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samedi 31 octobre 2026

HAÏTI ET LE MONDE À LA CROISÉE DES CHEMINS N° 76 : LA FORCE AVANCE, LA CONFIANCE RECULE Haïti à l’épreuve du désordre mondial

 

HAÏTI ET LE MONDE À LA CROISÉE DES CHEMINS N° 76 : LA FORCE AVANCE, LA CONFIANCE RECULE Haïti à l’épreuve du désordre mondial

Par JEAN-ROBERT JEAN-NOËL

31 octobre 2026

 

Introduction

Octobre s’achève sur un constat  : les armes continuent de peser davantage que les compromis politiques. Les puissances se rencontrent sans parvenir à s’accorder. Les élections désignent des vainqueurs, mais ne garantissent ni une majorité ni l’acceptation du résultat. Et les appels des gouvernements à la stabilité se heurtent aux difficultés quotidiennes des populations.

En Haïti, cette fracture prend une forme aiguë : les renforts militaires arrivent tandis que les échéances électorales s’éloignent. La disparition de quatre militaires salvadoriens, l’emprise persistante des gangs et le nouveau report du scrutin placent les autorités devant une même exigence  : transformer la force en protection, puis la protection en confiance et en légitimité.[8][9][10]

L’enjeu dépasse donc la reconquête de positions. Il s’agit de rétablir une autorité publique capable de protéger les habitants, de rendre des comptes et de préparer le retour à un pouvoir issu des urnes.

I. Un monde qui négocie sans parvenir à s’accorder

Ukraine et G20 : la diplomatie à l’épreuve des rapports de force

Selon Associated Press, la réunion des ministres des Affaires étrangères du G20, organisée à Atlanta les 30 et 31 octobre, s’est achevée sans communiqué conjoint. Les divergences sur les conflits internationaux, notamment la guerre entre la Russie et l’Ukraine, ont empêché l’adoption d’une position commune.[1]

La présidence américaine a publié une synthèse des discussions. Ce document expose les thèmes abordés  ; il ne vaut pas accord des participants.[1]

La distinction est décisive  : maintenir le dialogue ne signifie pas rapprocher les intérêts ni lever les désaccords stratégiques.

Sur l’Ukraine, le secrétaire d’État américain Marco Rubio a reconnu ne pas savoir si une paix négociée restait possible, rapporte Associated Press.[1]

Cette impasse ne rend pas la diplomatie inutile. Elle en rappelle les exigences  : des engagements vérifiables, des garanties crédibles et une volonté de compromis que les rencontres, à elles seules, ne peuvent créer.

 

Moyen-Orient : des élections sans majorité, une région sans apaisement assuré

Selon les résultats rapportés par Associated Press, les élections israéliennes du 27 octobre n’ont dégagé aucune majorité parlementaire claire  : 53 sièges reviennent au bloc de Benyamin Nétanyahou, 48 à celui conduit par Gadi Eisenkot et 19 aux partis arabes, sur les 120 sièges de la Knesset.[2]

Aucun des deux principaux blocs n’atteint donc le seuil de 61 sièges nécessaire à une majorité parlementaire.[2]

Pour autant, additionner les formations opposées à Nétanyahou ne suffit pas à dessiner une coalition de remplacement. Une opposition commune à un dirigeant ne tient lieu ni de programme partagé ni d’accord de gouvernement.

Cette incertitude institutionnelle laisse entières les questions régionales : protection des populations palestiniennes et israéliennes, perspectives de paix et risques d’escalade impliquant l’Iran.

De la table diplomatique aux urnes, le même décalage apparaît  : ouvrir un espace de négociation ne suffit pas à construire un accord durable.

 

II. Des sociétés qui contestent, des institutions en quête de légitimité

France : la vie chère au cœur de la colère sociale

En France, la contestation porte d’abord sur les conditions de vie. Le 31 octobre, plusieurs centaines de milliers de personnes ont manifesté contre la hausse du coût de la vie. Selon la couverture du Monde, le ministère de l’Intérieur a recensé 320 000 participants, dont 70 000 à Paris  ; les organisateurs en ont revendiqué près de 500 000, dont 200 000 dans la capitale.[3]

L’écart entre ces estimations impose de distinguer les deux décomptes, sans en tirer un chiffre unique.

Le Monde décrit des rassemblements généralement pacifiques, suivis de tensions lors de certaines dispersions.[3]

Au-delà des chiffres, la mobilisation pose la question de l’adhésion aux institutions lorsque les dépenses quotidiennes deviennent une source d’inquiétude. La réponse ne peut se limiter à un appel au calme  : elle engage la capacité des pouvoirs publics à répondre aux besoins sociaux.

La stabilité politique se joue aussi dans l’accès aux services publics et dans les conditions matérielles d’existence.

Brésil : la victoire électorale ne clôt pas la confrontation politique

Au Brésil, le conflit se prolonge sur le terrain de la légitimité électorale. Selon Le Monde, Luiz Inácio Lula da Silva a remporté le second tour de l’élection présidentielle du 25 octobre face à Flávio Bolsonaro.[4]

Le candidat battu refuse toutefois de reconnaître sa défaite. Installé aux États-Unis, il affirme vouloir diriger l’opposition et conserver un rôle central dans la vie politique brésilienne, rapporte Franceinfo.[4]

La proclamation des résultats n’a donc pas clos la confrontation politique.

Contester un résultat par les voies prévues par le droit relève du fonctionnement démocratique. Refuser par principe tout verdict défavorable en fragilise, en revanche, les fondements.

La solidité d’une élection dépend ainsi de la fiabilité du scrutin, de l’accès aux recours et du respect de leur issue.

États-Unis : le contrôle du Congrès en jeu

Aux États-Unis, la campagne entre dans son dernier week-end avant les élections de mi-mandat du 3 novembre, qui détermineront le contrôle du Congrès.

Selon Reuters, près de cinquante millions d’électeurs avaient déjà voté par anticipation au 31 octobre.[5]

Ce volume ne permet pas, à lui seul, de prévoir le résultat  : la mobilisation doit encore se traduire en sièges.

Au-delà de la compétition partisane, le scrutin engage le rôle du Congrès dans le contrôle de l’exécutif et le vote des budgets. Ces expériences mettent en lumière trois épreuves distinctes de la démocratie  : répondre aux attentes sociales, faire respecter les règles du scrutin et maintenir des contre-pouvoirs effectifs.

III. Haïti  : entre reconquête annoncée et transition prolongée

L’emprise des gangs dépasse désormais la capitale

En Haïti, ces exigences se heurtent à une crise qui menace les conditions mêmes de la participation citoyenne. Selon le rapport présenté aux Nations unies le 19 octobre, la violence des gangs s’étend au-delà de Port-au-Prince et touche les zones rurales, les terres agricoles, les habitations et les infrastructures publiques.[6]

Le bilan rapporté pour la période comprise entre juillet et le début d’octobre fait état de 1 123 morts et de 440 blessés liés aux violences des gangs.[6]

Cette extension ne change pas seulement la carte des affrontements. Elle perturbe les déplacements, les activités économiques et l’accès aux services essentiels.

Selon les Nations unies, près de 1,5 million de personnes ont été contraintes de quitter leur domicile, dont plus de 740 000 enfants.[6]

Cultiver, rejoindre un marché ou maintenir une école ouverte deviennent alors des enjeux de sécurité. La protection des habitants ne peut être dissociée de la possibilité de vivre sur leur territoire.

