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dimanche 1 mars 2026

HAÏTI ET LE MONDE À LA CROISÉE DES CHEMINS (64) – LA FIÈVRE DES GUERRES, DES TARIFS ET DES TRANSITIONS

 

HAÏTI ET LE MONDE À LA CROISÉE DES CHEMINS (64) – LA FIÈVRE DES GUERRES, DES TARIFS ET DES TRANSITIONS

JEAN-ROBERT JEAN-NOEL

28 FEVRIER 2026

INTRODUCTION

Au moment où s’achève ce mois de février 2026, la planète semble prise dans une série de déflagrations qui se répondent sans se ressembler : guerre prolongée en Ukraine, basculement dramatique du conflit américano-israélo-iranien, bras de fer institutionnel autour des tarifs à Washington, tensions commerciales avec les alliés, et, en toile de fond, une Haïti en transition fragile, traversée par la violence des gangs et les compromis douteux de ses élites. Tandis que les drones et les missiles bouleversent l’équilibre déjà précaire du Moyen-Orient, les juges américains redessinent les frontières du pouvoir exécutif, et les dirigeants haïtiens signent pactes et contrats au nom de la stabilité, sans toujours convaincre une population à bout de souffle. Entre Kiev, Téhéran, Tel-Aviv, Washington et Port-au-Prince, ce mois de février donne l’impression d’un monde où l’exception est devenue la règle, et où la « gestion de crise » tient lieu de projet politique.

I. LE MONDE EN CINQ SECOUSSES

1.       Ukraine : la guerre qui s’enlise, la paix introuvable

Quatre ans après l’invasion de 2022, la guerre en Ukraine n’est plus un « conflit aigu » mais un état quasi permanent, inscrit dans le paysage politique européen comme une triste normalité. La Russie maintient son contrôle sur une large portion du territoire ukrainien, tandis que la ligne de front se fige en une succession de tranchées, de villes détruites et de villages pris en étau entre bombardements et pénuries. Les efforts diplomatiques se multiplient, du Conseil de sécurité aux capitales européennes, en passant par des médiations plus discrètes, mais butent sur les mêmes questions : frontières, garanties de sécurité, réparations, et statut des territoires occupés. Dans ce contexte, chaque annonce de nouvelles livraisons d’armes ressemble moins à une solution qu’à un prolongement du conflit sous d’autres formes, et l’idée d’un cessez-le-feu durable apparaît encore lointaine.

2.       Le conflit américano-israélo-iranien : l’escalade jusqu’à la mort du guide suprême

Au Moyen-Orient, le mois de février a été marqué par un tournant majeur : l’escalade du conflit entre les États-Unis, Israël et l’Iran, jusqu’à l’élimination du guide suprême sur le sol iranien. Ce qui avait commencé comme une succession de frappes ciblées, de cyberattaques et de confrontations indirectes via des groupes alliés s’est transformé en confrontation ouverte, mêlant attaques de drones, bombardements stratégiques et ripostes contre des infrastructures sensibles. La mort du guide suprême, figure centrale du système politique iranien depuis des décennies, a provoqué une onde de choc bien au-delà de la région, en ouvrant une période d’incertitude sur la succession à Téhéran et sur la réaction des réseaux politico-militaires liés à l’Iran au Liban, en Syrie, en Irak et au Yémen. Pour Washington et Tel-Aviv, l’opération est présentée comme un coup décisif contre « l’axe de la menace », mais pour beaucoup d’observateurs, elle risque d’ouvrir une phase de déstabilisation régionale, voire de guerres par procuration encore plus meurtrières.

3.       États-Unis : Trump entre discours martial, guerre commerciale et guerre tout court

Dans son discours sur l’état de l’Union, Donald Trump a tenté de tenir ensemble ces fronts multiples : soutien à Israël, fermeté vis-à-vis de l’Iran, pression continue sur la Russie, tout en défendant sa politique tarifaire comme une arme centrale de la souveraineté américaine. La rhétorique est celle d’une Amérique assiégée mais debout, qui revendique le droit d’employer tous les instruments – militaires, économiques, technologiques – pour préserver sa sécurité et son leadership. Pourtant, derrière l’assurance du verbe, l’exécutif doit composer avec un fait nouveau : la remise en cause par la Cour suprême d’une partie de ses outils tarifaires, ce qui l’oblige à réécrire une partie de son arsenal juridique. La contradiction est manifeste : proclamer la toute-puissance de l’État fédéral sur la scène internationale, tout en se heurtant, à l’intérieur, aux garde-fous d’une séparation des pouvoirs que la majorité des juges entend réaffirmer.

4.       La Cour suprême et la fièvre tarifaire : un président débouté, mais pas désarmé

En invalidant l’usage extensif de l’International Emergency Economic Powers Act pour imposer des tarifs généralisés à une large part des partenaires commerciaux, la Cour suprême a adressé un rappel à l’ordre à la Maison-Blanche : l’« urgence économique » ne saurait devenir un prétexte indéfini pour contourner le Congrès. Une partie des droits de douane décidés dans la foulée du premier mandat de Trump se retrouve fragilisée, obligeant l’administration à reconfigurer ses outils pour continuer à influencer les échanges internationaux. Loin de renoncer, le président évoque déjà de nouveaux schémas de taxation globale, inspirés d’anciennes lois commerciales ou de mécanismes de sécurité nationale, afin de réaffirmer une forme de protectionnisme offensif. Cette fuite en avant transforme la politique commerciale en champ de bataille juridique permanent, où chaque décision de justice devient le point de départ d’un nouvel exercice de contorsion législative.

5.       Alliés inquiets : Canada, Union européenne et le reste du monde entre soulagement et méfiance

Pour des partenaires comme le Canada et l’Union européenne, la décision de la Cour suprême apparaît d’abord comme une victoire symbolique : elle valide le discours de ceux qui dénonçaient des tarifs « injustifiés » frappant l’acier, l’aluminium, l’automobile et d’autres secteurs stratégiques. Mais ce soulagement se double d’une inquiétude tenace : si la jurisprudence peut limiter certaines mesures, elle ne calme pas la tentation américaine de brandir la menace tarifaire à chaque désaccord, qu’il soit commercial, environnemental ou géopolitique. Ottawa comme Bruxelles s’interrogent donc sur la fiabilité d’un partenaire qui alterne accord, sanction, exemption et renégociation au rythme des cycles politiques internes. Dans le même temps, le reste du monde observe ce débat avec une attention mêlée d’opportunisme, cherchant à tirer parti du repli relatif des États-Unis pour tisser de nouveaux liens commerciaux et stratégiques, y compris avec des puissances en conflit ouvert avec Washington.

II. HAÏTI EN CINQ SECOUSSES

1.       Insécurité et kidnapping : un pays otage de ses propres armes

En Haïti, la guerre n’a pas de front officiel, ni de déclaration solennelle, mais elle se lit dans les quartiers contrôlés par des gangs lourdement armés, dans les enlèvements quotidiens, dans les écoles fermées et les marchés désertés au moindre coup de feu. Le kidnapping est devenu une industrie criminelle à part entière, structurant une économie de la peur où chacun sait qu’il peut, du jour au lendemain, être réduit à une marchandise négociée en dollars. L’État, dépourvu de moyens, d’effectifs et parfois de volonté politique, peine à reprendre pied dans des zones où les groupes armés se substituent aux autorités, en imposant leur propre « ordre » social et fiscal. Cette situation ne se contente pas de déstabiliser la capitale : elle vide le pays de ses forces vives, encourage l’exil et ronge la confiance minimale nécessaire à toute vie collective.

