale qui voulait que son argent soit géré le mieux que possible et si le GOH n’avait pas jugé opportun de venir avec une loi prolongeant le mandat du Président jusqu’en mai 2011. C’est cette dernière loi qui a été à la base des manifestations de rues dont le Mondial 2010 a pu permettre une trêve et donner un second souffle au GOH.

Durant cette période d’accalmie, le GOH, au lieu de peaufiner une stratégie de dialogue en vue de la participation de tout le monde aux prochaines élections entre temps annoncées pour le 28 novembre 2010, a choisi de continuer avec le processus d’exclusion mis en marche avant le tremblement de terre. Ce choix gouvernemental est perçu comme « une provocation » par l’opposition. Le Mondial conclu par la victoire de l’Espagne une fois achevé se prolonge sur un challenge politique incertain sur fond de manifestations anti-Préval et des inscriptions pour des présidentielles sans enthousiasme. Ce qui pourrait déboucher, si le GOH et la communauté internationale n’arrivaient à venir à bout des manifestations, (i) sur la modification du Conseil Electoral Provisoire (CEP), (ii) sur son renvoi et son remplacement par un autre CEP, (iii) sur le renvoi du processus électoral à une date ultérieure, (iv) sur le ralentissement du processus de reconstruction qui confronte déjà des problèmes de décaissements et de la mise en place du fonds fiduciaire Multi Bailleurs (FFMB), (v) sur la chute du Président, (vi) et au pire sur une tutelle non déguisée cette fois-ci.

Veut-on continuer à jouer avec l’avenir du pays en piétinant les 250000 cadavres du tremblement de terre par le jeu macabre de la politique politicienne orientée vers la satisfaction des clans politiques et économiques au détriment du bien-être de la collectivité? Le choix est si évident que, dans le cas d’un choix contraire, les 250000 morts et l’histoire ne manqueront pas de demander des comptes à nos politiciens d’aujourd’hui. Alors, ressaisissez-vous et faites le choix du bien être collectif et du développement durable d’Haïti! A moins que…

dimanche 9 mai 2010

HAITI : HIMO, UN OUTIL POUR LA RECONSTRUCTION

HAITI : HIMO, UN OUTIL POUR LA RECONSTRUCTION
Jean Robert JEAN-NOEL
7 mai 2010

J’ai décidé de produire cet énième article sur la haute intensité de main d’œuvre (HIMO) pour plusieurs raisons. Certains cadres ont une opinion erronée par rapport à cette méthode d’exécution. A la phase actuelle du plan d’action pour le relèvement et le développement national d’Haïti (PARDNH), le gouvernement a lancé un vaste programme de création d’emplois à haute intensité de main d’œuvre avec l’appui financier de la communauté international (PAM, PNUD, FAO, USAID). Les institutions impliquées ont une compréhension différenciée de certaines unités liées à l’HIMO comme personne-jour (P-j), personne-mois (p-m), et ont des difficultés à les traduire en emploi réel journalier ou mensuel.

Une anecdote succulente

Je souris encore quant à cette remarque d’une personne accusant les responsables du MARNDR de bluffeurs lorsqu’elle a lu dans le document post séisme dont l’un des résultats est la création à partir de la méthode HIMO de 45 millions de personnes-jours de travail sur une période 3 ans. Son argument, comment peut-on créer 45 millions de personnes-jour alors qu’on n’a dans le pays que 10 millions de personnes ? « C’est du bluff, et puis, quelle est cette histoire de HIMO dans l’agriculture ?», argumente-elle de manière convaincue comme la plupart de « nos spécialistes en tout improvisés ». J’ai tenté gentiment de lui expliquer sans avoir l’impression de la convaincre réellement, car comme la plupart des « haïtiens ayant fait de grandes études à l’extérieur», elle m’a écouté d’une oreille distraite. Au désespoir de cause, je l’ai conseillée d’aller sur mon site pour lire mon « plaidoyer pour l’utilisation de la HIMO dans le cadre du développement durable d’Haïti (www.jrjean-noel.blogspot.com). Elle m’a affirmé avoir lu mais je suis sur que non ou qu’elle n’a rien compris. Son problème est (i) une aversion contre la HIMO, (ii) une certaine suffisance par rapport à sa formation et (iii) une incompréhension de la notion de personne-jour et par extension de la méthode HIMO elle-même.

La confusion

Ce manque de compréhension de cette méthode se fait sentir dans des échanges entre certains cadres. Lors des discussions avec des cadres haïtiens et aussi des cadres étrangers, j’ai senti une grande confusion par rapport à cette méthode de travail. On la compare souvent à la méthode haute intensité d’équipement (HIEQ). On la confond au roy-roy, une dénaturation de la HIMO sous le soleil d’Haïti pour apaiser la tension sociale. L’idée générale répandue est la suivante, HIMO= emploi temporaire, HIMO=gaspillage d’argent, HIMO= corruption. Et ceci malgré les exemples réussis de travaux d’adoquinage (pavées de béton) de rues dans la plupart des villes d’Haïti dont Carrefour, Cité Soleil, Port-au-Prince, Petite Rivière, Croix-des-Bouquets, de réhabilitation de systèmes d’irrigation, de pistes rurales, etc.
Ce que les gens doivent retenir c’est que, en matière travaux de génie civil et de génie rural, bref de construction, on ne peut utiliser que l’homme (main d’œuvre) ou la machine (équipement). Quand on utilise beaucoup de main d’œuvre, on parle de main d’œuvre intensive ou de haute intensité de main d’œuvre (HIMO). Quand on utilise beaucoup d’équipements, on parle de haute intensité d’équipements (HIEQ). Naturellement, on peut mixer les deux. La HIEQ ne peut se faire sans une utilisation même minimale de main d’œuvre. L’HIMO peut se faire sans équipement, mais le meilleur chantier HIMO est celui qui utilise un minimum d’équipement. Toutefois, dans le cas d’Haïti, il nous faut nous faire à l’idée qu’il est impératif de nous servir de cette main d’œuvre abondante dont nous disposons.