Quatre disparus et un changement d’échelle militaire

C’est dans ce contexte que la disparition de quatre techniciens militaires salvadoriens, après l’attaque de leur véhicule le 18 octobre, a entraîné une importante mobilisation de leur gouvernement.[8][9]

Les sources citées dans cette édition ne permettent de confirmer ni leur libération, ni leur localisation, ni leur décès. Leur sort reste à établir  ; toute conclusion serait prématurée.[8][9]

Le déploiement salvadorien a, parallèlement, changé d’échelle. Reuters rapporte qu’environ 2 000 soldats étaient présents en Haïti dès le 28 octobre.[9][10]

Africanews a ensuite montré des militaires lourdement armés dans le secteur de Tabarre.[8]

L’arrivée de ces renforts appelle des réponses précises : quels objectifs, quelle durée d’engagement, quelle chaîne de commandement et quels mécanismes de contrôle de l’usage de la force ?

Selon Reuters, le gouvernement haïtien inscrit cette coopération dans le cadre de la Force de répression des gangs soutenue par l’ONU.[10]

Cette présentation ne suffit pas à éclairer les modalités opérationnelles. Le mandat, l’articulation avec les institutions haïtiennes et les responsabilités en cas d’incident doivent être explicités publiquement.

Les élections repoussées à 2027

Sur le plan politique, l’horizon recule. Selon le calendrier du Conseil électoral provisoire rapporté par Reuters, le premier tour de l’élection présidentielle et les élections législatives sont prévus le 18 juillet 2027. Le second tour et les élections locales sont annoncés pour le 4 octobre 2027.[10]

Ce calendrier remplace l’échéance du 13 décembre 2026 initialement annoncée.[10]

L’annonce fixe un objectif  ; elle ne garantit pas sa réalisation. Pour être crédible, elle doit s’accompagner d’étapes préparatoires publiques et vérifiables.

La crédibilité du calendrier dépendra notamment de ces conditions :

·       l’inscription effective des électeurs ;

·       la participation des populations déplacées ;

·       la liberté de campagne ;

·       la sécurité des centres de vote ;

·       des mécanismes de traitement des contestations accessibles et crédibles.

Deux écueils doivent être évités.

Le premier serait d’organiser un scrutin dont une part importante de la population serait exclue de fait.

Le second serait de faire de l’insécurité un motif de report indéfini, prolongeant la transition sans perspective effective de suffrage.

Les civils et les soins sous pression

La protection des civils reste, dans l’intervalle, une urgence. Médecins Sans Frontières indique avoir soigné trente personnes blessées par balles ou par explosions de drones entre le 18 et le 26 octobre, dans ses structures de Tabarre et de Cité Soleil.[11]

Ce chiffre porte uniquement sur les patients accueillis dans ces établissements. Il ne constitue ni un bilan national ni un relevé exhaustif des victimes des affrontements.[11]

Il rappelle néanmoins que les résultats d’une opération sécuritaire ne se mesurent pas seulement aux positions reprises.

La liberté de circuler, l’accès aux soins et la continuité des activités quotidiennes doivent aussi entrer dans l’évaluation.

Les Nations unies soulignent que les opérations de sécurité ne peuvent, à elles seules, assurer une stabilisation durable.[6]

Analyse croisée  : ce que les fractures du monde révèlent de la crise haïtienne

De la puissance à la protection : le chaînon manquant

Ces situations ne sont pas équivalentes. Elles éclairent cependant une difficulté commune  : convertir une capacité d’action en résultats politiques durables. Au G20, la réunion des puissances n’a pas débouché sur un engagement partagé.[1]

En Haïti, l’annonce d’un mandat et l’arrivée de renforts ne constituent pas, en elles-mêmes, une preuve de protection effective des habitants.[6][8][9][10]

Des moyens militaires supplémentaires peuvent infléchir le rapport de force. Ils ne remplacent ni une administration présente, ni une justice accessible, ni des services publics en état de fonctionner.

L’évaluation devrait donc porter sur des résultats observables  : diminution des violences contre les civils, réouverture durable des voies de circulation, accès aux soins et retour des services publics. Ces indicateurs gagneraient à être suivis régulièrement et rendus publics.

La souveraineté se joue aussi dans la capacité des institutions haïtiennes à autoriser, superviser et contrôler l’exercice de la force. Le soutien extérieur doit renforcer cette capacité, non s’y substituer durablement.

De l’élection à la légitimité : une construction et non un automatisme

Le cas israélien rappelle qu’un scrutin peut laisser ouverte la question d’une majorité de gouvernement.[2]

Le cas brésilien met en évidence le risque d’une contestation persistante du résultat.[4]

Aux États-Unis, les élections de mi-mandat mettent en jeu le contrôle d’une institution essentielle à l’équilibre des pouvoirs.[5]

Ces expériences ne préjugent pas du futur scrutin haïtien. Elles invitent à distinguer l’organisation d’une élection, son acceptation et la capacité des institutions élues à gouverner.

En Haïti, la confiance devra se construire en amont  : information accessible, inscription des électeurs, inclusion des déplacés, liberté de campagne et voies de recours crédibles.

Elle devra aussi résister à l’épreuve des résultats, pour permettre une alternance ou une opposition pacifique dans le respect du droit.

 

De la protection à la reconstruction sociale

La mobilisation française rappelle que les difficultés matérielles peuvent mettre à l’épreuve la confiance dans les institutions, y compris dans un État doté de capacités administratives importantes.[3]

En Haïti, l’imbrication de la violence, de la pauvreté et des déplacements rend indispensable une réponse qui dépasse le seul dispositif sécuritaire.

Une stratégie de stabilisation doit articuler protection, alimentation, santé, éducation et revenus. Sans cette continuité, la reprise d’un territoire risque de ne pas modifier durablement la vie de ses habitants.

Les effets des tensions internationales sur les approvisionnements et l’économie haïtienne doivent, eux, être établis par des données. Une comparaison politique ne suffit pas à démontrer un lien économique.

Diversifier les partenariats, soutenir la production nationale et renforcer les territoires constituent des pistes de reconstruction. Leur portée dépendra des moyens disponibles, de leur mise en œuvre et de la capacité des institutions à en assurer le suivi.

 

Conclusions et perspectives

Le fil conducteur de ce mois d’octobre tient dans un décalage  : mobiliser la force reste plus facile que construire la confiance.

Les impasses diplomatiques et les tensions politiques ne renvoient pas à une crise unique. Elles montrent, chacune à leur manière, les limites d’une stabilité qui ne s’appuie ni sur des compromis acceptés ni sur des institutions crédibles.

Pour Haïti, l’urgence est de protéger les habitants  : établir le sort des disparus, préserver les civils, garantir l’accès aux soins et clarifier les responsabilités des forces engagées.[6][8][11]

La prochaine étape devra associer sécurisation des territoires, retour des services publics et préparation électorale. Le calendrier annoncé pour 2027 fournit une échéance, mais sa crédibilité dépendra du travail accompli avant le scrutin.[10]

Des étapes publiques, des progrès vérifiables et un suivi régulier permettraient de distinguer un engagement effectif d’une nouvelle promesse.

À plus long terme, la reconstruction suppose de rétablir les capacités de produire, d’apprendre, de se soigner et d’obtenir justice. Agriculture, infrastructures, éducation, santé, administration territoriale et institutions judiciaires doivent former un programme cohérent, plutôt qu’une succession d’urgences.

L’assistance internationale devra être évaluée sur ses résultats immédiats, mais aussi sur les capacités haïtiennes qu’elle contribue à renforcer.

Réduire une menace sans préparer la relève institutionnelle risquerait de prolonger la dépendance.

Sécurité et démocratie ne sont donc pas deux objectifs concurrents.

La sécurité doit rendre le suffrage possible ; les institutions démocratiques doivent soumettre durablement la force au droit.

La sortie de crise se mesurera à ce changement  : que les Haïtiens puissent à nouveau vivre en sécurité, choisir leurs dirigeants et leur demander des comptes.

