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mercredi 30 décembre 2009

HAITI:BILAN 2009 DU SECTEUR AGRICOLE, UN BOND DE LA SECURITE ALIMENTAIRE

HAITI : BILAN 2009 DU SECTEUR AGRICOLE, UN BOND DE LA SECURITE AMENTAIRE
Jean Robert JEAN-NOEL
29 Décembre 2009

Contexte

En 2008, Haïti a été victime des conséquences de la crise liée à la flambée des prix alimentaires au niveau international liée elle-même à la question de spéculation. En effet, dès 2007, la FAO avait observé une augmentation des prix alimentaires de l’ordre de 50%. Cette flambée des prix alimentaires et pétroliers associée au crash financier mondial de 2008, est en grande partie responsable de l’ensemble des émeutes déclenchées au printemps 2008 dans les pays en développement, en particulier ceux à faible revenu comme Haïti. Cette crise aggravée par des causes conjoncturelles et structurelles internes à notre pays a fini par déboucher sur les émeutes d’avril 2008 dites de la faim en Haïti. Cette situation s’était aggravée par la crise gouvernementale qui en était résultée et par le passage de quatre (4) cyclones sur Haïti en août-septembre 2008. Cette combinaison d’événements avait mis à plat l’économie haïtienne (15% du PIB) avec des dégâts considérables dans le secteur agricole (229 M d’USD). C’est dans ce contexte qu’un nouveau Gouvernement dirigé par une femme, Mme Pierre-Louis, avait accédé au pouvoir et qu’une nouvelle équipe avait été placée à la tête du Ministère de l’Agriculture, des ressources naturelles et du développement rural (MARNDR). Alors quel est le bilan du secteur agricole pour 2009 et quelles perspectives?

La situation après les événements de 2008

La situation de l’agriculture, après les émeutes de la faim de 2008 et le passage des quatre cyclones sur Haïti, était tout simplement catastrophique. Diverses visite des lieux effectuées tout de suite après (septembre-octobre 2008) révélaient l’ampleur de la catastrophe et les nombreux défis à relever dans le secteur agricole.

Après ces deux événements, c’était la désolation la plus totale : des arbres centenaires arrachés, des maisons éventrées, des ponts emportés, des routes coupées, des bananerais ravagées, des rizières, des villes et localités inondées, etc. Le ministère de l’agriculture avait évalué les dégâts dans le secteur agricole à 229 M d’USD. De plus, il faut noter que les dégâts à l’échelle du pays avaient été considérables et les pertes en vies humaines aussi, près d’un milliard d’USD de dégâts, soit environ 15% du PIB, et plus de 1000 morts et disparus,100000 sans abris, 27 702 maisons détruites et 84 625 partiellement endommagées (Bilan partiel Direction Protection Civile. 1er Oct.08).

Face à la lenteur de la Communauté internationale (CI) à réagir par rapport à cette situation catastrophique (seulement 14% des fonds recueillis en octobre 08 des 107 M d’USD sollicités par le PNUD), l’Etat Haïtien avait déclaré l’état d’urgence pour 15 jours et avait pris l’initiative d’utiliser les fonds PETROCARIBE. Heureusement que le Parlement ait accepté de débloquer en urgence les fameux 197 M USD de PETROCARIBE dont 36.75 M d’USD accordés au ministère de l’agriculture pour un programme d’urgence post-cyclone en trois phases : urgences (3%), relèvement (40%) et réhabilitation/reconstruction (57%).

La répartition des fonds a tenu compte des priorités du gouvernement et des secteurs les plus touchés par les catastrophes naturelles. Ainsi les ministères des Travaux Publics, de l’Agriculture et de l’Education ont bénéficié respectivement de 47%, 19% et 14% des montants disponibles, tout en sachant que ces montants ne pourraient pas réparer l’ensemble des dégâts subis par ces secteurs. (Rapport final Programme d’urgences, sept.2009)

Les domaines d’intervention/actions du MARNDR et ses Partenaires en 2009

Les domaines d’intervention du MARNDR étaient regroupés sous trois (3) grandes rubriques : la production végétale, la production animale et la restructuration du secteur transversale aux deux autres.

