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mercredi 2 mai 2018

HAITI : LA GRANDE CONCERTATION NATIONALE EST-ELLE POSSIBLE ?



HAITI : LA GRANDE CONCERTATION NATIONALE  EST-ELLE POSSIBLE ?
JEAN-ROBERT JEAN-NOEL                                                                         
2 MAI 2018

Depuis le départ d’Aristide en Février 2004, je prêche pour la grande concertation nationale (Réf. https://jrjean-noel.blogspot.com/2008/04/les-actions-prendre-apres-la-sortie-de.html ). Toutes les tentatives en ce sens ont échoué. Pourtant J’ai continué à en parler, à en faire tout un plaidoyer. Dans la plupart de mes articles, il y a toujours un petit clin d’œil sur la grande concertation nationale, sur l’entente nationale, sur le dialogue, sur la conférence nationale semi souveraine. Un ami m’a fait cette question, dans le cas où cette  grande concertation se révèlerait possible, qui organiserait cet événement? J’ai trouvé sa question stupide. Car le grand nationaliste que je suis croyait dur comme fer qu’on pourrait rééditer le congrès de l’Arcahaie. Je le crois encore d’ailleurs. Et, lorsque le candidat Jovenel Moïse est venu avec les états généraux sectoriels de la nation comme thème de campagne, et une fois élu, je me suis dit ca y est, Haïti va  avoir sa grande concertation nationale. Après sa prise de pouvoir le 7 Février 2017, J’ai dû attendre un an avant de voir lancer ces Etats Généraux sectoriels de la nation (EGSN), avec un comité de pilotage composé du gratin des adeptes de la grande concertation nationale et des termes de référence axés sur la gouvernance des secteurs les plus importants. J’ai vite déchanté avec la défection de Claude Moïse. Ensuite, c’était le tour de Jacques Edouard Alexis à cause de la présence d’Irvelt Chéry. M. Chéry lui-même aurait renoncé. Tandis que Michèle Pierre Louis ne se serait jamais présentée à une réunion, selon ce qui se dit. Enfin, le coup de massue est venu avec la défection de Mgr Kebreau. C’est à se demander, la grande concertation nationale est-elle possible en Haïti?

Avant de tenter de répondre à cette interrogation, essayons de passer  en revue rapidement les faits saillants ayant marqué l’actualité durant le mois d’Avril 2018. Par la suite, on tentera une analyse sur le sujet en question, avant de terminer sur les conclusions appropriées.

A.      LES FAITS SAILLANTS DU MOIS D’AVRIL 2018

Les Etats généraux sectoriels de la nation et les défections qui s’ensuivent, la participation du Président J. Moise à cette assise sur la gouvernance et la corruption au Pérou, la disparition d’un journaliste à Grand Ravine, la démonstration  de force de certains gangs au Portail Léogane, Grand Ravine et  village  Solidarité, la conférence annuelle sur la Finance du Group Croissance  consacrée au secteur agricole, le remaniement ministériel sans l’aval des alliés parait-il,  et un groupe de députés de l’opposition en profite pour tenter d’interpeller le Premier Ministre, la conférence du Sénateur Latortue sur Pétro Caribe au Cap-Haïtien soldée par l’explosion de deux grenades lacrymogènes et la mort d’un homme, la grève des employés de l’OAVCT (Office d’Assurance des Véhicules Contre Tiers), le mémorandum du 27 Avril 2018 entre le secteur privé et le secteur public contre la corruption, la fin du processus de validation des documents des plans d’action départementaux dans le cadre de la Caravane du changement et le début de leur mise en œuvre au niveau des départements, le lancement des travaux de curage de la Rivière blanche dans le cadre de la caravane du changement dans le département de l’Ouest, et le bilan de la première année de la caravane du changement par le Président Moïse, ce 30 avril 2018, au Palais dans le cadre d’une conférence de presse largement diffusée par les médias sont les principaux  faits saillants  de  l’actualité durant le mois d’avril 2018. Les points les plus commentés sont les défections au sein du comité de pilotage des Etats Généraux Sectoriels de la Nation (EGSN), la disparition du journaliste à Grand Ravine, l’incident mortel survenu au Cap-Haïtien lors de la conférence sur le rapport Pétro Caribe et le bilan de la 1e  année de la caravane du changement.

Un clin d’œil sur le bilan de la 1e année de la caravane et la conférence de presse du Président Moïse
Dans le cadre de cet article, on ne va pas s’attarder sur le bilan de la 1e année de la caravane, pour la bonne et simple raison qu’il n’est pas tellement différent du bilan des 7 mois inclus dans le bilan  pays 2016-2017 (Ref. https://jrjean-noel.blogspot.com/2017/12/haiti-bilan-2017-perspective-2018-dun.html ), si l’on fait exception des actions relatives aux logements sociaux qui ont connu une bonne avancée dans le Grand Sud, et un début de mise en œuvre  au niveau de Lagrange, les actions relatives aux routes et à la rénovation urbaine au niveau de l’ensemble des départements du pays, et les actions relatives à l’électrification rurale. Comme nous l’avons suggéré dans l’article cité en référence, la prise en compte des actions effectuées dans le cadre de la caravane devrait contribuer à l’amélioration de l’économie. L’indice conjoncturel d’Activité Economique (ICAE) de l’IHSI pour le premier trimestre de l’exercice 2017-2018 vient le confirmer (Tableau 1).