 

Annexe — Références

[1] Associated Press, Matthew Lee, G20 Foreign Ministers End Atlanta Meeting Without Consensus, 31 octobre 2026.

[2] Associated Press, What to Know After Israel’s Election Results Give Neither Netanyahu nor the Opposition a Majority, 30 octobre 2026.

[3] Le Monde, Couverture en direct des manifestations du 31 octobre 2026.

[4] Le Monde, Couverture de l’élection présidentielle brésilienne, 26 octobre 2026 ; Franceinfo, « J’ai quitté le Brésil, mais je n’ai pas abandonné les Brésiliens », 28 octobre 2026.

[5] Reuters, US Campaign for Control of Congress Enters Final Weekend, 31 octobre 2026.

[6] ONU Info, Haïti : la violence des gangs gagne les campagnes, sur fond de report des élections, 19 octobre 2026.

[7] Bureau intégré des Nations unies en Haïti (BINUH), données humanitaires et de sécurité, octobre 2026.

[8] Africanews, 2,000 Salvadoran Troops Take Quarters in Haiti to Help Fight Gangs, 31 octobre 2026.

[9] Reuters, Bukele’s Gang Offensive Goes Abroad as El Salvador Rushes Troops to Haiti, 29 octobre 2026.

[10] Reuters, Harold Isaac, Gerardo Arbaiza et Sarah Morland, El Salvador to Send Over 2,000 Soldiers to Haiti for Rescue While Elections Postponed, 29 octobre 2026.

[11] Médecins Sans Frontières, Haití : MSF alerta sobre el aumento de la violencia en Puerto Príncipe, 28 octobre 2026.

 

Citation de clôture

« La sécurité peut ouvrir la voie au retour de l’État, mais seule la confiance permet le retour de la nation. Là où la force protège sans rendre de comptes, elle s’épuise ; là où le droit organise la protection, la légitimité peut renaître. » — JEAN-ROBERT JEAN-NOËL.

 

mercredi 30 septembre 2026

HAÏTI ET LE MONDE À LA CROISÉE DES CHEMINS N° 75 : LE MONDE SOUS TENSION, HAÏTI SOUS SIEGE : LA SOUVERAINETE A L’EPREUVE

 

HAÏTI ET LE MONDE À LA CROISÉE DES CHEMINS N° 75 : LE MONDE SOUS TENSION, HAÏTI SOUS SIEGE : LA SOUVERAINETE A L’EPREUVE

Des négociations entre puissances aux routes de l’Artibonite, le contrôle des territoires, des ressources et des populations est devenu le centre de gravité de notre époque.

JEAN-ROBERT JEAN-NOËL

30 SEPTEMBRE 2026,

Septembre 2026 s’achève sans que le monde ait trouvé la paix, mais avec une certitude supplémentaire : les anciennes règles de l’ordre international ne suffisent plus à contenir les nouvelles formes de puissance. Les guerres ouvertes, les sanctions, les tarifs douaniers, les négociations énergétiques et les menaces nucléaires ne sont plus des épisodes isolés. Ils dessinent une planète fragmentée, où l’accès au pétrole, aux minerais, aux routes maritimes, aux marchés et aux technologies pèse souvent davantage que les principes solennellement proclamés.

À New York, la tribune des Nations unies a concentré ce paradoxe. Les dirigeants ont invoqué la paix pendant que les armes continuaient de parler en Ukraine et au Moyen-Orient. Les débats ont mis au jour une diplomatie mondiale travaillée par les guerres, les rivalités énergétiques, le dossier iranien et l’incertitude persistante autour de l’Ukraine. Pourtant, les paroles diplomatiques restent souvent en retard sur le terrain militaire et économique.[1]

Haïti ne se tient pas en dehors de ce basculement. Le pays en subit les effets sous une forme condensée : hausse potentielle des coûts énergétiques et alimentaires, durcissement migratoire, trafic d’armes, fragilité de l’aide extérieure, déplacement massif de populations et affirmation de pouvoirs criminels capables de contester l’État sur son propre territoire. Près de 1,5 million de personnes sont déplacées à l’intérieur du pays, tandis que la violence s’étend au-delà de Port-au-Prince.[2]

Après le massacre de Kenscoff, l’attaque meurtrière de Gros-Morne, dans le haut Artibonite, a confirmé que la crise sécuritaire ne se limite plus à l’aire métropolitaine. Elle se territorialise, gagne les campagnes et menace directement les circuits agricoles dont dépend la survie nationale.[3]

La question n’est donc plus de savoir si Haïti traverse une crise. Elle est de savoir si le pays pourra encore organiser une réponse d’État : protéger les citoyens, sécuriser les routes, maintenir l’école ouverte, soutenir les déplacés, enrayer la circulation des armes, préparer des élections crédibles et reconstruire une souveraineté qui ne soit pas seulement cérémonielle.

LE MONDE : LA GEOPOLITIQUE DES DEPENDANCES

1. Venezuela–États-Unis : la diplomatie des ressources

La relation entre Washington et Caracas est redevenue un sujet majeur de la diplomatie américaine. À l’Assemblée générale des Nations unies, Donald Trump a défendu la politique américaine envers le Venezuela, en liant explicitement les enjeux de sécurité régionale à la stratégie de Washington sur le continent.[4]

Mais la logique énergétique domine. Les discussions entre les États-Unis et les autorités vénézuéliennes ont montré que, derrière les discours politiques, le pétrole, les minerais stratégiques et les routes d’approvisionnement redeviennent les instruments essentiels de la négociation. À la fin septembre, les contacts directs n’avaient débouché ni sur un accord politique définitif ni sur une date électorale ferme au Venezuela.[5]

Cette séquence mérite l’attention d’Haïti. La Caraïbe n’est pas seulement une région de migrations et de crises humanitaires : elle est un espace maritime, énergétique et stratégique où se croisent les intérêts américains, chinois, russes, vénézuéliens et caribéens. Haïti ne peut s’y présenter uniquement comme un dossier sécuritaire. Elle doit renforcer une diplomatie caribéenne susceptible de défendre ses intérêts économiques, migratoires, maritimes et environnementaux.

2. Canada–États-Unis : même l’alliance devient tarifaire

La tension commerciale entre Washington et Ottawa rappelle que l’alliance ne protège plus automatiquement contre la coercition économique. Les tarifs, restrictions et mesures de rétorsion sur certains produits montrent que le commerce est redevenu un moyen d’obtenir des concessions politiques et industrielles.[6]

Pour Haïti, cette évolution n’est pas abstraite. Une économie fortement dépendante des importations, des liaisons maritimes et du marché nord-américain reçoit les chocs internationaux avec une violence particulière. Une hausse du fret, du carburant, des assurances ou des denrées importées devient rapidement une hausse du coût de la vie dans les quartiers populaires comme dans les campagnes.

La réponse ne peut pas être seulement comptable. Elle doit être productive : sécuriser les routes agricoles, soutenir les producteurs locaux, limiter les pertes après récolte, créer des stocks stratégiques et diminuer, pas à pas, les dépendances les plus dangereuses.

3. Iran–États-Unis : la menace militaire comme langage diplomatique

Le face-à-face entre Washington et Téhéran s’est encore durci en septembre. Devant l’Assemblée générale, Donald Trump a déclaré que l’Iran devait conclure un accord ou s’exposer à une escalade grave, tout en défendant la pression économique et militaire exercée par les États-Unis. Le président iranien Massoud Pezeshkian a rejeté toute idée de capitulation, tout en affirmant que Téhéran restait disposé à privilégier une issue diplomatique.[7][8]

Cette confrontation dépasse le seul dossier nucléaire. Elle concerne les routes maritimes, le Golfe, les assurances, les prix mondiaux de l’énergie et la stabilité déjà fragile du Moyen-Orient. Chaque menace sur les voies pétrolières peut finir par se traduire par un renchérissement du transport et une pression accrue sur les pays importateurs.