Actions
Ces actions ont concerné la recapitalisation des exploitations agricoles, la création d’emplois, la distribution de semences et d’outils aratoires, ainsi que des actions plus durables comme la réhabilitation des infrastructures d’irrigation et la construction de petites unités de transformation pouvant avoir un effet d’entrainement sur les filières de l’élevage. Les actions avaient pour objectifs : la redynamisation du secteur agricole et la relance de la production à travers la reconstitution de la capacité de production détruite par les cyclones; l’amélioration de la circulation monétaire pour stimuler la consommation et l’investissement; l’amélioration du niveau d’équipement en vue d’alléger le travail agricole ; l’atténuation de la fragilité de l’environnement par le curage et la protection des berges des rivières et la correction des ravines.

Les interventions dans le secteur agricole ont été structurées autour de six (6) composantes :(i) protection des berges et curage des rivières (30 KM aux Gonaïves, Cabaret, Léogane, Jacmel); (ii) entretien et réhabilitation des infrastructures hydro agricoles (106 périmètres irrigués pour 57000 ha); (iii) correction des ravines (460 Km); (iv) acquisition et distribution d’intrants agricoles (1000 TM de semences de haricot, de mais, de riz, 1450000 drageons de bananiers et boutures d’igname, d’outils aratoires (50000 Unités) et d’engrais chimiques subventionnés à 75% (450 TM) ; (v) acquisition d’équipements agricoles (217 tracteurs et 400 pompes d’irrigation); (vi) appui à l’élevage (mise en place de centres régionaux de production de poussins d’une capacité de production journalière de 1575 poussins, de 155 unités de production de poulets de chair d’une capacité journalière de 9000 kg de viande, d’une unité de production de 4000 pondeuses, de 60 incubateurs à kérosène d’une capacité de 500 œufs et de 24000 poussins tous les 21 jours, réhabilitation de la station avicole de Damien avec une capacité de production de 1300 pondeuses et 1500 pondeuses rustiques, la production et la distribution de 28000 pondeuses rustiques, de 90000 poussins, de 8000 chèvres, 2500000 poissons, l’installation de dispositifs de conservation de poissons à 5302 pêcheurs regroupés en 27 associations, la construction de 5 fromageries, la remise de ruchers à 200 apiculteurs, etc.)

A coté de ces actions menées dans le cadre du programme d’urgences, le ministère a entrepris d’autres actions dans le cadre des divers projets/programmes en cours au sein du ministère. Ces projets financés pour la plus grande majorité par la coopération externe ont été en complément aux actions décrites en détails précédemment. Il faut noter que ces projets restent l’épine dorsale du ministère en ce qui a trait aux résultats de moyens et de longs termes visés. Ce sont des projets de 5 à 7 ans avec des dépenses annuelles de 1 à 5 M d’USD par projet dont les plus gros totalisent une dizaine.

Restructuration interne
Parallèlement à ces actions liées à la production végétale et animale, le ministère de l’agriculture a mené et mène tout un processus de réforme de restructuration interne : (1) L’élimination des postes de directeurs généraux adjoints,(2) le recrutement par voie d’appels d’offres des nouveaux directeurs départementaux et directeurs départementaux adjoints avec juridiction de ces derniers sur les anciennes sous-directions départementales, sources de nombreux conflits d’autorité et de disfonctionnement, (3) l’amélioration du cadre de vie au niveau central (clôture de l’aire des bureaux du ministère, aménagements intérieurs de certaines directions comme l’administration, la programmation, le cabinet du Ministre, la section de communication, etc.), (4) le processus de réduction des directions centrales de 18 à 12 (réf. Nouvel organigramme), de rajeunissement des cadres par la mise en retraite des cadres ayant atteint la limite d’âge (en cours), (5) les réflexions sur des éléments de politique agricole, (6) la finalisation du document de politique de développement agricole 2010-2025, du plan national de sécurité alimentaire et nutritionnelle (PNSAN 2010-2025), (7) la relance des structures de concertation du secteur agricole tant au niveaux central que déconcentré, (8) l’amélioration de la communication au niveau du ministère (présence à la radio, à la TV, site WEB), de la sécurité interne au niveau central avec la présence remarquée d’agents de sécurité en uniforme dans des points d’accès au ministère, sur la cour et à l’intérieur des bâtiments, (9) le renforcement des liens de collaboration et de coopération avec la coopération externe et les bailleurs de fonds (USAID, ACDI, AFD, coopération cubaine, vénézuélienne, espagnole, taïwanaise, BID, UE, BM, etc.) (10) les négociations avec les bailleurs de fonds et agences de coopération comme le FIDA, la FAO et autres pour des programmes de moyen et long terme susceptibles de réduire l’insécurité alimentaire et la pauvreté du pays par l’amélioration des conditions de vie des ruraux.

