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vendredi 18 avril 2008

Le secteur agricole dans la déclaration de politique générale (DPG) du Premier Ministre Jacques Edouard ALEXIS devant le Parlement

Ce dossier a été préparé sur demande du Ministre de l’Agriculture, Mr Severin, en août-septembre 2006 pour être publié dans la revue AGROCULTURE. Malheureusement, il n’a jamais été publié. Dans la conjoncture actuelle caractérisée par des émeutes de la faim et soldée par le renvoi du Premier Ministre Alexis, je décide de le publier dans mon blog car il contient des idées encore actuelles et susceptibles d’être utilisées dans la conjoncture troublée d’avril 2008.

Port-au-Prince le 5 octobre 2006

Le secteur agricole dans la déclaration de politique générale (DPG) du Premier Ministre Jacques Edouard ALEXIS devant le Parlement

Ing. Jean Robert JEAN-NOEL

A. DIAGNOSTIC RAPIDE DU SECTEUR AGRICOLE[1]

Le secteur agricole haïtien (y compris la pêche, l'élevage et la foresterie) est resté assez important par rapport au PIB. En quatorze ans, la contribution de l'agriculture au PIB réel est passée de 37% à 25% (1990-2004). Cette contribution s’est plutôt stabilisée depuis 1998.

La production agricole est restée trop faible pour satisfaire les besoins alimentaires de la population[2]. La production nationale représentait 55% de l’offre alimentaire globale en 2000. Ce déficit a été comblé par les importations de produits alimentaires. La part de ces importations dans les importations totales connaît une augmentation depuis le début des années 80. De 18,3% en 1981, elle a atteint 26,8% en 2004. La valeur des importations alimentaires par habitant est en nette augmentation à partir de 1994: elle est passée de 14,5 US$ en 1981 à 32 US$ en 2003. Le déficit alimentaire global, estimé à environ 9% au cours de l’année 2000, s’est aggravé pour atteindre près de 20% de l’offre totale en 2004[3].

A l'opposé, la part des exportations de produits agricoles enregistre un net recul depuis le début des années 80. Durant près de 24 ans, cette part a connu une chute vertigineuse de 22 points. De 28,3% en 1981, elle est tombée en 2004 à 6,2%.

En dépit de ce tableau sombre, le secteur agricole reste un secteur stratégique pour Haïti en raison de ses fonctions dans l'alimentation et de l'importance de la population rurale. L’agriculture continue d’être le pilier de l’économie nationale : elle contribue pour près de 25 % au PIB (2004) et représente environ 50 % des emplois en général, 2/3 des emplois en zones rurales et 3/4 des emplois pour les pauvres. Dans l’ensemble, l’agriculture demeure la principale activité économique rurale, bien que les activités non agricoles revêtent également une importance considérable. Environ 37,2 % des travailleurs ruraux ont des activités non agricoles. Bref, en Haïti, l’agriculture reste le moteur de la croissance. Toutefois, ceci ne sera possible que si les stratégies adoptées contribueront à la fois à la création de richesse et à l’épanouissement du monde rural dans son ensemble.

Il semble que tout ceci ait bien été compris par le Premier Ministre Alexis. En effet, quand on pénètre réellement la DPG, on aurait cette impression qu’elle accorde une attention particulière au secteur agricole. Il est reproduit plus bas un résumé assez exhaustif autour des quatre grands points de la DPG pour permettre au lecteur de bien appréhender la présence de ce secteur dans tout le texte.

B. LA DÉCLARATION DE POLITIQUE GÉNÉRALE (DPG) DU PREMIER MINISTRE JACQUES EDOUARD ALEXIS[4].

La DPG est un document articulé autour de quatre grands points qui reprennent l’essentiel de la problématique haïtienne avec comme toile de fond et l’un des secteurs les plus importants, le secteur agricole. On sentira l’empreinte du secteur agricole soit en filigrane, soit directement dans toute la démarche du point (i) au point (iv), c'est-à-dire dans les quatre (4) conditions pour un redémarrage du pays, en passant par les constats en termes de richesses et de défis et les grandes orientations du Quinquennat jusqu’aux actions prioritaires du Gouvernement. Voyons un peu.