La nécessité d’utiliser la masse de main d’œuvre non qualifiée

Mon argument est simple. Pour arriver à développer Haïti ou, tout au moins, à démarrer le développement, la seule chose dont nous disposons en abondance actuellement comme ressource naturelle est notre masse de main d’œuvre non qualifiée. Avant d’arriver à une masse critique de gens qualifiés par une politique agressive et soutenue d’éducation, il nous faut coute que coute utiliser cette masse de main d’œuvre non qualifiée avec un minimum d’encadrement. Toutes les petites villes de la Cote Sud du pays ont pu changer de visage grâce à une utilisation rationnelle de cette masse de main d’œuvre. Il en a été de même pour la mise en place de nos petits et moyens systèmes d’irrigation et même en partie le grand système de l’Artibonite (32000 ha). En tenant compte d’un certain nombre de préalables, l’utilisation de la HIMO peut se révéler un outil très efficace.

Les conditions du bonne utilisation de la HIMO

Pour arriver à bien utiliser cette méthode de travail, cet outil grand consommateur de main d’œuvre, la première chose est de nous fixer des objectifs bien précis et de nous donner les moyens financiers de les atteindre. Il faut essayer d’équilibrer le coût des matériaux par rapport au coût de la main d’œuvre. Il faut aussi une bonne organisation de chantier, en procédant au recrutement des travailleurs/ouvriers « soit par jour », « soit sous forme de contrat », en plaçant chaque groupe d’équipes dans des endroits bien précis, et en assurant un contrôle de tous les instants. Il faut procéder régulièrement au paiement périodique, etc. Dès ces conditions réunies, les résultats ne tarderont pas à se matérialiser en termes de quantité de travaux réalisés et d’emplois créés, d’argent dépensé, de disponibilité de produits, de services, de réduction de risques, de protection de vies et de biens.

Comment passer de personne-jour à l’emploi réel?

Pour les résultats physiques, il n’est pas difficile de les chiffrer. Par contre pour le nombre d’emplois, on sent beaucoup de confusions, ou, dans certains cas, une volonté délibérée d’abuser de l’unité personne-jour, ou carrément une grande ignorance dans le chiffrage de l’emploi réel. En réalité, une personne qui travaille durant une journée représente 1 personne-jour (P-j) de travail, durant 2 jours, cela fait 2 p-j, durant 100 jours, cela fait 100 p-j. De même 100 personnes qui travaillent durant une journée représentent 100 p-j, 1000 personnes durant une journée représentent 1000 p-j.

Maintenant, prenons l’exemple des 45 millions de p-j de travail du ministère de l’agriculture à raison de 20 jours de travail par mois ; le nombre de personne-mois se calcule en divisant le nombre total de p-j par 20 (45000000/20 = 2250000 p-m) ; de même, le nombre d’emplois durant les 3 ans ou 36 mois se calcule ainsi : 2250000/36 = 62500 emplois environ par mois. C’est un calcul arithmétique simple. Mais cela fait beaucoup plus impressionnant de parler de 45 millions de personnes-jours que de parler de 62500 emplois/mois durant trois ans. C’est, entre autres, la raison pour laquelle que la plupart des rapports des ONG, des bailleurs de fonds et du gouvernement fourmillent de personnes-jours de travail en ce qui a trait au nombre d’emplois créé.

Conclusion

En guise de conclusion, dans le cadre de cette phase de relèvement qui va s’étendre sur au moins 18 mois et même dans la phase de reconstruction proprement dite, Haïti n’a aucun intérêt à mettre de coté une méthode de travail, un outil, qui a fait ses preuves à travers le monde et en Haïti lorsqu’elle est appliquée selon les règles de l’art, et qui pourra largement contribuer à la reconstruction du pays. L’expérience haïtienne en la matière n’est plus à prouver. Notre main d’œuvre n’est certes pas qualifiée mais elle fait preuve d’intelligence et d’une grande capacité d’adaptation avec un minimum d’encadrement. Elle apprend bien sur le tas. En témoigne son apport dans la réalisation de la route Port-au-Prince-Mirebalais au niveau de la réalisation des ouvrages de drainage en maçonnerie et en béton.
Il est clair qu’il faut que le pays s’arrange pour profiter de cette opportunité liée au 12 janvier 2010 pour former cette main d’œuvre sur le tas et de manière formelle en mettant en place des écoles moyennes, des écoles professionnelles pour atteindre le niveau de masse critique de main d’œuvre qualifiée, et aussi de cadres pour l’accompagnement de cette main d’œuvre. Tout ceci nous ramène à la question globale d’éducation, garante de notre développement intégral et durable et de cette compétitivité de plus en plus féroce pour tout Etat, surtout celui d’Haïti qui se veut « émergeant et moderne à l’horizon 2030 ». N’est-ce pas, Mr le Premier Ministre ?
Eh bien, Mr le Président, faites preuve de leadership en vous appuyant sur l’intelligence collective haïtienne et en invitant les autres qui ne sont pas de votre camps à se mettre autour de vous pour la grande « combite nationale », la grande concertation nationale, qui nous sortira de cette « économie rentière » basée sur l’exploitation de la pauvreté et des catastrophes naturelles qui provoquent des dégâts/dommages périodiques à cause de la grande vulnérabilité environnementale du pays haïtien, pour répéter l’expression de mon ami hollandais, Dr Van Vliet. Est-il trop tard? L’avenir immédiat nous éclairera.

lundi 26 avril 2010

HAITI : COMBINAISON D’OPTIONS DE DÉVELOPPEMENT, LE DERNIER COMBAT DE L’INTELLIGENCE COLLECTIVE HAITIENNE

HAITI : COMBINAISON D’OPTIONS DE DÉVELOPPEMENT, LE DERNIER COMBAT DE L’INTELLIGENCE COLLECTIVE HAITIENNE

Jean Robert JEAN-NOEL

25 avril 2010

En 2003, j’avais développé une thèse un peu farfelue pour démontrer à mes amis découragés que notre chère Haïti ne pourra pas périr. Cette thèse était basée sur quatre options de développement : l’option haïtienne, l’option dominicaine, l’option régionale et l’option internationale. J’en avais fait un article qui a connu un certain succès à l’époque (avril 2004), « Combinaison d’options de développement, la porte de sortie pour Haïti ? » (Réf. Le Nouvelliste, et www.jrjean-noel.blogspot.com , avril 2008).

