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samedi 31 janvier 2026

HAÏTI ET LE MONDE A LA CROISEE DES CHEMINS – N° 63 : LE MONDE EN BOULEVERSE ET LA TENTATION DU VIDE AU 7 FEVRIER 2026 EN HAITI

 

HAÏTI ET LE MONDE A LA CROISEE DES CHEMINS – N° 63 : LE MONDE EN BOULEVERSE ET LA TENTATION DU VIDE AU 7 FEVRIER 2026 EN HAITI

Par JEAN-ROBERT JEAN-NOEL

31 JANVIER 2026

En ce début de 2026, la planète avance à pas hésitants sur une ligne de crête où se mêlent guerres prolongées, transitions démocratiques précaires et mutations socio‑économiques d’ampleur historique. À Davos, les élites politiques et économiques débattent des fractures de la mondialisation, des risques systémiques et des promesses de l’intelligence artificielle, pendant que les missiles russes et ukrainiens redessinent, au prix du sang, la carte de la sécurité européenne. Dans les rues de Minneapolis, le long travail de réforme policière, engagé après l’assassinat de George Floyd, illustre combien il est difficile de transformer structurellement un ordre social qui produit l’injustice, même lorsque le consensus sur la nécessité du changement semble acquis.

À des milliers de kilomètres de là, Haïti vit, elle aussi, son moment de vérité. Les gangs étendent ou recomposent leurs zones de contrôle, la transition politique issue de l’accord du 3 avril 2024 arrive à son terme le 7 février 2026, et le bras de fer larvé entre le Conseil présidentiel de transition (CPT) et le Premier ministre (PM) Didier Fils‑Aimé menace de déboucher sur un vide de gouvernance au moment même où le pays a le plus besoin d’un État fonctionnel. À Port‑au‑Prince comme à Kiev, à Davos comme dans les quartiers populaires de Minneapolis, se pose la même question : comment reconstruire une légitimité politique et sociale dans un monde où les institutions semblent toujours en retard d’une crise ?

C’est à partir de cinq faits saillants au niveau mondial – la guerre d’Ukraine qui s’enlise, le Forum de Davos 2026, le laboratoire américain de Minneapolis, mais aussi la recomposition de l’ordre économique et la bataille autour de l’intelligence artificielle – et de cinq faits saillants haïtiens – la dynamique des gangs, le conflit CPT–Premier ministre, les initiatives de médiation, les hésitations autour du 7 février 2026, les esquisses de projets de long terme – que cette chronique propose de lire, en miroir, le destin d’Haïti et les lignes de fracture du monde.

I. LE MONDE SUR UN FIL : UKRAINE, DAVOS, MINNEAPOLIS ET LES FAILLES SYSTEMIQUES

1. Une guerre d’Ukraine qui devient matrice de l’ordre européen

Quatre ans après le déclenchement de l’invasion à grande échelle de la Russie, la guerre en Ukraine est devenue à la fois un conflit d’attrition militaire et un laboratoire de résilience politique, technologique et sociale. Loin de n’être qu’un tête‑à‑tête russo‑ukrainien, elle recompose les alliances, les budgets militaires et les corridors énergétiques du continent européen, tout en alimentant une économie de guerre diffuse qui va des usines d’armement aux champs de blé minés(1).

La présence ukrainienne à Davos 2026 – notamment à travers l’Ukraine House, vitrine d’une nation qui veut se projeter comme futur « powerhouse » énergétique et technologique de l’Europe – montre que Kiev ne se pense plus seulement comme un champ de bataille, mais comme un futur pôle de croissance, de gouvernance numérique et d’innovation en matière de reconstruction. De ce point de vue, la guerre n’est plus seulement une tragédie nationale, elle devient un moment fondateur de l’ordre européen à venir : celui où l’on teste, grandeur nature, le lien entre souveraineté, sécurité collective, transition énergétique et gouvernance numérique.​

2. Davos 2026 : l’élite mondiale face à un ordre fracturé

Le Forum économique mondial de Davos, en janvier 2026, a confirmé le décalage croissant entre l’accumulation des « risques globaux » – conflits, dérèglements climatiques, vagues migratoires, désinformation de masse – et la faible capacité des institutions existantes à y répondre de manière coordonnée. Les discussions ont porté à la fois sur la montée des tensions commerciales, la gouvernance de l’intelligence artificielle, la nécessaire reconversion de centaines de millions de travailleurs et la fragilisation des démocraties par la polarisation et les infox (2) :reuters+2).

On y a vu se dessiner une fracture générationnelle : les plus jeunes, présents dans les panels et les mouvements de la société civile, mettent au premier plan le risque de désinformation et d’effondrement écologique, tandis que les dirigeants plus âgés continuent de prioriser la confrontation géopolitique classique et la défense des intérêts nationaux. Dans ce théâtre des puissants, l’Ukraine occupe une place singulière : parfois reléguée au second plan par d’autres priorités – comme les coups de force géopolitiques du président américain Donald Trump ou les tensions commerciales – elle revient brutalement au centre de l’agenda dès que sont évoquées les architectures de sécurité, l’énergie ou la refonte des chaînes de valeur (4), selon europeanbusinessmagazine+2.

3. Minneapolis, du drame George Floyd aux réformes sous contrainte

Depuis la mort de George Floyd en 2020 jusqu’au dernier drame lié à « ICE », causant la mort de 2 personnes, Minneapolis est devenue l’un des principaux laboratoires de réforme policière des États‑Unis. L’accord négocié avec le département de la Justice (DOJ), puis la volonté affichée par la ville de maintenir et mettre en œuvre les mesures de la « consent decree » même après les hésitations et revirements fédéraux, illustrent une tension qui dépasse largement le Midwest américain : comment transformer une institution de sécurité sans perdre le soutien des forces de l’ordre, ni celui d’une population échaudée par des décennies de violences et de discriminations(6) ?minneapolismn+2

Les autorités municipales ont adopté un ensemble de réformes visant la transparence, la redevabilité et la réduction des biais systémiques dans les pratiques policières – avec supervision d’un monitor indépendant et articulation avec des accords au niveau de l’État du Minnesota. Le fait que Washington ait cherché à renégocier ou annuler certains accords, avant que la ville ne choisisse de poursuivre unilatéralement le chantier, montre que la transformation des systèmes de sécurité ne dépend pas seulement de textes, mais d’un rapport de forces politique et social durable entre communautés, élus, syndicats et organisations de défense des droits (5).justice+2


II. HAÏTI DANS LA TOURMENTE : GANGS, TRANSITION ET LUTTE POUR LA LEGITIMITE

1. Une crise sécuritaire au point de rupture

Au moment où le monde se penche sur ses fractures, Haïti vit, selon les mots mêmes des Nations unies, une crise arrivée à un « point de rupture », avec des gangs qui resserrent leur emprise sur le territoire, particulièrement dans la capitale et les corridors stratégiques. Les coalitions criminelles – telles que Viv Ansanm – mènent des attaques coordonnées contre des commissariats, des prisons, des infrastructures économiques, tandis que l’extorsion, le trafic d’armes, de drogue et de munitions deviennent les principaux moteurs d’une économie parallèle de la violence(9).news.un+1

Certes, des opérations conjointes de la Police nationale d’Haïti (PNH), de l’Armée d’Haïti et de la force internationale de suppression des gangs, autorisée par le Conseil de sécurité, ont permis de rouvrir certaines routes et de rétablir partiellement la présence de l’État dans quelques zones, notamment autour du Champ de Mars. Mais ces gains demeurent fragiles : sans continuité politique, renforcement institutionnel et relance économique, chaque avancée sécuritaire risque d’être rapidement annulée par la capacité d’adaptation des groupes armés(8).crisisgroup+1

2. CPT contre Premier ministre : la transition piégée par ses propres ambiguïtés

Le Conseil présidentiel de transition (CPT), mis en place en 2024 à la suite de l’accord politique du 3 avril, devait conduire le pays vers des élections et un retour à la légitimité démocratique d’ici le 7 février 2026. À l’approche de cette date, les tensions internes au dispositif de transition éclatent au grand jour, notamment autour de la tentative de certains membres du CPT de destituer le Premier ministre Didier Fils‑Aimé, avant que des revirements et pressions internationales ne viennent freiner cette démarche (10), selon jamaicaobserver+1.