2.       Fin de mandat du Conseil présidentiel : un Premier ministre seul au centre du jeu

Le 7 février, la fin du mandat du Conseil présidentiel de transition a marqué la clôture officielle d’un dispositif conçu pour éviter le vide institutionnel après l’assassinat du président Jovenel Moïse et les années de dérive qui ont suivi. Le passage de témoin au Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, désormais seul détenteur des prérogatives exécutives, ouvre une phase nouvelle, où le chef du gouvernement se retrouve à la fois arbitre, gestionnaire et symbole d’une transition sous pression. La question centrale est simple mais vertigineuse : s’agit-il d’une simple gestion des affaires courantes, en attendant un hypothétique retour à l’ordre constitutionnel, ou d’un mandat politique à part entière pour redéfinir les règles du jeu et organiser des élections crédibles ? Tant que la durée de la transition, ses étapes et ses garde-fous demeurent flous, le soupçon d’un pouvoir sans véritable compte à rendre ne pourra que prospérer.

3.       Un contrat de 500 millions de dollars pour le contrôle douanier : modernisation ou mise sous tutelle économique ?

Au sein de ce paysage instable, la révélation d’un contrat d’environ 500 millions de dollars pour le contrôle douanier a agi comme un révélateur des tensions entre impératif de modernisation et crainte de perte de souveraineté. D’un côté, l’argument des autorités est clair : face à l’ampleur de la contrebande, de la fraude et des pertes fiscales, confier à un opérateur spécialisé le contrôle des flux aux frontières permettrait d’augmenter les recettes, de réduire la corruption et de rationaliser les procédures. De l’autre, nombreux sont ceux qui s’inquiètent de voir une fonction aussi stratégique – au cœur de la souveraineté économique – sous-traitée, au risque de placer des données sensibles et des leviers de politique publique entre des mains difficilement contrôlables. Dans un pays où la confiance dans l’État et dans les élites est déjà minimale, la moindre opacité sur les termes d’un tel contrat nourrit immédiatement les soupçons de capture et de dépendance.

4.       Un pacte avec les forces de la crise : rédemption ou recyclage des élites ?

Le « pacte » signé entre le gouvernement et plusieurs forces politiques, dont certaines ont largement contribué à la décomposition de l’État haïtien, se présente comme un cadre de stabilité et de co-responsabilité pour organiser la transition et les élections. Le texte promet concertation, partage des responsabilités et dépassement des querelles passées au bénéfice d’un intérêt national vaguement défini. Mais pour une partie de la société civile, des partis restés en marge de l’accord et de la diaspora, ce pacte ressemble surtout à une opération de recyclage : on réhabilite, au nom du réalisme et de la paix civile, les mêmes acteurs qui ont, hier encore, entretenu clientélisme, impunité et fragilisation des institutions. La ligne de fracture se déplace alors : non plus seulement entre pouvoir et opposition, mais entre un « club des signataires » et ceux qui refusent de cautionner un arrangement de sommet sans véritable débat national.

5.       Haïti sous regard extérieur : CARICOM, Washington et la tentation de la tutelle

Dans ce contexte, le déplacement du Premier ministre auprès de la CARICOM et l’implication active de Washington dans la gestion de la crise haïtienne donnent à la transition un relief international prononcé. Le soutien des partenaires régionaux et des États-Unis – qu’il s’agisse d’appui logistique, de projets de force multinationale, de sanctions ciblées ou de conditionnalités financières – est présenté comme indispensable pour restaurer la sécurité et créer un environnement propice à des élections. Mais cette aide a un prix politique : plus les décisions clés semblent prises sous l’œil, voire sous l’impulsion, des chancelleries étrangères, plus l’impression d’une tutelle s’installe, alimentant un sentiment de dépossession chez une population déjà largement exclue des mécanismes formels de décision. Haïti se retrouve ainsi dans une équation paradoxale : sans soutien extérieur, la crise paraît ingérable ; avec un soutien trop intrusif, la légitimité d’une transition nationale se trouve fragilisée.

III. REGARDS CROISÉS : QUAND LES CRISES SE RÉPONDENT

1.       De Kyev à Téhéran, de Port-au-Prince à Washington : la guerre comme toile de fond

Qu’il s’agisse de la guerre en Ukraine, du conflit américano-israélo-iranien ou des violences multiformes qui ravagent Haïti, la guerre n’est plus un événement exceptionnel, limité dans le temps et l’espace ; elle devient un décor permanent, un horizon qui structure les décisions politiques et économiques. La mort du guide suprême iranien, les bombardements en Ukraine et les exactions des gangs haïtiens renvoient à une même incapacité des États à protéger leurs populations tout en préservant leur souveraineté. Dans ces contextes, la logique de l’« urgence » justifie tout : prolongation des états d’exception, compression des libertés, décisions prises dans le secret des états-majors et des cabinets. La question n’est plus seulement de savoir qui gagne ou perd militairement, mais quel type de société se construit à l’ombre de ces conflits prolongés.

2.       Tarifs, sanctions, contrats : les nouveaux visages de la puissance

Les tarifs américains, les sanctions contre des responsables étrangers, les contrats de contrôle douanier en Haïti ou les accords de sécurité au Moyen-Orient participent d’une même mutation : la puissance s’exerce de plus en plus par des instruments économiques et juridiques. Un gouvernement peut désormais frapper un adversaire en limitant son accès aux marchés, aux technologies, aux systèmes de paiement, ou en sous-traitant des fonctions souveraines à des acteurs privés ou internationaux. Dans le cas d’Haïti, le contrat douanier et les conditionnalités attachées à l’aide internationale posent la question de savoir qui, au fond, pilote les principaux leviers de l’État. Dans le cas des États-Unis, la prolifération d’outils tarifaires et de sanctions unilatérales interroge sur la frontière entre défense de la souveraineté et imposition extraterritoriale de normes nationales.

3.       Institutions sous tension, légitimités sous condition

La Cour suprême américaine, en rappelant au président les limites de son pouvoir tarifaire, montre qu’un État de droit peut encore imposer des bornes à un exécutif tenté d’étendre indéfiniment son champ d’action. À l’inverse, Haïti illustre ce qui se passe lorsque les institutions sont trop faibles pour contenir les ambitions, les arrangements et les dérives d’une classe politique en quête de survie. Dans les deux cas, cependant, la légitimité ne va plus de soi : aux États-Unis, une partie de la population perçoit les décisions de justice à travers le prisme partisan ; en Haïti, une partie du peuple regarde les pactes politiques comme autant de manœuvres d’élites déconnectées. La crise est donc double : crise de la sécurité, crise économique, mais aussi crise de confiance dans la capacité des institutions à produire autre chose que de la gestion de crise et de la communication.