Depuis 2004, c’est la combinaison d’options de développement qui est en application avec la présence des troupes étrangères dans le pays. En témoignent le cadre de coopération intérimaire (CCI) sous les gouvernements de Latortue et d’Alexis, le document stratégique national pour la croissance et la réduction de la pauvreté (DSNCRP) sous les gouvernements d’Alexis, de Pierre-Louis et de Bellerive, et le plan d’action pour le relèvement et le développement national d’Haïti (PARDNH) sous le gouvernement de Bellerive et très certainement sous les gouvernements à venir jusqu’en 2030 où Haïti deviendra ce « pays émergeant » et « moderne » selon la vision de l’actuel Gouvernement.

La « souveraineté limitée » ou contrôlée

En effet, depuis 2004, la communauté internationale (CI), sous l’obédience de la Banque mondiale, s’est associée avec les gouvernements haïtiens pour produire les cadres de coopération en tenant compte de leurs points de vue. A ces exercices ont participé, à coté des experts étrangers, les cadres haïtiens de l’administration publique, de la société civile et du secteur privé, avec en prime un certain niveau de validation nationale dans certains cas. Il faut noter et souligner que ces documents sont produits selon les modèles conformes aux « exigences de la communauté internationale et surtout des bailleurs de fonds ». C’est ce que j’appelle la combinaison d’options de développement.

Alors que la combinaison d’options de développement se reflète dans ces cadres de coopération dont les projets/programme s’exécutent à travers des unités de coordination de projets (UCP) créées au sein des structures étatiques, des organisations non gouvernementales (ONG) et des agences de coopération internationale (ACI), les bailleurs de fonds ont mis en place toute une structure de contrôle interne et externe pour s’assurer de limiter la corruption et d’obtenir des résultats, tout ceci doublé d’un ensemble de conditionnalités les unes plus contraignantes que les autres. Ces conditionnalités sont très souvent à la base des retards enregistrés dans la mise en œuvre des projets et programmes et, dans certains cas, des échecs criants enregistrés. C’est l’ère de la « souveraineté limitée » pour répéter le mot du Président Boniface Alexandre.

L’arme de la corruption

Malgré le contrôle exercé par les bailleurs et les efforts du GOH pour la mise en place et le renforcement des structures haïtiennes de contrôle de la corruption, l’ULCC, l’UCREF, la commission nationale des marchés publics (CNMP), la Cours Supérieure des Comptes et des Contentieux administratifs (CSCCA), Haïti occupe toujours les dernières places dans les derniers classements de transparency international. A force de nous répéter que nous sommes corrompus et nous d’utiliser l’arme de corruption contre nos adversaires politiques, et le plus souvent sans preuve, la perception a fini par devenir réalité. J’ai sorti trois articles sur l’indice de perception de la corruption pour demander aux haïtiens de ne pas utiliser le mot corruption sans preuve. Au contraire, on ne fait que cela. Rappelez-vous les 197 M USD : c’est la remise sur pied du CNE, c’est en partie l’augmentation de la production agricole en 2009 de 45% à 53% (CNSA), soit un poids de 8% dans la croissance de 2.9% du PIB de 2009 (MEF). Pourtant, malgré le rapport illustré fourni au Parlement, ces 197 M USD ont été utilisés par le Senat pour renvoyer la Première Ministre, Mme Pierre-Louis. Les leaders politiques utilisent ces 197 M USD pour taxer le GOH de corrompu. Quant à la communauté internationale, elle sait très bien que son argent est plutôt « bien géré » par les UCP et les ACI. Le peu qui passe directement par le GOH a, depuis 2004, plutôt eu une gestion acceptable aux yeux de la CI qui, à travers le FMI, délivre des certificats de satisfécit au GOH, au point de procéder à l’annulation de plus d’un milliard de la dette d’Haïti en juin 2009. Pourtant, lors du voyage du Président Préval à Washington (mars 2010), il y a eu toute une orchestration autour de la corruption au sein du GOH au point qu’il a du se défendre du bec et des ongles par rapport à cette perception. Cette orchestration n’était pas innocente. Elle visait, à mon avis, à forcer la main au GOH pour accepter des mécanismes inédits dans le cadre du nouveau cadre de coopération exigé par la reconstruction, une sorte de grignotement sur la souveraineté déjà limitée de l’Etat d’Haïti.

« La tutelle consacrée »

Avec ce nouveau cadre de coopération d’environ 34 milliards d’USD, le PARDNH 2010-2030, pour lequel les bailleurs se sont engagés lors de la conférence de reconstruction de New York (31 mars 2010) à hauteur de 9.9 milliards d’USD sur 10 ans, les deux parties, le Gouvernement Haïtien (GOH) et la Communauté internationale (CI) se sont donnés deux outils inédits jusqu’ici en Haïti : la commission intérimaire de reconstruction d’Haïti (CIRH) coprésidée par l’ex-Président, Bill Clinton, l’Envoyé Spécial du Secrétaire Général de l’ONU, et le Premier Ministre, Jean Max Bellerive, et le fonds fiduciaire multi-bailleurs (FFMB) sous la responsabilité de la Banque Mondiale (BM). Cette fois-ci, les deux parties ne sont pas seulement liées par des accords internationaux ratifiés par le Parlement mais la combinaison d’options de développement est consacrée par la fameuse loi prolongeant l’état d’urgence de 18 mois et votée séparément par les deux chambres. C’est la « tutelle consacrée » selon certains. D’où les réactions nationalistes de l’opposition accusant le pouvoir de « vendre le pays » et les explications des gouvernants se défendant d’être sous tutelle. D’ailleurs, le Président n’a-t-il pas le droit de véto consacré par cette même loi ? Donc peut-être pas tutelle totale mais souveraineté encore plus limitée qu’avant.