Effets induits : un véritable bond
Ces interventions associées à celles des autres acteurs du secteur (ONG, agences de coopération) et de certains organismes autonomes de l’Etat comme le Bureau de Monétisation et le FAES, ont permis de redresser rapidement en 2009 la situation du secteur agricole. Pour l’année 2009 à titres d’exemples,(i) les travaux de curage et les semences distribuées ont permis une extension des superficies emblavées à 22 000 hectares cultivés en riz au niveau de l’aire de l’ODVA , soit une augmentation de 57% par rapport à l’année 2008 , la production de riz Paddy est passée de 42 000 tonnes à 66 000 tonnes ; (ii) on a enregistré à travers le pays une réduction significative du nombre de personnes en insécurité alimentaire de 3.3 M à 1.8 M et une augmentant de 25% de la production agricole en 2009 par rapport à 2008 (CNSA 2009) ; (iii) ces actions ont favorisé l’injection de plusieurs centaines de millions de gourdes directement dans les exploitations agricoles et dans le pays en général à travers la création de centaines de milliers d’emplois temporaires et durables durant toute la période sous étude et très certainement au-delà. Ce qui a conduit à ce succès un an seulement après ces malheureux événements de 2008, un véritable bond du secteur agricole en 2009 en matière de réduction de l’insécurité alimentaire.

Pourtant, ironie de l’histoire, l’architecte principale de ce succès, la Première Ministre Pierre-Louis, a été remerciée par le Senat sous prétexte de mauvaise gestion des 197 M d’USD. Pauvre Haïti, pays de défis mangeur de gens de bien !!!

Défis du secteur agricole

Les défis sont de deux ordres conjoncturel et structurel. Il faut maintenir les résultats obtenus en 2009 en continuant à financer les urgences, en consolidant les réparations effectuées, en mettant à disposition des paysans à prix subventionnés des intrants, des outils agricoles, du crédit, et en renforçant les capacités des agriculteurs et agricultrices. En outre, l’un des plus grands défis du secteur agricole demeure la question environnementale. Tous les efforts consentis en aval n’auront aucune garantie sans la protection en amont.

Parallèlement, il faut approfondir la réforme du secteur agricole et rural. Le plus grand défi c’est d’arriver à marier l’urgence au structurel pour déboucher sur le développement de ce secteur, l’un des piliers du DSNCRP. La leçon à tirer des catastrophes de 2008, c’est la nécessité de prioriser l’environnement haïtien sur une période relativement longue en vue de sécuriser les investissements, réduire la vulnérabilité du pays, déboucher sur la croissance et réduire la pauvreté.

D’autres défis à surmonter, c’est d’asseoir le leadership du MARNDR sur le secteur, assurer une coordination sérieuse de l’ensemble des actions au niveau du secteur, et mettre en œuvre la politique de développement agricole et le plan national de sécurité alimentaire et nutritionnelle après leur appropriation par les parties prenantes impliquées.

Perspectives du secteur agricole

Pour relever ces défis, Haïti ne dispose certes pas de moyens suffisants, mais avec un plan de développement bien ficelé dont le DSNCRP contient l’essentiel des éléments, elle pourra sortir de cette situation. Ce serait un plan axé sur l’humain, le social, l’environnemental, l’infrastructurel, le financier et la gouvernance. Pour financer ce plan, il faut un combat sans merci contre la corruption, des investissements considérables de l’Etat (12-15% du PIB dans le secteur agricole), du Privé, des bailleurs de fonds, des investissements étrangers importants et de la diaspora haïtienne.