CONCLUSIONS ET PERSPECTIVES

Ce 28 février 2026, le monde donne l’impression d’un vaste carrefour où se croisent guerres déclarées, guerres larvées, guerres commerciales et guerres d’influence, sans que se dessine clairement une sortie de route. L’Ukraine s’enfonce dans un conflit de long terme qui redessine la sécurité européenne, le Moyen-Orient bascule dans une nouvelle phase d’instabilité avec la mort du guide suprême iranien, les États-Unis tentent de concilier démonstration de force et contraintes juridiques, tandis que leurs alliés oscillent entre alignement et défiance prudente. Haïti, au milieu de ce tumulte, incarne à sa manière une forme extrême de vulnérabilité : un État affaibli, une société épuisée, une transition encadrée de l’extérieur et minée de l’intérieur par la violence et les compromis opaques.

L’enjeu, pour Haïti comme pour le reste du monde, est de sortir de la logique du provisoire permanent. Tant que l’exception – sécuritaire, économique, institutionnelle – servira de règle implicite, les décisions continueront d’être prises à huis clos, sous la pression de l’instant, plutôt qu’au terme de véritables délibérations collectives. Il ne s’agit pas d’idéaliser un retour impossible à un « avant » plus stable, mais de reconnaître que la reconstruction des biens communs – la sécurité, la justice, la confiance dans les institutions – suppose autre chose que des pactes de circonstance, des tarifs de revanche ou des frappes spectaculaires. À défaut, la croisée des chemins où nous nous trouvons tous risque de n’être pas un lieu de choix, mais le point de départ d’une longue errance.

 

REFERENCES

1.       Nations unies, Conseil de sécurité, séances et rapports sur la situation en Ukraine, février 2026.

2.       Nations unies, déclarations de hauts responsables appelant à un recours renforcé aux moyens diplomatiques pour mettre fin à la guerre en Ukraine, Genève et New York, février 2026.

3.       Services de cartographie et d’analyse des conflits (instituts spécialisés, médias internationaux) : cartes des lignes de front et des territoires occupés en Ukraine, mises à jour de février 2026.

4.       Maison-Blanche, discours sur l’état de l’Union du président Donald Trump, février 2026 (sections relatives à la politique étrangère, au soutien à Israël, à l’Iran et à la politique commerciale).

5.       Cour suprême des États-Unis, arrêt de février 2026 limitant l’usage de l’International Emergency Economic Powers Act (IEEPA) pour l’imposition de tarifs généralisés.

6.       Analyses de centres de recherche et de revues spécialisées (think tanks, revues de relations internationales) sur l’impact politique et économique de la décision de la Cour suprême sur les tarifs Trump, février 2026.

7.       Communiqués et prises de position du gouvernement canadien concernant les tarifs américains et la décision de la Cour suprême, février 2026.

8.       Déclarations de responsables de l’Union européenne et documents de la Commission/du Conseil sur les relations commerciales avec les États-Unis et la remise en cause d’une partie des tarifs américains, février 2026.

9.       Articles de la presse internationale (économie, diplomatie) sur les projets de nouveaux mécanismes tarifaires aux États-Unis et les réactions des partenaires (Canada, Union européenne, autres), février 2026.

10.   Analyses et reportages sur l’escalade américano-israélo-iranienne, incluant frappes, cyberattaques et affrontements par procuration, février 2026.

11.   Articles et dossiers de presse sur l’élimination du guide suprême iranien, les scénarios de succession à Téhéran et les réactions des réseaux politico-militaires liés à l’Iran au Moyen-Orient, février 2026.

12.   Études d’experts et tribunes dans la presse arabophone, iranienne et internationale sur les conséquences régionales de la mort du guide suprême (équilibres internes en Iran, risques d’escalade, recomposition des alliances), février 2026.

13.   Reportages et enquêtes sur la situation sécuritaire en Haïti : montée en puissance des gangs armés, vagues de kidnapping, déplacements internes de population, début 2026.

14.   Textes officiels et compte-rendu de la fin de mandat du Conseil présidentiel de transition en Haïti et du transfert de pouvoirs au Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, 7 février 2026.

15.   Couverture médiatique haïtienne et régionale sur la nouvelle configuration institutionnelle (Premier ministre en première ligne, disparition du Conseil présidentiel), février 2026.

16.   Articles de la presse haïtienne, notamment les journaux de référence, sur le contrat d’environ 500 millions de dollars relatifs au contrôle douanier (contenu, partenaires, controverses), février 2026.

17.   Analyses d’économistes, de fiscalistes et de spécialistes de la gouvernance en Haïti sur les enjeux de souveraineté et de transparence liés à la délégation du contrôle douanier, février 2026.

18.   Texte du « pacte » signé entre le gouvernement et plusieurs forces politiques haïtiennes pour la stabilité et l’organisation des élections, ainsi que les commentaires officiels des signataires, février 2026.

19.   Communiqués, tribunes et déclarations d’acteurs politiques, d’organisations de la société civile et de groupes non-signataires critiquant ce pacte et dénonçant un recyclage des élites, février 2026.

20.   Documents et prises de position de la CARICOM sur la crise haïtienne, la transition politique et la coopération régionale en matière de sécurité, début 2026.

21.   Déclarations officielles américaines (Département d’État, Maison-Blanche) et documents relatifs au soutien à la transition haïtienne : sanctions ciblées, appui sécuritaire, propositions de force multinationale, début 2026.

22.   Analyses académiques et articles d’opinion sur la notion de « tutelle » ou de « co-gouvernance » internationale appliquée au cas haïtien, parus dans la presse et les revues spécialisées, février 2026.

samedi 31 janvier 2026

HAÏTI ET LE MONDE A LA CROISEE DES CHEMINS – N° 63 : LE MONDE EN BOULEVERSE ET LA TENTATION DU VIDE AU 7 FEVRIER 2026 EN HAITI

 

HAÏTI ET LE MONDE A LA CROISEE DES CHEMINS – N° 63 : LE MONDE EN BOULEVERSE ET LA TENTATION DU VIDE AU 7 FEVRIER 2026 EN HAITI

Par JEAN-ROBERT JEAN-NOEL

31 JANVIER 2026

En ce début de 2026, la planète avance à pas hésitants sur une ligne de crête où se mêlent guerres prolongées, transitions démocratiques précaires et mutations socio‑économiques d’ampleur historique. À Davos, les élites politiques et économiques débattent des fractures de la mondialisation, des risques systémiques et des promesses de l’intelligence artificielle, pendant que les missiles russes et ukrainiens redessinent, au prix du sang, la carte de la sécurité européenne. Dans les rues de Minneapolis, le long travail de réforme policière, engagé après l’assassinat de George Floyd, illustre combien il est difficile de transformer structurellement un ordre social qui produit l’injustice, même lorsque le consensus sur la nécessité du changement semble acquis.

À des milliers de kilomètres de là, Haïti vit, elle aussi, son moment de vérité. Les gangs étendent ou recomposent leurs zones de contrôle, la transition politique issue de l’accord du 3 avril 2024 arrive à son terme le 7 février 2026, et le bras de fer larvé entre le Conseil présidentiel de transition (CPT) et le Premier ministre (PM) Didier Fils‑Aimé menace de déboucher sur un vide de gouvernance au moment même où le pays a le plus besoin d’un État fonctionnel. À Port‑au‑Prince comme à Kiev, à Davos comme dans les quartiers populaires de Minneapolis, se pose la même question : comment reconstruire une légitimité politique et sociale dans un monde où les institutions semblent toujours en retard d’une crise ?