En tout cas, de la « souveraineté limitée » à la « tutelle consacrée », il est clair que le pouvoir ne pouvait pas grand-chose face à cette puissance de la communauté internationale qui a promis 9.9 milliards d’USD et qui avec patience a tissé sa toile d’araignée pour nous amener à cette extrémité depuis des années. Rappelez-vous les divers accords d’ajustement structurel (Marc Bazin, in Le Nouvelliste). Au point que la plupart d’entre nous condamnant publiquement cette occupation, l’acceptent en privé ; il suffit d’écouter la réaction du peuple pour comprendre notre niveau de déchéance par rapport à certaines valeurs inculquées par nos pères fondateurs. De toute manière, à ce stade, être sous tutelle ou pas, cette reconstruction se fera avec ou sans nous, car la CI ne pourra plus se permettre d’échouer cette fois-ci. Faut-il laisser faire pareil ou se battre pour qu’elle ne soit pas que physique et/ou saupoudrage ?

Les actions à entreprendre

Le PARDNH renferme des éléments théoriques pour éviter cela : la refondation territoriale, la refondation économique, la refondation sociale et la refondation institutionnelle. Et puis, il y a ce document « Haïti Demain » produit par le comité interministériel à l’aménagement du territoire (CIAT) qui favoriserait une mise en œuvre harmonieuse du PARDNH. Il en est de même pour le document du secteur Privé, le plan stratégique de sauvetage national (PSSN), le document de la FONHDIIAC. Prenons l’exemple du plan d’investissement du ministère de l’agriculture (environ 800 M USD) qui est partie prenante du PARDNH mais qui demeure essentiellement haïtien et qui, du 22 au 24 avril 2010, a été l’objet de validation dans le cadre d’un débat national. Pour les grandes réalisations physiques, elles pourront être fournies clé en main au GOH selon le modèle de TAIWAN. En témoignent la route Cayes-Port-à-Piment, les stadium de Gonaïves, de St-Marc et du Cap-Haïtien, ce sont des réalisations clé en main de la Firme Taïwanaise, OECC. Cependant on peut penser les choses physiques, les concevoir avec l’étranger même s’il les exécute. Par contre, pour le soft, on peut influencer les choses à notre manière et déboucher sur l’essentiel, l’éducation, la santé, etc. A nous de jouer à l’intelligent! Il ne faut pas non plus l’accaparement de tout par un petit groupe, un petit clan. Nous parlons ici de cette intelligence collective qui nous avait permis d’arracher notre indépendance le 1er janvier 1804. C’est cet exploit qu’il faudra renouveler.

En guise de conclusion, je reprends, en y ajoutant quelques nuances, mes conclusions d’avril 2004. « C’est l’occasion pour nous autres haïtiens sans exclusive qui maîtrisons la question et le terrain et qui sommes conscients de la situation catastrophique héritée de nos deux cents (200) ans de manque de développement et de ce terrible tremblement de terre du 12 janvier 2010, de saisir cette opportunité en faisant taire nos intérêts mesquins, en plaçant la question nationale au centre des débats, en défendant nos points de vue face à l’international et en imposant de manière intelligente notre option de développement à la leur comme on a commencé à le faire dans le PDNA et le PARDNH.

Dans cette nouvelle conjoncture, c’est notre option de développement combinée avec celle de la communauté internationale qui nous ouvrira la porte du salut. Comme l’a dit George Michel, face à l’occupant, Haïti a toujours gagné la bataille politique. Faisons en sorte que cette fois-ci la victoire débouche sur le développement intégral de notre pays pour que le citoyen haïtien compétitif puisse évoluer correctement au sein de son organisation et dans son environnement naturel régénéré et équipé d’infrastructures indispensables avec des moyens économiques et financiers suffisants et grâce à une gouvernance politique responsable et incitatrice. Tout un programme, n’est-ce pas ? »

Ce programme pourrait intégrer le PARDNH lors de sa mise en œuvre durant ces 20 prochaines années et surtout durant les 18 prochains mois.

Alors, Haïtiennes et Haïtiens au sein de l’appareil étatique, de la société civile, du secteur privé et des collectivités territoriales, de la diaspora, conspirons pour une refondation d’Haïti à la mesure de nos ambitions et surtout des ambitions de nos pères fondateurs. Ne soyons pas seulement « intelligents individuellement », comme me disait un ami étranger, mais aussi et surtout collectivement. Cette intelligence collective haïtienne a été imbattable avec des analphabètes en 1803 face à l’adversité des puissances de l’époque, elle le sera encore plus en 2010 avec des haïtiens bien formés tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays, et, cette fois-ci, avec l’appui de la communauté internationale. Avec la combinaison d’options de développement comme choix imposé et/ou accepté, la refondation de l’Etat d’Haïti passe nécessairement par l’intelligence collective haïtienne. C’est le passage obligé pour la réussite de ce dernier et long combat pour le développement durable d’Haïti. Etes-vous prêts ? Alors à l’assaut ! Sa Ki…

mercredi 31 mars 2010

HAITI : APRES LE SEISME, LA CONFERENCE DE RECONSTRUCTION DE NY

HAITI : APRES LE SEISME, LA CONFERENCE DE RECONSTRUCTION DE NY
Jean Robert JEAN-NOEL
31 MARS 2010

Le cadre de coopération intérimaire (CCI) 2004-2007 (1.4 mrds USD) avait provoqué son lot de conférences sur Haïti, de juillet 2004 à Washington à novembre 2006 à Madrid. Le document stratégique national pour la croissance et la réduction de la pauvreté (DSNCRP) 2008-2011 (4.3 mrds USD) n’a eu droit enfin de compte qu’à une seule conférence, celle de Washington d’avril 2009. Le plan d’action pour le relèvement et le développement national (PARDN) 2010-2030 (34.48 mrds USD) concocté après le 12 janvier 2010 par le Gouvernement Haïtien (GOH) avec l’appui de la communauté internationale (CI) connait sa première conférence, celle de New York, ce 31 mars 2010, au siège des Nations Unies, dont l’objectif est de trouver 3.8 mrds d’USD pour les 18 premiers mois de mise en œuvre du PARDN.