(i) Les quatre (4) conditions pour un redémarrage du pays

Dans cette partie du texte, le Premier Ministre Alexis a identifié les conditions suivantes,

· Le dialogue national et la réconciliation nationale,

· La déconcentration administrative,

· La recherche d’équilibre entre le taux de croissance de la richesse et celui de la distribution au niveau de toute la population du pays,

· Le rétablissement de l’autorité de l’Etat ;

(ii) Les constats sous forme de sources de production de richesses et de défis à relever

Quant aux constats le Premier Ministre les a regroupés en richesses et en défis

      • La jeunesse du pays : 52% de la population ont moins de 20 ans ;
      • La solidarité entre les Haïtiens d’ici et de la diaspora ;
      • Le rôle des femmes haïtiennes dans les activités comme le commerce, l’artisanat et autres ;
      • La capacité des hommes et des femmes haïtiennes à se battre pour des causes justes ;
      • Les différents écosystèmes dont dispose l’environnement naturel haïtien ;
      • La capacité de création et d’innovation du peuple haïtien ;
      • La spécificité du patrimoine culturel haïtien ;

Ce sont là les quelques sources de richesses relevées mais aussi certains défis comme :

· La non scolarisation de 500,000 enfants du pays ;

· Les 70% de la population qui n’ont pas accès au logement, à l’eau potable ;

· La non disponibilité de services de santé pour une bonne partie de la population ;

· La disponibilité des services de ramassage d’ordures pour 8% seulement des maisons ;

· La dégradation avancée de l’environnement haïtien,

· Le manque d’électricité, de bons ports et aéroports, de bonnes routes, de logements ;

· L’absence de services de base dans beaucoup de zones du pays ;

· Le manque d’accès des jeunes aux nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC) ;

(iii) Les grandes orientations du quinquennat (2006-2011)

Les grandes orientations imprimées au quinquennat par le Premier Ministre sont les suivantes :

(1) La modernisation de l’Etat subdivisée (i) en la refondation de l’Etat tout en l’orientant vers un Etat stratège, décentralisé, de droit et bon gestionnaire ; (ii) en la solidification des institutions démocratiques par le renforcement institutionnel ; (iii) en la déconcentration administrative de l’Etat pour favoriser le processus de décentralisation en étroite collaboration avec les collectivités territoriales.

(2) La création de richesse par l’investissement privé en favorisant l’essor du secteur touristique, du secteur des NTIC, du secteur de l’industrie manufacturière, du secteur des petits producteurs agricoles et du secteur informel.

(iv) Les actions prioritaires du Gouvernement

Les deux grandes orientations conduisent aux huit (8) priorités suivantes :

i. Le programme d’apaisement social (PAS) qui se fera avec l’appui de la communauté internationale et touchera toutes les communes du pays. Il vise, en utilisant toutes les ressources disponibles au niveau des communes, à répondre aux besoins des populations les plus vulnérables urbaines et rurales, à rétablir l’accès aux services de base (eau potable, assainissement, électricité etc.), à relancer le cycle de production d’où son aspect durable, et enfin à créer des emplois pour les travailleurs non spécialisés.

ii. La sécurité et la Justice. Dans ce domaine le GOH vise la reconquête de la souveraineté nationale et une approche intégrée police/justice pour doter le pays d’un système judiciaire responsable, professionnel et capable de faire face aux crimes de toutes sortes.

iii. La gestion du cadre macro économique et du processus budgétaire qui devra permettre à l’Etat de prendre toutes les mesures pour la relance des investissements privés, tout en limitant l’inflation, en assurant un taux de change compétitif afin de dégager les allocations nécessaires pour répondre aux exigences d’investissements sociaux. Le taux de croissance visé pour le prochain exercice 2006-2007 est de 4% et la pression fiscale passera de 9% à 12-13% à moyen terme. Le défi majeur sera de dégager des ressources pour la satisfaction des besoins urgents de la population et la réalisation des conditions nécessaires à la création de richesse sur une base stable pour réduire le taux de pauvreté.

