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dimanche 30 juillet 2017

LA CARAVANE DU CHANGEMENT : UNE STRATEGIE INNOVANTE ET GLOBALISANTE ET NON UN PROGRAMME

LA CARAVANE DU CHANGEMENT : UNE STRATEGIE INNOVANTE ET GLOBALISANTE ET NON UN PROGRAMME

JEAN-ROBERT JEAN-NOEL

 Revu le 31 JUILLET 2017  
             
La conjoncture haïtienne est toujours dominée par la caravane du changement, malgré son redéploiement dans la péninsule Sud depuis le 1er Février 2017, le Sud, la Grande-Anse et les Nippes. Le manque de compréhension du concept caravane du changement occasionne des sorties à la limite de cette incompréhension. La position de l’association des maires du Sud (AMSUD) qui s’inquiète de la mainmise des députés  et sénateurs de la zone  sur la caravane, la position presque similaire  du maire des Cayes Gabriel Fortuné, allié du pouvoir en place, la position de l’ex-premier ministre Evans Paul qui voit dans la caravane, « un programme improvisé », etc., ces prises de position publique mettent de l’eau au moulin des opposants à la caravane, rendent encore plus sceptiques les bienpensants, calment l’ardeur des surexcités et agacent un tout petit peu les techniciens qui s’y engagent.

Dans une conjoncture marquée, en plus de la caravane, (i) par le départ massif des jeunes vers le Chili, (ii) par la bataille pour le salaire minimum fixé en dernier ressort à 350 gourdes/jour par le Président Moïse (réf. Spécial No 23 Le Moniteur) après un discours d’appel au calme au lieu des 335 gourdes recommandées par le conseil supérieur des salaires, menace de reprise des manifestations  des syndicats exigeant toujours 800 gourdes/jour + avantages sociaux ;(iii) par la grève du petit personnel de l’hôpital universitaire de Port-au-Prince (Hôpital Général) et celle des greffiers ; (iv) par  la marche programmée et avortée du Collectif du 4 Décembre ; (v) par la présence quasi permanente de fatras au niveau de la zone métropolitaine, ce qui a poussé la présidence à offrir son appui aux maires dans le cadre de travaux à haute intensité de main d’œuvre ( HIMO) pour assainir les villes constituant la zone métropolitaine, sans oublier les autres éléments de grogne liés à la situation économique difficile des ménages haïtiens dont 73.8%, selon l’IHSI, croient à une amélioration de leur situation grâce  à l’omniscience de Dieu (Dieu seul sait, avec 63 G pour 1 USD), on comprend l’effet explosif de ces prises de position dont la plupart viennent des alliés du pouvoir. Il ne faut pas non plus oublier, l’arrêté présidentiel supprimant les privilèges des anciens Chefs d’Etat non élus dont Jocelerme Privert élu au second degré, « c’est inélégant » pour répéter Evans Paul ; la sortie du Sénateur Rony  Célestin du Centre, un autre allié du pouvoir, et la question controversée du recrutement par le ministère de la Défense des jeunes devant intégrer l’Armée d’Haïti en phase de remobilisation, sans la nomination préalable d’un Etat-major et une philosophie pour la nouvelle armée, et sans l’aval des anciens militaires qui menacent de se faire entendre. Ce qui a poussé le Sénateur Latortue, président du Sénat, à faire une proposition en dix (10) points pour remédier à la situation, en attendant la convocation du ministre de la défense par un groupe de députés de la Chambre basse.

C’est dans ce contexte plutôt sombre qu’il faudrait situer la sortie de ces alliés du pouvoir et d’autres personnes face à la caravane du changement.  En un certain sens, leur incompréhension est justifiée. L’administration n’a pas mis à la disposition du grand public les documents essentiels de la caravane. Mises à part les sorties du Président et de la communication du Palais National, le grand public, tout au moins les intellectuels et la presse, n’a pas accès à ces documents. C’est en théorie la raison pour laquelle chacun y va de sa définition et de sa compréhension de la caravane du changement, même s’il faut y ajouter un bémol. Comme en général on est beaucoup plus enclin à voir les choses du mauvais côté, surtout quand il s’agit de l’administration en place, on  a vu et entendu  toutes sortes de gens parler de la caravane du changement avec l’arrogance de l’ignorance propre à nous autres haïtiens. Aristide, Préval, Martelly en ont eu pour leur compte en leur temps. Si le Président Préval n’a pas présenté de programme, Aristide en avait un, « Investir dans l’humain", Martelly aussi, « le courage de changer », transformé plus tard en 5 E ; et l’énoncé de politique général du Dr Conille, le 1er  Premier Ministre de Martelly, a été en soi tout un programme quinquennal. Dans les trois cas cités plus haut, l’administration a été sévèrement critiquée, et fort souvent en dehors des documents soumis au grand public. Toutefois, certaines personnes sont allées aux sources pour parler de ces programmes et les critiquer ; tandis que d’autres, les éternels opposants et les omniscients, ne se sont même pas donné la peine de les lire, tout en les critiquant vertement. C’est le défaut majeur de nos compatriotes, discourir avec arrogance sur des choses non bien maîtrisées.