C’est à partir de cinq faits saillants au niveau mondial – la guerre d’Ukraine qui s’enlise, le Forum de Davos 2026, le laboratoire américain de Minneapolis, mais aussi la recomposition de l’ordre économique et la bataille autour de l’intelligence artificielle – et de cinq faits saillants haïtiens – la dynamique des gangs, le conflit CPT–Premier ministre, les initiatives de médiation, les hésitations autour du 7 février 2026, les esquisses de projets de long terme – que cette chronique propose de lire, en miroir, le destin d’Haïti et les lignes de fracture du monde.

I. LE MONDE SUR UN FIL : UKRAINE, DAVOS, MINNEAPOLIS ET LES FAILLES SYSTEMIQUES

1. Une guerre d’Ukraine qui devient matrice de l’ordre européen

Quatre ans après le déclenchement de l’invasion à grande échelle de la Russie, la guerre en Ukraine est devenue à la fois un conflit d’attrition militaire et un laboratoire de résilience politique, technologique et sociale. Loin de n’être qu’un tête‑à‑tête russo‑ukrainien, elle recompose les alliances, les budgets militaires et les corridors énergétiques du continent européen, tout en alimentant une économie de guerre diffuse qui va des usines d’armement aux champs de blé minés(1).

La présence ukrainienne à Davos 2026 – notamment à travers l’Ukraine House, vitrine d’une nation qui veut se projeter comme futur « powerhouse » énergétique et technologique de l’Europe – montre que Kiev ne se pense plus seulement comme un champ de bataille, mais comme un futur pôle de croissance, de gouvernance numérique et d’innovation en matière de reconstruction. De ce point de vue, la guerre n’est plus seulement une tragédie nationale, elle devient un moment fondateur de l’ordre européen à venir : celui où l’on teste, grandeur nature, le lien entre souveraineté, sécurité collective, transition énergétique et gouvernance numérique.​

2. Davos 2026 : l’élite mondiale face à un ordre fracturé

Le Forum économique mondial de Davos, en janvier 2026, a confirmé le décalage croissant entre l’accumulation des « risques globaux » – conflits, dérèglements climatiques, vagues migratoires, désinformation de masse – et la faible capacité des institutions existantes à y répondre de manière coordonnée. Les discussions ont porté à la fois sur la montée des tensions commerciales, la gouvernance de l’intelligence artificielle, la nécessaire reconversion de centaines de millions de travailleurs et la fragilisation des démocraties par la polarisation et les infox (2) :reuters+2).

On y a vu se dessiner une fracture générationnelle : les plus jeunes, présents dans les panels et les mouvements de la société civile, mettent au premier plan le risque de désinformation et d’effondrement écologique, tandis que les dirigeants plus âgés continuent de prioriser la confrontation géopolitique classique et la défense des intérêts nationaux. Dans ce théâtre des puissants, l’Ukraine occupe une place singulière : parfois reléguée au second plan par d’autres priorités – comme les coups de force géopolitiques du président américain Donald Trump ou les tensions commerciales – elle revient brutalement au centre de l’agenda dès que sont évoquées les architectures de sécurité, l’énergie ou la refonte des chaînes de valeur (4), selon europeanbusinessmagazine+2.

3. Minneapolis, du drame George Floyd aux réformes sous contrainte

Depuis la mort de George Floyd en 2020 jusqu’au dernier drame lié à « ICE », causant la mort de 2 personnes, Minneapolis est devenue l’un des principaux laboratoires de réforme policière des États‑Unis. L’accord négocié avec le département de la Justice (DOJ), puis la volonté affichée par la ville de maintenir et mettre en œuvre les mesures de la « consent decree » même après les hésitations et revirements fédéraux, illustrent une tension qui dépasse largement le Midwest américain : comment transformer une institution de sécurité sans perdre le soutien des forces de l’ordre, ni celui d’une population échaudée par des décennies de violences et de discriminations(6) ?minneapolismn+2

Les autorités municipales ont adopté un ensemble de réformes visant la transparence, la redevabilité et la réduction des biais systémiques dans les pratiques policières – avec supervision d’un monitor indépendant et articulation avec des accords au niveau de l’État du Minnesota. Le fait que Washington ait cherché à renégocier ou annuler certains accords, avant que la ville ne choisisse de poursuivre unilatéralement le chantier, montre que la transformation des systèmes de sécurité ne dépend pas seulement de textes, mais d’un rapport de forces politique et social durable entre communautés, élus, syndicats et organisations de défense des droits (5).justice+2


II. HAÏTI DANS LA TOURMENTE : GANGS, TRANSITION ET LUTTE POUR LA LEGITIMITE

1. Une crise sécuritaire au point de rupture

Au moment où le monde se penche sur ses fractures, Haïti vit, selon les mots mêmes des Nations unies, une crise arrivée à un « point de rupture », avec des gangs qui resserrent leur emprise sur le territoire, particulièrement dans la capitale et les corridors stratégiques. Les coalitions criminelles – telles que Viv Ansanm – mènent des attaques coordonnées contre des commissariats, des prisons, des infrastructures économiques, tandis que l’extorsion, le trafic d’armes, de drogue et de munitions deviennent les principaux moteurs d’une économie parallèle de la violence(9).news.un+1

Certes, des opérations conjointes de la Police nationale d’Haïti (PNH), de l’Armée d’Haïti et de la force internationale de suppression des gangs, autorisée par le Conseil de sécurité, ont permis de rouvrir certaines routes et de rétablir partiellement la présence de l’État dans quelques zones, notamment autour du Champ de Mars. Mais ces gains demeurent fragiles : sans continuité politique, renforcement institutionnel et relance économique, chaque avancée sécuritaire risque d’être rapidement annulée par la capacité d’adaptation des groupes armés(8).crisisgroup+1

2. CPT contre Premier ministre : la transition piégée par ses propres ambiguïtés

Le Conseil présidentiel de transition (CPT), mis en place en 2024 à la suite de l’accord politique du 3 avril, devait conduire le pays vers des élections et un retour à la légitimité démocratique d’ici le 7 février 2026. À l’approche de cette date, les tensions internes au dispositif de transition éclatent au grand jour, notamment autour de la tentative de certains membres du CPT de destituer le Premier ministre Didier Fils‑Aimé, avant que des revirements et pressions internationales ne viennent freiner cette démarche (10), selon jamaicaobserver+1.

Plusieurs conseillers du CPT ont rappelé publiquement qu’ils considéraient détenir le pouvoir de nommer et révoquer le chef du gouvernement, tout en revendiquant la prérogative de désigner une nouvelle équipe – Premier ministre, gouvernement, voire présidence – pour la prochaine phase, au besoin en défiant les mises en garde des partenaires internationaux. Cette lutte de pouvoir, largement introvertie, détourne l’énergie politique de l’essentiel : l’organisation de conditions minimales de sécurité, de gouvernance et de consensus pour éviter un vide institutionnel au‑delà du 7 février 2026(10).[jamaicaobserver]​

3. Médiations, comités et la hantise du 7 février

Consciente de l’impasse, la CARICOM et plusieurs acteurs régionaux plaident pour la mise en place d’un comité de médiation capable de rassembler les forces politiques et sociales haïtiennes afin de dégager un accord sur l’après‑CPT. L’idée est d’éviter que l’expiration du mandat tracé par l’accord du 3 avril 2024 ne se traduise par un effondrement brutal de la transition, au moment même où les gangs continuent de tester la capacité de l’État à tenir le minimum de ses fonctions régaliennes (9), selon news.un+2.

