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vendredi 18 avril 2008

COMBINAISON D’OPTIONS DE DEVELOPPEMENT, LA PORTE DE SOTIE POUR HAITI ?



Port-au-prince, le 9 avril 2004

COMBINAISON D’OPTIONS DE DEVELOPPEMENT, LA PORTE DE SOTIE POUR HAITI ?

Jean robert JEAN-NOEL

Au fort de la crise durant l’année 2003, certains de mes amis parlaient de la disparition probable de notre pays. La plupart s’expatriaient, d’autres tergiversaient. A la thèse de disparition, je donnais la réplique habituelle : un pays ne meurt jamais. Un jour où la discussion était beaucoup plus animée que d’habitude, je me surpris à développer une thèse un peu farfelue mais qui a eu pour effet de monopoliser leur attention. La thèse s’intitulait :Les trois options pour que notre pays ne périsse pas i) l’Option haïtienne, ii)l’Option dominicaine, iii) l’Option régionale ou la zone de libre échange des Amérique (ZLEA 2005). Qu’en est-il exactement ?

L’Option Haïtienne de développement

Il a été constaté, faisais-je remarquer à mes amis, qu’à la faveur de cette crise, culminée avec les élections de l’année 2000 et bien avant, une certaine prise de conscience citoyenne qui se traduit par une production abondante au niveau de la littérature, des articles de journaux, des émissions de radio, par un souci de se mettre ensemble dans des associations dont la réflexion centrale reste le développement de notre pays, par une série d’études et propositions par le Conseil National de Réforme Administrative (CNRA), le Bilan Commun de pays entrepris par le Gouvernement d’Haïti avec l’appui du PNUD et le secteur privé, de documents produits par les secteurs public et privé, par certaines actions de terrain menées dans le cadre de certains programmes et projets à caractère structurant au niveau du monde rural, le Projet des petits périmètres irrigués (PPI), le Projet d’Intensification des cultures vivrières (PICV) avec le Ministère de l’Agriculture sous financement du Fonds International de Développement Agricole (FIDA) et tant d’autres avec la FAO, les ONG tant nationales qu’étrangères. Il faut noter aussi le changement de discours au niveau des partis politiques, et du discours novateur de la société civile organisée. C’est cette dynamique si elle est bien canalisée et bien coordonnée qui pourrait déboucher sur cette option haïtienne de développement.

Pour être honnête, l’idée de l’Option haïtienne de développement fait son petit bonhomme de chemin depuis la création en juillet 1999 du Réseau National Haïtien de FIDACIARA (RENAH-FIDACIARA), une branche haïtienne de la RED CIARA, une institution régionale composée de sept (7) pays latino américains et caribéens, basée au Venezuela et financée par le FIDA. Cette idée a été adoptée en 2001 par les institutions membres de la Fondation Haïtienne pour le Développement intégrale Latino Américain et Caribéen (FONHDILAC) ci-devant RENAH-FIDACIARA. L’objectif de la FONHDILAC étant de contribuer au développement intégral d’Haïti, ce qui nous a valu le développement d’un cadre global de référence en six axes, l’humain, le social, l’environnemental, l’infrastructurel, l’économique et la politique et certains éléments d’un plan global de 100 ans avec pour finalité un nouvel homme haïtien compétitif partout, parce que issu d’un système éducatif conçu dans cette optique.

Cette option devrait être exclusivement haïtienne dans sa conception et devrait atténuer très fortement les inégalités sociales issues du système mis en place en 1804, en favorisant graduellement l’inclusion de la paysannerie et les masses défavorisées dans le processus, afin d’éliminer cette dichotomie sociale haïtienne. D’où le titre d’un de mes articles précédents, « l’articulation technique et politique ou la nécessité d’un modèle de développement non exclusif pour Haïti », journal Haïti en Marche du 31 mars au 6 avril 04. Dans notre esprit, cette option pourrait bénéficier de l’appui technique et financier de la communauté internationale mais en aucun cas elle ne devrait la piloter. Car selon le mot de Firmin, « l’étranger n’est pas toujours l’ennemi, mais il est toujours l’intrus ».