Plusieurs conseillers du CPT ont rappelé publiquement qu’ils considéraient détenir le pouvoir de nommer et révoquer le chef du gouvernement, tout en revendiquant la prérogative de désigner une nouvelle équipe – Premier ministre, gouvernement, voire présidence – pour la prochaine phase, au besoin en défiant les mises en garde des partenaires internationaux. Cette lutte de pouvoir, largement introvertie, détourne l’énergie politique de l’essentiel : l’organisation de conditions minimales de sécurité, de gouvernance et de consensus pour éviter un vide institutionnel au‑delà du 7 février 2026(10).[jamaicaobserver]​

3. Médiations, comités et la hantise du 7 février

Consciente de l’impasse, la CARICOM et plusieurs acteurs régionaux plaident pour la mise en place d’un comité de médiation capable de rassembler les forces politiques et sociales haïtiennes afin de dégager un accord sur l’après‑CPT. L’idée est d’éviter que l’expiration du mandat tracé par l’accord du 3 avril 2024 ne se traduise par un effondrement brutal de la transition, au moment même où les gangs continuent de tester la capacité de l’État à tenir le minimum de ses fonctions régaliennes (9), selon news.un+2.

Le dilemme est clair : prolonger, adapter ou remplacer les dispositifs actuels de transition, sans créer l’impression d’une « transition perpétuelle » qui minerait davantage la confiance déjà érodée de la population. La date du 7 février 2026 agit ainsi comme un révélateur : soit elle ouvre un nouveau cycle de légitimité graduelle, basé sur un compromis politique plus inclusif et un calendrier réaliste, soit elle marque un point de bascule supplémentaire dans la fragmentation de l’État (8), réf. crisisgroup+1.

4. Propositions pour une transition apaisée : entre imagination citoyenne et cadrage international

Dans ce contexte, plusieurs propositions émergent : gouvernement d’union nationale, élargissement ou recomposition du CPT, mise sur pied d’un conseil de sages, renforcement des prérogatives d’une instance électorale indépendante, ou encore articulation plus claire entre la force internationale, la PNH et des initiatives de sécurité communautaire. Les partenaires internationaux, eux, insistent sur la nécessité de « continuité de la gouvernance » au‑delà de février, pour éviter que les investissements sécuritaires et humanitaires consentis depuis deux ans ne soient dilapidés par un nouveau chaos politique (9), réf.news.un+1.

Mais l’expérience haïtienne des trente dernières années montre que les arrangements institutionnels imposés de l’extérieur ou négociés dans des cercles restreints sans véritable appropriation populaire ont peu de chances de produire la stabilité recherchée. Les propositions les plus prometteuses sont donc celles qui articulent trois niveaux : une base sociale organisée (collectifs de quartiers, organisations paysannes, syndicats, Églises, diaspora), un compromis élite‑élite suffisamment claire pour donner un horizon de 18 à 24 mois, et un cadre d’appui international qui respecte la souveraineté tout en assumant son rôle de garant de certains engagements.

III. JEUX DE MIROIRS : CE QUE LE MONDE DIT D’HAÏTI, CE QUE HAÏTI DIT AU MONDE

1. Ukraine et Haïti : deux périphéries au centre du jeu

À première vue, tout oppose l’Ukraine et Haïti : l’une est un État européen de taille moyenne, doté d’une base industrielle et agricole importante, l’autre un petit pays caribéen en proie à la désindustrialisation et à l’exode. Pourtant, les deux pays partagent un point commun : ils se trouvent, malgré eux, au cœur d’un affrontement autour des règles du jeu international – frontières, souveraineté, alliances, régime de sanctions, aide militaire et humanitaire (1).umaef+2

Dans le cas ukrainien, ce sont les lignes rouges de l’OTAN et de la Russie, la sécurité énergétique européenne et la crédibilité du droit international qui sont en jeu. Dans le cas haïtien, c’est la capacité du système international à traiter une crise prolongée de gouvernance, de sécurité et de développement dans ce qui est souvent perçu comme une « périphérie » stratégique, mais qui concentre en réalité plusieurs tendances globales : urbanisation anarchique, gangs transnationaux, États fragiles, dépendance humanitaire, migration de masse (2).reuters+3

2. Davos, Minneapolis et Port‑au‑Prince : sécurité, inégalités et légitimité

Les débats de Davos 2026 sur l’intelligence artificielle, l’emploi et la fragmentation de l’ordre mondial renvoient, en creux, aux réalités de Minneapolis et de Port‑au‑Prince. Lorsque l’on discute de « confiance dans les institutions », de « polarisation politique » ou de « désinformation », les exemples viennent aussi bien des démocraties industrielles que des pays dits fragiles (3).weforum+2

À Minneapolis, l’enjeu est de reconstruire la confiance entre une police accusée de violences systémiques et des communautés afro‑américaines qui se sentent historiquement ciblées, en combinant réformes juridiques, formation, contrôle indépendant et investissement dans la sécurité communautaire. En Haïti, l’enjeu est encore plus radical : comment restaurer une institution policière sous‑dotée, infiltrée et souvent débordée et renforcer l’embryon de l’Armée d’Haïti, tout en affrontant des gangs qui jouent à la fois le rôle de prédateurs et de fournisseurs de services de base dans certains quartiers (7)? S’interroge pbs+4

Dans les deux cas, la question des inégalités – raciales, économiques, territoriales – est centrale. Une réforme sécuritaire qui ne s’attaque pas aux causes structurelles de la marginalisation, de la pauvreté urbaine et de la désillusion citoyenne risque de ne produire qu’un répit temporaire.

3. Un « nouvel ordre incertain » vu depuis Haïti

La combinaison de ces dynamiques – guerres prolongées, fragmentation du multilatéralisme, montée des nationalismes, recomposition technologique, crises de légitimité institutionnelle – dessine ce que l’on pourrait appeler un « nouvel ordre incertain ». Davos en perçoit les secousses dans les indicateurs de risques globaux, Kiev en subit la violence brute, Minneapolis en expérimente la dimension sociale, Haïti en incarne la version la plus extrême : celle où l’État lui‑même vacille (4) .europeanbusinessmagazine+3

Cette perspective renverse le regard traditionnel. Loin d’être une simple « exception caribéenne », Haïti apparaît comme un miroir grossissant des contradictions d’un monde où la sécurité est de plus en plus privatisée, où la frontière entre crime organisé et pouvoir politique s’estompe, où les élites parlent de résilience pendant que les populations vivent, au quotidien, la fatigue, l’exil et la survie (8).crisisgroup+1

IV. CONCLUSIONS ET PERSPECTIVES : HAÏTI ET LE MONDE A L’HORIZON 2026–2054

1. Le court terme : traverser le 7 février 2026 sans chute libre

À court terme, l’enjeu central, pour Haïti, est de franchir le cap du 7 février 2026 – fin annoncée du mandat du CPT selon l’accord du 3 avril 2024 – sans basculer dans un vide institutionnel qui profiterait d’abord aux gangs et aux entrepreneurs de chaos. Cela suppose à minima un accord politique explicite sur la continuité de l’exécutif de transition, la clarification des pouvoirs respectifs du CPT et du Premier ministre, ainsi qu’un engagement formel envers un calendrier électoral conditionné à des progrès mesurables sur la sécurité (10).jamaicaobserver+2