Le dilemme est clair : prolonger, adapter ou remplacer les dispositifs actuels de transition, sans créer l’impression d’une « transition perpétuelle » qui minerait davantage la confiance déjà érodée de la population. La date du 7 février 2026 agit ainsi comme un révélateur : soit elle ouvre un nouveau cycle de légitimité graduelle, basé sur un compromis politique plus inclusif et un calendrier réaliste, soit elle marque un point de bascule supplémentaire dans la fragmentation de l’État (8), réf. crisisgroup+1.

4. Propositions pour une transition apaisée : entre imagination citoyenne et cadrage international

Dans ce contexte, plusieurs propositions émergent : gouvernement d’union nationale, élargissement ou recomposition du CPT, mise sur pied d’un conseil de sages, renforcement des prérogatives d’une instance électorale indépendante, ou encore articulation plus claire entre la force internationale, la PNH et des initiatives de sécurité communautaire. Les partenaires internationaux, eux, insistent sur la nécessité de « continuité de la gouvernance » au‑delà de février, pour éviter que les investissements sécuritaires et humanitaires consentis depuis deux ans ne soient dilapidés par un nouveau chaos politique (9), réf.news.un+1.

Mais l’expérience haïtienne des trente dernières années montre que les arrangements institutionnels imposés de l’extérieur ou négociés dans des cercles restreints sans véritable appropriation populaire ont peu de chances de produire la stabilité recherchée. Les propositions les plus prometteuses sont donc celles qui articulent trois niveaux : une base sociale organisée (collectifs de quartiers, organisations paysannes, syndicats, Églises, diaspora), un compromis élite‑élite suffisamment claire pour donner un horizon de 18 à 24 mois, et un cadre d’appui international qui respecte la souveraineté tout en assumant son rôle de garant de certains engagements.

III. JEUX DE MIROIRS : CE QUE LE MONDE DIT D’HAÏTI, CE QUE HAÏTI DIT AU MONDE

1. Ukraine et Haïti : deux périphéries au centre du jeu

À première vue, tout oppose l’Ukraine et Haïti : l’une est un État européen de taille moyenne, doté d’une base industrielle et agricole importante, l’autre un petit pays caribéen en proie à la désindustrialisation et à l’exode. Pourtant, les deux pays partagent un point commun : ils se trouvent, malgré eux, au cœur d’un affrontement autour des règles du jeu international – frontières, souveraineté, alliances, régime de sanctions, aide militaire et humanitaire (1).umaef+2

Dans le cas ukrainien, ce sont les lignes rouges de l’OTAN et de la Russie, la sécurité énergétique européenne et la crédibilité du droit international qui sont en jeu. Dans le cas haïtien, c’est la capacité du système international à traiter une crise prolongée de gouvernance, de sécurité et de développement dans ce qui est souvent perçu comme une « périphérie » stratégique, mais qui concentre en réalité plusieurs tendances globales : urbanisation anarchique, gangs transnationaux, États fragiles, dépendance humanitaire, migration de masse (2).reuters+3

2. Davos, Minneapolis et Port‑au‑Prince : sécurité, inégalités et légitimité

Les débats de Davos 2026 sur l’intelligence artificielle, l’emploi et la fragmentation de l’ordre mondial renvoient, en creux, aux réalités de Minneapolis et de Port‑au‑Prince. Lorsque l’on discute de « confiance dans les institutions », de « polarisation politique » ou de « désinformation », les exemples viennent aussi bien des démocraties industrielles que des pays dits fragiles (3).weforum+2

À Minneapolis, l’enjeu est de reconstruire la confiance entre une police accusée de violences systémiques et des communautés afro‑américaines qui se sentent historiquement ciblées, en combinant réformes juridiques, formation, contrôle indépendant et investissement dans la sécurité communautaire. En Haïti, l’enjeu est encore plus radical : comment restaurer une institution policière sous‑dotée, infiltrée et souvent débordée et renforcer l’embryon de l’Armée d’Haïti, tout en affrontant des gangs qui jouent à la fois le rôle de prédateurs et de fournisseurs de services de base dans certains quartiers (7)? S’interroge pbs+4

Dans les deux cas, la question des inégalités – raciales, économiques, territoriales – est centrale. Une réforme sécuritaire qui ne s’attaque pas aux causes structurelles de la marginalisation, de la pauvreté urbaine et de la désillusion citoyenne risque de ne produire qu’un répit temporaire.

3. Un « nouvel ordre incertain » vu depuis Haïti

La combinaison de ces dynamiques – guerres prolongées, fragmentation du multilatéralisme, montée des nationalismes, recomposition technologique, crises de légitimité institutionnelle – dessine ce que l’on pourrait appeler un « nouvel ordre incertain ». Davos en perçoit les secousses dans les indicateurs de risques globaux, Kiev en subit la violence brute, Minneapolis en expérimente la dimension sociale, Haïti en incarne la version la plus extrême : celle où l’État lui‑même vacille (4) .europeanbusinessmagazine+3

Cette perspective renverse le regard traditionnel. Loin d’être une simple « exception caribéenne », Haïti apparaît comme un miroir grossissant des contradictions d’un monde où la sécurité est de plus en plus privatisée, où la frontière entre crime organisé et pouvoir politique s’estompe, où les élites parlent de résilience pendant que les populations vivent, au quotidien, la fatigue, l’exil et la survie (8).crisisgroup+1

IV. CONCLUSIONS ET PERSPECTIVES : HAÏTI ET LE MONDE A L’HORIZON 2026–2054

1. Le court terme : traverser le 7 février 2026 sans chute libre

À court terme, l’enjeu central, pour Haïti, est de franchir le cap du 7 février 2026 – fin annoncée du mandat du CPT selon l’accord du 3 avril 2024 – sans basculer dans un vide institutionnel qui profiterait d’abord aux gangs et aux entrepreneurs de chaos. Cela suppose à minima un accord politique explicite sur la continuité de l’exécutif de transition, la clarification des pouvoirs respectifs du CPT et du Premier ministre, ainsi qu’un engagement formel envers un calendrier électoral conditionné à des progrès mesurables sur la sécurité (10).jamaicaobserver+2

À l’échelle mondiale, le court terme sera dominé par la capacité – ou l’incapacité – des acteurs à contenir l’escalade en Ukraine, à éviter l’extension de la guerre à d’autres théâtres et à maintenir un minimum de coopération économique dans un climat de rivalités croissantes. Pour Haïti, cela implique de se positionner intelligemment dans les débats internationaux sur l’aide, la dette, la sécurité et la migration, afin de ne pas être seulement un « cas humanitaire », mais un partenaire qui formule des demandes claires et cohérentes (3).weforum+2

2. Le moyen terme : refonder la sécurité et la légitimité

Sur un horizon de trois à sept ans, la priorité sera de transformer les succès ponctuels contre les gangs en une politique de sécurité durable, fondée sur une PNH reconstruite et une armée renforcée, des mécanismes de justice crédibles et des alternatives économiques réelles pour les jeunes recrutables. L’expérience de Minneapolis montre qu’une réforme sécuritaire profonde exige des engagements financiers, politiques et démocratiques sur la durée, avec des mécanismes d’évaluation transparents et une forte implication citoyenne (6).minneapolismn+4