Tableau 1 : Indice Conjoncturel d’Activité Economique (ICAE)
ICAE Global
3.4
Remarque
Secteur Primaire
4.2
Avec un apport de 4.1% de la branche Agriculture
Secteur secondaire
3%
Avec un apport de  3.4% de la branche construction
Secteur Tertiaire 
3.5%
Avec un  apport de 5.8% du secteur Transport et communications
Source IHSI Premier Trimestre 2017-2018- Dossier Presse  Karavan Chanjman-Palais National

Il faut noter quelques annonces faites par le Président Moïse lors de sa conférence de presse au Palais National en relation avec la 1e année de la caravane du changement, l’excédent budgétaire de 100 milliards de gourdes collectées alors qu’on s’attendait à 94 milliards de gourdes en termes de prévisions, la caravane Alpha qui pourrait mobiliser 80,000 finissants pour alphabétiser les adultes suggère le Président, la possibilité de doter le pays de 3 nouvelles usines d’asphalte pour porter le nombre d’usines du secteur étatique à 5 unités, ce qui porterait à 15 unités la capacité totale du pays, incluant les 10 unités du secteur privé, la  capacité du pays à faire face aux catastrophes naturelles en termes de matériels lourds, et le maintien de son annonce de doter le pays de l’électricité 24/24, cette fois-ci en 15 mois.

B.      ANALYSE DE LA SITUATION DE LA GRANDE CONCERTATION NATIONALE

Par contre, il serait bon de s’attarder  sur la grande concertation nationale, en particulier sur les Etats Généraux Sectoriels de la Nation (EGSN). La grande concertation nationale est une nécessité. Haïti ne pourra jamais sortir du trou sans la grande concertation nationale. C’est ma conviction profonde. Beaucoup l’ont compris comme moi. Turnep Delpé de regretté mémoire s’est battu pour la conférence nationale souveraine. La bataille pour le pouvoir politique n’a pas permis de mettre en branle le processus pour la grande concertation nationale, le dialogue politique. Martelly, face à cette opposition farouche qui voulait, à tout prix, l’évincer du pouvoir, a tenté quelque chose qui a piteusement échoué. L’opposition politique a crié victoire. Martelly a pu sur base de compromis terminer son mandat, laissant un pays plus que divisé. L’opposition à Martelly a accédé au pouvoir en la personne du Président Privert de souche lavalassienne. Privert a organisé des élections acceptables sans parti pris qui a conduit à l’élection de Jovenel Moïse. Ses poursuivants immédiats n’ont jamais reconnu sa victoire. Comme promis, il a lancé les EGSN axés sur les thématiques suivantes rapportées par Le Nouvelliste (: http://lenouvelliste.com/article/185415/les-objectifs-de-jovenel-moise-a-travers-les-etats-generaux-sectoriels) :

(i)                  La gouvernance politique : « définir des mécanismes efficients et efficaces en matière de gouvernance politique, contribuant à renforcer l’autorité de l’État et à restaurer la confiance des citoyens dans les institutions étatiques » ;
(ii)                La gouvernance économique :« déterminer le mode de gouvernance économique capable de renforcer la capacité de nos entreprises artisanales, commerciales, industrielles et de services à se former, s’équiper, innover, entreprendre et évoluer dans le nouvel environnement technologique international en vue de l’atteinte de la compétitivité économique » ;
(iii)               La gouvernance environnementale et l’aménagement du territoire :, « proposer des mesures d’ordre institutionnel, économique et financier dans le but d’instaurer un système de gouvernance environnementale de telle sorte qu’elle permette d’affronter les changements climatiques, d’augmenter la couverture végétale et forestière, de renforcer la résilience du pays » ;
(iv)              La gouvernance de l’espace public politique et médiatique : «  concevoir une forme de gouvernance de l’espace public politique et médiatique, permettant une meilleure prise en charge des défis que posent les médias et les nouvelles technologies de l’information et de la communication en termes de protection des libertés et des droits fondamentaux des personnes, aussi bien qu’en termes de formation et d’information des citoyens ; un renforcement de l’efficacité des débats publics et la promotion d’une participation inclusive et la représentation de toutes les couches de la société dans les débats sur les grands enjeux locaux, nationaux et internationaux » ;
(v)                la gouvernance du système éducatif : « définir la vision et les orientations d’ordre stratégique à promouvoir pour assurer une meilleure gouvernance de notre système éducatif, dans le sens du renforcement du processus de responsabilisation et d’autonomisation des établissements d’enseignement à tous les niveaux par rapport aux valeurs, normes et standards nationaux et internationaux » ;

(vi)              la gouvernance du système de santé : « proposer une orientation compétente des ressources et des performances de notre système de santé ainsi que la participation de tous les acteurs concernés dans l’objectif de sauver des vies ; définir des moyens de consolidation des mécanismes de transparence et de responsabilisation dont dispose la société civile pour améliorer la gestion du système de santé du pays et proposer des options envisageables pour l’amélioration du système de financement » ;
(vii)             L’identité culturelle et l’intégration sociale : «  clarifier et préciser les valeurs fondamentales qui nous définissent comme nation ; proposer des mécanismes de réconciliation, de rapprochement et d’intégration de toutes les couches et de toutes les opinions de notre société et pour proposer un cadre favorable à l’appropriation de notre histoire et de notre patrimoine par toutes les composantes de notre société, en mettant en valeur et en assurant le rayonnement de l’héritage culturel de notre pays » ;
(viii)            L’ordre et la sécurité publics : « proposer des moyens de renforcement des mécanismes de stabilisation du pays (justice, armée, police, etc.) ».