À l’échelle mondiale, le court terme sera dominé par la capacité – ou l’incapacité – des acteurs à contenir l’escalade en Ukraine, à éviter l’extension de la guerre à d’autres théâtres et à maintenir un minimum de coopération économique dans un climat de rivalités croissantes. Pour Haïti, cela implique de se positionner intelligemment dans les débats internationaux sur l’aide, la dette, la sécurité et la migration, afin de ne pas être seulement un « cas humanitaire », mais un partenaire qui formule des demandes claires et cohérentes (3).weforum+2

2. Le moyen terme : refonder la sécurité et la légitimité

Sur un horizon de trois à sept ans, la priorité sera de transformer les succès ponctuels contre les gangs en une politique de sécurité durable, fondée sur une PNH reconstruite et une armée renforcée, des mécanismes de justice crédibles et des alternatives économiques réelles pour les jeunes recrutables. L’expérience de Minneapolis montre qu’une réforme sécuritaire profonde exige des engagements financiers, politiques et démocratiques sur la durée, avec des mécanismes d’évaluation transparents et une forte implication citoyenne (6).minneapolismn+4

En parallèle, Haïti devra s’atteler à la refondation de sa légitimité politique : réforme du système électoral, lutte contre l’argent sale dans la politique, reconstruction progressive de l’administration territoriale et intégration plus systématique de la diaspora dans les décisions nationales. Le moyen terme sera celui d’un pari : soit l’on institutionnalise la fragmentation actuelle, soit l’on invente une « coalition pour l’État » rassemblant, au‑delà des camps partisans, ceux qui ont intérêt à un minimum de prévisibilité et d’État de droit(9).news.un+1

3. Le long terme : penser 2054 depuis 2026

Enfin, à long terme, l’horizon de 2054 – 250e anniversaire de l’indépendance – reste une boussole possible pour qui veut penser la reconstruction d’Haïti au‑delà des urgences. Dans un monde où l’intelligence artificielle, les transitions énergétiques et les migrations massives redéfiniront la hiérarchie des puissances, un petit pays peut choisir d’être un terrain d’expérimentation démocratique, écologique et social, plutôt qu’un simple réceptacle de crises (11).History+3

Cela suppose de bâtir, dès aujourd’hui, quelques « piliers de long terme » : une éducation publique de qualité centrée sur les sciences, les langues et la citoyenneté ; une stratégie énergétique et écologique adaptée au territoire ; une économie de niches (culture, services, numérique, agriculture de qualité) articulée à la diaspora ; une culture politique moins centrée sur la conquête de l’État que sur la production de biens publics. En ce sens, l’Ukraine qui reconstruit ses villes bombardées, Minneapolis qui tente de réinventer sa police, les forums qui cherchent à encadrer l’intelligence artificielle ou la gouvernance de la mondialisation, offrent à Haïti non pas des modèles à copier, mais des expériences à observer pour nourrir sa propre trajectoire(8).crisisgroup+1

Au bout du compte, la question n’est pas seulement de savoir ce que le monde fera pour Haïti, mais ce que Haïti peut dire au monde de sa lutte multiséculaire pour la liberté, la dignité et l’égalité. Si elle parvient à traverser le 7 février 2026 sans perdre le peu de cohésion qui lui reste, à désarmer progressivement les pouvoirs des armes et de l’argent sale, et à réhabiliter le travail, la connaissance et la participation citoyenne comme fondements de la légitimité, alors la petite République caribéenne pourra, une fois encore, surprendre un monde qui l’a trop longtemps regardée comme un simple symptôme de ses propres dérives.

 

Annexes – Références indicatives

  1. Ukraine House Davos, « Ukraine House Davos 2026: Resilience, Innovation, and Global Partnerships », programme 2026.[umaef]​
  2. Reuters, « Five takeaways from Davos 2026 », 23 janvier 2026.[reuters]​
  3. World Economic Forum, « 4 takeaways from Davos 2026: New deals, a reckoning, dialogue », 3 janvier 2026.[weforum]​
  4. European Business Magazine, « Davos 2026: World Leaders Confront a Fracturing Global Order », 19 janvier 2026.[europeanbusinessmagazine]​
  5. U.S. Department of Justice, « Justice Department Reaches Agreement with the City of Minneapolis and the Minneapolis Police Department », 5 février 2025.[justice]​
  6. City of Minneapolis, « Department of Justice consent decree – Updates and Overview », site officiel, mis à jour le 10 juin 2025.[minneapolismn]​
  7. PBS NewsHour, « Justice Department moves to cancel Minneapolis and Louisville police reform settlements », 21 mai 2025.[pbs]​
  8. International Crisis Group, « Undoing Haiti’s Deadly Gang Alliance », 14 décembre 2025.[crisisgroup]​
  9. Nations Unies, ONU Info, « Haiti crisis at breaking point as gangs tighten grip ahead of transition deadline », 20 janvier 2026.[news.un]​
  10. Jamaica Observer, « Caricom concerned about internal turmoil in Haiti », 26 janvier 2026.[jamaicaobserver]​
  11. Conversations antérieures de travail sur « Haïti et le monde à la croisée des chemins », notamment n° 62 : « 2025, l’année des fractures et des possibles ».History+1

jeudi 22 janvier 2026

TRUMP, L’EUROPE ET LA SOUVERAINETE CONFISQUEE, VENEZUELA, GROENLAND, UKRAINE : LA PREMIERE ANNEE D’UN EMPIRE SANS ALLIES

 

TRUMP, L’EUROPE ET LA SOUVERAINETE CONFISQUEE, VENEZUELA, GROENLAND, UKRAINE : LA PREMIERE ANNEE D’UN EMPIRE SANS ALLIES

Par JEAN-ROBERT JEAN-NOËL

22 JANVIER 2026


Introduction

Un an après son retour à la Maison‑Blanche, Donald Trump a transformé la relation transatlantique en un champ de tension permanent. Au‑delà des slogans nationalistes et des postures électoralistes, une question plus profonde surgit : les États‑Unis considèrent‑ils encore l’Union européenne comme un partenaire souverain, ou seulement comme un marché à discipliner et un glacis stratégique à contrôler ? Dans le même mouvement, Washington mène une intervention risquée au Venezuela, brandit la menace contre Cuba, le Mexique et la Colombie, relance son obsession pour le Groenland et parle désormais de ses alliés comme de débiteurs ingrats plutôt que comme de codécideurs.

C’est dans ce contexte de durcissement généralisé que se déploie, au fil de cette première année, une hégémonie américaine sans complexes. Face à cette offensive tous azimuts, l’Europe hésite entre protestation verbale, riposte commerciale et quête d’« autonomie stratégique », sans toujours disposer des moyens de ses ambitions. Dans l’ombre de l’Ukraine, où la lassitude américaine nourrit le sentiment d’abandon, et sur fond de politiques migratoires brutales et de guerre tarifaire permanente, se dessine un nouveau paysage : celui d’un empire qui n’a plus vraiment d’amis, seulement des sujets à mettre en ligne, de Caracas à Bruxelles, d’Ottawa à Nuuk (capitale de Groenland).