Quant au financement lié à l’agriculture, Haïti doit aussi faire preuve d’agressivité auprès des instances internationales de financement. Depuis les émeutes de la faim, la FAO se bat pour rehausser l’aide publique au développement (APD) au secteur agricole à son niveau de 1980, soit 17% au lieu de 3.8% actuellement. Certains mécanismes de financement sont mis en place depuis les émeutes de 2008, au niveau de la Banque Mondiale (BM), de l’Union Européenne (UE), du Fonds International de développement agricole (FIDA), de la Banque Interaméricaine de développement (BID), de la Banque Africaine de Développement (BAD), etc. Toutes ces institutions disposent désormais de fonds même en quantité insuffisante pour financer l’agriculture, les risques et désastres et autres domaines liés à la problématique de l’insécurité alimentaire (IA). Par exemple, le G8 a promis, en juillet 2009, 21 mds d’USD à l’Aquila, Italie, pour le financement du secteur agricole. Pour nourrir la planète d’ici 2050, il faudrait selon la FAO, des investissements annuels de l’ordre de 209 milliards d’USD. Haïti doit profiter de cette prise conscience mondiale par rapport à l’agriculture et à la sécurité alimentaire pour mieux se positionner et bénéficier du financement disponible, tout en continuant avec des efforts internes pour consacrer une part importante du budget national au secteur agricole jusqu’à atteindre le niveau de 15% sur une période plus ou moins longue de 10 à 15 ans.

Dans le cadre des 21 mds d’USD, le Ministre de l’agriculture a fait preuve d’agressivité en réclamant, lors de la 36e Conférence de la FAO, une part substantielle pour Haïti (Réf. Discours du Ministre). La réaction positive de la FAO qui moins d’une semaine après, a entamé des discussions sur une probable allocation de 500 M d’USD sur 3 ans à Haïti, témoigne du bien fondé d’une attitude agressive et proactive de la part de notre pays. La soumission d’une note conceptuelle à ce sujet par le ministère une semaine après les premières discussions exprime la volonté d’Haïti de sortir des sentiers battus (Réf. Programme agricole pour la réduction de l’insécurité alimentaire 10-13. PARIAH 10-13. Déc.2009).

Dans ce même ordre d’idées, le Ministre devra faire un plaidoyer auprès du Gouvernement pour l’augmentation de 6% (2009-10) à 15% la part du budget national consacrée au secteur agricole durant les 10 à 15 prochaines années pour lui permettre d’atteindre les objectifs fixés à l’horizon 2025, et dont a fait part le Ministre dans son discours de Rome (Nov.2009) pour justifier la réclamation de la part substantielle des 21 mds d’USD promis par le Sommet du G8 de l’Aquila en juillet 2009.

Conclusion

2009 a été une bonne année pour le secteur agricole, 25% d’augmentation de production agricole par rapport à 2008, réduction du nombre de personnes en insécurité alimentaire de 3.3 M à 1.8 M, création de centaines de milliers d’emplois temporaires et durables (6 emplois permanents par ha de terre irrigué), la reprise en main même timide du leadership du secteur par le ministère. C’est un bond en avant.

Le plus difficile, il faut garantir la relance du secteur. Avec 6% du budget pour l’exercice en cours, cet exploit est difficilement renouvelable. La saison cyclonique 2010, l’organisation des élections de 2010 (Parlement, Collectivités Territoriales, Président, élections indirectes) et des contraintes inhérentes au secteur agricole pourraient compromettre les efforts pour un nouvel exploit aussi spectaculaire.

Toutefois, avec une gestion rigoureuse du peu de fonds mis à disposition, un recentrage des actions du MARNDR autour des programmes et projets en cours, une agressivité proactive auprès des bailleurs, des agences de coopération, une meilleure coordination de l’ensemble des actions du secteur, un approfondissement du processus de reforme au niveau du ministère, les résultats pourront être au rendez-vous.

Le ministère devrait entre autres s’appuyer essentiellement sur le sous-secteur irrigué, sur les pistes rurales et la reprise en main de la plupart des fermes d’état et centres de formation. La mise en application de la politique de développement agricole 10-25, du PNSAN 10-25, et du programme d’actions prioritaires 10-12 moyennant disponibilité des fonds en phase de recherche par Bill Clinton dans le cadre de sa mission en Haïti pour le compte du Secrétaire Général de l’ONU, pourrait grandement aider à l’atteinte des objectifs fixés pour 2010.

Pour cela, les responsables du ministère devront faire preuve d’esprit d’initiatives, d’imagination et de créativité, tout en tenant compte des risques liés aux élections de 2010 et à la prochaine saison cyclonique 2010. Souhaitons que le Gouvernement en place ne subisse pas, et eux avec, le sort de Mme Pierre-Louis. 2010 et ses cohortes d’événements seront les seuls capables de prédire l’avenir immédiat du secteur agricole et du Pays Haïtien, l’imprévisible. A bon entendeur, salut !!!

1 commentaire:

John Kelly MONACE a dit…

Tres bon article sur la situation alimentaire haitienne de 2008