Ces huit (8) thématiques  à traiter par le comité de Pilotage durant une période de six mois à compter du 28 Mars 2018  devraient déboucher sur « Le Pacte pour la stabilité et le progrès économique et social » à soumettre pour validation au président de la République, a rapporté en substance, Robenson Geffrard du Nouvelliste.

Aussitôt le lancement fait ce 28 mars 2018, un flot de critiques s’abat sur le choix des membres du comité, en particulier Mgr Kebreau. Il faut noter que Claude Moïse, membre désigné  du comité de pilotage, a dégainé le premier, en déclinant sa nomination du fait de n’avoir pas été consulté. Au cas où il n’aurait pas été contacté, c’aurait été une faute grave de la part du Palais National. Cette faute aurait pu être réparée et Claude Moïse qui a écrit des ouvrages allant en ce sens aurait pu se raviser. Rien, me semble-t-il, n’a été tenté en ce sens. Et la cascade de défections a continué. Qu’est-ce qui explique tout cela ?

Quand on regarde les termes de référence des EGSN, tout le monde devrait s’y retrouver. On pourrait par consensus ajouter les éléments manquants. A bien regarder ces huit (8) thématiques, tout ce qui concerne le développement du pays pourrait y rentrer. Ces huit (8) thématiques pourraient facilement se retrouver dans l’approche hexagonale développée par la Fondation haïtienne pour le développement intégral Latino-Américain et Caribéen (FONHDILAC) dont la finalité est de contribuer au développement  intégral d’Haïti dans le concert  des nations caribéennes et latino-américaines, en se basant sur (i) l’humain, (ii) le social et le culturel, (iii) l’environnemental, (iv) l’infrastructurel, (v) l’économique et la finance, et (vi)  la politique/gouvernance. Alors pourquoi tant de réticences, de défections par rapport à quelque chose qui pourrait nous aider à opérer cette révolution tranquille à la manière du Canada (années 1960) ? C’est la politique politicienne à l’haïtienne.

Jovenel Moise n’a pas été accepté par ses principaux poursuivants. L’opposition politique liée à cette équipe a voulu dès le départ empêcher son investiture le 7 Février 2018 et l’a qualifié d’ « inculpé ». Dans le 2e rapport PETROCARIBE, l’entrepreneur qu’il était fait partie des soupçonnés. On sait très bien le côté politique  de ce rapport. Les auteurs ont clairement pointé du doigt le Palais National, bien avant sa publication. C’aurait été impossible pour cette opposition d’accepter les EGSN comme cadre de dialogue d’autant que cette opposition a clairement opté pour le « raché manyoc » et « la conférence nationale souveraine ». Un sénateur de l’opposition est allé jusqu’à proposer de mettre son mandat en jeu, en demandant au Président de faire de même. C’est la logique de remise en question de l’élection de Jovenel Moise qui a persisté dans sa proposition. L’utilisation du dossier PETROCARIBE comme arme politique, les positions politiques sur les médias de toutes catégories ont, à mon avis, créé la peur chez les appelés à participer au comité de pilotage. Seuls les plus courageux ont répondu présents. Dans cette situation de clivage politique, de peur d’être catalogué dans un camp ou dans un autre, de méfiance,  les chances de réussite des EGSN sont minces.

Pourtant les personnalités appelées pour faire partie de ce comité sont plutôt crédibles. On déplore que certaines personnalités aient fait défection ou n’aient pas répondu à l’appel. On déplore un manque de rigueur dans l’invitation de la part du Palais National. On déplore que la bataille pour le pouvoir politique ait pu occulter tout le reste, en particulier notre chère Haïti. La politique d’ôte-toi que je m’y mette  ne pourra pas résoudre le problème haïtien. Le déchoucage, les élections n’ont plus. La bataille électorale qui s’annonce déjà sur fond du dossier PETROCARIBE (l’incident du Cap-Haitien) annonce les couleurs. On ne pourra pas compter sur les élections et nos politiciens pour la grande concertation nationale, car le plus important pour eux c’est la bataille des clans, l’entropie politique et non Haïti.

C.      Une Révolution tranquille issue de la Grande Concertation Nationale ?

J’ai toujours misé sur la grande concertation nationale comme porte de salut pour Haïti. Le processus d’implémentation des EGSN, malgré les défections, semble vouloir continuer son petit bonhomme de chemin, si l’on en croit le pouvoir en place. On espère que ceux-là qui restent vont doubler d’efforts pour proposer quelque chose qui pourrait faire consensus au niveau de la majorité des Haïtiens.

Ma conviction intime, seule une révolution tranquille issue d’une grande concertation nationale pourra sortir le pays de l’imbroglio actuel. Aucun camp politique n’a la solution à la problématique haïtienne actuelle.  Si on approche le problème haïtien sous l’angle politicien, on n’arrivera nulle part. La révolution violente ne sera pas non plus porteuse de solution. Le déchoucage encore moins. Les élections  dans les conditions actuelles, du pareil au même. Qui organisera tout cela ? Le pouvoir en place ? La société civile ? La Communauté internationale ? A noter que le pays dispose de tous les ingrédients en termes de documents, de réflexions individuelles et collectives et d’idées neuves pour faire cette grande concertation et aboutir à cette révolution tranquille, il lui manque tout simplement des hommes et des femmes prêts à sortir de leur zone de confort pour se jeter dans la bataille pour cette nouvelle Haïti.


jeudi 29 mars 2018

HAITI : CARAVANE DU CHANGEMENT, ET SI LE REVE DEVIENT REALITE?