I. Une hégémonie américaine sans complexes

1. Venezuela : laboratoire d’un néo‑impérialisme pétrolier

L’intervention américaine au Venezuela, présentée comme une opération de « restauration de la démocratie » et de « lutte contre le narcotrafic », s’apparente de plus en plus à une mise sous tutelle assumée d’un État producteur de pétrole. Washington évoque désormais la nécessité de « diriger » le pays pendant une période de transition, tout en organisant la mainmise de facto sur une partie de la rente pétrolière, officiellement pour financer la reconstruction, officieusement pour soulager les tensions budgétaires américaines.

Ce dispositif rappelle les vieux schémas de gestion coloniale de la dette : contrôle des infrastructures stratégiques, commande de la politique économique, conditionnalité politique et sécuritaire, présence permanente de conseillers et de forces étrangères. Le Venezuela devient un laboratoire où l’administration Trump teste une forme nouvelle de protectorat énergétique, au moment même où la transition écologique piétine et où les hydrocarbures demeurent l’ossature de la puissance américaine.

Derrière ce laboratoire vénézuélien, c’est toute l’architecture de l’hémisphère occidental qui se trouve redessinée.

2. Cuba, Mexique, Colombie : l’hémisphère sous surveillance

Autour de ce centre de gravité, les pressions se répercutent sur les voisins immédiats de Caracas. Cuba est à nouveau explicitement désignée comme cible potentielle d’une escalade, au nom de ses liens avec le pouvoir vénézuélien et de son rôle supposé dans les réseaux criminels régionaux. Le Mexique et la Colombie, quant à eux, sont sommés d’accepter une coopération sécuritaire asymétrique : opérations conjointes contre les cartels, extension de la présence militaire américaine, durcissement des accords de réadmission des migrants, injonctions à militariser leurs propres frontières.

Dans ce contexte, la vieille doctrine Monroe retrouve une jeunesse agressive. Là où, hier, l’hémisphère occidental était surtout une « zone d’influence », il tend aujourd’hui à devenir un espace de projection directe, justifiée par la lutte contre le crime, l’immigration irrégulière et la rivalité avec la Chine. La souveraineté de ces États est tolérée tant qu’elle s’aligne ; au‑delà, elle est présentée comme une menace à neutraliser.

Mais l’ambition de Washington ne se limite pas à son « arrière‑cour » latino‑américaine : elle remonte désormais jusqu’aux marges glacées de l’Atlantique Nord.

3. Groenland : un territoire comme butin stratégique

Le Groenland, longtemps périphérique dans les débats stratégiques, se retrouve soudain au cœur de cette nouvelle cartographie du pouvoir. Territoire autonome, rattaché au Danemark et inséré dans l’OTAN, il est vu à Washington comme un triple enjeu : bouclier militaire face à la Russie, verrou sur les routes maritimes de l’Arctique et réserve de ressources minières et énergétiques. L’idée jadis moquée d’ « acheter » le Groenland ressurgit sous une forme plus inquiétante, à travers des propositions de changement de statut, des pressions directes sur Copenhague et des menaces de sanctions contre l’Union européenne si celle‑ci s’y oppose trop fermement.

Là, ce n’est plus seulement la diplomatie agressive qui est en jeu, mais la possibilité d’une remise en cause unilatérale de l’intégrité territoriale d’un État membre de l’UE et de l’OTAN. L’empire ne se contente plus de fixer les règles ; il envisage d’en modifier les frontières.


II. L’Union européenne : entre sursaut et impuissance

Face à cette montée en puissance d’un empire sans complexes, l’Union européenne se voit sommée de choisir entre indignation symbolique et affirmation réelle de sa souveraineté.

1. Résolutions indignées et riposte commerciale

Les institutions européennes ont d’abord réagi avec les instruments qu’elles connaissent le mieux : déclarations, résolutions et procédures juridiques. Le Parlement européen a adopté des textes dénonçant les pressions américaines sur le Danemark, rappelant que le statut du Groenland ne peut être modifié que par une décision conjointe de Copenhague et de Nuuk, et que toute tentative d’annexion ou de changement imposé constituerait une violation grave du droit international.

Sur le plan économique, la Commission a suspendu l’approbation d’un accord commercial clé avec les États‑Unis, en liant explicitement la poursuite des discussions à l’abandon des menaces tarifaires utilisées comme levier territorial. Bruxelles laisse entendre que toute surtaxe punitive visant les exportations européennes au nom de la « sécurité nationale » pourrait être suivie de contre‑mesures proportionnées, rompant avec l’attitude de retenue des dernières années.

Ces gestes, encore timides, s’accompagnent toutefois d’une évolution du discours de certains dirigeants européens.

2. Macron, Berlin et la dénonciation de la « subordination »

En première ligne, Paris et Berlin tentent de nommer ce que beaucoup, à Bruxelles, préfèrent encore euphémiser. Emmanuel Macron accuse la stratégie commerciale et géopolitique de Washington d’avoir pour objectif de « subordonner » l’Europe, en la divisant pays par pays et en conditionnant l’accès au marché américain à des concessions politiques et stratégiques. Berlin, plus discret sur la scène publique, partage largement ce diagnostic dans les cercles diplomatiques et économiques.

Pourtant, ces proclamations se heurtent à une réalité tenace : l’économie allemande reste de facto dépendante du marché américain et de la stabilité du dollar, tandis que l’architecture de sécurité européenne demeure largement arrimée aux capacités militaires des États‑Unis. L’Union parle la langue de la souveraineté, mais vit encore sous régime de dépendance, prise en étau entre ses intérêts commerciaux, son besoin de protection et la volonté affichée de se doter d’une « autonomie stratégique ».


III. Ukraine, OTAN et l’ombre portée de l’abandon

La question de la souveraineté européenne ne se joue pourtant pas seulement au Groenland ou dans les arènes commerciales : elle se joue aussi, dramatiquement, sur les champs de bataille ukrainiens.

1. L’Ukraine reléguée au second plan

La guerre en Ukraine se poursuit, mais elle a cessé d’être la priorité politique de la Maison‑Blanche. La focalisation américaine sur l’hémisphère occidental, la confrontation commerciale avec la Chine et l’agenda interne obsédé par l’immigration relèguent le dossier ukrainien au second plan. L’aide militaire et financière n’est pas interrompue, mais elle se fait plus parcimonieuse, plus conditionnelle, plus intégrée à une logique de négociation globale avec Moscou.

Pour les Européens, ce déplacement est lourd de conséquences. La perspective d’un accord bilatéral entre Trump et Poutine, validant certaines conquêtes territoriales russes en échange d’un cessez‑le‑feu et d’un relâchement des sanctions, réactive un vieux cauchemar : celui d’une Europe traitée comme théâtre secondaire d’un marchandage entre superpuissances. L’impression d’abandon n’est plus seulement ukrainienne ; elle gagne Varsovie, Vilnius, Berlin, Paris.

Ce glissement de priorité ne remet pas seulement en cause le sort de Kiev ; il interroge la nature même du lien transatlantique.

2. OTAN : alliance ou tutelle ?

Au centre de ce questionnement se trouve une institution vieille de 75 ans : l’OTAN, partagée entre alliance défensive et instrument de tutelle. D’un côté, l’Alliance apparaît plus indispensable que jamais pour les pays d’Europe centrale et orientale, qui ne conçoivent pas leur sécurité hors du parapluie américain. De l’autre, la rhétorique de Trump, évoquant un désengagement conditionnel, voire une « protection à la carte » fondée sur les contributions financières, transforme la solidarité atlantique en relation contractuelle révocable.

L’UE se retrouve alors dans une double dépendance : dépendance militaire envers une puissance qui menace de redéfinir unilatéralement les termes de la défense collective, et dépendance économique envers ce même partenaire, qui n’hésite pas à manier l’arme tarifaire contre ses propres alliés. L’Europe découvre que sa sécurité et sa prospérité peuvent devenir des instruments de pression dans une négociation permanente avec Washington.