Pour Haïti, une hausse durable du coût du carburant signifie souvent une hausse du prix des denrées, du transport collectif, de l’eau acheminée, des activités dépendantes des générateurs, des médicaments et de l’ensemble du panier de consommation. Ainsi, la crise géopolitique devient, quelques semaines plus tard, une crise sociale intérieure.

4. Russie–Ukraine : parler de paix, poursuivre la guerre

Le dossier ukrainien demeure le grand révélateur des limites de la diplomatie contemporaine. Washington cherche à relancer des contacts; Moscou affirme espérer la reprise de pourparlers sous médiation américaine. Mais les attaques contre Kyiv, les ports, les zones industrielles et les infrastructures commerciales ukrainiennes ont continué, confirmant que la guerre vise aussi la capacité productive de l’État ukrainien.[9][10]

La guerre contemporaine ne détruit pas seulement des armées. Elle frappe les entrepôts, les silos, les centrales, les routes, les ports et les marchés. Elle vise les conditions matérielles de la vie collective. L’Ukraine rappelle ainsi au monde qu’une indépendance politique reste fragile lorsqu’elle ne repose pas sur des infrastructures protégées et une économie capable de tenir dans la durée.

Pour Haïti, la leçon est directe : les routes agricoles, les marchés, les ports, les lieux de stockage et les zones de production doivent être considérés comme des infrastructures de sécurité nationale. Un État incapable de protéger les voies par lesquelles le pays se nourrit affaiblit sa souveraineté de l’intérieur.

5. La carte du monde : corriger le regard, contester les hiérarchies

Le vote de l’Assemblée générale des Nations unies encourageant l’usage de cartes plus fidèles aux superficies réelles des continents peut sembler symbolique face aux guerres et aux crises. Pourtant, il possède une portée politique réelle. La projection de Mercator, héritée de la navigation européenne du XVIe siècle, agrandit visuellement les régions proches des pôles et réduit les espaces proches de l’équateur, notamment l’Afrique.[11]

L’Afrique est environ quatorze fois plus vaste que le Groenland, mais la projection de Mercator a longtemps donné l’impression que leurs dimensions étaient comparables. La distorsion géographique n’a pas créé à elle seule les hiérarchies mondiales; elle a néanmoins contribué à les banaliser dans l’imaginaire.[11]

Haïti connaît une autre forme de réduction cartographique : elle est trop souvent représentée par ses catastrophes, sa misère et ses gangs. Ces réalités sont graves et doivent être dites. Mais elles ne résument ni un peuple, ni une histoire, ni une possibilité d’avenir. Le pays demeure aussi une nation de créateurs, de travailleurs, de paysans, de femmes organisées, d’intellectuels, de jeunes et d’une diaspora qui porte une part considérable de l’effort collectif.

6. L’intelligence artificielle : un nouveau front démocratique

La diplomatie mondiale a également placé l’intelligence artificielle au centre de ses inquiétudes. Les débats de l’ONU ont souligné les risques liés à la désinformation, aux contenus truqués, à la surveillance numérique et à l’utilisation de l’IA pour influencer les opinions publiques ou fragiliser les institutions.[1]

Haïti ne doit pas considérer cette question comme une préoccupation réservée aux pays riches. Une campagne électorale dans un contexte de rumeurs, de vidéos falsifiées, d’images manipulées ou d’appels artificiels peut connaître une crise informationnelle qui s’ajoute à la crise sécuritaire. En revanche, les outils numériques peuvent soutenir la cartographie des risques, l’alerte précoce, l’éducation, la protection civile et la transparence administrative.

La souveraineté contemporaine est donc aussi numérique. Elle demande une protection des données, une éducation aux médias, un encadrement de la communication publique et une capacité nationale à distinguer l’information de la manipulation.

7. Le climat : une question de sécurité nationale

Les crises climatiques s’ajoutent aux crises de guerre et de gouvernance. Inondations, sécheresses, cyclones et pertes agricoles déplacent les populations, détruisent les infrastructures et fragilisent les économies. Dans les pays où l’État est faible, un phénomène naturel devient immédiatement une catastrophe sociale.

Haïti connaît ce mécanisme depuis longtemps : déforestation, érosion, vulnérabilité des bassins versants, habitat précaire, faible couverture routière et exposition répétée aux cyclones se combinent pour transformer les aléas climatiques en tragédies humaines.

La sécurité nationale ne peut donc se réduire aux armes. Elle doit intégrer la protection civile, l’aménagement du territoire, la gestion de l’eau, le reboisement, l’entretien des infrastructures et la défense de la production agricole.

HAÏTI : DE KENSCOFF A GROS-MORNE, L’EXTENSION DU TERRITOIRE DE LA PEUR

1. Kenscoff : l’alerte d’un pays vulnérable

Le massacre de Kenscoff du 23 août a fait au moins 47 morts, 22 blessés et plus de 50 personnes enlevées, selon les informations présentées devant le Conseil de sécurité. Des enfants figuraient parmi les victimes; plusieurs personnes auraient été attaquées alors qu’elles cherchaient refuge dans une église.[12]

Ce drame n’est pas seulement un épisode de violence parmi d’autres. Il a révélé l’extension de la menace vers une commune longtemps considérée comme moins exposée. Les gangs ont démontré qu’ils pouvaient s’attaquer à des espaces agricoles et périurbains, briser les refuges relatifs et projeter la peur hors de leurs zones traditionnelles de contrôle.

2. Gros-Morne : les représailles comme stratégie de domination

Le 28 septembre, une nouvelle attaque est venue confirmer l’extension de la violence. À Gros-Morne, dans le haut Artibonite, au moins onze civils ont été tués, et probablement environ douze, selon des sources locales, lors d’une attaque attribuée au gang Kokorat San Ras. Des maisons auraient été incendiées.[13]

L’attaque a suivi une opération de la Force de répression des gangs contre des hommes armés tenant des postes de péage illégaux. Trois membres présumés du groupe armé auraient été tués au cours de cette opération. Après le départ des forces vers leur base des Gonaïves, des civils auraient été visés en représailles.[14]

Le message est d’une gravité extrême : les gangs ne cherchent pas seulement à résister à l’État; ils cherchent à faire payer aux communautés le coût de toute intervention contre eux. La terreur devient ainsi une méthode de gouvernement. Elle dissuade les citoyens de collaborer avec les forces de sécurité, impose le silence, transforme la route en frontière intérieure et fait du village un espace de punition collective.

Gros-Morne n’est pas une périphérie marginale. L’Artibonite constitue l’un des principaux territoires agricoles du pays. Lorsque les gangs y imposent des barrages, des péages clandestins, des kidnappings et des raids, ils ne menacent pas seulement les habitants : ils fragilisent l’approvisionnement alimentaire, renchérissent le coût du transport et transfèrent la crise sécuritaire au cœur de l’économie nationale.

3. Près de 1,5 million de déplacés : une nation déplacée

Près de 1,5 million de personnes sont aujourd’hui déplacées à l’intérieur du pays, selon l’Organisation internationale pour les migrations. Une majorité vit désormais hors de Port-au-Prince, ce qui confirme que la violence s’étend à une géographie nationale.[2]

Ce déplacement de masse surcharge les communes d’accueil : logements, eau, écoles, soins de santé, emploi et marchés locaux subissent une pression considérable. Il expose plus fortement les femmes, les enfants, les personnes âgées et les personnes handicapées à la précarité, à la violence et à la rupture des liens familiaux.