Pour arriver à cette date, il a fallu entreprendre toute une série d’actions tant au niveau du GOH, de la CI et de la société civile haïtienne de l’intérieure et de la diaspora. Dans le cadre de cet article, nous allons essayer de manière objective de refaire le cheminement suivi par ces acteurs impliqués dans le processus de refondation de notre pays.

La catastrophe du 12 janvier 2010

Le séisme du 12 janvier 2010 a frappé Haïti au niveau de deux départements, l’Ouest et le Sud-est. Les villes les plus touchées sont la capitale Port-au-Prince, Léogane, Carrefour, Gressier, Petit Goâve, Grand Goâve, Delmas, Tabarre, etc. pour l’ouest, et Jacmel pour le sud-est. « Plus de 300 000 décès et autant de blessés selon les autorités nationales, 1,5 millions de sans abris et de déplacés, des familles brisées, des orphelins sans ressources ». (PARDN mars 2010). Les dommages et les pertes, dont on mesure chaque jour davantage l’ampleur, sont estimés à près de 8 milliards de $US (environ 120% du PIB de 2009) selon l’évaluation des pertes et des dommages produites au cours des dernières semaines. Selon la même étude, les besoins sont de l’ordre de 11, 5 milliards de $US. (PDNA, mars 2010).

Les actions

Le peuple
Certaines actions sont entreprises tout de suite après les premières secousses par le peuple haïtien lui-même dans le cadre d’une solidarité inter haïtienne extraordinaire permettant de sauver beaucoup plus de vies que toute la communauté internationale avec sa batterie de technologies de toutes sortes, de personnes et de chiens entrainés. Cette solidarité s’est aussi manifestée dans la récupération des cadavres. Selon Jacky Lumarque, recteur de l’Université Quisqueya, sur radio mélodie, un jeune de 15 ans a permis de sauver des vies et dégager des cadavres des décombres de l’université. De plus, on a constaté une grande solidarité dans le partage d’un morceau de pain, d’un récipient d’eau, d’une couche. Il faut signaler qu’actuellement cette solidarité a tendance à s’effriter.

La diaspora haïtienne

Elle va entrer en scène des les premières nouvelles du séisme en interagissant par la seule station qui émettait, Signal FM. Elle va se mobiliser comme elle ne l’a jamais fait au paravent. Et aussitôt les communications rétablies, les maisons de transfert et banques opérationnelles, elle va puiser dans ses réserves pour venir en aides aux parents et amis de l’intérieur. Son action combinée avec d’autres facteurs allait permettre une bonne appréciation de la gourde par rapport au dollar américain. Dans sa composante intellectuelle, elle fera des propositions formelles à la nation moins d’un mois après le séisme sans tenir des nombreuses réflexions émises sur le net. Actuellement, elle continue de peaufiner des plans pour la refondation d’Haïti.

Les politiciens

La plupart des politiciens tout en critiquant le GOH ont fait des propositions intéressantes et d’autres come Rébu ont entrepris des actions en apportant les premiers soins, en hébergeant des personnes, en les nourrissant. D’autres enfin ont gardé le silence. Durant ces dernières semaines, ils sont présents sur les ondes pour s’opposer aux « décisions unilatérales du GOH », au plan de reconstruction réalisé « sans concertation », à la proposition de la loi d’urgence du GOH. De même, quelques semaines auparavant, ils s’opposaient à l’idée du Président d’organiser les élections à la fin de cette année. Mis à part le Plan stratégique de sauvetage national (PSSN) auquel la plupart des politiciens ont collaboré, il n’y a pas à proprement parler de plan de refondation du pays proposé par les partis politiques. Il faut signaler aussi que le Parlement n’est pas resté inactif durant cette période sous étude. Il n’y pas eu de démarche dans le sens d’une proposition pour la refondation de l’Etat mais seulement un souci de mettre un GOH à la hauteur de la situation avec intégration de nouvelles personnalités.

Le Gouvernement

Quant au GOH, malgré une grande hébétitude durant les premières heures après le séisme, il a su réagir en apportant des secours, en procédant aux enlèvements des cadavres qui jonchaient les rues, en dégageant les espaces de circulation, en assurant une certaine coordination par l’utilisation de ce qui reste de l’appareil gouvernemental et par la mise en place de certaines commissions, en assurant une certaine gestion de l’aide internationale avec l’appui de la CI, les USA en tête, en déclarant un peu tardivement l’état d’urgence. Le Ministère de l’agriculture a sorti un programme post-sismique et le GOH a lancé quelques jours plus tard le processus PDNA tout en continuant à gérer les urgences humanitaires. Le Premier ministre, le Président et les ministres ont reçu de nombreuses délégations et personnalités étrangères et ont effectué des voyages à l’étranger pour plaider la cause de la reconstruction. Il faut noter que le GOH a posé, à mon avis, quatre actions importantes : (i) la gestion des urgences humanitaires avec l’appui de la CI,(ii) la préparation de la phase de relèvement immédiat avec la réalisation d’un manuel d’opération pour harmoniser les travaux de création d’emplois ou HIMO en vue de faire face à la prochaine saison pluvieuse et/ou cyclonique et de favoriser l’autonomisation des victime du séisme et des familles en insécurité alimentaire, (iii) l’élaboration du PDNA et du PARDN, l’élaboration par le CIAT du plan d’aménagement du territoire publié sous le titre Haïti Demain, et (iv) l’organisation avec ses amis de la CI de cette conférence du 31 mars à NY.