IV. Immigration, déportation et guerre tarifaire : un empire qui exporte ses crises

Tandis que la guerre devient un arrière‑plan lointain, c’est sur un autre terrain que l’administration Trump durcit encore le rapport de force : celui de l’intérieur, avec la migration et la guerre économique.

1. La déportation de masse comme politique de puissance

Au cœur du dispositif trumpiste se trouve une politique migratoire transformée en machine de guerre sociale et diplomatique. Les budgets alloués au mur frontalier, aux agences chargées des expulsions et aux centres de détention connaissent une inflation spectaculaire, au point de nourrir l’idée d’un véritable « complexe déportation‑industriel ». L’appareil d’expulsion ne se contente pas de gérer les flux : il reconfigure les rapports avec le Mexique, l’Amérique centrale et, au‑delà, avec l’ensemble du Sud global.

Des milliers de migrants sont renvoyés vers des pays où ils n’ont parfois plus de liens effectifs, tandis que les gouvernements voisins sont sommés d’ouvrir des camps, de signer des accords asymétriques de réadmission et de militariser leurs propres frontières. La question migratoire devient ainsi un instrument de domination régionale, un moyen d’exporter les crises sociales américaines et de construire une image d’autorité intérieure. L’Europe observe ce spectacle avec un mélange d’indignation officielle et de malaise, consciente qu’elle mène elle‑même, en Méditerranée, des politiques qui s’en rapprochent parfois dangereusement.

Là encore, le dedans et le dehors se mêlent : ce qui se décide aux frontières et dans les centres de rétention pèse directement sur l’équilibre social et économique.

2. Tarifs, inflation et paupérisation

La même logique se retrouve dans l’usage extensif de l’arme tarifaire, présentée comme une protection du « peuple » contre la mondialisation, mais dont les effets réels sont tout autres. La généralisation des droits de douane au nom de la « sécurité nationale » et de « l’urgence économique » crée un climat d’incertitude permanente pour les entreprises, les travailleurs et les consommateurs. Les chaînes de valeur sont reconfigurées sous la contrainte, les coûts augmentent, les investissements se reportent.

Les effets distributifs sont clairs : les ménages les plus modestes, aux États‑Unis comme en Europe, paient le prix de la hausse des coûts sur l’alimentation, l’énergie et les biens manufacturés. Les grandes firmes, elles, disposent des leviers pour contourner une partie de ces hausses, par la relocalisation sélective, l’optimisation fiscale ou la pression sur les salaires. La guerre tarifaire, vendue comme une revanche des classes populaires, protège surtout les secteurs militaro‑industriel, pétrolier et sécuritaire, qui sortent renforcés de cette première année de mandat.


V. Canada, Mexique, Europe : les alliés vus comme variables d’ajustement

À mesure que cette politique se durcit, les alliés historiques des États‑Unis découvrent qu’ils ne sont plus des partenaires privilégiés, mais des variables d’ajustement dans une stratégie de puissance recentrée sur l’hémisphère occidental.

1. Canada et Groenland : glacis ou partenaires ?

Le Canada, pris entre la pression américaine sur l’Arctique et sa solidarité avec le Danemark, illustre l’isolement croissant de certains alliés traditionnels. Washington attend d’Ottawa qu’il s’aligne sur ses ambitions groenlandaises et qu’il renforce sans conditions l’architecture militaire nordique ; en retour, la diplomatie canadienne tente de préserver une façade d’unité occidentale sans abandonner les principes de souveraineté et de droit international.

Le Groenland devient ainsi le miroir déformant d’une relation plus large : les alliés ne sont acceptés comme tels que s’ils renoncent à une part de leur autonomie. Faute de quoi, ils sont traités en obstacles à contourner ou en adversaires à punir économiquement. La question posée à Copenhague et à Ottawa est la même que celle qui se pose à Berlin et à Paris : jusqu’où accepter la pression sans rompre le lien stratégique ?

Au nord comme au sud, la géographie dit la même chose : être proche des États‑Unis, c’est désormais être en première ligne des chocs politiques et économiques.

2. Mexique et Europe : zones tampons

Si le Canada affronte ces tensions dans un registre feutré, le Mexique les vit dans leur forme la plus brutale. La menace d’opérations militaires contre les cartels, l’externalisation de la frontière américaine vers le sud et la multiplication des expulsions massives font du territoire mexicain une zone tampon où s’accumulent les crises exportées par la société américaine.

L’Europe, elle, expérimente une version plus sophistiquée du même schéma. Espace de projection des guerres américaines à travers l’OTAN, marché d’absorption des produits et normes venus des États‑Unis, relais des sanctions décidées à Washington, elle se retrouve souvent en première ligne des répercussions – afflux de réfugiés, chocs énergétiques, turbulences financières – sans avoir été pleinement associée aux décisions initiales. Dans les deux cas, la souveraineté proclamée se heurte à la réalité d’un rapport de forces structurellement déséquilibré.


Conclusion : vers quel ordre mondial ?

Au terme de cette première année de mandat, un constat s’impose : ce ne sont pas seulement les politiques américaines qui ont changé, mais la manière dont elles redessinent l’équilibre mondial. L’hégémonie américaine assume de moins en moins le langage du droit et du multilatéralisme, et de plus en plus celui du fait accompli, de la coercition économique, de la hiérarchisation ouverte des souverainetés.

Pour l’Union européenne, cette rupture fait tomber une illusion : celle d’un « Occident » homogène, fondé sur des valeurs et des intérêts réellement partagés. En découvrant que son principal allié peut aussi être son principal facteur de vulnérabilité, l’UE est contrainte de penser la souveraineté autrement que comme slogan. Soit elle accepte de devenir un protectorat sophistiqué – doté d’un grand marché, mais privé d’autonomie stratégique –, soit elle entreprend, tardivement, d’articuler défense, énergie, industrie et diplomatie sans tutelle.

Pour le reste du monde, du Venezuela à Haïti, de l’Afrique de l’Ouest à l’Indo‑Pacifique, la recomposition en cours ouvre autant de dangers que de possibilités. Dangers, parce qu’un empire inquiet, obsédé par la perte relative de sa puissance, est souvent tenté par les aventures militaires et les surenchères nationalistes. possibilités, parce que la diversification des alliances, la montée de puissances régionales et l’épuisement du modèle néolibéral créent un espace, même étroit, pour inventer d’autres formes de coopération et de développement.

Reste une question, qui traverse toutes les périphéries : l’Europe saura‑t‑elle enfin rejoindre ce mouvement, non pas en surplomb mais en partenaire à part entière, ou restera‑t‑elle prisonnière d’un face‑à‑face asymétrique avec une Amérique qui ne croit plus à la communauté de destin, mais seulement à la balance des forces ?