Dans le cas de la caravane, qui n’était même prévue dans l’énoncé de politique générale du PM Lafontant, c’est la vague déferlante anti-caravane malgré la bonne performance de l’opération coup de poing au niveau de la Vallée de l’Artibonite à la satisfaction de la grande majorité des bénéficiaires directs. Cette initiative présidentielle est donc perçue comme un programme, un projet du Président. Il n’en est rien. Certes, c’est une initiative présidentielle, mais elle n’est ni programme ni un projet. Elle prend sa source dans une stratégie du ministère de l’agriculture, le développement par pôle de croissance basé sur les cinq (5) principaux châteaux d’eau du pays dont la visée était de répondre à la déclaration de l’administration Martelly de faire du secteur agricole « la locomotive de la croissance ». Le cadre budgétaire 2015-2018 du ministère de l’agriculture a été monté dans le souci d’atteindre  cet objectif. Lors de la longue campagne présidentielle de J. Moïse, il s’est tu à répéter qu’il allait « continuer, corriger et innover ». Dès sa prise de pouvoir, il a proposé la caravane du changement comme stratégie pour continuer les actions en cours, les corriger au besoin et innover. La caravane du changement est donc cette stratégie innovante. Elle n’a pas de programmes propres, elle utilise les programmes existants en les améliorant si nécessaire, quand elle intervient dans une zone. 

Le cas de l’Artibonite

C’est le cas pour l’Artibonite. Chaque année, dans le cadre des campagnes agricoles, le ministère de l’agriculture dispose de l’argent pour mener ses campagnes agricoles tout le long de l’année agricole. A l’arrivée de l’administration Moïse, le ministère disposait de 197 M HTG non utilisés, cet argent a été en partie utilisé pour l’opération coup de poing dans le cadre de la caravane au niveau du grand périmètre de la Vallée de l’Artibonite sous le contrôle de l’organisme de développement de la Vallée de l’Artibonite (ODVA). Les matériels, les cadres de l’institution ont été mis à profit, complétés par d’autres matériels et d’autres cadres pour mener à bien les actions prévues, en les corrigeant et en innovant par la mise en synergie des compétences au niveau de l’Etat, pour maximiser les effets à partir de la méthode Haute intensité d’équipement (HIEQ) pour le curage mécanique des canaux et  drains principaux et primaires et les pistes agricoles et rurales.  

Parallèlement, la cellule ad hoc de pilotage de la caravane, associée au ministère de l’agriculture, a préparé un dossier pour la mise en place de 9 entreprises agricoles  couvrant 4500 ha (actuellement en cours), un protocole pour permettre à la Fédération des Associations d’irrigants de la Vallée de l’Artibonite (FASIVAL) d’entamer les travaux de curage manuel des canaux et drains secondaires et tertiaires par la méthode haute intensité de main d’œuvre (HIMO) en vue d’améliorer l’irrigation et le drainage au niveau des parcelles, et un dossier de plus de 180 M USD pour l’aménagement complet du grand périmètre  (32,000 ha )de l’ODVA durant tout le quinquennat de cette administration et même au-delà, avec accent  particulier sur la nécessité de réorganiser l’ODVA et de renforcer FASIVAL. Ce dernier dossier se base sur une étude de la Firme GOPA (2002).