La réponse ne peut pas se limiter à des distributions ponctuelles. Elle doit devenir une politique publique de protection : recensement des déplacés, aide aux familles hôtes, accès à l’éducation, soutien sanitaire, protection des enfants, activités économiques locales, sécurité des sites d’accueil et prévention des violences basées sur le genre.

4. Élections : sortir du provisoire sans légitimer la peur

Les élections générales restent prévues pour le 13 décembre 2026. Elles seraient les premières élections nationales organisées depuis une décennie. La nécessité de restaurer une légitimité démocratique est incontestable : un pays ne peut pas demeurer indéfiniment sous des arrangements transitoires, sans Parlement élu et sans possibilité régulière de sanctionner ou de renouveler les dirigeants.[15]

Mais le droit de vote n’existe que si l’électeur peut exercer sa liberté. Comment faire campagne dans les territoires sous emprise armée ? Comment acheminer le matériel électoral sur des routes contrôlées par des gangs ? Comment protéger le secret du vote pour les déplacés et les populations menacées ?

Il ne s’agit pas de choisir entre élections et sécurité. Il faut construire l’une par l’autre. Une élection organisée sans liberté de circulation, sans accès équitable au processus et sans capacité de protéger les citoyens risquerait d’ajouter une crise de légitimité à la crise existante. Mais repousser indéfiniment le scrutin au nom d’une sécurité parfaite prolongerait le règne du provisoire. Le défi consiste donc à établir une feuille de route commune par commune, liant sécurisation, documents d’identité, inscription civique, campagne et contrôle transparent du vote.

5. Une force renouvelée, un test de crédibilité

Le 29 septembre, le Conseil de sécurité des Nations unies a renouvelé pour six mois, jusqu’au 31 mars 2027, le mandat de la Force de répression des gangs. La résolution 2829 a été adoptée par douze voix pour, sans opposition, avec les abstentions de la Chine, du Pakistan et de la Russie.[16]

Cette décision évite un vide institutionnel au moment où Haïti se prépare à une échéance électorale. Mais elle ne doit pas être surinterprétée. Les abstentions reflètent des réserves persistantes sur le financement, les effectifs et la capacité opérationnelle de la force. Le mandat renouvelé est donc un sursis utile, non une victoire suffisante.[17]

La force devra maintenant prouver qu’elle peut appuyer durablement la PNH, protéger les infrastructures essentielles, stabiliser les zones reprises et empêcher que les communautés, comme celles de Gros-Morne, soient abandonnées aux représailles après les opérations. Toute action offensive doit être suivie d’une présence de stabilisation : renseignement de proximité, protection des habitants, accompagnement humanitaire et réouverture progressive des services publics.

6. Armée, police et État de droit : éviter les réponses simplistes

Le débat sur les Forces armées d’Haïti revient avec force chaque fois que l’État paraît incapable de protéger la population. Il traduit une inquiétude légitime. Mais la réponse ne peut être ni la militarisation improvisée du pays ni la création de structures armées concurrentes.

La PNH doit rester au cœur de la sécurité intérieure. Elle a besoin d’effectifs, de formation, de renseignement, de moyens de communication, de véhicules adaptés, de protection juridique et d’une chaîne de commandement préservée des influences politiques. La justice doit enquêter sur les massacres, poursuivre les commanditaires, combattre le trafic d’armes et empêcher que les prisons deviennent un rouage de l’impunité.

Les FAD’H peuvent néanmoins jouer un rôle précis : surveillance des frontières terrestres et maritimes, contrôle de certains espaces portuaires, génie militaire, réponse aux catastrophes, appui logistique et protection d’infrastructures nationales sensibles. Une armée républicaine utile est une force soumise au pouvoir civil, contrôlée par la loi, formée au respect des droits humains et strictement séparée de la compétition partisane.

7. L’école : le premier territoire à reconquérir

Au début de la rentrée, dans une école de Port-au-Prince, un enfant a posé à une représentante de l’UNICEF une question bouleversante : « Madame, pouvez-vous arrêter ce que les gangs nous font ? »[18]

Cette question est une interpellation directe de l’État et de la communauté internationale. La sécurité ne se résume pas à reprendre un carrefour ou à neutraliser un groupe armé. Elle signifie aussi permettre à un enfant d’aller en classe, à un enseignant de travailler et à une famille de vivre sans que l’exil soit sa seule stratégie de survie.

Une politique de sécurité complète doit donc inclure la protection des établissements scolaires, la continuité pédagogique pour les enfants déplacés, le soutien psychosocial, la sécurisation des transports scolaires et la réhabilitation des services publics dans les zones stabilisées.

ANALYSE CROISEE : CELUI QUI CONTROLE LES ROUTES CONTROLE LES SOCIETES

De Caracas à Kyiv, de Téhéran à Gros-Morne, la géopolitique contemporaine obéit à une règle brutale : celui qui contrôle les ressources, les routes et les flux d’information acquiert une capacité de commandement sur les sociétés.

Au Venezuela, le pétrole redessine les possibilités de négociation. Entre Washington et Ottawa, le commerce devient une arme de pression. Autour de l’Iran, les routes pétrolières et maritimes structurent le rapport de forces. En Ukraine, les ports, les silos et les réseaux énergétiques sont visés parce qu’ils assurent la capacité d’un pays à vivre et à commercer.[5][6][7][10]

En Haïti, les gangs appliquent une logique analogue, à l’échelle d’un État fragilisé. Les routes deviennent des frontières intérieures; les péages clandestins, une fiscalité criminelle; les barrages, une police illégale; les enlèvements, un instrument de rente; les attaques de représailles, une pédagogie de la terreur. Gros-Morne démontre que la sécurité des campagnes est indissociable de la sécurité nationale. Lorsqu’un producteur ne peut transporter ses vivres, lorsqu’un commerçant ne peut emprunter une route, lorsqu’un enfant ne peut se rendre à l’école, la souveraineté se dissout dans la vie quotidienne.[13][14]

Le vote de l’ONU sur les cartes du monde offre une métaphore nécessaire. Réviser les représentations ne suffit pas à changer les rapports de force, mais permet de ne plus les regarder à travers les déformations héritées. Haïti doit faire le même effort de vérité : elle n’est pas uniquement une crise humanitaire. Elle est un État dont les fonctions essentielles — protection, justice, circulation, production, école et citoyenneté — sont disputées par des acteurs armés et criminels.

CONCLUSIONS : PROTEGER, VOTER, RECONSTRUIRE

Septembre 2026 aura montré que les puissances négocient sans abandonner la coercition. Les intérêts énergétiques modèlent la diplomatie avec le Venezuela; les tensions commerciales affectent les alliances historiques; l’Iran et les États-Unis restent enfermés dans une logique de menaces; l’Ukraine demeure prise entre des promesses de négociation et une guerre qui détruit ses capacités productives.[1][5][6][7][10]

Haïti ne peut pas s’extraire de ces turbulences, mais elle peut définir sa réponse. Celle-ci commence par une idée simple : aucune démocratie n’est possible là où les citoyens sont abandonnés aux représailles, aux barrages et au déplacement. Kenscoff et Gros-Morne imposent de rompre avec la politique des opérations isolées. Chaque intervention contre les gangs doit être suivie d’une présence publique durable, de la protection des villages, de l’ouverture des routes, d’une réponse humanitaire et de la restauration des services essentiels.[12][13][14]

À court terme, la prolongation du mandat de la Force de répression des gangs doit devenir une capacité concrète : effectifs réellement déployés, coordination étroite avec la PNH, contrôle des frontières et des ports, protection de l’Artibonite, sécurisation des routes agricoles, lutte contre les armes et appui judiciaire contre les financiers du crime. Le mandat renouvelé jusqu’au 31 mars 2027 donne du temps; il ne garantit pas les résultats.[16][17]

À moyen terme, l’élection du 13 décembre doit devenir une opération de rétablissement de la citoyenneté : documents d’identité, sécurité des bureaux de vote, libre circulation, transparence du financement politique, observation indépendante et inclusion effective des personnes déplacées. Le pays ne doit ni voter sous le fusil ni attendre passivement une paix parfaite. Il doit bâtir, territoire par territoire, les conditions réalistes d’un scrutin crédible.[2][15]

À long terme, Haïti devra reconstruire une doctrine nationale de souveraineté. Elle réunira une PNH modernisée, une justice indépendante, des FAD’H républicaines aux missions strictement définies, des collectivités territoriales capables d’agir, une agriculture sécurisée, des écoles protégées, une prévention sérieuse des catastrophes et une diplomatie caribéenne plus active.