Références

  1. Conseil des relations étrangères (CFR), analyses sur l’offensive américaine au Venezuela et la désignation de groupes criminels comme organisations terroristes, 2025–2026.​
  2. CNN, reportages sur les déclarations de Donald Trump visant le Venezuela, Cuba, le Mexique, la Colombie et le Groenland, janvier 2026.
  3. The New York Times, entretiens présidentiels sur la durée et la nature de la tutelle américaine au Venezuela, janvier 2026.​
  4. Wikipedia, « 2026 United States intervention in Venezuela », synthèse des opérations et des objectifs affichés par l’administration Trump.​
  5. Atlantic Council, « Trump’s quest for Greenland could be NATO’s darkest hour », analyse des conséquences pour l’OTAN et l’Europe, janvier 2026.​
  6. NBC News, « Trump’s latest Western Hemisphere fixation: Canada », article sur les répercussions pour le Canada et l’Arctique, janvier 2026.​
  7. Peterson Institute for International Economics (PIIE), analyses juridiques et économiques sur la nouvelle vague de tarifs de Trump et le rôle de l’« urgence ».​
  8. Council on Foreign Relations, « ICE and Deportations: How Trump Is Reshaping Immigration Enforcement », 2025.​
  9. Brennan Center for Justice, « Big Budget Act Creates a ‘Deportation‑Industrial Complex’ », août 2025.

samedi 17 janvier 2026

HAÏTI AU BORD DU GOUFFRE : UNE TRANSITION DE RUPTURE POUR EVITER LE POINT DE NON‑RETOUR

 

HAÏTI AU BORD DU GOUFFRE : UNE TRANSITION DE RUPTURE POUR EVITER LE POINT DE NON‑RETOUR

JEAN-ROBERT JEAN-NOEL

17 JANVIER 2026

Face à l’effondrement accéléré de l’État et à l’impossibilité d’organiser des élections crédibles en 2026, plusieurs propositions de transition sont soumises au grand public. Mais une en particulier retient mon attention, c’est celle du Groupe de Réflexions sur Haïti (GRH). En bref, c’est une proposition de transition de 24 mois, misant sur des technocrates intègres et un contrôle citoyen renforcé pour restituer le pouvoir à un peuple pris en otage par la violence et le chaos institutionnel.​ Rentrons maintenant dans les détails étalés sur 6 points,(i) Un pays en faillite existentielle, (ii) Une transition de rupture, pas un énième compromis, (iii) Conseil des sages, médiation et contrôle : la garde‑fou, (iv) Deux ans pour poser les fondations d’un État viable, (v) Transparence radicale et financement conditionnel, et (vi) « Rendre Haïti à ses enfants ».

1. Un pays en faillite existentielle

Haïti n’est plus seulement un pays en crise ; c’est un État en suspension, menacé d’effondrement systémique après sept années de décroissance économique, une pression fiscale tombée à 5% et un déficit commercial chronique qui saigne l’économie réelle. À cette faillite financière s’ajoutent dix ans sans élections, l’absence de Parlement depuis 2020, un appareil judiciaire paralysé et des institutions publiques devenues largement dysfonctionnelles.​

Sur le terrain, l’insécurité a redessiné la carte du pouvoir réel : des gangs armés contrôlent près de 80% de la capitale et s’étendent à une grande partie de l’Artibonite et du Centre, rendant l’accès à une majorité du territoire national tout simplement impossible. À cette violence diffuse répond une crise humanitaire aiguë, avec environ cinq millions de personnes en insécurité alimentaire, quelque 700 000 déplacés internes, des infrastructures en lambeaux, des routes impraticables, et un accès toujours plus précaire à l’électricité et à l’eau potable.​

Dans ce contexte, la crédibilité des autorités publiques atteint son niveau le plus bas des cinq dernières années, alors même qu’un Conseil présidentiel de transition (CPT) peine à démontrer sa capacité à conduire le pays vers une sortie de crise ordonnée. Pour le Groupe de réflexion Haïti, persister à organiser des élections générales en 2026 reviendrait à jouer avec l’allumette de la légitimité dans un baril de poudre sociale : le scrutin serait soit annulé, soit capturé par la violence, au prix d’un gaspillage de ressources déjà raréfiées.​

2. Une transition de rupture, pas un énième compromis

C’est dans ce paysage de ruines institutionnelles que le GRH propose une transition d’un type particulier : une « transition de rupture » limitée à deux ans, placée sous contrôle étroit et assumée par des compétences techniques plutôt que par des ambitions partisanes. Le cadre constitutionnel assumé est celui de l’article 149 de la Constitution de 1987, qui permet de mobiliser la Cour de cassation pour garantir la continuité de l’État.​

L’architecture proposée repose sur trois piliers : un gouvernement de transition de 11 membres, un Conseil des sages chargé de superviser l’action de l’exécutif, et un Conseil de médiation pour sécuriser la transmission du pouvoir entre le CPT et le président intérimaire issu de la Cour de cassation. Internationale national de suivi – limité à un rôle d’observation, d’accompagnement technique et de soutien logistique sécurisé – complète le dispositif, avec un financement conditionné aux résultats.​

Le gouvernement de transition rassemblerait un président intérimaire, un Premier ministre et un maximum de 11 ministres, pour un mandat de 24 mois non renouvelable, explicitement interdit de toute prolongation. Tous seraient des technocrates haïtiens du pays ou de la diaspora, sans affiliation politique active depuis au moins cinq ans et surtout inéligibles aux prochaines échéances électorales, ce qui constitue une ligne rouge majeure de la proposition.​

Les critères sont stricts : le Premier ministre devrait disposer d’au moins 15 ans d’expérience en gestion, les ministres d’au moins 10 ans dans leur domaine, chacun étant tenu de présenter un plan d’action technique détaillé sur deux ans et de se soumettre à une évaluation trimestrielle. Le président intérimaire, désigné selon l’article 149, le président de la Cour de cassation ou, à défaut, parmi les juges les plus anciens, aurait un rôle essentiellement protocolaire et constitutionnel, garant de la continuité étatique mais non moteur politique de la transition.​

3. Conseil des sages, médiation et contrôle : la garde‑fou

Le cœur politique de la proposition réside peut‑être moins dans le gouvernement que dans ses contre‑pouvoirs institutionnalisés. Le Conseil des sages, composé de sept personnalités respectées issues des différentes régions d’Haïti, de la société civile et de la diaspora, se verrait confier un mandat de contrôle, de supervision et d’évaluation indépendante des actions de l’État, avec l’obligation de rendre publics tous ses rapports.​

Le Conseil de médiation, lui, aurait pour mission d’organiser la transition entre le Conseil présidentiel de transition et l’autorité intérimaire constitutionnelle, en respectant un calendrier serré : activation en 48 heures, convocation du CPT et de la Cour de cassation, transfert du pouvoir en sept jours, et cérémonie officielle pour acter la fin du CPT. Composé de cinq personnalités intègres et respectables issues notamment de l’Église catholique, du GRH, de l’Université d’État d’Haïti, de la diaspora et de la presse, il se dissoudrait automatiquement après l’installation du nouveau président intérimaire.​

Enfin, un Comité international de suivi, sans ingérence directe dans la décision politique, assurerait l’observation du processus, l’accompagnement technique, le soutien logistique sécurisé et le contrôle d’un financement transparent, strictement lié aux résultats atteints. De cette façon, la proposition tente d’équilibrer souveraineté haïtienne, contrôle citoyen et garanties minimales pour des partenaires internationaux souvent échaudés par l’inefficacité de l’aide.​

4. Deux ans pour poser les fondations d’un État viable

La transition se structure autour d’un calendrier en deux temps : une première année dédiée aux fondations et aux élections locales ; une deuxième focalisée sur la reconstruction institutionnelle et la « complétion démocratique ». Durant la première année, le gouvernement de transition devrait répondre aux urgences sécuritaires, économiques, humanitaires et infrastructurelles, lancer une conférence nationale pour définir le projet de société pour les 20 à 25 prochaines années, réformer en profondeur la diplomatie haïtienne et reprendre le contrôle des frontières.​

Cette même période serait marquée par l’organisation d’élections locales (municipalités, CASEC), permettant de réancrer la légitimité politique au niveau des collectivités territoriales. La deuxième année verrait la poursuite des actions d’urgence, la préparation technique des élections législatives et présidentielle, la remise en fonctionnement effectif du Parlement, et enfin la tenue des élections parlementaires et de l’élection présidentielle, avec transfert pacifique et ordonné du pouvoir.​