L’Option Dominicaine de développement

Emotionnellement, mes amis refusaient d’envisager l’option dominicaine. Pourtant, ils m’écoutaient développer mon argumentation. Je disais à l’époque qu’avec la persistance de la crise multiforme qu’est devenue la situation haïtienne tout était possible. Certes, il était difficile d’accepter une occupation militaire dominicaine mais c’était et c’est encore dans l’ordre des choses possibles. Ils sont mieux équipés que nous et considèrent Haïti comme leur prolongement naturel et surtout comme un marché pour déverser leurs produits. Et puis, une occupation leur permettrait d’effacer l’affront qui leur a été infligé par Boyer. D’ailleurs argumentai-je, l’occupation dominicaine a commencé d’une certaine manière puisque nous avons des milliers d’étudiants et mêmes des écoliers qui font leurs études en République dominicaine, par notre incapacité à répondre à la demande, par notre insouciance en relation avec la question de l’éducation. Certains de nos hommes d’affaires vivent là-bas, leurs enfants également. Il y a donc une intégration lente qui se fait. Il peut arriver un moment où la minorité possédante (bourgeoisie et classe moyenne) trouve qu’elle gagnerait à vivre de l’autre côté et de venir seulement faire du business de ce côté-ci comme certains commencent à le faire, en continuant leur exploitation des masses défavorisées, et surtout en perpétuant le modèle de développement exclusif mis en place en 1804, exploité à outrance par les hommes politiques et à la base de la fortune certains groupes de cette minorité.

Cette option dominicaine trouverait des adeptes au niveau de la plupart des gens de la classe politique, surtout ceux-là qui font de la politique dans le seul et unique but de s’enrichir, une alliance avec les dominicains « en bas table » ne les répugnerait nullement. Même si pour la galerie ils tiendraient un discours nationaliste et démagogique. Il en serait de même pour certains de cette minorité possédante. On créerait du travail, il y aurait une certaine stabilité, quelques infrastructures de bases au niveau de la santé, de l’éducation, de la communication, de l’électricité, et des vestiges coloniaux et historiques à montrer aux touristes venant de l’autre côté et passant une journée de ce côté-ci, etc. Et le tour serait joué. On présenterait ces deux voisins comme un modèle à suivre. Haïti ne périrait pas et deviendrait une partie « autonome » de l’Ile de St Domingue. Ce serait un bel exemple d’intégration dans le cadre de la régionalisation et de la mondialisation, cheval de bataille de l’Occident riche, développé et bien équipé militairement et technologiquement, et travaillant d’arrache pied pour l’extension des marchés susceptibles d’aider ses multinationales à augmenter leurs profits au nom de cette compétitivité sans limite.

L’Option Régionale de développement

La troisième option développée par devant mes amis, c’était l’option régionale. Tout le monde sait qu’en 2005, l’Amérique de l’Alaska à la terre de feu deviendra un grand marché. Depuis 1995, les Chefs d’Etat et de Gouvernement ont pris des engagements en ce sens. Tous les pays de la zone ont pris des dispositions pour se mettre au diapason, sauf Haïti. Certaines visites effectuées dans la plupart des pays de la zone révèlent que les populations sont plus ou moins avisées. A côté de nous, en République Dominicaine, la plupart des planteurs ont déjà des plantations qui visent ce grand marché. Tandis que chez nous c’est plutôt un débat d’intellectuels les plus avisés. Nous sommes trop occupés avec nos petites querelles intestines pour occuper le pouvoir afin de faire le maximum d’argent pour aller vivre dans ces pays, en laissant la place à d’autres politiciens prédateurs pour faire leur beurre. Dans ces conditions pour devenir membre à part entière, il nous faut répondre à des critères de bonne gouvernance, de démocratie, de développement. Puisque nous ne sommes pas en mesure de le faire nous mêmes, les Grands frères (en argent pas en âge) de la Région se verraient obligés de nous venir en aide. Ils nous imposeraient leurs modèles de développement qui ont fait d’ailleurs leur preuve. Haïti se conformerait par rapport au moule de la Région façonnée à la sauce américaine, teintée d’un zeste canadien et pimentée fadement du vinaigre mexicain. Ainsi notre chère Haïti ne périrait point, sauvée par ses pairs et mise sous coupe réglée au grand dam de ses pères fondateurs.

L’Option Internationale de développement

Au moment des discussions en 2003, je n’avais pas pensé à une option internationale de développement car je croyais qu’Aristide terminerait son mandat en 2006 et trouverait une entente avec la Convergence démocratique. Cette option m’avait effleuré l’esprit après le 5 décembre 2003 et surtout après avoir lu le rapport Debray sur les relations entre la France et Haïti en janvier 2004. A partir de l’évolution de la situation haïtienne après la prise du Commissariat des Gonaïves le 5 février 04 par les rebelles du Front de résistance de l’Artibonite, je commençais à penser que la résolution de la crise haïtienne pourrait s’envisager dans le cadre d’une occupation internationale de longue durée et que le développement du pays pourrait s’opérer dans ce cadre-la, ce qui aurait pour effet de fausser toutes mes hypothèses et options de développement. Et la résolution du Conseil de Sécurité de l’ONU du 29 février 04 sur Haïti est venue confirmer mes craintes de voir le développement d’Haïti échapper totalement à nous autres haïtiens. C’est l’option internationale de développement qui est actuellement en application. Elle n’est pas tellement différente de l’option régionale, sauf qu’elle se fera sous mandat de l’ONU avec la participation française non prévue dans l’option régionale. Il y a donc deux nouveaux paramètres : la France et l’ONU. Ces deux entités peuvent atténuer le poids des américains et nous permettre d’exploiter certaines divergences au sein de la Communauté Internationale pour faire passer certains éléments clés de l’option haïtienne, ce qui conduirait à une combinaison d’options profitable à notre pays.