La société civile

Quant à la SC organisée, elle a mis du temps à réagir. La Fondation Haïtienne pour le développement intégrale latino-américain et caribéen (FONHDILAC) a sorti son plan de refondation le dimanche 7 février 2010, le plan stratégique de sauvetage national est sorti à la même époque. D’autres propositions allaient suivre dont celles du secteur privé très récemment. C’est à cette époque que va être lancé le processus d’élaboration du PDNA avec l’appui de la communauté internationale et de certains cadres de la SC. Près de deux cents cadres haïtiens allaient participer à cet exercice qui, selon les TDR, devaient déboucher sur 3 extrants dont un plan stratégique de développement national. Ce plan stratégique est actuellement connu sous le vocable PARDN et est l’objet de cette conférence de reconstruction d’Haïti du 31 mars. Le secteur privé haïtien, qui a présenté tardivement son plan , participe à cette conférence, assurément sur la promesse du GOH de prendre en compte ses recommandations et de les intégrer dans le PARDN. En tout cas, avant son départ pour cette conférence, le Président a fait savoir à la nation que le plan qui va être présenté est celui de tous les haïtiens.

La communauté internationale

Dès le lendemain du séisme, elle commençait à se manifester par l’intermédiaire de ses représentants sur place en dépit des pertes énormes subies. Le Président Fernandez de la République Dominicaine s’est invité lui-même. Il était accompagné de toute l’armada humanitaire dominicaine. Ces dominicains ont mis la main à la pate à la manière des cubains qui étaient déjà sur place. Avec l’arrivée massive des autres, on a eu tendance à oublier ces actions de nos voisins immédiats. Cette solidarité internationale s’est manifestée et se manifeste encore dans toutes les actions entreprises par Haïti. La CI était haïtienne durant les premiers jours de la catastrophe. Ella n’a jamais cessé son appui depuis les urgences humanitaires, l’élaboration des dossiers, la préparation de la phase de relèvement jusqu’à la phase de reconstruction. Elle s’est investie sans relâche dans le PDNA, le PARDN, est omniprésente dans cette conférence, et sera partie prenante de la mise en œuvre de ce PARDN.

Plan d’action pour le relèvement et le développement national (PARDN)

C’est un des résultats de l’évaluation conjointe des besoins post-désastre qui, à la demande et sous la direction du Gouvernement de la République d’Haïti, a été conduite du 18 février au 24 mars en Haïti, avec le soutien technique de l’ONU, la BID, la CEPAL, la Banque Mondiale et la Commission Européenne.

Voici la vision telle qu’exprimée par le Premier Ministre lors de lancement du processus d’élaboration du PDNA : voir Haïti comme un pays émergeant d’ici 2030, société de la simplicité, équitable, juste et solidaire, vivant en harmonie avec son environnement, sa culture et une modernité maîtrisée où l’État de droit, la liberté d’association et d’expression et l’aménagement du territoire sont établis, dotée d’une économie moderne, forte, dynamique, compétitive, ouverte et à large base territoriale, où l’ensemble des besoins de base de la population sont satisfaits et géré par un État unitaire, fort, garant de l’intérêt général, fortement déconcentré et décentralisé.

Les priorités du Plan d’Action Post Séisme, qui s’articulera autour de vingt (20) chantiers et qui nécessitent 34, 481, 000,000.00 USD, sont de faire face à l’urgence dans l’immédiat, redémarrer les activités économiques gouvernementales et sociales, réduire la vulnérabilité du pays face aux catastrophes naturelles et relancer Haïti sur la voie du développement.
Plus spécifiquement : (i) Assurer la préparation de la saison cyclonique et des pluies 2010, particulièrement pour les populations déplacées ; (ii) Inscrire systématiquement les aspects environnementaux dans toutes les décisions liées au processus de redressement et de développement ; (iii) Assurer l’intégration de la gestion des risques et des désastres dans toutes les activités de reconstruction pour tous les secteurs ; (iv) Mettre en place une politique active de l’emploi en appuyant les micro-entreprises, en renforçant la formation professionnelle, en intégrant les principes de haute intensité de main d’œuvre (HIMO) et en associant l’entreprenariat haïtien, la main d’œuvre locale ainsi que les communautés ; (v) Placer de façon accrue l’État comme prestataire de services de base déconcentrés et décentralisés, tout en assurant un renforcement substantiel de son autorité auprès des entités non étatiques. A cet égard, amorcer la création d’un filet de protection sociale pour les plus démunis ; (vi) Décongestionner la zone métropolitaine de Port-au-Prince par une politique de déconcentration et de décentralisation en mettant en place des incitations pour la sédentarisation de la population autour de pôles de croissance ; (vii) Continuer d’apporter assistance et soutien à 1.3 million d’haïtiens qui ont tout perdu et à 3 millions de personnes affectées par le désastre, tout en accélérant le processus de relèvement pour éviter une dépendance vis-à-vis de l’aide extérieure.

Ce plan se décline en deux temps. Soit l’immédiat qui porte sur une période d’une année et qui constitue la période de transition avant que tout le mécanisme de la refondation de l’État ne soit opérationnel. Le second temps s’ouvre sur une perspective temporelle de dix ans, permettant ainsi de tenir compte de trois cycles de programmation des Stratégies Nationales de Croissance et de Réduction de la Pauvreté.

C’est pourquoi le Plan propose la mise en place d’une Commission intérimaire pour la Reconstruction d’Haïti (CIRH) et d’une Agence pour le Développement d’Haïti (ADH) ainsi qu’un Fonds Fiduciaire Multi-Bailleurs (FFMB) qui permettront l’instruction des dossiers, la formulation des programmes et projets, leurs financements et leurs exécutions, tout cela dans une approche coordonnée et cohérente.

Le Plan cible prioritairement les activités financées par l’aide publique au développement (APD) puisqu’il s’agit d’une conférence de donateurs. Il laisse cependant une large place aux autres intervenants du secteur des affaires, du secteur privé et des ONG qui sont des opérateurs incontournables du renouveau d’Haïti. Il propose un cadre macro-économique axé sur la croissance et un train de mesures qui faciliteront la création de richesses par le secteur privé.