Le cas de la Péninsule Sud

Fort de l’expérience encore en cours au niveau de la Vallée de l’Artibonite, la caravane du changement, après avoir monté, à travers la cellule ad Hoc, le dossier de la Péninsule Sud d’Haïti avec les cadres des diverses directions déconcentrées et décentralisées et aussi des cadres au niveau central des divers secteurs impliqués, en se basant sur les documents existants tels le PDNA (MPCE Janvier 2017),  « Vers une stratégie régionale de la Péninsule Sud (MPCE 2008) », les documents du MARNDR et de CNSA, et d’autres documents des autres secteurs impliqués, s’est redéployée dans le Grand Sud, le 1er Juillet 2017.  Le dossier s’intitule « Le plan d’action pour le relèvement et le développement de la Péninsule Sud (PARDPS) » .Il inclut l’ensemble des secteurs opérant dans la péninsule qui ont ajusté leur budget en fonction du plan et qui assurent la gestion technique et financière de leurs programmes et projets dans le cadre de la caravane. 

Comme l’a expliqué, lors d’une réunion,  le Président J. Moïse aux partenaires techniques et financiers (PTF), dont la BID qui a préalablement accepté de financer, à hauteur de 10 M USD avec possibilité d’aller jusqu’à 45-50 M USD, certaines activités dans le cadre de la caravane sous forme de remboursement, la caravane du changement n’a pas de budget, ce sont les secteurs qui en disposent, la caravane ne fait que les pousser à faire mieux et vite.

C’est ce qui est en train de se passer au niveau de la Péninsule, malgré les difficultés inhérentes à ces genres d’initiatives. Il faut rappeler que les objectifs au niveau de la péninsule Sud sont beaucoup plus ambitieux et diversifiés que dans la Vallée de l’Artibonite.  Ce qui implique beaucoup plus de risques à gérer. C’est pourquoi, il aurait fallu beaucoup plus d’explications, de communication, de sensibilisation avant le redéploiement dans la Péninsule. A postériori, il a fallu combler cette lacune en multipliant les rencontres d’explication avec les ONG, les maires, les directions déconcentrées sur la vraie nature de la caravane, son rôle catalyseur, sa stratégie de marier l’urgence au développement, son mode opératoire basé sur deux types d’intervention : (i) une opération coup de poing (3 à 6 mois) et une opération structurante (le reste du quinquennat et au-delà).

La caravane du changement, une stratégie innovante et globalisante et non un programme

La caravane encourage les acteurs et les secteurs à imbriquer leurs actions (harmonisation), à les articuler avec celles d’autres acteurs et secteurs (coordination) et à les intégrer à l’action gouvernementale pour maximiser leurs impacts. La caravane crée aussi les conditions pour réaliser les actions à moindre coût. Elle ambitionne d’englober l’ensemble des actions des secteurs et des autres acteurs au niveau de la zone d’intervention et encourage les élus, en particulier, les collectivités territoriales à jouer, en plus de leur implication directe dans le suivi rapproché, à jouer leur rôle de vigile pour réduire drastiquement le niveau de corruption dans le mise en œuvre des actions, en les poussant à prendre des mesures répressives  contre les fautifs.


Cet article, je l’espère, favorise une meilleure compréhension de la caravane du changement. Il est écrit dans le souci de fournir une information de première main à des lecteurs de bonne volonté qui l’apprécieront selon leur conviction intime. Pour les irréductibles, rien ne changera, ils continueront à ne voir dans la caravane que  le mauvais côté, même s’ils se donnent  la peine ou non de lire cet article. Pour d’autres personnes, le scepticisme va persister jusqu’aux résultats finaux à la fin du quinquennat ; ce sont des saints Thomas (normal). Pour les convaincus, ils vont suivre cette expérience avec intérêt et peut-être se l’approprier en y apportant les modifications jugées utiles. En tout cas, ce qu’il faut retenir c’est que  la caravane du changement est  une stratégie innovante et globalisante et non un programme gouvernemental. 

1 commentaire:

KeepitinFocus a dit…

Comliments! Je suis convaincu de la strategie! Il me semble que les royaumes des differents Ministeres ne pouront jamais atteindre l'efficacite de La Caravane, geree par un chef des chantiers. Il faudrat bien que Le Gouvernment applique des lessons de ces efforts.
Mais, Je demande encore un peut plus. Meme si nous ne le faisons pas aux centimes, Il faut une estimation des benefices a gagner. Par exemple, citez le temps gagne par une nouvelle route ( de 3 heures parcourt a 1 heure), l'augmentation de production avec un nouveau canal, Le nombre de jour d;inondanation a epargner dans une ville de 50,000 habitants ( chaque jour perdu vaut 50,000)...
Esperons que la conversation tourne les tetes vers les points a gagner!