En parallèle, Haïti devra s’atteler à la refondation de sa légitimité politique : réforme du système électoral, lutte contre l’argent sale dans la politique, reconstruction progressive de l’administration territoriale et intégration plus systématique de la diaspora dans les décisions nationales. Le moyen terme sera celui d’un pari : soit l’on institutionnalise la fragmentation actuelle, soit l’on invente une « coalition pour l’État » rassemblant, au‑delà des camps partisans, ceux qui ont intérêt à un minimum de prévisibilité et d’État de droit(9).news.un+1

3. Le long terme : penser 2054 depuis 2026

Enfin, à long terme, l’horizon de 2054 – 250e anniversaire de l’indépendance – reste une boussole possible pour qui veut penser la reconstruction d’Haïti au‑delà des urgences. Dans un monde où l’intelligence artificielle, les transitions énergétiques et les migrations massives redéfiniront la hiérarchie des puissances, un petit pays peut choisir d’être un terrain d’expérimentation démocratique, écologique et social, plutôt qu’un simple réceptacle de crises (11).History+3

Cela suppose de bâtir, dès aujourd’hui, quelques « piliers de long terme » : une éducation publique de qualité centrée sur les sciences, les langues et la citoyenneté ; une stratégie énergétique et écologique adaptée au territoire ; une économie de niches (culture, services, numérique, agriculture de qualité) articulée à la diaspora ; une culture politique moins centrée sur la conquête de l’État que sur la production de biens publics. En ce sens, l’Ukraine qui reconstruit ses villes bombardées, Minneapolis qui tente de réinventer sa police, les forums qui cherchent à encadrer l’intelligence artificielle ou la gouvernance de la mondialisation, offrent à Haïti non pas des modèles à copier, mais des expériences à observer pour nourrir sa propre trajectoire(8).crisisgroup+1

Au bout du compte, la question n’est pas seulement de savoir ce que le monde fera pour Haïti, mais ce que Haïti peut dire au monde de sa lutte multiséculaire pour la liberté, la dignité et l’égalité. Si elle parvient à traverser le 7 février 2026 sans perdre le peu de cohésion qui lui reste, à désarmer progressivement les pouvoirs des armes et de l’argent sale, et à réhabiliter le travail, la connaissance et la participation citoyenne comme fondements de la légitimité, alors la petite République caribéenne pourra, une fois encore, surprendre un monde qui l’a trop longtemps regardée comme un simple symptôme de ses propres dérives.

 

Annexes – Références indicatives

  1. Ukraine House Davos, « Ukraine House Davos 2026: Resilience, Innovation, and Global Partnerships », programme 2026.[umaef]​
  2. Reuters, « Five takeaways from Davos 2026 », 23 janvier 2026.[reuters]​
  3. World Economic Forum, « 4 takeaways from Davos 2026: New deals, a reckoning, dialogue », 3 janvier 2026.[weforum]​
  4. European Business Magazine, « Davos 2026: World Leaders Confront a Fracturing Global Order », 19 janvier 2026.[europeanbusinessmagazine]​
  5. U.S. Department of Justice, « Justice Department Reaches Agreement with the City of Minneapolis and the Minneapolis Police Department », 5 février 2025.[justice]​
  6. City of Minneapolis, « Department of Justice consent decree – Updates and Overview », site officiel, mis à jour le 10 juin 2025.[minneapolismn]​
  7. PBS NewsHour, « Justice Department moves to cancel Minneapolis and Louisville police reform settlements », 21 mai 2025.[pbs]​
  8. International Crisis Group, « Undoing Haiti’s Deadly Gang Alliance », 14 décembre 2025.[crisisgroup]​
  9. Nations Unies, ONU Info, « Haiti crisis at breaking point as gangs tighten grip ahead of transition deadline », 20 janvier 2026.[news.un]​
  10. Jamaica Observer, « Caricom concerned about internal turmoil in Haiti », 26 janvier 2026.[jamaicaobserver]​
  11. Conversations antérieures de travail sur « Haïti et le monde à la croisée des chemins », notamment n° 62 : « 2025, l’année des fractures et des possibles ».History+1

jeudi 22 janvier 2026

TRUMP, L’EUROPE ET LA SOUVERAINETE CONFISQUEE, VENEZUELA, GROENLAND, UKRAINE : LA PREMIERE ANNEE D’UN EMPIRE SANS ALLIES

 

TRUMP, L’EUROPE ET LA SOUVERAINETE CONFISQUEE, VENEZUELA, GROENLAND, UKRAINE : LA PREMIERE ANNEE D’UN EMPIRE SANS ALLIES

Par JEAN-ROBERT JEAN-NOËL

22 JANVIER 2026


Introduction

Un an après son retour à la Maison‑Blanche, Donald Trump a transformé la relation transatlantique en un champ de tension permanent. Au‑delà des slogans nationalistes et des postures électoralistes, une question plus profonde surgit : les États‑Unis considèrent‑ils encore l’Union européenne comme un partenaire souverain, ou seulement comme un marché à discipliner et un glacis stratégique à contrôler ? Dans le même mouvement, Washington mène une intervention risquée au Venezuela, brandit la menace contre Cuba, le Mexique et la Colombie, relance son obsession pour le Groenland et parle désormais de ses alliés comme de débiteurs ingrats plutôt que comme de codécideurs.

C’est dans ce contexte de durcissement généralisé que se déploie, au fil de cette première année, une hégémonie américaine sans complexes. Face à cette offensive tous azimuts, l’Europe hésite entre protestation verbale, riposte commerciale et quête d’« autonomie stratégique », sans toujours disposer des moyens de ses ambitions. Dans l’ombre de l’Ukraine, où la lassitude américaine nourrit le sentiment d’abandon, et sur fond de politiques migratoires brutales et de guerre tarifaire permanente, se dessine un nouveau paysage : celui d’un empire qui n’a plus vraiment d’amis, seulement des sujets à mettre en ligne, de Caracas à Bruxelles, d’Ottawa à Nuuk (capitale de Groenland).


I. Une hégémonie américaine sans complexes

1. Venezuela : laboratoire d’un néo‑impérialisme pétrolier

L’intervention américaine au Venezuela, présentée comme une opération de « restauration de la démocratie » et de « lutte contre le narcotrafic », s’apparente de plus en plus à une mise sous tutelle assumée d’un État producteur de pétrole. Washington évoque désormais la nécessité de « diriger » le pays pendant une période de transition, tout en organisant la mainmise de facto sur une partie de la rente pétrolière, officiellement pour financer la reconstruction, officieusement pour soulager les tensions budgétaires américaines.

Ce dispositif rappelle les vieux schémas de gestion coloniale de la dette : contrôle des infrastructures stratégiques, commande de la politique économique, conditionnalité politique et sécuritaire, présence permanente de conseillers et de forces étrangères. Le Venezuela devient un laboratoire où l’administration Trump teste une forme nouvelle de protectorat énergétique, au moment même où la transition écologique piétine et où les hydrocarbures demeurent l’ossature de la puissance américaine.

Derrière ce laboratoire vénézuélien, c’est toute l’architecture de l’hémisphère occidental qui se trouve redessinée.