Les objectifs sont déclinés en résultats mesurables : reprise du contrôle étatique sur les axes routiers principaux, sécurisation de zones humanitaires dans les dix départements, recrutement et formation accélérée d’au moins 5 000 policiers et renforcement de l’armée, notamment au niveau des régions du pays, avec des dispositions particulières dans la région métropolitaine de Port-au-Prince. Sur le plan social, la transition viserait la réouverture de 80% des écoles en zones sécurisées, la distribution d’un million de repas quotidiens via des cantines populaires et scolaires, l’accès aux soins de santé primaire pour 70% de la population et des abris décents pour 100% des déplacés identifiés.​

Sur le versant économique, le texte prévoit l’injection annuelle de 500 millions de dollars pour des projets d’emplois publics et privés inspirés du modèle des programmes de travaux communautaires, le soutien à 10 000 petites et moyennes entreprises, y compris les « Madan Saras », la révision de la politique de crédit et un programme agricole d’urgence touchant 500 000 bénéficiaires en cultures vivrières. La transparence occupe une place centrale : tous les contrats publics seraient mis en ligne, un portail budgétaire unique serait créé, un audit complet des grandes institutions de l’État serait réalisé, et une institution de contrôle financier dotée de réels pouvoirs d’audit serait mise sur pied.​

5. Transparence radicale et financement conditionnel

La proposition du GRH s’affirme aussi comme une rupture avec les pratiques opaques qui ont miné la confiance dans la gestion publique. Elle prévoit un « portail public » donnant accès en temps réel à tous les contrats, dépenses et rapports, des audits trimestriels du Conseil des sages, des audits semestriels par des experts internationaux, et la supervision des comptes bancaires par une institution financière internationale jugée neutre.​

L’évaluation de la transition s’appuierait sur 12 indicateurs clés – couvrant notamment la sécurité, l’inflation et l’accès aux services – avec des points de contrôle tous les six mois et un système d’alerte automatique en cas de déviation de plus de 20% des objectifs. En cas de manquements éthiques, la sanction serait immédiate : révocation dans les 48 heures, inéligibilité à vie aux fonctions publiques pour détournement, et poursuites judiciaires accélérées pour corruption avérée.​

Le financement reposerait sur un compte spécial, avec triple signature obligatoire, des fonds alloués par appels d’offres et des paiements strictement conditionnés aux résultats, après vérification indépendante à chaque tranche. Les sources envisagées sont la réaffectation du budget national (45%), l’aide internationale coordonnée (40%), les contributions de la diaspora via un mécanisme sécurisé (10%) et des partenariats public‑privé ciblés (5%), pour un budget d’environ 5 milliards de dollars par an orienté vers l’investissement.​

6. « Rendre Haïti à ses enfants »

Au‑delà de l’ingénierie institutionnelle, la proposition du GRH est traversée par une ambition politique simple : replacer le peuple haïtien au centre du jeu, après une longue séquence où les transitions se sont succédé sans jamais réellement changer la donne. Elle offre des garanties différenciées : pour la population, un processus contrôlé par des Haïtiens, centré sur les besoins vitaux et préparant de vraies élections ; pour la communauté internationale, un cadre limité à deux ans, avec supervision indépendante et meilleure efficacité de l’aide ; pour la région caribéenne, la perspective d’une stabilisation durable et d’une réduction des flux migratoires forcés.​

Le GRH, qui assume la paternité de ce cadre, se positionne comme acteur de supervision citoyenne, de facilitation du dialogue et de contribution à la conférence nationale, en coopération avec des Haïtiens de l’intérieur et de la diaspora. La transition proposée ne prétend pas être une solution miracle, mais se veut un passage étroit, rigoureusement balisé, pour sortir d’un cycle de transition interminable et « rendre Haïti à ses enfants » sur une base plus viable, avec un horizon d’espoir renouvelé.​

mercredi 31 décembre 2025

HAÏTI ET LE MONDE A LA CROISEE DES CHEMINS (?) N° 62: 2025, L’ANNEE OU LES ELITES ONT VACILLE

 

HAÏTI ET LE MONDE A LA CROISEE DES CHEMINS (?) N° 62: 2025, L’ANNEE OU LES ELITES ONT VACILLE

JEAN-ROBERT JAN-NOEL

31 DECEMBRE 2025


Introduction

En 2025, le monde a avancé comme un funambule sur un fil tendu entre chaos et sursauts d’espérance. La polycrise est devenue la norme : guerres interminables, dérèglement climatique, secousses financières, crise morale des élites, avec en toile de fond une défiance généralisée envers les institutions. (Réf.foxnews+3)​

Pour Haïti, cette cacophonie globale n’est pas un bruit de fond lointain, mais une résonance directe dans l’économie, la sécurité alimentaire et l’avenir politique. Le pays de Dessalines n’est plus une « anomalie » du système international : elle en est le laboratoire extrême, où se croisent récession prolongée, violence armée et résistance sociale. (réf.haitilibre+2​)

Ce bilan 2025, à la manière du Monde diplomatique, propose une lecture croisée : l’Amérique de l’« affaire Epstein », une guerre d’Ukraine suspendue entre diplomatie et enlisement, et un pays, Haïti, pris dans sa septième année de contraction économique mais toujours en quête de renaissance. (réf.cnn+2​)


I. États-Unis : l’ombre d’Epstein et la fatigue impériale

L’« affaire Epstein » a resurgi en 2025 comme un révélateur brutal de la crise morale et politique des élites américaines. Sous la pression d’un Congrès traversé par des fractures internes, une loi a imposé au département de la Justice la publication progressive de milliers de pages de documents liés au financier déchu, mettant au jour les réseaux de pouvoir, de silence et de compromission qui irriguent Washington.(réf.bbc+2​)

Face à cette marée de révélations, Donald Trump, de retour à la Maison-Blanche, a tenté de limiter les dégâts tout en se présentant comme le garant d’une transparence « au service des victimes », pris en tenaille entre la colère de la base MAGA et les calculs d’un Parti républicain divisé. L’épisode a montré un pouvoir exécutif assiégé, contraint d’acter une transparence qu’il ne souhaitait pas pleinement, et un Congrès où les courants populistes imposent l’agenda plus qu’ils ne le subissent. (réf.ash.harvard+2)​

Parallèlement, le choix de Trump de concentrer le discours public sur la baisse des tarifs de certains produits de consommation courante n’a pas suffi à détourner l’attention de l’opinion de la crise de confiance provoquée par les « Epstein Files ». Pour le reste du monde, ce moment de dévoilement fonctionne comme un miroir : si la première puissance mondiale peine à affronter ses propres démons, comment prétendre imposer un ordre moral ou démocratique ailleurs ? (réf.bbc+2​)


II. Ukraine : une guerre figée, une paix introuvable

En Ukraine, l’année 2025 n’a pas apporté de tournant décisif, mais elle a consolidé une réalité inquiétante : une guerre à la fois contenue et interminable. Les lignes de front ont peu bougé malgré des combats intenses, en particulier dans l’Est et le Sud, tandis que la diplomatie s’est structurée autour de cadres de négociation plus précis, sans réussir à faire plier les lignes rouges de Moscou et de Kiev. (réf.iris-france+2)​

Donald Trump a multiplié les initiatives spectaculaires : sommets médiatisés, coups de téléphone marathons, propositions de cessez-le-feu en vingt points mêlant garanties de sécurité pour l’Ukraine, zones démilitarisées et gestion internationale de certains territoires. Mais ni le Kremlin, qui n’a pas renoncé à l’objectif de subordonner durablement l’Ukraine, ni Kiev, déterminé à préserver sa souveraineté et ses alliances, ne se sont montrés prêts à accepter un compromis perçu comme une capitulation. (réf.reuters+2​)