HAITI : CARAVANE DU CHANGEMENT, ET SI LE REVE DEVIENT REALITE?
JEAN-ROBERT JEAN-NOEL
29 Mars 2018

Bonne fête à la constitution de 1987 ! Cet article aurait dû sortir le 28 Février 2018. Malheureusement, mes obligations professionnelles ont eu raison de cette publication mensuelle qui relève beaucoup plus du sacerdoce qu’autre chose. L’article a été inspiré par le désespoir qui caractérise cette fuite de la jeunesse haïtienne vers le Chili. Il m’a été donné l’occasion de  passer devant l’aérogare Guy Malary pris littéralement d’assaut par des centaines de jeunes en partance pour le Chili. Que faire pour arrêter cette hémorragie ? Clarens Renois a parlé de 13,000 arrivés au Chili pour le seul mois de Février 2018, citant le Miami Herald, lors d’une émission sur Télé Pluriel. Le sociologue Daniel Supplice a fait une étude du phénomène qui a révélé que la majorité de ces jeunes n’avaient pas encore 30 ans et appartiennent à la classe moyenne basse, a-t-il fait connaitre dans une émission  du Magazine économique animée par K. Pharel sur Télé Métropole, sans oublier le film de Valéry Numa qui a tiré la sonnette d’alarme. En tant que professionnel sur le déclin, je me sens interpellé par une telle situation. Les jeunes partent pour chercher un mieux-être ailleurs, à la recherche d’un rêve, d’un emploi. Qui assurera la relève ? C’est tout naturellement que l’idée de la caravane du changement et son potentiel énorme de création  d’emplois s’est imposée à moi comme une alternative à cette fuite. D’où le titre de cet article : Haïti, Caravane du changement, et si le rêve devient réalité ?

Attardons–nous sur quelques faits saillants, avant d’essayer de vendre ce rêve au pays et à cette jeunesse aux abois.

                         A.      Faits saillants retenus

Haïti, durant ces deux derniers mois, a connu des faits qui méritent d’être analysés en profondeur, le dossier PETROCARIBE, les mesures du gouvernement pour stabiliser le taux de change comme l’affichage des prix des marchandises en gourdes sur toute l’étendue du territoire et le tollé qui s’en est suivi, les incendies de marchés, le carnaval national, la 29e réunion de la CARICOM en Haïti, le déficit budgétaire « record » ou le « découvert budgétaire » pour reprendre le mot du ministre de l’économie et des finances (MEF), Jude Patrick Salomon, la mise en place de l’Etat-Major de l’Armée d’Haïti, la mise en place du comité de pilotage des Etats Généraux Sectoriels de la Nation (EGSN), le suicide de l'Agr William Michel, etc. Il aurait fallu plusieurs articles pour aborder tous ces points saillants et d’autres. Heureusement que des spécialistes pointus se sont penchés sur la plupart de  ces questions qui ont défrayé la chronique. On se contentera de passer en revue trois points et de vendre l’espoir que recèle la caravane du changement, en espérant que le lecteur se dépouillera de son aversion anti-PHTK, anti-J. Moïse, pour s’imprégner de ce potentiel exploitable offert par la caravane du changement.

(i)                 Les incendies de Marchés
Les incendies de marchés sont récurrents en Haïti. Avec  le 3e incendie du Marché Hyppolite de 18 M d’USD, le 13 Février 2018, on a dénombre 17 incendies de marché du 31 Mai 2005 au niveau de la seule zone Métropolitaine de Port-au-Prince, en ajoutant l’incendie qui s’est déclarée 2 jours plus tard après le 3e du Marché Hyppolite. Durant cette période, le Marché de Tabarre a été la proie des flammes en deux occasions (24 février 2012 et 6 janvier 2013) ; il en a été de même pour le Marché Tête Bœuf (31 Mai 2005 et 14 Juillet 2014), pour ne citer que ces cas d’incendie[1]. A chaque fois, on n’a jamais identifié les coupables et on a jusqu’ici donné les mêmes réponses : dédommager en partie les marchands et marchandes. Les associations-bidons de marchands voient le jour pour bénéficier de la pitance du gouvernement, ce qui débouche toujours sur des conflits entre vraies associations et associations-bidons. N’y aurait-il pas une relation de causes à effets entre ces incendies récurrents et les réponses données? Comme ces cas d’incendies se répètent au niveau des marchés des villes de province comme Gonaïves, qui, à notre connaissance, n’ont pas d’associations de marchandes, et qui, dans d’autres cas, arrivent à des périodes de tension politique, ne sont-ce pas aussi des incendies criminels à caractère politique? En tout cas, quel qu’en soit l’adjectif qu’on leur attribue, ces  cas d’incendies devront dorénavant être traités différemment et avec beaucoup plus de rigueur. Les dommages et pertes enregistrés ont des conséquences sur la vie des citoyennes et citoyens parmi  les plus défavorisés et les plus débrouillards du pays.