2. Cuba, Mexique, Colombie : l’hémisphère sous surveillance

Autour de ce centre de gravité, les pressions se répercutent sur les voisins immédiats de Caracas. Cuba est à nouveau explicitement désignée comme cible potentielle d’une escalade, au nom de ses liens avec le pouvoir vénézuélien et de son rôle supposé dans les réseaux criminels régionaux. Le Mexique et la Colombie, quant à eux, sont sommés d’accepter une coopération sécuritaire asymétrique : opérations conjointes contre les cartels, extension de la présence militaire américaine, durcissement des accords de réadmission des migrants, injonctions à militariser leurs propres frontières.

Dans ce contexte, la vieille doctrine Monroe retrouve une jeunesse agressive. Là où, hier, l’hémisphère occidental était surtout une « zone d’influence », il tend aujourd’hui à devenir un espace de projection directe, justifiée par la lutte contre le crime, l’immigration irrégulière et la rivalité avec la Chine. La souveraineté de ces États est tolérée tant qu’elle s’aligne ; au‑delà, elle est présentée comme une menace à neutraliser.

Mais l’ambition de Washington ne se limite pas à son « arrière‑cour » latino‑américaine : elle remonte désormais jusqu’aux marges glacées de l’Atlantique Nord.

3. Groenland : un territoire comme butin stratégique

Le Groenland, longtemps périphérique dans les débats stratégiques, se retrouve soudain au cœur de cette nouvelle cartographie du pouvoir. Territoire autonome, rattaché au Danemark et inséré dans l’OTAN, il est vu à Washington comme un triple enjeu : bouclier militaire face à la Russie, verrou sur les routes maritimes de l’Arctique et réserve de ressources minières et énergétiques. L’idée jadis moquée d’ « acheter » le Groenland ressurgit sous une forme plus inquiétante, à travers des propositions de changement de statut, des pressions directes sur Copenhague et des menaces de sanctions contre l’Union européenne si celle‑ci s’y oppose trop fermement.

Là, ce n’est plus seulement la diplomatie agressive qui est en jeu, mais la possibilité d’une remise en cause unilatérale de l’intégrité territoriale d’un État membre de l’UE et de l’OTAN. L’empire ne se contente plus de fixer les règles ; il envisage d’en modifier les frontières.


II. L’Union européenne : entre sursaut et impuissance

Face à cette montée en puissance d’un empire sans complexes, l’Union européenne se voit sommée de choisir entre indignation symbolique et affirmation réelle de sa souveraineté.

1. Résolutions indignées et riposte commerciale

Les institutions européennes ont d’abord réagi avec les instruments qu’elles connaissent le mieux : déclarations, résolutions et procédures juridiques. Le Parlement européen a adopté des textes dénonçant les pressions américaines sur le Danemark, rappelant que le statut du Groenland ne peut être modifié que par une décision conjointe de Copenhague et de Nuuk, et que toute tentative d’annexion ou de changement imposé constituerait une violation grave du droit international.

Sur le plan économique, la Commission a suspendu l’approbation d’un accord commercial clé avec les États‑Unis, en liant explicitement la poursuite des discussions à l’abandon des menaces tarifaires utilisées comme levier territorial. Bruxelles laisse entendre que toute surtaxe punitive visant les exportations européennes au nom de la « sécurité nationale » pourrait être suivie de contre‑mesures proportionnées, rompant avec l’attitude de retenue des dernières années.

Ces gestes, encore timides, s’accompagnent toutefois d’une évolution du discours de certains dirigeants européens.

2. Macron, Berlin et la dénonciation de la « subordination »

En première ligne, Paris et Berlin tentent de nommer ce que beaucoup, à Bruxelles, préfèrent encore euphémiser. Emmanuel Macron accuse la stratégie commerciale et géopolitique de Washington d’avoir pour objectif de « subordonner » l’Europe, en la divisant pays par pays et en conditionnant l’accès au marché américain à des concessions politiques et stratégiques. Berlin, plus discret sur la scène publique, partage largement ce diagnostic dans les cercles diplomatiques et économiques.

Pourtant, ces proclamations se heurtent à une réalité tenace : l’économie allemande reste de facto dépendante du marché américain et de la stabilité du dollar, tandis que l’architecture de sécurité européenne demeure largement arrimée aux capacités militaires des États‑Unis. L’Union parle la langue de la souveraineté, mais vit encore sous régime de dépendance, prise en étau entre ses intérêts commerciaux, son besoin de protection et la volonté affichée de se doter d’une « autonomie stratégique ».


III. Ukraine, OTAN et l’ombre portée de l’abandon

La question de la souveraineté européenne ne se joue pourtant pas seulement au Groenland ou dans les arènes commerciales : elle se joue aussi, dramatiquement, sur les champs de bataille ukrainiens.

1. L’Ukraine reléguée au second plan

La guerre en Ukraine se poursuit, mais elle a cessé d’être la priorité politique de la Maison‑Blanche. La focalisation américaine sur l’hémisphère occidental, la confrontation commerciale avec la Chine et l’agenda interne obsédé par l’immigration relèguent le dossier ukrainien au second plan. L’aide militaire et financière n’est pas interrompue, mais elle se fait plus parcimonieuse, plus conditionnelle, plus intégrée à une logique de négociation globale avec Moscou.

Pour les Européens, ce déplacement est lourd de conséquences. La perspective d’un accord bilatéral entre Trump et Poutine, validant certaines conquêtes territoriales russes en échange d’un cessez‑le‑feu et d’un relâchement des sanctions, réactive un vieux cauchemar : celui d’une Europe traitée comme théâtre secondaire d’un marchandage entre superpuissances. L’impression d’abandon n’est plus seulement ukrainienne ; elle gagne Varsovie, Vilnius, Berlin, Paris.

Ce glissement de priorité ne remet pas seulement en cause le sort de Kiev ; il interroge la nature même du lien transatlantique.

2. OTAN : alliance ou tutelle ?

Au centre de ce questionnement se trouve une institution vieille de 75 ans : l’OTAN, partagée entre alliance défensive et instrument de tutelle. D’un côté, l’Alliance apparaît plus indispensable que jamais pour les pays d’Europe centrale et orientale, qui ne conçoivent pas leur sécurité hors du parapluie américain. De l’autre, la rhétorique de Trump, évoquant un désengagement conditionnel, voire une « protection à la carte » fondée sur les contributions financières, transforme la solidarité atlantique en relation contractuelle révocable.

L’UE se retrouve alors dans une double dépendance : dépendance militaire envers une puissance qui menace de redéfinir unilatéralement les termes de la défense collective, et dépendance économique envers ce même partenaire, qui n’hésite pas à manier l’arme tarifaire contre ses propres alliés. L’Europe découvre que sa sécurité et sa prospérité peuvent devenir des instruments de pression dans une négociation permanente avec Washington.


IV. Immigration, déportation et guerre tarifaire : un empire qui exporte ses crises

Tandis que la guerre devient un arrière‑plan lointain, c’est sur un autre terrain que l’administration Trump durcit encore le rapport de force : celui de l’intérieur, avec la migration et la guerre économique.

1. La déportation de masse comme politique de puissance

Au cœur du dispositif trumpiste se trouve une politique migratoire transformée en machine de guerre sociale et diplomatique. Les budgets alloués au mur frontalier, aux agences chargées des expulsions et aux centres de détention connaissent une inflation spectaculaire, au point de nourrir l’idée d’un véritable « complexe déportation‑industriel ». L’appareil d’expulsion ne se contente pas de gérer les flux : il reconfigure les rapports avec le Mexique, l’Amérique centrale et, au‑delà, avec l’ensemble du Sud global.