En guise de conclusion, le PARDN contient une série de thématiques qui feraient partie de n’importe quel plan haïtien. Le document d’aménagement du territoire intitulé Haïti Demain qui indique, entre autre, le processus de mise en œuvre du PARDN pourrait plaire à l’ensemble des haïtiens avec quelques nuances à modifier ou à adapter. En parcourant les divers plans, les différences ne sont pas énormes, questions de nuances et de formulations. Il y a donc lieu de les fusionner après cette première conférence pour en faire un plan haïtien. Les premiers engagements obtenus (10 milliards de dollars) de la communauté internationale témoignent de leur approbation par rapport à ce plan dit du gouvernement. Alors, forçons la main au GOH pour son amélioration et pour une mise en œuvre non partisane de ce plan devenu enfin haïtien. Ce minimum de consensus, on le doit bien à nos milliers de morts et disparus. Un petit effort, mesdames et messieurs !!!

mercredi 17 février 2010

HAITI : LA GESTION DE L’INSECURITE ALIMENTAIRE EN 2010

HAITI : LA GESTION DE L’INSECURITE ALIMENTAIRE EN 2010
PAR Jean Robert JEAN-NOEL
16 Février 2010


J’ai terminé mon dernier article de 2009, « Bilan 2009 du secteur agricole, un bond de la sécurité alimentaire », par cet avertissement : « 2010 et ses cohortes d’événements seront les seuls capables de prédire l’avenir immédiat du secteur agricole et du Pays Haïtien, l’imprévisible. A bon entendeur, salut !!! ». (Réf. www.jrjean-noel.blogspot.com).

Malgré cet avertissement, je n’avais pas à l’esprit, ce 30 décembre 09, qu’Haïti, mon pays, allait être, quatorze (14) jours plus tard, dévastée par ce terrible tremblement de terre causant plus de 200000 morts, des dégâts évalués à 60% du PIB par le Premier Ministre Jean Max Bellerive, et ajoutant 1500000 individus au nombre de personnes déjà en insécurité alimentaire (IA) dans les deux départements (Ouest et Sud-est) les plus affectés par ce séisme du 12 janvier 2010 survenu à 4h 53 PM.

Alors, comment adresser la question de l’insécurité alimentaire et surtout comment la gérer durant cette année 2010 ? Pour y répondre, nous nous basons sur certaines observations liées à la situation post-sismique, une émission de radio conduite par Kesner Pharel, Investir du 13 février, dans laquelle est intervenu le Coordonnateur de la CNSA, Mr G. Mathieu, en fournissant des informations pertinentes, et sur un document de réponse au séisme du ministère de l’agriculture.

Les observations post-sismiques liées à l’insécurité alimentaire
Tout de suite après le séisme, plus de 500000 personnes ont littéralement fui la Capitale pour se rendre dans les autres villes et départements non affectés. Les personnes qui restent dorment à la belle étoile soit sur des places publiques, soit dans les rues ou des endroits dégagés, en particulier sur la cour de leurs maisons endommagées au pas par peur des répliques ou pour respecter les consignes des autorités. Ces personnes, surtout celles qui vivent en dehors de leur cour, sont dépourvues de tout et du minimum vivere. Quant à celles qui vivent sur leur cour, elles arrivent très difficilement pour la grande majorité à joindre les deux bouts. Pour ce qui a trait à la nourriture, la majorité des haïtiens sinistrés ont passé les premiers jours sans nourriture, sans eau pour boire voire pour se laver. La débrouillardise aidant, la solidarité entre gens de même sort et l’arrivée timide de l’aide ont permis une certaine survie.

Une semaine après, avec la reprise d’une certaine normalité, les prix des produits de première nécessité couplés avec la « crise du carburant » ont grimpé de 30 à 50%, et se sont maintenus malgré la résolution par le Gouvernement de la crise de carburant qui était tout simplement fabriquée par certains inconscients. Malgré l’arrivée massive de l’aide avec ses cohortes de problèmes de coordination et de distribution, la situation de l’insécurité alimentaire, si elle subit une amélioration par rapport aux premiers jours, se débat toutefois encore dans de sérieuses difficultés dues en grande partie à son insuffisance.

Selon Marcus Gracia, éditorialiste de Radio Mélodie FM, dans l’éditorial du lundi 15 février 10, le pourcentage de l’aide qui arrive aux nécessiteux ne dépasse pas 10% après être amputée des diverses charges. Un Député du peuple de la région sud du pays a constaté que dans les zones de Léogane, de Grand Goâve et de Petit Goâve, à peine 10% de la population étaient touchées au niveau urbain, en particulier là où opéraient les cameras de la presse internationale (Radio Caraïbes, émission de nouvelles du matin du 15 février). Cette situation nécessite donc une gestion très sérieuse de la part des parties prenantes, en particulier sur la base des précisions du Coordonnateur de la CNSA.



Les précisions du Coordonnateur de la CNSA
Face à cette situation, la Coordination nationale de la sécurité alimentaire (CNSA) par la voix de son principal représentant, Mr G. Mathieu, a apporté un certain nombre de précisions basées sur une simulation de 2 millions de personnes en insécurité alimentaire aigue après le 12 janvier et qui nécessitent du « secours d’urgence et de l’aide alimentaire ».

Ces deux millions de personnes auraient besoin, selon les standards internationaux, 450,000 tonnes équivalent céréale (TEC) pendant 12 mois. Selon le bilan alimentaire de 2009 (CNSA 2009) 53% des besoins exprimés pourraient être couverts par l’agriculture haïtienne, surtout les besoins des déplacés vers les provinces.

Pour la période de janvier à juin 2010, 47% de la demande alimentaire, qui représente 105,000 TEC, devraient être satisfaites par des importations, soit un total de 17,000 TEC/mois. Pour la période de juillet à septembre 2010, avec les hypothèses d’une diminution du nombre de sinistrés sous les tentes, de création d’emplois temporaires (HIMO) et d’une disponibilité alimentaire de 60% à partir de la saison de printemps, les besoins alimentaires du pays tomberaient autour de 9,000 TEC/mois, soit un total de 27,000 TEC. De même, pour la période d’octobre à décembre 2010, on aurait encore besoin de 9.000 TEC par mois, soit 27.000 TEC pour secourir les sinistres qui sont dans les groupes vulnérables (enfants, femmes enceintes et allaitantes, vieillards, etc.)