(ii)               Le Carnaval National avec la participation de Sweet Micky
Malgré la campagne orchestrée contre Sweet Micky pour ses propos orduriers, il a été admis à participer au Carnaval National qui, signalons-le en passant, s’est déroulé sans incidents majeurs (0 mort). Mise à part la constante  de la politisation de cette grande fête culturelle, le Carnaval National de Port-au-Prince s’est déroulé selon ses faiblesses organisationnelles et ses forces d’attraction, le non-respect de l’ordonnancement annoncé, la bonne chorégraphie des groupes de jeunes, les bandes à pieds toujours égales à elles-mêmes, les chars allégoriques en déca de l’ordinaire cette année, et les chars des groupes musicaux accompagnés de marées humaines. Sweet Micky s’est, une fois de plus, signalé par sa capacité à drainer les foules avec  sa meringue 2018, « san/100 betiz» et le non-respect des consignes. Le groupe de Don Kato s’est aussi signalé par sa meringue « bare volè », malgré les péripéties dans le parcours liées, selon ses partisans, à la nature de sa meringue plutôt antigouvernementale, et à l’allure de manifestation politique  imprimée par ses fanatiques et partisans ; ce qui a fait penser à une connexion entre ces péripéties et l’incendie du Marché Hyppolite, vite dissipée par DIGICEL attribuant cet incendie à un accident dû à la négligence d’un feu mis dans une pile de fatras près du marché . Les autres grands ténors (Djakout # 1, T-Vice, kreol-la…)  du Carnaval se sont distingués aussi, mais aucun n’a pu supplanter ce jeune groupe, déclaré champion 2018, « Rudy Rudboy », bon texte, bonne orchestration et bonne animation. Un grand champion!

(iii)             La 29e réunion des chefs d’Etat et de Gouvernement de la Caraïbe
L’organisation de la 29e  réunion inter-sessionnelle de la CARICOM  s’est déroulée en Haïti à la fin de Février 2018.  C’était la conférence des Chefs d’Etat et de  gouvernement de la CARICOM. Depuis 16 ans, Haïti fait partie de cette organisation régionale. Mais, selon Le Nouvelliste[2], Haïti n’aurait fait que tâtonner  depuis 16 ans. Le Président J. Moïse a promis d’accélérer les choses, d’autant que c’est lui  qui assure actuellement la présidence tournante de cette institution régionale créée en  juillet 1973 par le traité de Chaguaramas. L’intégration devrait être plus rapide, surtout que tous les pays de la région confrontent les mêmes problèmes de changement climatique, la gestion des catastrophes naturelles, la question des assurances. « Haïti doit s’assurer du suivi de ses différents dossiers pendants au secrétariat de la Caricom, notamment travailler sur l’intégration du créole et du français comme langues officielles, la libre circulation des biens et des personnes (des professionnels ?), entre autres », a insisté Le Nouvelliste.

                        B.      La Caravane du changement entre le rêve et la réalité

La démarche
Depuis le 7 Février 2018, la caravane du changement est officiellement étendue à tout le pays. La cellule de pilotage de la  caravane, qui a lancé en novembre 2017 le processus participatif d’élaboration des plans d’action départementaux des sept (7) autres départements non encore réellement touchés par la caravane du changement,  sillonne les départements pour valider les plans d’action départementaux par les divers acteurs impliqués dans leur élaboration (CASEC, ASEC, Délégués de Ville, Groupes de Base, Délégations Départementales et Vice-Délégations d’Arrondissement, Directions Départementales et Directions Décentralisés des Services autonomes de l’Etat, Société civile et Secteurs Privés, etc.). Ces plans d’action départementaux se basent sur les données primaires fournies par les acteurs, cooborées et amplifiées  par les informations disponibles dans  la majorité des documents-clés de l’Etat. Ces plans d’action seront mis en œuvre par les structures déconcentrées et décentralisées de l’Etat au niveau des 5 pôles régionaux de croissance et de développement, basés sur 5 grands châteaux d’eau du pays, dominant les 10 départements, les 42 arrondissements et les 32 pôles locaux de développement, les 146 communes et les 572 sections communales. Actuellement, c’est la phase de planification départementale, communale et section communale pour la finalisation des documents d’exécution pour le démarrage de la mise en œuvre des actions sectorielles départementales dans le cadre de la caravane du changement.

                Le rêve traduit en actions chiffrées
Les actions sectorielles des plans d’action départementaux  s’articulent autour d’un ensemble d’axes imbriqués, articulés et intégrés dans l’ensemble Haïti.

     1)      En matière de transport, il est prévu la réhabilitation et la construction de plus de 4000 km de routes de toutes catégories pour renforcer la maillage routier national, les pistes intersections communales, les routes intercommunales, les routes interdépartementales, les nouvelles percées au niveau des sections communales, des communes et des départements, en particulier pour accéder à des zones de grandes productions, des zones de services (centre de santé. Dispensaires, hôpitaux, écoles, sites historiques, zones de villégiature, etc.). il faut noter aussi la réhabilitation et la construction de 22 débarcadères, de réhabilitation et de construction de ports de commerce et touristiques, de 9 aérogares, de gares routières dans la rubrique Rénovation urbaine et autres

     2)      En matière de maîtrise de l’eau, il est prévu plus de 120,000 ha dans les 10 départements pour l’irrigation dont 40,000 nouveaux hectares de terre, la réparation et la réhabilitation de 80,000 ha existant pour arriver à réduire la dépendance alimentaire du pays vis-à-vis de l’extérieur en augmentant la part nationale dans la disponibilité alimentaire. Le traitement de la majorité des rivières du pays pour combattre les inondations périodiques au niveau des terres agricoles, villages et villes, la mise en place de barrages de retenues de 10 Millions de m3 de capacité, de lacs collinaires, de micro retenues, de mise en place de citernes familiales de 12000 gal et de citernes collectives de 50 à 100 m3 au niveau des villages de montagnes, de plateaux et de plaines arides. Toutes ces actions visent à maitriser l’eau et à s’en servir pour le bien être des collectivités.