iv. La relance de la production nationale, « poto mitan pwogram sosyal ak economik » du Gouvernement dans les secteurs primaire, secondaire et tertiaire, de l’agriculture, au tourisme en passant par l’artisanat, l’agro alimentaire, la sous traitance. D’où nécessité de la réforme agraire, de formation, d’utilisation de nouvelles techniques, et d’un nouveau type d’entrepreneur susceptible de maîtriser les NTIC, surtout dans le secteur agricole. Les entrepreneurs et l’épargne de la diaspora ne seront pas négligés. D’où les dispositions pour la création d’un « Fonds d’investissement de la diaspora haïtienne ».

v. Les infrastructures productives telles, les pompes d’irrigation, les routes, les ports, les aéroports, la fourniture d’électricité, la régulation du secteur de communication, etc auront une attention spéciale de la part du GOH.

vi. L’environnement, l’eau potable et l’assainissement. « Le grand défi de notre pays en ce début du 21e siècle est celui de la protection de notre environnement », écrit le Premier Ministre. Le GOH travaillera dans le cadre du plan d’action pour l’environnement adopté en 1999. Et tout un ensemble d’actions dans ces domaines est prévu au niveau des communes du pays.

vii. Le développement et la mise en valeur des ressources humaines. Sous cette rubrique, il faut voir la réalisation de la scolarisation universelle et la continuation de la réforme de l’éducation, l’alphabétisation des adultes. Pour y arriver, le GOH insistera sur la question de prévention et des premiers soins, surtout les maladies sexuellement transmissibles, se penchera sur la question de la mortalité infantile et maternelle et organisera des campagnes de vaccination pour les bébés et les enfants en âge d’aller à l’école. Tout ceci dans le cadre d’un partenariat public et privé.

viii. La culture et la valorisation du patrimoine. « La diversité de notre culture et l’héritage de notre patrimoine national forment tous deux notre premier avantage comparatif dans la région caribéenne. », écrit le Premier Ministre. Il poursuit, « le GOH travaillera de concert avec les institutions locales à la sauvegarde et à la réhabilitation du patrimoine national, à l’établissement de plans de gestion et d’exploitation, ainsi qu’à l’élaboration de mesures pour la promotion de ce patrimoine »

En guise de conclusion à sa déclaration : le Premier Ministre croit que toutes ces mesures permettront d’ « arriver le plus près possible des objectifs du millénaire pour le développement » et a annoncé deux documents en préparation en relation avec « la vision de 25 ans », chère au Président de la République, Mr René PREVAL.

C. BREVE ANALYSE MONTRANT L’IMPORTANCE DU SECTEUR DANS LA DPG

Il faut remarquer qu’au point 1 de la DPG, les quatre conditions énumérées par le Premier Ministre pour le redémarrage du pays pourraient s’appliquer au secteur agricole. Il en est de même pour le point 2, les défis à relever et les richesses se retrouveraient pour la plupart dans le secteur. Quant au point 3, la modernisation de l’Etat et ses subdivisions, la création de richesse par l’investissement privé ne pourraient valablement s’envisager sans une attention spéciale au secteur agricole. Pour le point 4 consacré aux 8 grandes priorités, le secteur agricole, qui est principalement lié au monde rural (60% de la population) et au collectivités territoriales, s’intègrerait parfaitement à ces priorités de la DPG et en serait l’élément fondamental.

On n’a pas besoin de trop pousser l’analyse pour permettre au lecteur de comprendre l’importance de l’agriculture dans la DPG. Il lui est recommandé pour sa parfaite édification de relire attentivement le résumé présenté plus haut pour se faire une idée exacte de l’importance du secteur agricole, de ses acteurs, de son espace géographique et de ses relations avec les autres secteurs dans la DPG.