Au-delà du champ de bataille, la guerre a accéléré des tendances lourdes : militarisation durable de l’Europe, redéploiement des priorités budgétaires, fatigue des opinions publiques, et renforcement du rôle de l’arme énergétique et alimentaire comme instrument de pression. Pour des pays dépendants des importations, comme Haïti, cette conflictualité prolongée alimente la volatilité des prix, du fret maritime aux denrées alimentaires de base. (réf.library+3​)


III. Haïti : sept ans de récession, une économie « tèt chaje »

Haïti aborde la fin de l’année 2025 avec un constat implacable : l’économie s’est contractée pour la septième année consécutive. Les évaluations des institutions financières indiquent une nouvelle baisse du PIB réel, de l’ordre de 2% à 3%, confirmant une trajectoire de décroissance entamée depuis 2019. (réf thedocs.worldbank+1​)

Sur sept ans, la perte cumulée de richesse est considérable, équivalente à une chute d’environ 16% du PIB en termes réels, traduite dans la vie quotidienne par la fermeture de milliers de petites entreprises, l’effondrement de la production agricole et la contraction de la demande intérieure. L’inflation, bien qu’un peu moins débridée qu’aux pics récents, reste à des niveaux élevés, autour de 30% en glissement annuel selon le FMI, laminant le pouvoir d’achat des ménages et rendant hors de portée une grande partie du panier alimentaire de base. (réf.plenglish+2​)

Paradoxalement, la dette publique demeure relativement modérée en pourcentage du PIB, estimée à environ 12,4%, un ratio parmi les plus bas de la région, mais cette « vertu » comptable reflète aussi l’incapacité de l’État à mobiliser des ressources et à investir massivement dans les secteurs sociaux et productifs. La fragilité du système bancaire, sous tension face au risque de défauts de paiement et à la dollarisation de l’économie, ajoute une couche supplémentaire d’incertitude. (réf.haitilibre+1​)


IV. Gangstérisation, insécurité alimentaire et fatigue sociale

Sur le terrain, la « gangstérisation » poursuit son œuvre de fragmentation du territoire. Une large partie de la zone métropolitaine de Port-au-Prince, de l’Artibonite et du Centre demeure sous l’influence de groupes armés, qui contrôlent axes routiers, marchés, quartiers entiers, faisant payer un tribut informel au commerce légal et aux circulations quotidiennes. Les tentatives internationales de soutien sécuritaire, sous forme de missions ou d’appui à la Police nationale, n’ont jusqu’ici permis que des gains partiels et temporaires. (réf. thedocs.worldbank+1)​

Les conséquences humanitaires sont vertigineuses : plusieurs millions de personnes se trouvent en situation d’insécurité alimentaire aiguë, tandis que les déplacements forcés se multiplient, dans un pays où les mécanismes de protection sociale sont quasiment inexistants. Les chocs climatiques, en particulier les inondations à répétition, aggravent la situation en détruisant des récoltes déjà fragilisées, comme l’ont montré les évaluations sectorielles de 2025. (réf.plenglish+2)​

Cette usure lente produit une fatigue sociale profonde, faite à la fois de résignation, de colère et d’inventivité quotidienne pour survivre dans un environnement hostile. Dans les quartiers populaires comme dans les zones rurales, l’exode, la migration et l’économie informelle deviennent les principaux « plans de carrière » d’une jeunesse sans horizon structuré. (réf.haitilibre+1​)


V. 2026 : entre fermeture autoritaire et renaissance possible

Dans ce contexte mondial et national, 2026 s’ouvre sur une double possibilité : celle d’un durcissement autoritaire, légitimé au nom du rétablissement de l’ordre, ou celle d’un patient travail de reconstruction institutionnelle, territoriale et économique. Aux États-Unis, la gestion du dossier Epstein continuera de peser sur la crédibilité d’un pouvoir qui se présente en champion de la moralisation, tandis que la guerre en Ukraine restera un révélateur des limites de l’influence américaine et occidentale. (réf.foxnews+4​)

Pour Haïti, la priorité est claire : sortir de la logique de survie pour entrer dans une logique de projection. Cela implique au moins trois chantiers :((réf.haitilibre​)

  • Sécuriser progressivement les grands corridors économiques et les principales villes régionales, en reconstruisant une police de proximité dotée de moyens et encadrée par un contrôle citoyen.(réf.haitilibre​)
  • Relancer une économie de production, en misant sur l’agriculture, les filières de transformation locales et les petites industries, plutôt que sur une dépendance exclusive aux importations.(réf.plenglish+1)​
  • Engager une véritable régionalisation, en transférant des fonctions politiques, économiques et universitaires vers des pôles comme le Cap-Haïtien, les Gonaïves, les Cayes,  ou le Grand Nord et le Grand Sud, pour desserrer l’étau de la capitale. (réf.thedocs.worldbank+1)​

L’horizon 2054, date du 250e anniversaire de l’indépendance, peut servir de boussole : non comme un slogan, mais comme un calendrier de réformes graduelles, mesurables, orientées vers la dignité et la justice. Encore faut-il qu’en 2026, un minimum de consensus se dessine entre forces sociales, diaspora et partenaires internationaux pour rompre avec l’alternance des « transitions » sans horizon.(réf.haitilibre​)


Annexe – Références indicatives

Données et analyses récentes sur la contraction du PIB haïtien et l’inflation (IHSI, Banque mondiale, FMI, 2025). (réf. thedocs.worldbank+2​)
Rapports sur l’insécurité, la gangstérisation et leurs effets économiques et humanitaires en Haïti (missions internationales, évaluations sectorielles 2025). (réf. thedocs.worldbank+1)​
Analyses sur les « Epstein Files », la dynamique politique interne aux États-Unis et les débats sur la transparence des élites.(réf.ash.harvard+2)​
Articles et rapports sur l’évolution de la guerre en Ukraine en 2025, entre statu quo militaire et impasses diplomatiques. (réf.library+3)​
Travaux sur la polycrise, la recomposition de l’ordre international et les impacts sur les économies vulnérables.( réf. library+2​)

  1. https://www.foxnews.com/politics/ukraine-russia-crossroads-how-war-evolved-2025-what-comes-next
  2. https://www.iris-france.org/en/war-in-ukraine-between-stalemate-and-diplomatic-deadlock/
  3. https://www.bbc.com/news/articles/cz7p4gez742o
  4. https://ash.harvard.edu/articles/the-politics-of-the-epstein-files/
  5. https://www.haitilibre.com/en/news-45963-haiti-economy-economic-conditions-in-haiti-remain-fragile-dixit-fmi.html
  6. https://thedocs.worldbank.org/en/doc/e408a7e21ba62d843bdd90dc37e61b57-0500032021/related/mpo-hti.pdf
  7. https://www.plenglish.com/news/2025/10/17/haitis-economic-situation-remains-worrying/
  8. https://www.cnn.com/2025/12/22/politics/epstein-files-trump-justice-department-analysis
  9. https://nolanhigdon.substack.com/p/unmasking-epstein-power-blackmail
  10. https://www.reuters.com/world/europe/us-intelligence-indicates-putins-war-aims-ukraine-are-unchanged-2025-12-19/
  11. https://www.perplexity.ai/search/16068905-ec64-4c71-aaf0-1a32b5c9a909
  12. https://www.perplexity.ai/search/012f3ace-1dba-4cb6-8edd-4ba21ad5e879
  13. https://www.perplexity.ai/search/345a1b8f-db7d-4d07-907d-e3a8a182f3e3