     3)      En matière d’environnement, en plus des 14 centres germoplasmes susceptibles de produire 252 Millions de plantules en 4 ans, on espère une augmentation de 15% de la superficie végétale du pays pour la porter à 45% (la couverture actuelle étant estimée à plus de 30%) par la mise en place de pépinières au niveau des communes et des sections communales. En outre, les aspects d’assainissement, de traitement de déchet, de mise en place de décharges publiques sont pris en compte dans l’axe rénovation urbaine.


    4)      En matière d’agriculture, pèche et aquaculture, phytosanitaire et santé animale, les objectifs sectoriels sont nombreux : la distribution de centaines de milliers de tonnes de semences  de qualité à prix subventionnés, de pesticides, de plus 200 milles tonnes fertilisants (engrais), de millions d’outils agricoles, de pompes d’aspersion, de séchoirs artisanaux pour réduire les pertes dans la production agricole dans les zones de montagnes humides ;  la mise en place de centres avicoles pour la production de poulets de chair et de pintades et la production d’œufs avec l’ambition de satisfaire 50% de la demande nationale ; la distribution de matériels et de bateaux de pêche ; la mise en place de bassins piscicoles à caractère familial, de villages de pêche, de dispositifs de concentration de poissons ( DCP) en haute mer, de dispositifs phytosanitaires et de santé animale au niveau de chaque arrondissement pour le traitement des plantes et des animaux.

     5)      En matière de rénovation urbaine et de mise en place d’équipement rural, il est prévu avec le ministère de l’intérieur et des collectivités territoriales, un ensemble d’objectifs tels : la réhabilitation et la construction d’environ 500 km de voiries urbaines, de places publiques,  de marchés publics, de complexes administratifs au niveau des communes et des sections communales, en plus des aérogares, des débarcadères, ports signalés dans la rubrique transport.

     6)      En matière de santé, c’est la réhabilitation, la construction de dispensaires, de centres de santé, d’hôpitaux au niveau des sections communales, communes et départements qui n’en disposent pas ou pas assez, c’est la dotation en personnel et en matériels médicaux (ambulance, matériels de toutes sortes, etc.). Il est aussi prévu le renforcement institutionnel, la gestion, les séances de sensibilisation, de formation, de formation continue.

      7)      En matière d’éducation, les objectifs sont aussi ambitieux, avec la réhabilitation et la construction de 169 écoles nationales, de 49 lycées, de 25 écoles professionnelles, le renforcement en personnel, en formation des maîtres et en moyens logistiques. Ces actions devraient favoriser un bond au niveau du secteur éducatif et améliorer les conditions et la qualité de l’éducation dans le pays au niveau des sections communales et communes. Il est aussi prévu le renforcement institutionnel, la gestion, les séances de sensibilisation, de formation, de formation continue et la dotation en personnel qualifié, en matériels de toutes sortes (scolaires, logistiques, informatiques, et autres).

    8)      En matière d’habitat social, le ministère des affaires sociales, avec l’appui d’EPPLS et de l’UCLBP, prévoit la réhabilitation et la construction d’environ 13500 logements sociaux à travers les 10 départements, la mise à disposition de fonds pour les enfants, les handicapés. C’est aussi la mise à disposition de moyens de transport, la mise en branle  d’un ensemble d’actions en termes de réparation et de mise à disposition de centaines de bus pour le transport des écoliers, étudiants et des couches défavorisées,  d’accompagnement des groupes sociaux défavorisés (femmes, enfants, familles monoparentales, etc.), de renforcement de l’aspect genre, de filets de sécurité sociale. Ces actions favoriseront l’amélioration de la qualité de vie des couches les plus défavorisées.

      9)      En matière d’eau potable et d’assainissement, la DINEPA prévoit la réhabilitation des systèmes d’adduction d’eau potable (SAEP) tant au niveau des villes que des sections communales, l’aménagement et le captage des sources, la mise en place de fontaines publiques, l’utilisation et le traitement des eaux souterraines, de rivières et des barrages de retenues, le traitement des boues fécales, etc.

      10)   En matière de Jeunesse, sport, services civiques, c’est la réhabilitation et la construction de parcs sportifs, de gymnasium, de 570 complexes sportifs et culturels au niveau des sections communales, des communes. C’est aussi la mise à disposition de moyens financiers pour l’accompagnement de proximité de la jeunesse en termes de civisme, de patriotisme, de formation en matière de sports, de culture, de compétitions dans tous les recoins du pays. C’est aussi le renforcement institutionnel en termes de personnel, de moyens logistiques, sportifs et culturels et d’emplois.

      11)   En  matière de Tourisme et culture, c’est la facilitation d’accès aux sites touristiques, historiques, de villégiature, de plages, de lieux de culte, de culture ; c’est la réhabilitation des sites et des lieux touristiques ; c’est la mise en place de bureaux régionaux du tourisme. C’est aussi la construction de musés dans la plupart des villes, l’aménagement de plages, la réhabilitation de forts, l’aménagement de 500 km de littoraux et l’accessibilité à ces sites. C’est le renforcement institutionnel en termes de personnel bien formé (guides), de formation, de formation continue, de maîtrise des langues les plus courantes, de maîtrise des notions historiques et culturelles pour mieux vendre l’image du pays et de ses immenses potentialités à des touristes tant haïtiens qu’étrangers.