La Combinaison d’options, la porte de sortie pour Haïti

Haïti est sous occupation. La constitution de 1987 est, tout au moins dans sa lettre, en veilleuse pour une période de deux ans environ. Alexandre et Latortue sont, constate-t-on, pour l’instant pilotés de l’extérieur. Mais ils sont des Haïtiens compétents et honnêtes. En tout cas, dans leur discours, ils font référence à six critères qui devraient faire l’unanimité parmi les haïtiens dignes de ce nom :1) les compétences, 2) l’expérience, 3) l’honnêteté, 4) la discipline, 5) la loyauté par rapport à l’Etat et le Gouvernement, et 6) l’engagement démocratique.

Dans la construction du nouvel Etat et du nouveau modèle de développement non exclusif, ces critères doivent être inscrits en lettre d’or dans le processus d’accès à la fonction publique sous ce gouvernement et aussi sous les gouvernements à venir. Et pourquoi pas au niveau du secteur privé haïtien ? C’est déjà le début de l’autre manière de faire de la politique (au niveau du discours).

La classe politique haïtienne a unanimement condamné le gouvernement lavalas pour ses pratiques de corruption ainsi que la société civile. La population haïtienne dans son ensemble a fait de même dans les émissions de libre tribune. Il est donc clair que si nous sommes en accord avec nos dires, nos discours, notre premier devoir c’est d’éliminer la corruption de nos mœurs quotidiennes, et ceci, de nos dirigeants à la petite marchande de rue. Nous devons donc dès à présent prendre une série de mesures contre les contrevenants et nous arranger pour que cela ne se répète plus jamais. Ce ne sera pas facile, mais il faut s’y mettre très sérieusement.

Durant cette période transitoire, au lieu de nous battre entre nous, nous devons penser à la grande concertation nationale pour le développement du pays en faisant appel à tous ses fils et filles. Nous avons les matériaux nécessaires pour cette grande concertation nationale ; relisons Edmond Paul, Firmin, Delatour ; profitons des études, réflexions et propositions dans les tiroirs ; écoutons les diverses revendications et propositions de la population, etc. Nous ne devons pas livrer pieds et points liés le Gouvernement Alexandre-Latortue aux mains de la communauté internationale. La classe politique, la classe d’affaires, la société civile, la population, la presse (tout en restant objective et critique), les associations socio-professionnelles, les organisations de base doivent faire corps pour soutenir le gouvernement et forcer l’international à nous aider à construire ce nouvel Etat et non à nous maquiller l’ancien ou à nous en imposer un. C’est notre devoir de citoyens. C’est le sens de notre combat contre cette occupation, nous devons gagner la bataille politique pour déboucher sur le développement souhaité. Peu importent le temps, les sacrifices à consentir, les privations, nous devons nous atteler à cette noble tâche. D’autant que la façon dont le pouvoir échoit à Alexandre et à Latortue et la précipitation avec laquelle les USA et la France avec l’appui de l’ONU ont dû faire partir Aristide démontrent une grande improvisation et des hésitations, mis à part le rapport Debray et quelques grandes lignes d’orientation. C’est l’occasion pour nous autres haïtiens sans exclusive qui maîtrisent la question et le terrain et qui sont conscients de la situation catastrophique héritée de nos deux cents (200) ans de manque de développement, de saisir cette opportunité en faisant taire nos intérêts mesquins, en plaçant la question nationale au centre des débats, en défendant nos points de vue face à l’international et en imposant de manière intelligente notre option de développement.

Dans cette nouvelle conjoncture, c’est notre option de développement combinée avec celle de la communauté internationale qui nous ouvrira la porte du salut. Comme l’a dit George Michel, face à l’occupant, Haïti a toujours gagné la bataille politique. Faisons en sorte que cette fois-ci la victoire débouche sur le développement intégral de notre pays pour que le citoyen haïtien compétitif puisse évoluer correctement au sein de son organisation et dans son environnement naturel régénéré et équipé d’infrastructures indispensables avec des moyens économiques et financiers suffisants et grâce à une gouvernance politique responsable et incitatrice. Tout un programme, n’est-ce pas ?

Jean Robert JEAN-NOEL,

Ing. Civil, Consultant

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