D. LES CONTRAINTES DU SECTEUR AGRICOLE[5]

Pour bien comprendre le contexte d’application de la DPG, il faudra regarder de plus près les contraintes liées au secteur. Le secteur agricole haïtien confronte un certain nombre de problèmes et contraintes dont les plus criants sont énumérés plus bas :

  • Le cadre macroéconomique qui pénalise la compétitivité du secteur agricole.

  • Les faiblesses institutionnelles au niveau du secteur agricole se traduisant par une cacophonie, des duplications et des gaspillages dans les interventions de terrain avec une multitude d’acteurs sans réelle coordination du Ministère de l’Agriculture, des Ressources Naturelles et du Développement Rural (MARNDR) ;

  • La faible part accordée habituellement au secteur par le budget national en regard de son apport au PIB ;

  • L’absence d’outils financiers nécessaires à la réalisation d’investissements productifs tant au niveau des exploitations agricoles qu’au niveau des entreprises agroalimentaires ;

  • L’instabilité politique et le phénomène de l’insécurité font qu’il est extrêmement difficile d’exécuter des programmes de développement dans le pays.

  • L’insuffisance et l’état de délabrement des infrastructures, en particulier pour le transport des produits ne facilitent pas l’accès des produits aux principaux marchés intérieurs et extérieurs ;

  • L’accès à l’énergie électrique constitue une contrainte majeure au développement de certaines filières agricoles.

  • La faiblesse structurelle des systèmes de production, de transformation et de commercialisation constitue des facteurs de blocage à la croissance de la production agricole.

  • La désorganisation des acteurs impliqués dans les filières et les faiblesses des organisations professionnelles agricoles retardent le développement des chaînes de production et de transformation.

  • La fragilité du milieu physique, la complexité des phénomènes climatiques et la forte pression humaine sur les terres entraînent la dégradation des sols.

  • L’alimentation inadéquate en eau des cultures, la gestion au petit bonheur de la ressource eau avec des pertes énormes évaluées à plus de 50% au niveau des systèmes d’irrigation gravitaires à ciel ouvert, la mauvaise gestion des eaux de surface, souterraines et de pluies (40 milliards de mètres cubes par an dont 90% vont directement à la mer) ;

  • Le faible niveau d’équipement au niveau des terres irrigables (80000 ha sur un potentiel de 400000 ha) ;

  • La faible maîtrise des attaques des ravageurs et des maladies de plantes et d’animaux.

  • L’absence de normes et de contrôle de qualité constitue une barrière pour l’accès à des marchés aux exigences sanitaires strictes.

  • Le foncier peut constituer une contrainte à la production agricole dans certains cas. La tenure foncière est généralement évoquée comme élément de blocage à la réalisation d’investissements productifs pour l’amélioration de la qualité de la terre.

E. LES OPPORTUNITES DU SECTEUR

Les opportunités du secteur peuvent encore être exploitées pour stimuler la croissance et le développement économique en Haïti dans le cadre de la DPG. Elles peuvent être classées en deux (2) catégories, (i) les opportunités de production et (ii) les opportunités de marché.

a. Les opportunités de production

  • Un potentiel très important du secteur rural réside dans la diversité des conditions écologiques et de la forte capacité d’adaptation des petits exploitants.

  • Un potentiel agro-industriel non exploité.

  • Le pays dispose d’un réseau élargi de petits groupements d’agriculteurs et d’associations de producteurs.

  • Un potentiel irrigable de 400000 ha dont seulement 80000 ha sont équipés actuellement ;

  • Certaines filières agricoles présentent un atout considérable non seulement dans la création de revenus mais aussi dans la lutte contre la dégradation de l’environnement.

  • L’agriculture haïtienne est essentiellement organique.

b. Les opportunités de marchés

Quant aux opportunités de marché, elles s’articulent autour du (i) marché intérieur du pays avec le taux de croissance de 2% l’an de la population qui exerce une demande croissante sur les produits agricoles, du (ii) marché dominicain avec la demande de plus en plus forte pour des produits agricoles haïtiens et autour du (iii) marché régional et mondial avec les demandes pour les produits traditionnels (café, cacao, huiles essentielles), pour les mangues, les produits liés aux marchés niche en principe avec moins de concurrence, des marchés de produits de qualité pour lesquels le fait de provenir d’Haïti ferait partie de la définition de la qualité. Il ne faudrait pas oublier les opportunités pour l’exportation des produits agricoles des pays en développement dans le cadre de l’organisation mondiale du commerce (OMC).