   12)  En matière d’agro-industrie et d'entrepreneuriat, c’est la réhabilitation des centres de transformation, la mise en place de  50 ha de micro-parcs industriels, la mise en place de 340 entreprises (startups) destinés essentiellement aux jeunes en quête d’opportunités, la mise en place d’entreprises  alternatives à la production du charbon de bois, à l’utilisation d’étais en bois. Ces entreprises créeront plus de 200,000 emplois et pourront être équipés de panneaux solaires susceptibles de fournie plus de 50 MW d’électricité, sans compter la possibilité de les coupler avec l’énergie éolienne.

      13)     En matière d’Energie électrique à base de kits solaires et de micro centrales intelligentes, il est prévu de fournir des centaines de milliers de kits solaires à des familles éparpillées dans les sections communales hors réseaux. Pour les petites villes de moyenne importance qui seront dotées de micros centrales intelligentes (150 à 400 kw), le secteur privé sera encouragé à les fournir en énergies renouvelables, moyennant paiement à la carte. Cette expérience est en cours à Jean Rabel, Môle St Nicolas, sur la Côte Sud, Coteaux, Roche à Bateaux, Port-à-Piment.

     14)      L’ensemble de ces actions sectorielles nécessiteront 468.5 Mrds de HTG et créeront dans un premier temps plus de 12, 000,000 de personnes-mois de travail, soit environ 250,000 emplois durant la période d’exécution de 4 ans prévue et dans un second temps environ 400,000 emplois durant la période d’utilisation des ouvrages et de fonctionnement des entreprises.

C’est le rêve traduit en propositions chiffrées dans le document de synthèse des plans d’action départementaux dans le cadre de la caravane du changement. Dans ces propositions, il est prévu de renforcer l’Etat et les collectivités territoriales. En ce sens, la caravane du changement pousserait à la déconcentration administrative, à la décentralisation effective et à l’autonomisation des collectivités et des structures déconcentrées des ministères sectoriels et des structures décentralisées des organismes autonomes de l’Etat. Qu’en est-il de la réalité ?

La réalité et ses diverses contraintes à surmonter

En plus des actions concrètes au niveau de la Vallée de l’Artibonite, de la Péninsule Sud d’Haïti et de certaines zones du pays (Route Carrefour Joffre-Anse à Foleur, Gonaïves-Terre Neuve, Labourage de 2000 ha de terres agricoles dans l’Ouest, le Centre, l’Artibonite, Rénovation urbaine à Maïssade, Thomassique, Belladère, etc.), 80% des 490 nouveaux matériels lourds sont sur place au niveau des 10 départements géographiques pour la plupart. Les autres 20% seront livrés sous peu, selon le Président de la République. Pour les autres actions sectorielles déjà réalisées, le lecteur pourra lire ou relire le bilan 2017 et Perspectives 2018[3].

Scepticisme et espoir
L’extension de la caravane du changement sur l’ensemble du pays nécessite des besoins financiers importants très largement supérieurs au budget actuel  (2017-2018) de 144.2 Mrds de gourdes dont plus de 50% sont consacrés au fonctionnement des institutions de l’Etat. Les prévisions financières pour les investissements dans le cadre du budget actuel ne pourront pas couvrir la totalité des besoins financiers pour l’extension des actions sectorielles dans le cadre  de la caravane sur l’ensemble du pays. De plus, lors des séances de validation des plans d’action départementaux, les élus locaux sont septiques par rapport à toutes ces actions prévues pour une période aussi courte de 4 ans. Pourtant, ils demandent d’ajouter d’autres actions et d’augmenter le nombre de celles prévues. On en déduit deux choses : le scepticisme par rapport à la caravane en termes de délais d’exécution  et l’espoir d’y inscrire le maximum d’actions départementales,  communales et sections communales au cas où. Ce qui devrait au final augmenter le montant global prévu.

La question du financement des actions sectorielles dans le cadre de la caravane
Voyons maintenant la question de financement des plans d’action départementaux. Il est clair que le budget actuel ne pourra financer l’ensemble des actions sectorielles prévues. La réalité, il faudrait ou bien augmenter le budget, ou bien étirer les actions sur des délais plus longs.

Augmenter le budget de 40% pour le mettre au niveau de 200 Mrds de Gourdes. Cette augmentation n’est pas hors de portée d’Haïti. Il faudrait explorer d’autres bassins fiscaux et/ou réduire certaines subventions comme l’a recommandé le FMI dans le dernier accord signé avec le gouvernement haïtien. Ces mesures ne seraient pas de tout repos. Sans de solides explications, elles ne seraient pas comprises. Quand bien même, il y aurait de bons arguments, elles seraient exploitées « politiquement », par l’opposition à l’actuelle administration. Jusqu’à date, la perception de la caravane est plutôt mitigée, avec un fort penchant vers le négatif si on se réfère aux médias de la Capitale. Même si la caravane est porteuse d’espoir, l’opposition à PHTK, à Jovenel Moïse et le scepticisme actuel de l’haïtien ne lui permettraient pas de saisir l’opportunité  qu’elle offre et son rôle catalyseur dans le processus de développement participatif, intégral, endogène et durable du pays.