Le choix fondamental n’est pas entre une sécurité autoritaire et une démocratie impuissante. Le vrai choix est entre la fragmentation durable du territoire et la reconstruction patiente d’un État qui protège. La carte haïtienne ne doit plus être dessinée par les zones contrôlées par les gangs, mais par le retour du droit, de l’école, du marché, de la route et de la dignité.

JEAN-ROBERT JEAN-NOËL

Annexe — Références

[1] Reuters, « Six big takeaways from a turbulent week of UN diplomacy », 26 septembre 2026.[press.un]

[2] Reuters, « Nearly 1.5 million displaced in Haiti as violence spreads », 25 septembre 2026.[reuters]

[3] Reuters, « Haiti gang retaliation leaves at least 11 dead after security operation », 29 septembre 2026.[reuters]

[4] Nations unies, « Trump defends military action against Iran, Venezuela, and other issues at UN General Assembly », 22 septembre 2026.[reuters]

[5] Reuters, « Venezuela president returns from US visit with no deals, no firm election date », 26 septembre 2026.[reuters]

[6] Reuters, « Pricey oil, GOP convention and a folding iPhone », 9 septembre 2026.[securitycouncilreport]

[7] Reuters, « Trump warns in UN speech he could “annihilate” Iran without peace deal », 22 septembre 2026.[securitycouncilreport]

[8] Reuters, « Iran vows no surrender to US while Ukraine threatens painful consequences », 23 septembre 2026.[press.un]

[9] Reuters, « Russia says it hopes US-mediated talks with Ukraine will resume soon », 9 septembre 2026; Reuters, « Trump says Putin wants to make a deal in Ukraine », 9 septembre 2026.[reuters]

[10] Reuters, « Russian air attacks target Kyiv retailers, ports and industrial sites », 27 août 2026.[reuters]

[11] Nations unies, « UN tells the world: Stop making Africa look small », 4 septembre 2026.[securitycouncilreport]

[12] Nations unies, « Kenscoff Massacre Exposes Worsening Brutality of Haiti’s Gang Crisis, Conseil de sécurité », 28 août 2026.[reuters]

[13] Le Nouvelliste, « Gros-Morne : plus de 10 morts dans une attaque de gang », 28 septembre 2026.[press.un]

[14] Reuters, « Haiti gang retaliation leaves at least 11 dead after security operation », 29 septembre 2026.[reuters]

[15] Nations unies, « Haitians can’t wait to return home and vote in elections says Prime Minister », 24 septembre 2026.[hrw]

[16] Conseil de sécurité des Nations unies, Résolution 2829 (2026), 29 septembre 2026; Xinhua, « UN Security Council extends mandate of Haiti Gang Suppression Force », 30 septembre 2026.[reuters]

[17] Reuters, « UN renews Haiti force mandate for six months after fresh gang killings », 29 septembre 2026.[en.wikipedia]

[18] Nations unies, « Back to school in Haiti: “Madame, can you stop what the gangs are doing to us?” », 15 septembre 2026.[usun.usmission]

 

dimanche 30 août 2026

HAÏTI ET LE MONDE À LA CROISÉE DES CHEMINS N° 74 : DU FRACAS DES EMPIRES AU SILENCE DES NATIONS : HAÏTI PEUT-ELLE ENCORE SE PROTEGER ? QUAND LA GUERRE DEVIENT UNE METHODE DE GOUVERNEMENT

 

HAÏTI ET LE MONDE À LA CROISÉE DES CHEMINS N° 74 : DU FRACAS DES EMPIRES AU SILENCE DES NATIONS : HAÏTI PEUT-ELLE ENCORE SE PROTEGER ? QUAND LA GUERRE DEVIENT UNE METHODE DE GOUVERNEMENT

JEAN-ROBERT JEAN-NOËL

30 AOUT 2026

À la fin d’août 2026, le monde ne se contente plus de traverser une série de crises : il apprend dangereusement à vivre avec elles. En Ukraine, une guerre d’usure transforme les villes, les ports et les infrastructures civiles en cibles permanentes. Au Moyen-Orient, l’affrontement entre les États-Unis, Israël et l’Iran menace les voies maritimes, l’énergie et, par ricochet, le pouvoir d’achat de populations qui n’ont aucune prise sur les décisions des puissants. À Gaza, les promesses de paix continuent de buter sur les frappes, les ruines et l’épuisement d’une population civile prise en étau.

Dans ce paysage de rivalités, les grands principes internationaux semblent avoir perdu leur force d’arrêt. La guerre est redevenue un langage diplomatique ; la faim, le déplacement et la peur en sont les sous-produits ordinaires. Haïti, qui n’a ni missiles, ni pétrole, ni siège permanent au Conseil de sécurité, n’est pourtant pas extérieure à cette histoire. Elle en reçoit les ondes de choc sous une forme plus brutale encore : armes illicites, gangs mieux équipés que certaines unités publiques, déplacement de familles, affaiblissement de l’État et incertitude électorale.

Le massacre récent de Kenscoff, où au moins 47 personnes ont été tuées, 22 blessées et plus de 52 enlevées, rappelle qu’en Haïti aussi la sécurité n’est plus une abstraction administrative : elle est devenue la condition première de la survie collective. ¹ La question qui s’impose n’est donc plus seulement celle de l’aide internationale ou d’une élection reportée. Elle est celle-ci : comment reconstruire l’autorité publique sans confondre défense nationale, militarisation hâtive et délégation de la souveraineté ?

 

LE MONDE : CINQ SIGNAUX D’ALERTE

 

1. L’Ukraine ou la guerre sans échéance

La guerre en Ukraine demeure l’un des principaux révélateurs de notre époque. Plus de quatre ans après l’invasion russe, le conflit n’est ni réglé par les armes ni résolu par la négociation. Il se prolonge dans une logique d’attrition : drones, missiles balistiques, frappes contre les zones urbaines et destructions systématiques d’infrastructures énergétiques, industrielles, portuaires et commerciales. Fin août, des attaques russes ont encore visé Kiev ainsi que des installations portuaires, des entrepôts céréaliers et des sites industriels.²

Le point essentiel est ailleurs : la guerre n’est plus seulement une bataille pour le territoire. Elle vise la capacité même d’une société à travailler, commercer, se nourrir, se chauffer et maintenir un horizon collectif. En frappant les ports et les silos, on attaque l’Ukraine, mais aussi le marché mondial des céréales. En détruisant les réseaux énergétiques, on ne vise pas uniquement l’armée : on fragilise la vie civile.

Les discussions de paix restent hypothétiques. Moscou dit pouvoir écouter de nouvelles propositions, mais conditionne tout règlement aux « réalités sur le terrain », formule qui signifie, en pratique, que les gains militaires doivent être reconnus avant toute véritable paix.³ Cette impasse montre les limites d’une diplomatie qui négocie lorsque les armes ont déjà redessiné le rapport de forces.