F. VISION, MISSION, STRATEGIE ET PROGRAMME DU SECTEUR AGRICOLE AU REGARD DE LA DPG[6].

Pour relancer la croissance économique du pays, la relance de la production nationale, particulièrement de la production agricole s’avère un passage obligé. Il est impératif que le secteur agricole retrouve sa place dans l’économie nationale et puisse contribuer pour une meilleure part au PIB du pays. Pour ce faire, il est indispensable de « donner un bon coup de barre » en redéfinissant la vision et les orientations stratégiques du secteur.

La vision globale met l’accent sur un programme de modernisation institutionnelle et productive du secteur agricole. Au plan institutionnel, il s’agit de (1) développer des Centres pour la recherche appliquée en termes de problèmes et défis du monde paysan, renforcer des structures de services décentralisés au niveau du secteur, (2) établir des réseaux d’informations et développer des émissions agricoles radiophoniques spécifiques (diffusion de prix des produits agricoles, système d’alerte cyclonique, conseil technique etc.).

La modernisation de l’agriculture repose d’abord sur l’amélioration des sources de revenus des agriculteurs et agricultrices par le développement des filières de production bien organisées pour créer de la valeur ajoutée. Il faut passer d’une agriculture de subsistance à une agriculture d’entreprenariat tout en tenant compte des potentialités naturelles dans le cadre d’un développement durable, faisant de l’agriculteur un vrai entrepreneur. Il faut, de plus, favoriser la création de la valeur ajoutée dans le secteur agricole par le développement de l’agro-industrie dans le cadre d’un développement durable, entreprise qui ne sera durable que si on aide les paysans à préserver les ressources de base (eau, sol, flore, faune, etc.). Finalement, il faut combattre l’exclusion de la paysannerie en la faisant participer aux différents aspects du développement national et en lui permettant d’avoir accès aux différents services de base tout en favorisant l’accès aux ressources, et leur contrôle, aux agricultrices dans des secteurs généralement contrôlés par les hommes

Les stratégies à court terme prévoient la mise en oeuvre de larges programmes nationaux visant l’accès aux intrants (engrais, semences de qualité, outillage et pesticides) par le biais d’un système de crédit décentralisé, le renforcement des organisations d’agriculteurs, la réhabilitation des infrastructures rurales de production agricole (systèmes d’irrigation, retenue d’eau, routes agricoles, DCP : dispositif de concentration de poissons etc.), l’amélioration du système de commercialisation des produits agricoles (centres de collecte et de distribution, standardisation des prix, organisation de foires) et des réseaux de communication pour favoriser les échanges des produits. Il faut aussi favoriser l’intensification des activités d’élevage (volailles, gros et menu bétail) et développer l’intégration agro-zootechnique.