Des milliers de migrants sont renvoyés vers des pays où ils n’ont parfois plus de liens effectifs, tandis que les gouvernements voisins sont sommés d’ouvrir des camps, de signer des accords asymétriques de réadmission et de militariser leurs propres frontières. La question migratoire devient ainsi un instrument de domination régionale, un moyen d’exporter les crises sociales américaines et de construire une image d’autorité intérieure. L’Europe observe ce spectacle avec un mélange d’indignation officielle et de malaise, consciente qu’elle mène elle‑même, en Méditerranée, des politiques qui s’en rapprochent parfois dangereusement.

Là encore, le dedans et le dehors se mêlent : ce qui se décide aux frontières et dans les centres de rétention pèse directement sur l’équilibre social et économique.

2. Tarifs, inflation et paupérisation

La même logique se retrouve dans l’usage extensif de l’arme tarifaire, présentée comme une protection du « peuple » contre la mondialisation, mais dont les effets réels sont tout autres. La généralisation des droits de douane au nom de la « sécurité nationale » et de « l’urgence économique » crée un climat d’incertitude permanente pour les entreprises, les travailleurs et les consommateurs. Les chaînes de valeur sont reconfigurées sous la contrainte, les coûts augmentent, les investissements se reportent.

Les effets distributifs sont clairs : les ménages les plus modestes, aux États‑Unis comme en Europe, paient le prix de la hausse des coûts sur l’alimentation, l’énergie et les biens manufacturés. Les grandes firmes, elles, disposent des leviers pour contourner une partie de ces hausses, par la relocalisation sélective, l’optimisation fiscale ou la pression sur les salaires. La guerre tarifaire, vendue comme une revanche des classes populaires, protège surtout les secteurs militaro‑industriel, pétrolier et sécuritaire, qui sortent renforcés de cette première année de mandat.


V. Canada, Mexique, Europe : les alliés vus comme variables d’ajustement

À mesure que cette politique se durcit, les alliés historiques des États‑Unis découvrent qu’ils ne sont plus des partenaires privilégiés, mais des variables d’ajustement dans une stratégie de puissance recentrée sur l’hémisphère occidental.

1. Canada et Groenland : glacis ou partenaires ?

Le Canada, pris entre la pression américaine sur l’Arctique et sa solidarité avec le Danemark, illustre l’isolement croissant de certains alliés traditionnels. Washington attend d’Ottawa qu’il s’aligne sur ses ambitions groenlandaises et qu’il renforce sans conditions l’architecture militaire nordique ; en retour, la diplomatie canadienne tente de préserver une façade d’unité occidentale sans abandonner les principes de souveraineté et de droit international.

Le Groenland devient ainsi le miroir déformant d’une relation plus large : les alliés ne sont acceptés comme tels que s’ils renoncent à une part de leur autonomie. Faute de quoi, ils sont traités en obstacles à contourner ou en adversaires à punir économiquement. La question posée à Copenhague et à Ottawa est la même que celle qui se pose à Berlin et à Paris : jusqu’où accepter la pression sans rompre le lien stratégique ?

Au nord comme au sud, la géographie dit la même chose : être proche des États‑Unis, c’est désormais être en première ligne des chocs politiques et économiques.

2. Mexique et Europe : zones tampons

Si le Canada affronte ces tensions dans un registre feutré, le Mexique les vit dans leur forme la plus brutale. La menace d’opérations militaires contre les cartels, l’externalisation de la frontière américaine vers le sud et la multiplication des expulsions massives font du territoire mexicain une zone tampon où s’accumulent les crises exportées par la société américaine.

L’Europe, elle, expérimente une version plus sophistiquée du même schéma. Espace de projection des guerres américaines à travers l’OTAN, marché d’absorption des produits et normes venus des États‑Unis, relais des sanctions décidées à Washington, elle se retrouve souvent en première ligne des répercussions – afflux de réfugiés, chocs énergétiques, turbulences financières – sans avoir été pleinement associée aux décisions initiales. Dans les deux cas, la souveraineté proclamée se heurte à la réalité d’un rapport de forces structurellement déséquilibré.


Conclusion : vers quel ordre mondial ?

Au terme de cette première année de mandat, un constat s’impose : ce ne sont pas seulement les politiques américaines qui ont changé, mais la manière dont elles redessinent l’équilibre mondial. L’hégémonie américaine assume de moins en moins le langage du droit et du multilatéralisme, et de plus en plus celui du fait accompli, de la coercition économique, de la hiérarchisation ouverte des souverainetés.

Pour l’Union européenne, cette rupture fait tomber une illusion : celle d’un « Occident » homogène, fondé sur des valeurs et des intérêts réellement partagés. En découvrant que son principal allié peut aussi être son principal facteur de vulnérabilité, l’UE est contrainte de penser la souveraineté autrement que comme slogan. Soit elle accepte de devenir un protectorat sophistiqué – doté d’un grand marché, mais privé d’autonomie stratégique –, soit elle entreprend, tardivement, d’articuler défense, énergie, industrie et diplomatie sans tutelle.

Pour le reste du monde, du Venezuela à Haïti, de l’Afrique de l’Ouest à l’Indo‑Pacifique, la recomposition en cours ouvre autant de dangers que de possibilités. Dangers, parce qu’un empire inquiet, obsédé par la perte relative de sa puissance, est souvent tenté par les aventures militaires et les surenchères nationalistes. possibilités, parce que la diversification des alliances, la montée de puissances régionales et l’épuisement du modèle néolibéral créent un espace, même étroit, pour inventer d’autres formes de coopération et de développement.

Reste une question, qui traverse toutes les périphéries : l’Europe saura‑t‑elle enfin rejoindre ce mouvement, non pas en surplomb mais en partenaire à part entière, ou restera‑t‑elle prisonnière d’un face‑à‑face asymétrique avec une Amérique qui ne croit plus à la communauté de destin, mais seulement à la balance des forces ?

Références

  1. Conseil des relations étrangères (CFR), analyses sur l’offensive américaine au Venezuela et la désignation de groupes criminels comme organisations terroristes, 2025–2026.​
  2. CNN, reportages sur les déclarations de Donald Trump visant le Venezuela, Cuba, le Mexique, la Colombie et le Groenland, janvier 2026.
  3. The New York Times, entretiens présidentiels sur la durée et la nature de la tutelle américaine au Venezuela, janvier 2026.​
  4. Wikipedia, « 2026 United States intervention in Venezuela », synthèse des opérations et des objectifs affichés par l’administration Trump.​
  5. Atlantic Council, « Trump’s quest for Greenland could be NATO’s darkest hour », analyse des conséquences pour l’OTAN et l’Europe, janvier 2026.​
  6. NBC News, « Trump’s latest Western Hemisphere fixation: Canada », article sur les répercussions pour le Canada et l’Arctique, janvier 2026.​
  7. Peterson Institute for International Economics (PIIE), analyses juridiques et économiques sur la nouvelle vague de tarifs de Trump et le rôle de l’« urgence ».​
  8. Council on Foreign Relations, « ICE and Deportations: How Trump Is Reshaping Immigration Enforcement », 2025.​
  9. Brennan Center for Justice, « Big Budget Act Creates a ‘Deportation‑Industrial Complex’ », août 2025.