Comme on sera déjà en pleine saison cyclonique 2010, il faudrait prévoir environ 1 million de sinistrés dans les départements du Sud, Sud Est, Nippes, Artibonite, Ouest, Grand Anse. D’où la nécessité de la constitution d’un stock de sécurité de 90.000 TEC pendant 5 mois (juillet à novembre 2010) dont 53% pourraient être constitués de produits locaux. Dans le cas où il n’aurait pas de cyclones dévastateurs, on pourrait liquider le stock de sécurité sur les marchés, les hôpitaux, les cantines scolaires à partir de décembre 2010.

Il faut noter qu’annuellement l’aide alimentaire atteint 116.000 TEC dont 73% est monétisé. Exceptionnellement, elle atteindra cette année 159.000 TEC. Le Gouvernement pourrait, selon G. Mathieu, exiger la monétisation de près de 50% de l’aide à partir du sixième mois (juin 2010) pour investir l’argent dans des travaux de création massive d’emplois temporaires (HIMO) de cash for work, en vue de recapitaliser les familles nécessiteuses et de leur permettre d’avoir accès aux aliments par l’achat et non par don. Ce qui éviterait de créer chez elles une mentalité d’assisté. Cette création massive d’emplois pourrait se faire dans le cadre du document de réponse du ministère de l’agriculture post-cyclonique 2008 et post-sismique 2010.

Le document de réponse du ministère de l’agriculture
Le « Programme Spécial d`Urgence et D’appui à la Production Alimentaire en Haïti en Réponse aux Quatre Cyclones de L’été 2008 et au Tremblement de Terre du 12 Janvier 2010 et à l’intégration des Populations Déplacées. » est une bonne réponse à la situation de l’insécurité alimentaire. Mais, même appliqué dans son intégralité durant la période de 3 ans prévue, il sera insuffisant pour résorber l’insécurité alimentaire, car l’insécurité alimentaire est une problématique multisectorielle qui aurait dû avoir une réponse gouvernementale à la dimension de sa multi-sectorialité. En tout cas, s’il est appliqué, ce sera un pas de géant vers la bonne direction.

En effet, ce programme de réponse d’environ 700 millions d’USD et localisé, en majeure partie, dans les zones ayant reçu les déplacés, vise les objectifs suivants :
• Au niveau général : améliorer l’offre alimentaire, valoriser la main d’œuvre rendue disponible par les populations déplacées et accroitre le flux monétaire dans le milieu rural.
• Aux niveaux spécifiques : réhabiliter et reconstruire les infrastructures productives, (i) en renforçant la capacité productive des agriculteurs par l’amélioration des conditions de la production agricole, (ii) en améliorant la valorisation des produits agricoles (végétaux et animaux) et l’accès des producteurs aux marchés, et (iii) en préservant les ressources naturelles et les infrastructures de production des plaines.

Ce programme en 7 composantes, en regard de sa stratégie participative et inclusive (implication d’acteurs tant nationaux qu’internationaux), conduira aux effets suivants : (i) la mise sous irrigation de14.000 hectares supplémentaires et la facilité d’accès à ces exploitations agricole au moyen de 600 km de pistes rurales, (ii) l’augmentation de rendement des cultures entrainant une augmentation de la production des denrées alimentaires de base, (iii) la facilité de manière durable de l’accès des groupes cibles du programme aux intrants et services agricoles de proximité, (iv) la création d’environ 45 millions de personnes/jour d’emplois (62500 emplois/mois en moyenne) dans le milieu rural, (v) l’augmentation de la valeur ajoutée dégagée par les producteurs, (vi) l’obtention d’une meilleure insertion des producteurs dans la filière agroalimentaire.

Conclusion
La gestion de l’insécurité alimentaire pour l’année 2010 et au delà n’est pas au dessus des capacités de ce Gouvernement. Il dispose en son sein parmi les meilleurs spécialistes dans ce domaine et des structures qui méritent d’être légalisées et renforcées, des politiques publiques à mettre en application (Politique de développement agricole 2010-2025, plan national de sécurité alimentaire et nutritionnelle 2010-2025, programme post-séisme, document d’orientation sur la reconstruction de la ville des Gonaïves, le DSNCRP, etc.).

Et ce, sans mettre dans la balance certains documents produits par la société civile haïtienne tant de l’intérieur que de la diaspora comme le « Plaidoyer pour la refondation de l’Etat d’Haïti selon une vision haïtienne » (réf. www.jrjean-noel.blogspot.com) du Groupe FONHDILAC et le « Plan stratégique pour le sauvetage national » du Camp Patriotique, pour ne citer que ceux-là.

Un petit effort de leadership et de coordination de la part du gouvernement, une petite pression et une certaine compréhension de cette problématique multisectorielle de la part des autres pouvoirs de l’Etat, surtout le Parlement, permettront la mise en application des solutions proposées, la gestion de cette problématique pour l’année 2010 et la mise en route d’un train de mesures susceptibles de résoudre définitivement cette problématique à l’horizon 2025.

Le séisme du 12 janvier 2010 nous a fait prendre conscience de notre mauvaise manière d’agir depuis plus de 200 ans. Alors, agissons différemment de manière inclusive en profitant des compétences de la nation partout où elles se trouvent sans discrimination ni préjugés. Il y va de notre survie de peuple et de la construction de la Nouvelle Haïti, « la perles des Antilles et l’exception culturelle de la Caraïbe ». Cela vaut bien un petit sacrifice. N’est-ce pas, Messieurs et Dames? N’est-ce pas, Mr le Président, le Premier des Haïtiens ? N’oubliez pas que la communauté des nations est avec nous contrairement aux pères fondateurs qui ne pouvaient compter que sur eux-mêmes. En d’autres termes, cette fois-ci, nous avons beaucoup plus de chances de réussite qu’eux. Alors, fonçons ensemble. Main dans la main !!!