Dans le moyen et le long termes, les programmes devront permettre de (1) constituer des villages agricoles pour faciliter l’accès des paysans et paysannes aux services de base ; (2) créer l’environnement nécessaire pour attirer et favoriser l’investissement privé massif ; (3) encourager la création de centres de formation en agriculture à différents niveaux (supérieur, moyen, vocationnel) et restructurer les fermes d’expérimentation agricole ; (4) développer des programmes adaptés d’intensification et de diversification de cultures vivrières, agro-forestières et forestières ; (5) stimuler l’intensification des cultures d’exportation traditionnelles (café, cacao, mangue) et rechercher des marchés pour l’exportation d’autres cultures non traditionnelles (igname, giraumon, fleurs et plantes ornementales, plantes médicinales, miel, l’huile palma christi, rapadou, aloès) ; (6) élaborer et faire appliquer une loi cadre adaptée régissant l’aménagement et l’exploitation des ressources aquatiques et les activités connexes (pêche, aquaculture, traitement et qualité des produits, etc.) ainsi que les procédures administratives et techniques ayant rapport avec l’organisation, la vulgarisation, les mesures conservatoires et coercitives ; (7) intensifier la culture du riz dans les plaines irriguées spécialement dans la région de l’Artibonite ; (8) encourager l’implantation des unités de transformation de produits agricoles en milieu rural ; (9) redynamiser la réforme agro-foncière (sécurisation des parcelles exploitées comme garantie de l’investissement à long terme) ; (10) faire respecter les lois sur l’environnement et travailler à la mise en place d’un cadre juridico légal adapté aux réalités actuelles en vue de sécuriser les transactions dans le secteur agricole et (11) promouvoir la réalisation d’expositions de produits agricoles et de leurs dérivés au niveau national et international.

G. LES RISQUES A LA MISE EN APPLICATION DU PROGRAMME AGRICOLE

La place du secteur agricole dans la déclaration de politique générale (DPG) du Premier Ministre et le programme agricole y relatif sont d’une importance capitale et seront déterminants dans la performance globale de l’action de ce Gouvernement (GOH). Il est clair que l’Agriculture avec son poids représentant le quart du PIB haïtien devrait avoir une influence prépondérante dans la politique de tout Gouvernement Haïtien. D’où son importance dans la DPG de Mr Alexis. Il n’en demeure pas moins vrai que certains risques y afférents, s’ils ne sont pas sérieusement pris en compte, pourraient nuire considérablement à la bonne performance du secteur agricole et , par voie de conséquence , à la bonne performance du GOH.

D’un coté, on devrait insister sur : a) le « fonctionnement en couloir » des divers secteurs du GOH sans la recherche systématique de synergies entre eux, b) l’inadéquation des lois et la nécessité d’une législation adaptée devant régir les différentes activités du secteur agricole, c) la nécessaire nouvelle ingénierie sociale à appliquer, d) la part de budget allouée au secteur agricole toujours nettement inférieure à l’apport du secteur au PIB du pays à augmenter dans la mesure du possible. Autant de risques susceptibles de surgir tout au long du quinquennat !

De l’autre, le secteur agricole pourrait courir des risques énormes par rapport à la situation environnementale du pays haïtien et aussi par rapport à la situation socio politique qui pourrait se détériorer si rien n’est fait en termes de création massive d’emplois, de réduction de l’insécurité, de coordination au niveau du secteur agricole en vue d’éviter les duplications, le gaspillage et les gabegies qui pourraient nuire à la performance globale du secteur. La détérioration de la situation globale pourrait conduire aussi à un wait and see de la communauté internationale. Ce qui serait préjudiciable au GOH et au secteur agricole en particulier. D’où nécessité de redresser la barre le plus rapidement possible avant qu’il soit trop tard. Jusqu’à présent, le GOH dispose encore des moyens de sa politique. Alors, ne perdons pas de temps.

Jean Robert JEAN-NOEL

Port-au-Prince, le 5 octobre 06



[1] Inspiré et tiré du programme du secteur agricole actuellement en préparation.

[2] A titre d'exemple, à l’échelle nationale, la production de riz, la principale céréale de consommation en Haïti, s’élève à 76 000 TM pour l’année 2003. Par contre, la demande pour ce produit est estimée à 400 000 TM environ pour l’année. Il ressort donc un déficit de 324 000 TM supplémentaire à produire pour répondre aux besoins de la population et assurer ainsi son autosuffisance (BRH, 1994).

[3] PFNSA, 2005

[4] Déclaration de politique générale du GOH et article publié par JR JEAN-NOEl dans le Nouvelliste et Haïti en Marche en juin 2006.

[5] Inspiré du programme du secteur agricole actuellement en préparation.

[6] Inspiré de la DPG et tiré du document du travail du GOH présenté à la Conférence des bailleurs tenue à Port-au-Prince le 25 juillet 2006.

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