HAITI ET LE
MONDE A LA CROISEE DES CHEMINS NO 58 : AU BORD DE LA RUPTURE : UKRAINE,
TRUMP, HAÏTI ET LA FABRIQUE D’UN NOUVEL ORDRE INCERTAIN
JEAN-ROBERT
JEAN-NOEL
28 AOUT 2025
En cette fin d’été 2025, le monde donne le spectacle d’un désordre généralisé
[1]. En Ukraine, la guerre s’intensifie à coups de missiles et de drones,
frappant indistinctement civils et infrastructures, tandis que Moscou subit
désormais des attaques économiques directes [2]. Les sommets entre Donald
Trump, Vladimir Poutine et Volodymyr Zelensky révèlent moins une diplomatie
constructive qu’une logique de rapports de force personnels, les Européens
apparaissant en second plan [3]. Parallèlement, les fractures internes
américaines, alimentées par l’affaire Epstein et la question des déportations
massives, dont Haïti paie le prix, fragilisent la cohérence d’une puissance
censée piloter l’ordre international [4].
Haïti, de son côté, vit une désagrégation sans précédent. Des pans entiers
du territoire échappent à l’État au profit de gangs qui instaurent une
gouvernance parallèle et s’imposent comme acteurs géopolitiques de fait [5]. La
transition politique de Fritz Jean à Saint-Cyr, les remaniements policiers ou
les sanctions ciblées n’y changent rien : l’insécurité persiste, nourrie
par des flux financiers transnationaux et par l’incapacité de l’État à répondre
[6]. Le déploiement de la Mission multinationale dirigée par le Kenya reste
suspendu aux arbitrages financiers de l’ONU, transformant la sécurité haïtienne
en produit marchand négocié sur les places diplomatiques [7].
Dans ce miroir brisé, se dessine une tendance plus large :
fragmentation des souverainetés, privatisation de la sécurité, manipulation des
flux migratoires [10]. Haïti devient ainsi le symptôme d’un monde où l’ordre
ancien ne parvient plus à s’imposer et où le futur se devine comme une fabrique
d’instabilité [14].
Cet aperçu est développé point par point dans les paragraphes suivants, (i)
le monde en convulsions, (ii) Haïti : l’État face au miroir de sa
désagrégation, (iii) Haïti et les logiques internationales de la crise, jusqu’à
des Conclusions et Perspectives d’un monde
fracturé.
I. Le monde en
convulsions
La guerre en Ukraine, loin de s’essouffler, s’intensifie [2]. Les drones et
missiles fauchent quotidiennement des vies civiles, tandis que les
infrastructures militaires, énergétiques et industrielles sont ciblées de part
et d’autre du front [2]. Désormais, la Russie subit à son tour des destructions
économiques directes, ce qui marque une extension qualitative du conflit [2].
Cette guerre, inscrite dans la durée, redessine les logiques militaires
mondiales en faisant du champ ukrainien le laboratoire d’une confrontation
technologique où le coût des drones bon marché défie les systèmes de défense sophistiqués
[2].
Au cœur de ce brasier, la diplomatie se cherche. Le sommet Trump-Poutine
tenu en Alaska le 15 août 2025, suivi trois jours plus tard de l’entrevue
Trump-Zelensky à Washington, illustre une diplomatie fragmentée, réduite à des
face-à-face entre chefs d’État [3]. La présence d’Emmanuel Macron et d’autres
dirigeants européens aux côtés du président ukrainien révèle autant leur
volonté d’exister sur la scène mondiale que leur dépendance à l’agenda américain
[3]. Ces rencontres reflètent moins une recherche d’équilibre géopolitique
qu’un théâtre de rapports de force personnels où seule la puissance immédiate
semble compter [3].
Mais comment construire un ordre international cohérent lorsqu’au sein même
des États-Unis, l’effritement institutionnel s’expose ? L’affaire Epstein,
aux ramifications transversales touchant Trump, Clinton et Obama, nourrit un
climat d’opacité et de méfiance [4]. Parallèlement, les débats sur les tarifs
douaniers et la multiplication des déportations massives (dont Haïti est l’un
des réceptacles privilégiés) traduisent une Amérique en repli, tentée d’ériger
des murs économiques et humains pour repousser les contradictions de la
mondialisation dont elle reste pourtant l’architecte principale [4][13].
II.
Haïti : l’État face au miroir de sa désagrégation
Dans un monde traversé par les convulsions, Haïti demeure l’exemple achevé
d’une souveraineté en miettes [5]. L’insécurité endémique ravage la zone
métropolitaine de Port-au-Prince et s’étend à l’Artibonite (La Chapelle,
Liancourt, Marchand-Dessalines, Petite-Rivière) ainsi qu’au Bas Plateau central
(Mirebalais, Lascohobas) [5]. Ces zones ne se contentent plus d’être
abandonnées par l’État : elles sont désormais administrées par des gangs
qui imposent leur loi, organisent le commerce et prélèvent des
« taxes », constituant une gouvernance parallèle [5].
Les États-Unis, loin de rester spectateurs, intensifient la judiciarisation
de la crise : arrestation de Réginald Boulos sur leur sol, prime de 5
millions de dollars pour la capture de Jimmy Chérizier, dit Barbecue,
tentatives de frapper sélectivement les chefs de réseau [8]. Mais ces
initiatives s’entrechoquent avec une réalité plus triviale : faute de
contrôle territorial, chaque sanction nourrit la capacité d’adaptation des
gangs, qui se renforcent grâce à des flux financiers et logistiques transnationaux
[10]. L’éventualité même d’un contrat attribué à une société privée comme
Blackwater pour la sécurisation des ports et des douanes pendant dix ans
illustre ce désengagement de l’État au profit de la sécurité privatisée [9].