Même en maintenant le budget actuel, avec une bonne organisation, un renforcement effectif des structures déconcentrées, décentralisées de l’Etat et des collectivités locales et l’application stricte  de la stratégie de la caravane du changement, facilitant l’imbrication intra-sectorielle des actions, leur articulation intersectorielle et leur intégration à l’action gouvernementale pour maximiser leurs effets et impacts sur la qualité de vie du peuple, la mise en application partielle des plans d’action départementaux à partir de la reconduction de l’actuel budget pourrait déboucher sur au moins 30% des résultats escomptés. Les effets et impacts ne seraient pas aussi importants que si toutes les actions sectorielles des plans d’action étaient mises en œuvre dans leur intégralité. Toutefois, 30% des résultats escomptés feraient une grande différence par rapport à la situation actuelle. Il faut noter, en cas de maintien du budget actuel, il faudrait étirer les actions sectorielles sur des délais plus longs qui dépasseraient le mandat de l'actuelle administration, sans pour autant tuer le rêve.

                        C.      Et si le rêve devient réalité ?

Pour le seul mois de février 2018, il a été rapporté le départ de 13000 jeunes haïtiens  vers le Chili, selon Clarens Renois citant le Miami Herald[4]. Daniel Supplice, interrogé par kesner Pharel, a rapporté que les jeunes qui laissent le pays sont de la classe moyenne basse, très peu ont atteint l’âge de 30 ans. C’est donc la crème du pays qui s’en va ; de plus la majorité  de ces jeunes sont plutôt formés.  Ils partent à la recherche d’un mieux-être, d’un rêve, d’un emploi qu’ils ne trouvent pas  dans leur pays. J’ai encore à l’esprit  ce jeune informaticien et étudiant finissant en droit pour qui j’ai entamé des démarches pour un petit job. Lorsque le processus était sur le point d’aboutir, ses parents m’ont appris qu’il a été au Chili, parce que fatigué d’attendre un hypothétique job. Cette histoire c’est celle de ces centaines de jeunes qui laissent chaque jour le pays. Alors  que faire pour les stopper ?

La caravane du changement semble vouloir répondre à cette interrogation. Avec la possibilité de créer plus 12,000,000 de personnes-mois de travail dans les divers axes retenus par secteur,  soit  250,000 emplois lors de sa mise en œuvre prévue sur 4 ans, elle pourrait absorber la grande majorité de ces jeunes. Dans l’analyse qui est faite  en relation avec l’emploi, le secteur des travaux publics vient en première position, suivi du secteur agricole dans le cadre des actions en cours et prévues.

Quand on analyse les projections d’emplois par département, l’Ouest vient en première position avec 42807 emplois, l’Artibonite avec  de 40716, le Nord avec 27722, le Nord-Ouest avec 23,765, le Sud avec 22,839 emplois, etc. Sans compter la possibilité de création d’emplois dans les 340 entreprises de toutes sortes  prévues et destinées en priorité aux jeunes entrepreneurs, avec des avantages incitatifs au niveau des banques, et les emplois qui seront créés dans l’agriculture, le tourisme, l’agro-industrie. Ces emplois permanents pourraient avoisiner le chiffre de 400,000 durant la période d’exploitation des ouvrages mis en place, des entreprises créées.

L’administration actuelle doit coûte que coûte trouver les moyens pour la mise en œuvre des actions sectorielles dans le cadre de la caravane du changement, en rectifiant le budget actuel tout en expliquant le bien-fondé de cette rectification, en proposant un autre budget plus consistant par département durant les exercices à venir, en cherchant les moyens pour financer ce nouveau budget (i) par l’identification et l'exploitation de nouveaux bassins fiscaux, (ii) par la recherche de financement auprès des bailleurs internationaux, quitte pour cela à faire un pacte avec la communauté internationale plutôt réticente par rapport à la caravane, (iii) par l’incitation de l’investissement privé tant haïtien qu’étranger dans des domaines bien précis  prévus dans le cadre de la caravane, (iv) par une lutte acharnée contre la corruption , (v) par une gestion optimum des ressources disponibles et à rechercher, et (vi) par une gouvernance optimale au niveau de l'Etat et des collectivités territoriales.

Pour vivre en Haïti, malgré les difficultés actuelles, malgré la misère qui tenaille le ventre d’une frange importante de la population, il faut avoir de l’espoir. C’est le moment de se poser cette question: et si le rêve projeté par la caravane du changement devient réalité ? Pourquoi pas ? Personne ne croyait au retour de l’Armée d’Haïti ; maintenant le Haut Etat-major est en place. Il en a été  de même pour les Etats Généraux Sectoriels de la Nation, dont le lancement a été mille fois promis, mille fois repoussé ; maintenant le Comité de Pilotage est en place.

Alors… il faut garder l’espoir des lendemains meilleurs pour Haïti dans le cadre d’une entente nationale. Malheureusement, l’Agr Michel William, qui s’est tant battu pour le secteur agricole et qui commençait à jeter un regard plus positif sur la stratégie de la caravane du changement (voir sa dernière interview avec la Télé Galaxie), ne verra même pas l’amorce de ce processus d’union entre nous. Paix à son âme si tourmentée ces derniers temps ! Que nos leaders d’opinions, Jean Monard Metellus, Gary Pierre-Paul-Charles, Valéry Numa… se documentent sur ces processus en cours pour nous aider à construire cette nouvelle Haïti! En cette période du 31e anniversaire de notre Constitution et de fête de pâques, que Dieu nous vienne en aide !



[1] Source: Le Nouvelliste, Radio Kiskeya, Radio Métropole, Loop Haïti, Haiti Libre…

[4] Interview sur Télé pluriel Chaine 44-Pulsations