2. Moyen-Orient : la paix sous condition de guerre

Le Moyen-Orient continue d’être le foyer le plus inflammable de la planète. Les tentatives de médiation sur Gaza, auxquelles participent notamment l’Égypte, le Qatar et la Turquie, se heurtent à la poursuite des opérations militaires israéliennes et à une crise humanitaire qui ne cesse de s’approfondir.⁴

En parallèle, le conflit impliquant l’Iran et les États-Unis, avec Israël comme acteur militaire majeur, entretient une inquiétude permanente autour de la circulation maritime et des approvisionnements énergétiques. Les attaques et menaces contre la navigation dans les espaces stratégiques font remonter les prix du pétrole, perturbent les marchés et rappellent que la mondialisation dépend toujours de quelques détroits, ports et couloirs maritimes vulnérables.⁵

L’enseignement est rude : lorsqu’une guerre touche l’énergie et les routes commerciales, elle entre dans les cuisines du monde entier. Les États les plus faibles, importateurs de carburant, de denrées et de produits essentiels, sont les premiers à en payer le prix.

3. La faim comme arme silencieuse

Le Conseil de sécurité des Nations unies a placé l’insécurité alimentaire liée aux conflits au centre de ses préoccupations du mois d’août.⁶ Cette décision confirme une évidence trop souvent négligée : la faim n’est pas seulement une conséquence de la guerre; elle peut devenir un instrument de domination et de déplacement des populations.

Les guerres en Ukraine, à Gaza, au Soudan ou dans d’autres espaces de crise brisent les chaînes agricoles, détruisent les infrastructures de stockage, interrompent les échanges et rendent les prix inaccessibles aux ménages pauvres. Pour les pays dépendants des importations alimentaires, chaque choc géopolitique se transforme en risque social interne.

Haïti devrait entendre ce signal avec gravité. Un pays qui ne protège pas ses producteurs, ses bassins versants, ses marchés locaux et ses circuits de transport se retrouve exposé aux conflits qu’il ne mène pas. La souveraineté alimentaire n’est pas un slogan rural : elle est une politique de sécurité nationale.

4. Le déracinement comme horizon planétaire

La multiplication des guerres, des crises climatiques et des effondrements économiques pousse un nombre croissant de personnes sur les routes de l’exil. Les besoins mondiaux de réinstallation des réfugiés pour 2026 sont estimés à 2,5 millions de personnes.⁷ Derrière cette statistique se cache une réalité plus profonde : de nombreux États ne parviennent plus à assurer à leurs citoyens le minimum de sécurité, de dignité et de prévisibilité nécessaire pour vivre chez eux.

Haïti appartient douloureusement à cette géographie du départ. Mais elle ne doit pas accepter que l’émigration devienne son principal programme social, ni que les transferts de la diaspora remplacent durablement les politiques publiques. La diaspora est une force historique, économique et intellectuelle; elle ne peut toutefois tenir lieu d’État.

5. Un ordre international qui protège inégalement

L’actualité de l’Ukraine, de Gaza et d’Haïti expose une vérité dérangeante : l’ordre international intervient vite lorsque les enjeux militaires, énergétiques ou géopolitiques des grandes puissances sont directement engagés; il hésite ou se fragmente lorsqu’il s’agit de protéger les populations d’États faibles. Haïti fait l’expérience quotidienne de cette inégalité.

L’aide internationale demeure indispensable, mais elle souffre d’une contradiction : elle demande aux autorités haïtiennes de restaurer sécurité, institutions et élections, tout en arrivant trop lentement, trop partiellement ou sous des dispositifs dont la cohérence politique est incertaine. L’attente du déploiement effectif d’un appui international robuste nourrit alors le sentiment d’abandon autant que la dépendance.⁸

 

HAÏTI : CINQ URGENCES NATIONALES

 

1. Kenscoff, l’irruption de la guerre au quotidien

Le drame de Kenscoff n’est pas un fait divers sanglant de plus. Il constitue un avertissement national. Dans la nuit du 23 août, des gangs ont tué au moins 47 personnes, blessé 22 autres et enlevé plus de 52 habitants dans cette zone proche de Port-au-Prince.⁹ Le massacre révèle l’extension géographique de la violence, désormais capable de frapper des espaces qui pouvaient encore apparaître comme des refuges relatifs.

Il oblige également à regarder la situation en face : les gangs ne sont plus de simples bandes périphériques. Ils constituent des appareils armés, territorialisés, capables de terroriser, d’encercler, de rançonner et de déplacer des populations. Une société qui laisse s’installer cette normalité voit sa citoyenneté elle-même reculer.

2. Une protection civile insuffisante

Depuis le début de 2026, au moins 1 733 victimes ont été enregistrées dans le contexte du conflit. Plus de la moitié des morts recensées sont liées aux opérations de sécurité, tandis qu’au moins 229 civils auraient été tués par des tirs perdus ou des explosions de drones.¹⁰

Ce bilan impose une double exigence. D’abord, l’État doit reconquérir les territoires confisqués par les groupes criminels. Ensuite, il doit le faire en protégeant réellement les civils. Une politique de sécurité qui rétablit l’ordre en produisant une peur nouvelle ne reconstruit pas la confiance : elle prépare les violences suivantes.

La Police nationale d’Haïti doit donc être renforcée en effectifs, en renseignement, en mobilité, en moyens de communication, en police scientifique et en contrôle territorial. Mais son renforcement doit s’accompagner de mécanismes de redevabilité, afin que l’urgence sécuritaire ne serve jamais de permis pour l’impunité.

3. Le report électoral et le piège du provisoire

Les conditions sécuritaires n’ont pas permis de tenir l’élection présidentielle envisagée pour août 2026. Dès le mois de mai, le premier ministre Alix Didier Fils-Aimé reconnaissait publiquement que le niveau d’insécurité ne permettait pas un scrutin libre et crédible.¹¹ Le report était prévisible; il n’en est pas moins lourd de conséquences.

Un pays ne sort pas d’une crise de légitimité par le simple déplacement d’une date électorale. Il faut garantir l’inscription des électeurs, la liberté de réunion, l’accès sécurisé aux bureaux de vote, le transport du matériel, la transparence du dépouillement et l’acceptation des résultats. Sans ces conditions, une élection risquerait de conférer une apparence de légalité à une autorité sans assise nationale.

Le danger est cependant clair : le provisoire, lorsqu’il dure, finit par devenir un système. La transition doit donc publier une feuille de route réaliste, vérifiable et territorialisée, liant la reconquête sécuritaire aux étapes électorales, plutôt que de promettre un calendrier sans capacité d’exécution.

4. L’illusion d’une armée-refuge

Le débat sur les Forces armées d’Haïti revient avec force à chaque poussée de violence. Il exprime un besoin légitime : aucun État ne peut durablement dépendre de forces étrangères pour protéger son territoire, contrôler ses frontières et défendre ses institutions. Mais le réflexe consistant à voir dans la reconstitution rapide d’une armée la réponse immédiate aux gangs est trompeur.

Une armée n’est ni une police de quartier ni une milice nationale. Elle est faite pour la défense du territoire, la surveillance des frontières terrestres et maritimes, le génie militaire, les secours en cas de catastrophe, la protection de certaines infrastructures stratégiques et, seulement dans un cadre légal strict, l’appui exceptionnel aux forces de police. La lutte quotidienne contre les gangs relève d’abord d’une police professionnelle, renseignée, présente dans les communautés et soumise au contrôle de la justice.

Haïti a donc besoin d’une doctrine nationale de sécurité, non d’un slogan militariste. Cette doctrine devrait fixer clairement les missions respectives de la PNH, des FAD’H, de la justice, des collectivités territoriales, de la protection civile et des partenaires internationaux. Elle devrait aussi interdire tout recrutement partisan, toute distribution d’armes sans traçabilité et tout retour à l’esprit des anciennes forces répressives.