Dans ce paysage de dissolution, la politique institutionnelle poursuit sa
fuite en avant[6]. Le président Saint-Cyr a remplacé Fritz Jean, chacun livrant
des discours aux tonalités différentes mais incapables de modifier le rapport
de force réel [6]. La Police nationale, soumise à de constants remaniements,
change de direction générale mais sans transformation structurelle, demeurant
une armée fragile face à des gangs surarmés [6]. L’arrestation de figures
politiques comme l’ex-sénateur Nenel Cassy ou l’ancienne mairesse de
l’Arcahaie, Rosemilia Petit-Frère, accentue l’impression d’un champ politique
réduit à la répression ponctuelle, sans horizon collectif clair [6].
III. Haïti et
les logiques internationales de la crise
La Mission Multinationale de Sécurité (MMSS), confiée au Kenya, devait
marquer un tournant [7]. Mais son déploiement reste conditionné par le
financement onusien, réduisant l’intervention à une transaction : aucun
État n’accepte de s’engager sans contrepartie [7]. La sécurité haïtienne
devient ainsi un objet de marchandage international, révélateur de la fatigue
humanitaire globale face à un pays perçu non seulement comme une tragédie
humaine, mais comme un « problème » régional, migratoire et sécuritaire
[7][14].
Car les ramifications dépassent le territoire national. L’implication de
citoyens étrangers soupçonnés de financer des gangs, ou encore les annonces
récurrentes d’Erik Prince, fondateur de Blackwater, proposant des solutions
mercenaires, confirment que la crise haïtienne s’inscrit dans l’économie grise
transnationale des armes et de la sécurité privée [9][10]. Par ce prisme, Haïti
n’est pas une exception mais bien l’avant-garde d’une dynamique mondiale où la
souveraineté des États faibles est vampirisée par des acteurs privés et criminels
[10][14].
Cette désintégration territoriale se répercute directement sur les frontières
[11]. Les zones de contrebande et d’affrontements le long de la frontière
dominicaine menacent les échanges commerciaux et déstabilisent les relations
bilatérales déjà fragiles [11]. En retour, les expulsions massives de migrants
haïtiens s’intensifient : incapables de les accueillir, les autorités
haïtiennes contribuent à transformer le drame humanitaire en un vecteur
d’instabilité régionale [12].
IV. Conclusions
et Perspectives d’un monde fracturé
Conclusions
Le monde contemporain, qu’il s’agisse du front ukrainien ou des ruelles de
Port-au-Prince, esquisse un même paysage de fragmentation et d’incertitude [1][2][5].
À travers ces scènes en apparence disjointes se dessine un nouvel ordre mondial
incertain où les États faillis, les puissances réaffirmées, et les acteurs
privés tissent une toile où s’effacent les contours traditionnels de la souveraineté
[10][14].
Haïti, à la croisée des chemins, devient ainsi l’un des miroirs les plus
brutaux de ce basculement global : un pays où l’État se délite, où la
gouvernance devient privée ou criminelle, et où la survie dépend de la charité
internationale devenue elle-même aléatoire [5][14]. Dans cette trajectoire,
Haïti ne fait pas exception : elle annonce peut-être la tendance de ce
« nouveau désordre mondial » [14].
Les prochains mois verront peut-être l’amorce d’un accord partiel en
Ukraine, mais il portera les traits d’un compromis imposé, négocié par les
puissances plutôt que par les peuples [2][3]. Aux États-Unis, l’affaire Epstein
et la polarisation interne paralysent la capacité d’action cohérente d’un pays
appelé pourtant à arbitrer la marche du monde [4][13]. Et les politiques
tarifaires couplées aux expulsions massives annoncent un ordre migratoire et
économique centré sur le cloisonnement plutôt que l’intégration [4][12][13].
Haïti, quant à elle, demeure prisonnière d’une spirale où l’insécurité,
l’impunité et l’ingérence internationale se nourrissent mutuellement [14].
Gouvernance parallèle des gangs, police fragilisée, intervention multinationale
conditionnée par l’argent et dépendance aiguë à l’aide internationale :
tous ces éléments dessinent le portrait d’une souveraineté ravagée [5][6][7][14].
Les sanctions ciblées, comme celles imposées par le Canada contre certaines
élites haïtiennes, révèlent leurs limites : sans appareil étatique solide,
elles restent symboliques [15].
Annexe :
Références numérotées
[1] Analyse du
contexte global, 28 août 2025
[2] Extension du
conflit ukrainien : frappes sur civils et infrastructures, 2025
[3] Sommet
Trump-Poutine (Alaska, 15 août 2025), rencontre Trump-Zelensky (Washington, 18
août 2025)
[4] Affaire
Epstein et politiques migratoires américaines, 2025
[5] Expansion des
gangs dans la zone métropolitaine et en province, été 2025
[6] Transition
politique de Fritz Jean à Saint-Cyr et remaniements policiers, 2025
[7] Blocage du
financement de la MMSS sous l’égide du Kenya, ONU, 2025
[8] Arrestations
de Réginald Boulos et offre de prime pour Jimmy Chérizier par les États-Unis,
2025
[9] Propositions
d’Erik Prince (Blackwater) concernant la sécurisation des sites stratégiques,
2025
[10] Finance
transnationale et économie grise, 2025
[11] Instabilité
frontalière avec la République dominicaine, 2025
[12] Expulsions
massives de migrants haïtiens par les pays de la région, 2025
[13] Blocages
institutionnels et diplomatiques américains, 2025
[14] Spirale de
dépendance, privatisation de la sécurité et gouvernance parallèle, 2025
[15] Limites des
sanctions internationales, exemples canadiens, 2025