5. Armes, frontières et souveraineté réelle

Les Nations unies soulignent que les flux illicites d’armes et de munitions continuent d’alimenter la puissance des gangs, malgré l’embargo sur les armes en vigueur depuis 2022.¹² Le cœur du problème haïtien n’est donc pas seulement Port-au-Prince : il se situe aussi dans les ports, sur les routes maritimes, aux frontières, dans les circuits financiers et dans les complicités qui transforment l’économie criminelle en pouvoir armé.

C’est ici que la réflexion sur l’armée peut devenir utile, à condition d’être sérieuse. Une force de défense redimensionnée, formée au contrôle frontalier, à la surveillance côtière, au renseignement territorial, au génie et à l’assistance humanitaire pourrait contribuer à sécuriser les espaces que la police ne peut seule couvrir. Mais elle ne doit pas absorber les ressources dont la PNH a besoin immédiatement, ni servir de raccourci politique à une réforme de l’État beaucoup plus vaste.

Le miroir ukrainien, la leçon haïtienne

L’Ukraine et Haïti ne sont pas comparables dans leurs histoires, leurs moyens militaires ni leurs rapports aux puissances. Pourtant, les deux situations éclairent une même leçon : lorsqu’un État perd le contrôle de ses infrastructures, de ses frontières, de ses flux économiques et de son récit collectif, il devient vulnérable à des forces qui imposent leur propre loi.

En Ukraine, la guerre vise les ports, l’énergie, les entrepôts agricoles et les voies de circulation. En Haïti, les gangs cherchent à contrôler les axes routiers, les quartiers, les accès aux ports, les marchés, les carburants et les populations. Dans les deux cas, la violence ne se limite pas à tuer : elle désorganise la production, la mobilité, l’éducation et l’espérance.

La différence est que l’Ukraine dispose d’une armée nationale mobilisée, d’une administration qui tient encore et d’un soutien militaire considérable de ses alliés. Haïti, elle, est sommée de combattre une menace armée intérieure avec une police sous-équipée, des institutions fragiles et une assistance internationale longtemps annoncée, mais insuffisamment opérationnelle.¹³

Cette asymétrie devrait nous préserver des discours faciles. Haïti ne peut attendre éternellement son salut de l’extérieur; elle ne peut pas davantage reconstruire seule, dans l’isolement, une architecture de sécurité détruite par des décennies de crises. La souveraineté, aujourd’hui, consiste à définir soi-même les priorités nationales et à exiger que les partenariats internationaux s’y conforment.

Quelle force pour quel pays ?

Le débat ne devrait pas opposer mécaniquement « police ou armée ». Il devrait poser une question plus rigoureuse : quelle architecture de sécurité faut-il pour protéger la population, le territoire et l’avenir démocratique du pays ?

Une réponse réaliste pourrait reposer sur cinq priorités :

  1. Refonder et équiper la PNH, parce que le combat contre les gangs, le kidnapping, l’extorsion et la protection de proximité relèvent d’abord d’une police nationale professionnalisée.
  2. Réorganiser les FAD’H autour de missions précises, notamment le génie civil et militaire, la réponse aux catastrophes, la surveillance des côtes et des frontières, l’appui logistique, la protection limitée d’infrastructures stratégiques et la formation au respect du droit humanitaire.
  3. Contrôler effectivement les armes, grâce à l’inspection des cargaisons, au renseignement financier, à la coopération douanière régionale et à des sanctions contre les réseaux d’importation illicite.
  4. Soumettre les forces armées et policières au droit, par un contrôle parlementaire dès que possible, une inspection générale crédible, une chaîne de commandement transparente et des procédures réelles de sanction.
  5. Faire de la sécurité une politique sociale, car aucun dispositif armé ne peut durablement l’emporter si les jeunes sans emploi, les quartiers abandonnés et les territoires ruraux restent disponibles pour l’économie criminelle.

Le point décisif est simple : une armée utile est une armée républicaine, disciplinée, limitée par la loi et insérée dans un projet national. Une armée politisée ou livrée à des intérêts particuliers deviendrait non pas une solution, mais une crise supplémentaire.

 

PERSPECTIVES : SORTIR DE L’URGENCE PERMANENTE

 

À court terme, Haïti doit empêcher que Kenscoff devienne le symbole d’un pays livré à la fatalité. Cela suppose une réponse immédiate aux victimes, une protection renforcée des zones menacées, une enquête sur les défaillances sécuritaires et un effort soutenu contre l’approvisionnement des gangs en armes et en munitions.¹⁴

À moyen terme, le pays doit remplacer le calendrier électoral purement déclaratif par une stratégie de sécurisation progressive : territoires stabilisés, services publics rétablis, électeurs recensés, campagnes possibles et bureaux de vote protégés. Une élection ne sera utile que si elle devient l’aboutissement d’une reconquête civique, non une cérémonie organisée au milieu de la peur.

À long terme, la question centrale sera celle de l’État producteur de sécurité et de justice. Haïti ne se relèvera ni par une intervention sans fin, ni par l’illusion d’un homme providentiel, ni par le seul élargissement d’un appareil militaire. Elle se relèvera par la combinaison patiente d’institutions compétentes, d’une économie productive, d’une justice crédible, d’une police réformée et d’une force de défense strictement républicaine.

Le monde de 2026 enseigne que les nations qui négligent leurs infrastructures, leur cohésion et leur capacité de décision deviennent les terrains de jeu des puissances ou des prédateurs. Haïti n’a pas le luxe de choisir entre l’utopie et le réalisme. Elle doit choisir le réalisme ambitieux : protéger les citoyens maintenant, reconstruire les institutions demain, et préparer une souveraineté qui ne soit ni un mot de tribune ni un souvenir de 1804.

JEAN-ROBERT JEAN-NOËL

CEO JEAN ROBERT CONSULTING LLC


 

ANNEXE — REFERENCES

  1. Nations unies, « Security Council LIVE: Deadly gang attacks spike in Haiti », 27 août 2026; Reuters, « Haiti gang raid leaves 47 dead, as residents demand protection », 24 août 2026.[news.un][reuters]
  2. Reuters, « Russian air attacks target Kyiv retailers, ports and industrial sites », 27 août 2026.[reuters]
  3. Reuters, « Russia is ready for new ideas on Ukraine peace, but with conditions », 21 août 2026.[reuters]
  4. Reuters, « Gaza mediators say latest Israeli strikes undermine efforts », 20 août 2026.[reuters]
  5. Reuters, « New attacks on shipping as Iran war talks hit fresh impasse », 11 août 2026.[reuters]
  6. Security Council Report, « Security Council Programme of Work for August 2026 », 2 août 2026.[securitycouncilreport]
  7. Nations unies, briefings consacrés aux déplacements forcés et aux besoins mondiaux de réinstallation en 2026.[press.un]
  8. Conseil de sécurité des Nations unies, évaluation de la crise haïtienne, juillet-août 2026.[press.un][reliefweb]
  9. Nations unies, BINUH, bilan provisoire sur l’attaque de Kenscoff, 23-27 août 2026.[news.un]
  10. Reuters, « Haiti’s conflict in numbers as gangs inflict another night of terror », 26 août 2026.[reuters]
  11. Reuters, « Haiti too insecure for August presidential vote, PM says », 11 mai 2026.[reuters]
  12. Nations unies, informations au Conseil de sécurité sur les transferts illicites d’armes vers Haïti, août 2026.[news.un]
  13. Nations unies, rapport du Secrétaire général sur le BINUH, août 2026.[reliefweb]
  14. Reuters et Nations unies, rapports sur l’attaque de Kenscoff et la dégradation sécuritaire en Haïti, août 2026.[reuters][reuters]